‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 43 sur 87 · VUE DE KARA-AGHAÏCH · texte numérisé non relu

VUE DE KARA-AGHAÏCH

l'antipathie qui existe entre les deux peuples, les Turcs paroissent avoir une antique vénération pour la poésie persane , et l'emploient très fréquemment dans leur style lapidaire; ils n'ont que trop peu d'orgueil national dès qu'il s'agit de belles-lettres.

Nous nous contenterons d'indiquer ici le village de Hass-Rieuï, habité par des Juifs et des marchands arméniens , et qui se prolonge sur la pente de la colline. Un grand bâtiment carré, contigu à ce village et bordé d'un quai fermé par une grille, sert de caserne aux bombardiers. Ce corps existoit depuis long-temps dans TEmpire , et payé d'avance de services qu'il n'avoit point encore rendus, il jouissoit de privilèges plutôt faits pour exciter la jalousie des autres corps militaires que pour le diriger vers les connoissances indispensables à cette arme. Lorsque Sélim III lui donna une constitution régulière, et mérita son affection en lui communiquant une activité nouvelle, il exigea que ces troupes fussent casernées, et fonda des écoles où tous les officiers étoient tenus de venir s'instruire. Les exercices devinrent journaliers; pendant l'hiver, ils avoient lieu dans les vastes cours des casernes; et durant la belle saison, dans les plaines de Kiahad-Hané, ou plaine des Eaux-douces. Souvent le Grand-Seigneur s'y rendoit , et faisoit distribuer des gratifications aux bombardiers qui avoient le plus signalé leur adresse. Avant cette réforme le corps n'avoit d'autre revenu que l'impôt appelé Timar et Sïamet, levé sur les Juifs et affecté à sa solde. Sultan Sélim en fît la propriété exclusive des officiers; mais sous la condition qu'ils se fussent instruits et continuellement exercés dans les connoissances relatives à leur art. Les soldats furent payés sur le pied des troupes réglées.

Sélim III, lorsqu'il se déguisoit, portoit presque toujours le bonnet uniforme des bombardiers. Ce corps ne fut point ingrat envers le souverain qui se plaisoit à lui donner des honneurs et des récompenses. Si les bombardiers ne furent ni assez forts, ni assez promptement avertis, pour courir au secours de l'infortuné Sélim, du moins aucun d'eux ne se mêla avec les Janissaires révoltés; leur chef paya de sa tête son honorable fidélité. Après le succès de la révolte, le nouveau gouvernement craignit d'irriter ce corps , et lui confirma ses privilèges.

A cette caserne des bombardiers se termine la rade de l'arsenal, où Fon voit quelques vaisseaux à Tancre ; on aperçoit dans l'éloignement , sur la gauche , la tour de Galata, et dans le fond du tableau, sur la droite, une partie de Constantinople, avec la mosquée de Sainte-Sophie.

VUE D'AINALI-KAVAR,

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