‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 42 sur 87 · AU FOND DU PORT · texte numérisé non relu

AU FOND DU PORT

Une petite rivière qui prend sa source à douze lieues de Constantinople , après avoir baigné des prairies couvertes de fleurs et d'arbustes odorants, a son embouchure dans le fond du port. Quoiqu'elle n'apporte à la mer qu'un bien foible tribut/ plus heureuse que des fleuves immenses, eUe a la gloire d'y former un canal qu'on appeUe le canal des Eaux-douces; c'est aussi le nom qu'on donne à cette rivière : le sable qu'elle charie assez abondamment a exhaussé ici le fond du port au point de n'en permettre la navigation qu'à de petits bateaux. Le canal des Eaux-douces occupe le premier plan de cette Vue; les innombrables roseaux qui bordent sa rive, les îlots par lesquels il est coupé, indiquent son peu de profondeur. M. Melling a rendu encore plus claire cette notion topographique, en peignant deux matelots qui sont dans l'eau jusqu'à la ceinture, occupés à remplir deux chaloupes de sable pour servir de lest à leur bâtiment. Dans une autre barque on voit une chasse aux canards sauvages : ces oiseaux se cachent en foule dans les roseaux du canal; chacun a le droit de venir les troubler dans leur retraite; les Ministres étrangers, et sur-tout les personnes de leur suite, se donnent souvent le divertissement de cette chasse. La promenade sur le canal des Eaux-douces est un plaisir pour les habitants de Constantinople ; on en voit ici plusieurs sur des bateaux à deux et à trois paires de rames.

A la gauche et au second plan , près d'un château en ruines , s'offre d'abord l'embouchure de la rivière des Eaux-douces. Ce château étoit une maison de plaisance du Grand-Seigneur; il n'en reste plus qu'un kiosque bâti sur le bord de la mer; le nom de Kara-J ghatch-séraï , qu'on lui donnoit, venoit des beaux ormes dont il est entouré, et qui ont survécu au château dont ils relevoient la magnificence. En continuant de parcourir le rivage de gauche à droite , on voit une assez longue suite de remises pour des chaloupes canonnières. La construction de ces chaloupes est fort récente, et par des circonstances que nous avons expliquées, en parlant de la formation de la marine ottomane, elle n'est nullement dénuée d'art: mais les Turcs sont encore loin de la prévoyance, de l'adresse, et de la science nautique qui rendroient les chaloupes canonnières précieuses à la fois pour la défense des Dardanelles et de Tembouchure de la mer Noire , et pour celle des villes et des places fortes situées sur le Danube. Au-dessus de ces remises, et sur le côté de la montagne, est la vaste plaine de YOkméidan, ou plaine des flèches, lieu d'exercice dont le nom fait connoître l'usage. Ajoutons encore un mot à ce que nous avons dit sur les bornes dont est parsemé l'Okmeïdan. Les inscriptions sculptées en or, qui annoncent jusqu'où tel ou tel Sultan a eu la gloire de lancer sa flèche, sont presque toutes composées en vers persans. Malgré

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