PLAN TOPOGRAPHIQUE DU BOSPHORE DE THRACE
Cependant, comme ils ne remplissent pas le but que l'on s etoit proposé, de croiser les feux, on y a suppléé en dressant deux batteries, Tune sur le cap du fanal, et l'autre sur la pointe de Papas-Bournou.
Aujourd'hui, il seroit très difficile à une flotte de forcer le passage; néanmoins, comme l'objet n'est pas seulement de fermer l'entrée du Bosphore, mais d'obvier à tout débarquement aux environs de ces châteaux, on a poussé la défense jusque sur les côtes de la mer Noire. On a bâti, sous le nom de Rila, un fort près du cap Eski-Fanaraki, et quelques batteries ont même été dressées un peu plus loin sur la côte. En Asie, le fort de Riva offriroit assez de résistance; cependant on a jugé convenable de le protéger par de bonnes batteries placées aux environs.
La partie du Bosphore qui s'étend depuis le village de Tharapia jusqu'à la mer Noire, est appelée par les Européens Canal de la mer Noire, Sur sa gauche, en montant vers cette mer, se déploie, dans une très grande longueur, Buyuk-Déré, un des plus beaux villages du canal. La prairie qui l'avoisine , et porte son nom , est le rendez-vous et la promenade d'été de toutes les nations qui habitent la capitale de l'Empire Ottoman. Plus loin, se trouve le village de Sari-Iar; et au-dessus, sur le sommet des montagnes, sont les restes d'une tour carrée antique , faussement appelée tour d'Ovide,
Tout le terrain , depuis Sari-Iar jusqu'à l'embouchure de la mer Noire , tant en Europe qu'en Asie, est volcanique. Ce fait a été attesté par tous les naturalistes qui l'ont vu, Spallanzani, Olivier, et autres. Le comte de Choiseul-Gouffier, qui avoit fait visiter avec soin cette partie, pensoit que le canal lui-même ne devoit son ouverture qu'à l'éruption d'un volcan qui, dans le moment de son explosion, auroit été couvert par les eaux de la mer Noire, alors très élevées. On peut voir à ce sujet un mémoire intéressant, qu'il a fait imprimer dans le second volume des Mémoires de la classe d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut ^ page 484 suivantes. Son opinion a été combattue par quelques personnes, et elle pourra l'être encore; néanmoins elle est appuyée sur des faits; et à ceux qu'il a rapportés on pourroit en ajouter d'autres qui ne lui ont pas été connus. M. Pertusier, dans ses Mémoires , tome I, page 58, remarque que le versant des montagnes ^ du côté de VEuxin , tant en Europe quen Asie , est couvert, presque jusquà la crête , d'amas de sable qui remplissent des excavations plus ou moins profondes; et que y sur le versant opposé , on ne rencontre que des terres calcaires et de l'argile. Ces amas de sable annoncent assez que les eaux se sont élevées à une très grande hauteur dans la partie du nord des montagnes ; et d'ailleurs quelques écueils et quelques difficultés qui se rencontrent dans la navigation du canal de la mer Noire, semblent indiquer le brisement d'une digue qui existoit autrefois en cet endroit.
BARBIÉ DU BOCAGE.
DU BOSPHORE DE THRACE
C'est au village de Tharapia que commence en quelque sorte la défense du Bosphore; car il ne faut point compter les anciens châteaux, dont l'aspect est plus imposant que redoutable. La première batterie est tout près du village de Tharapia, et la deuxième, sur la pointe de Kiretch-Bournou. Ces deux batteries défendent le mouillage de Buyuk- Déré; elles ont été établies en 1807, sous la direction du colonel du génie françois Boutin, par Tchelebi-Efendi, alors un des ministres de la Porte. Au pied de la montagne du Géant, on voit le fort de loucha, ou du Géant; et, sur la rive opposée, celui de Téli-Tabié , qui croisent leurs feux. Ces forts, construits en 1795, sont l'ouvrage de M. Monnier, officier du génie françois. On aperçoit plus loin ceux des Kavak d'Europe et d'Asie, situés près des villages de Roumili-Kavak et d'Anadoli-Kavak, élevés en 1783, par Toussaint , constructeur françois , attaché au service des Turcs , et augmentés en 1 794 , par M. Monnier. Ils sont également fortifiés , et commandent la partie du canal de la mer Noire qui offre le moins de largeur. Ces châteaux sont placés au pied d'anciennes fortifications que l'on attribue aux Génois , mais qui remontent à une époque beaucoup plus ancienne. Les Byzantins et les Chalcédoniens avoient construit ces forteresses pour intercepter la navigation du Pont-Euxin, et exiger un droit de passage des vaisseaux qui alloient commercer dans cette mer. Celle des Byzantins, dédiée au dieu Sérapis, étoit appelée Serapion; et celle des Chalcédoniens se nommoit simplement léron, c'est-à-dire Temple; mais elle étoit consacrée à Jupiter-Urius, que les navigateurs cherchoient à se rendre favorable par des offrandes.
A quelque distance de là, viennent deux autres châteaux, placés, l'un sur la pointe de Kara-Tach-Alti , près du petit port nommé Buyuk-Liman, en Europe; et l'autre, sur la pointe de Fil-Bournou, en Asie. Ces deux châteaux n'étoient d'abord que des batteries élevées en 1785, par MM. de Lafitte-Clavé et Monnier; mais depuis, elles ont été remplacées par des forts construits en 1806, sur le tracé de M. Jousserant, officier du génie françois, et exécutés sous les ordres de Mahmoud-Rayf-Efendi, auteur du Tableau des nouveaux Règlements pour le Nizam-Dgédid, ouvrage déjà mentionné. Ce Turc, très instruit, favori de Sélim III, qui l'avoit nommé inspecteur des batteries du canal, fut une des premières victimes de la révolte des Janissaires , qui précipita son maître du trône; il fut tué le 25 mai 1807, au port de Buyuk-Déré, en cherchant à échapper à ces furieux.
Après ces châteaux, on en remarque encore deux autres plus anciens; ceux de Karibtché en Europe, et de Poiras en Asie : ils ont été construits primitivement en 1773, par le baron de Tott, dans une situation avantageuse et forte; néanmoins ils ont encore reçu des améliorations, en 1778, de Toussaint; en 1785, de de Lafitte-Clavé; et en 1807, d'après les conseils du général Sébastiani, alors ambassadeur de France à la Porte.
Les derniers châteaux du Bosphore sont ceux du fanal d'Europe, ou de Fanaraki, et du fanal d'Asie, ou d'Anadoli-Fener. Ils sont trop éloignés l'un de l'autre pour nuire beaucoup à une flotte qui tenteroit l'entrée du Bosphore. Leur construction remonte à l'an 1769; elle eut lieu sur les dessins d'un architecte grec: mais ils ont été améliorés en 1783, par Toussaint; en 1783, par de Lafitte-Clavé; et enfin en 1794, par M. Monnier.