‹ Voyage SardaigneChapitre 118 sur 205 · CH AV. VI. ANUBNNES ROUTES · texte numérisé non relu

CH AV. VI. ANUBNNES ROUTES

née ci-dessus. La route tïUlbia à Karatés passe par l’intérieur; elle parcourt des régions très montueuses.

Cet itinéraire nous donue, en outre , une route directe (per compendium) de Portus-Tibulis à Olbia, dont les chiffras sont évidemment altérés, une autre de üulcis à Nora, et enfin une septième de Karatés à Nora.

Certes, en comparant l’état routier de la Sardaigne ro* maine tel quo le représente l’itinéraire en question , avec celui que cette île nous offre aujourd’hui, nous trouverons qu’elle était jadis bien mieux partagée sur ce point qu’elle ne l’est actuellement; mais la connaissance que nous avons acquise des localités nous a prouvé que ces indications sont loin d’être complètes. . • • .

11 y avait., dçs les premiers temps de la domination romaine (1), une grande voie qui allait de Torres à Karatés. Les pierres milliaires que l’on a trouvées le long de cette route nous apprennent qu’elle fut restaurée dès les temps de Vespasien > jusqu’à ceux d'Kmilicn et de Carinus (2). Eh bien ! cette route, dont on trouve encore de nos jours des traces à chaque pas , et qui , à en juger par ses débris ,. était sans contredit la mieux développée , la plus large (3) , la plus parfaite, en un mot , de toutes les autres do l’île ; celte route , disons-nous, qui était évi-

(i) Nous croyons ces routes l’ouvrage • des Romaius et non des Carthaginois, comme le voudrait le I’. Angius, qui se fonde probablement sur le passage d’Isidore. De. Orig . , lib. xv. Voyez Bill lio te ca Sard., fascic. i\pag.,a et suiv.

(a) Payez daus le livre suivant les inscriptions n0’ i.

(3) M. le chevalier Carbonazzi a mesuré la largeur commune de cette route, et il l'a portée à. 7 mètres 70 cent. Le P. Angius prétend avoir observé qu’elle est plus large en plusieurs endroits, et en d’autres, dit-il, elle n’eltcède pas 5 mètres; nous pensons qu’il se trompe s’il a voulu donner cette dernière largeur à quelques portions dé fa route dont il s’agît , et qu’ifest dans l« vérité à f’égard de presque toutes les autres routes de Pile.

R«»ule tle Turrts à K amies .

limite* onme* «Ln* l'itinéraire.

Eiprit de l’itin*raire d'Antonin.

demmenl l’ouvrage d’ingénieurs de quelque mérite , ne se trouve pas indiquée dans l’itinéraire d’Antonin , qui laisse également ignorer d’autres voies transversales dont l’existence nous èst démontrée par des traces bien reconnaissables, ou par des pierres milliaires.

Il est curieux de voir que l’itinéraire passe sous silence une route que les grands convois romains pouvaient parcourir tout entière d’un bout 'à l’autre, avec la plus grande facilité, et qui liait entre elles des villes sardes-de premier ordre, pour faire mention d’autres routes d’une bien moindre importance; ces dernières, développées daUs des cantons éminemment monlueux, ne passaient que par des stations misérables et obscures-, et devaient présenter de nombreux et de sérieux obstacles à ces memes plaustra grossiers , mais solides , que nous voyons de' nos jours atteindre par l’adresse , et nous pouvons même dire parla témérité du bouvier sarde, des lieux où l’on s’étonne d’arriver sans accident sur un cheval robuste et docile.

Mais l’omissioh de la grande route eu question dans l’itinéraire n’est pas aussi complète qu’elle peut d’abord le paraître* puisque, de Aara/es jusqu’à La station de Ilafa, cette meme route est commune à une autre voie, ou'plutôt à deux autres dé celles dont nous avons fait mention ci-dessus; ainsi, au résumé, ce n’est qu’à partir de la station de Hafa pour aller jusqu’à Ton-ei , que cette route est réellement omise. Tout cela seidble nous prouver que l’esprit qui dicta la formation de VItirtçraire d' A n ton in était purement militaire, et que cef ouvrage n’était dans le fond que l’énumération ordonnée par l’autorité supérieure de Rome , des étapes que devaient parcourir les légions oji les détachements' romains^ et qu’il devait les guider pdur se porter aux points de la cote menacés par l’ennemi du dehors,* ou. dans les contrées montreuses de l’intérieur que ces roules' ceignaient de tous

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côtés; ce» contrées étaient habitées. par des peuplades indépendantes, que nous avons déjà signalées aiUcursconime étant dans un état de guerre permanente avec les troupes romaines, et les Sardes de la plaine.

Peu importait au gouvernement de Rome d’avoir connaissance de la route qui liait Turres avec K amies ; ce n’était pas vers Turres que Ses vaisseaux se dirigeaient en partant d’Ctetùî pour la Sardaigne , ce n’était pas Torres qui, par le plus .court trajet maritime possible, pouvait lier les deux voies militaires de la Corse et de la Sardaigne.

Dans le premier cas on arrivait à (Jlbia , soit directe- iiirpori» .lirccu

• » , , . . . «le Home avec

meut par son propre port , qui pouvait alorS recevoir .des file bâtiments d’une certaine portée et leur offrir la plus grande sécurité, soit par Y (Jlbianas Purtus proprement , dit, capable de. dounen asile à plusieurs de leurs flottes'à la lois. D'Ulbia on^e rendait à -Karatés par deux routes, une directe, mais peu praticable pour les voitures, qui passait par la partio montueuse de l’jlc; l’autre au contraire allait, par une plaine presque continuelle, rejoindre, vers Lutjuido, la route centrale qui conduisait de Tibulu à la capitale de l’île.

Dans le second cas, dn devait' arriver de la Corse à la «•pporu pur i> pointe la plus septentrionale de la Sardaigne, qui est munie 'd’un bon port. La distinction que l'itinéraire fait entre les routes qui .partent de Tibula et celles qui commencent par Porlus Tibulis, semble nous indiquer que la .ville et le port de -ce nom devaient être envisagés séparément-; mais toujours est-il bien certain que Tibula avait un .port. /

Nous avons déjà signalé ci-dessus, page 399, la. contradiction dans laquelle tombe Ptoléijiée, qui place Tibula à 3Q°40''de longitude et à de iatitndè, et Plubium

à jn°30' de longitude et 39“5' de latitude r tandis que deux lignes plu* bas il nous dit expressément que les'/Y-

hoMlloil de

Tibula.

422 LIVRE II. — DEUXIÈME PÉRIODE. GÉOGRAPHIE. bulatii occupaient là côt/e la plus septentrionale de Vile. i 1 k* position que ce géogrtCphe assigne à Tibula, tombant » Castcl-Sardo. infailliblement près de la ville actuelle de Castel~Sardo , nous sommes dans l’impossibilité-d'admettre cette version. f\ Tibula avait un port , et Castel-Sardo n’én a pas { car on ne saurait donner.le nom de port à la petite anse pleine d’écueils -dite le Fixano , qui n’a pas fa place nécessaire pour contenir plus de deux ou trois petits bâtiments; ce port n’offré' 'd’ailleurs aucune espèce de sécurité contre les vents <du nord-est, du nord et du nord-ouest, qui sont les travcrsiers de cette côte; ce dernier surtout est le vent dominant en cet endroit,; il y forme toujours la grosse mer (1). Là certainement ne pouvait pas être le Portus Tibulis de l’itinéraire.

2°. Tibula se trouvait, d’après l’itinéraire, à 54 milles romains de Torres; eu la plaçant d’après Ptolémée , elle n’en serait éloignée que de 14 minutes d’un dçgré de grand cercle,- qui répondent à 17 milles 500 pas romains. * •, * .iriesata

(i) Pendant nos travaux géojlésiques dans ces parages, nous avons toujours vu qu’à la moindre menace de ce vent, oh de la iramoniana ( vent du hord j, les bâtiments qui se trouvaient en chargement darts cette localité s’empressaient de lever l’artcrc et d’aller se réfugier à l’île de l’Asinara ; bien souvent leur précipitation à partir était telle , qu’ils abandonnaient à terre , non-seulement la moitié de la cargaison , mais encore plusieurs hommes de l’équipage, et même le capitaine , et la provision d’éau , ce qui ne prouve pas en faveurde la sûreté du port-, les petits bâtiments qui veulent y restèr doivent immédiatement, être tirés à terre sur le sable. Nous- avons eli occasion d’y rcyr une gondole de l’État, armée d’une pièce de canon et montée par quinze hommes d’équipage, tous vieux marins expérimentés de l’île de la âladelaiuc, ayant servi Siir lçs bâtiments royaux, être ainsi tirée à terre, et y rester plus d’un mois sans pouvoir se risquer à la mer pour se rendre à PnKln-Torrcr. qui n’est éloigné île là qtre Je quinze milles marins.

CU Al'. VI. — ANCIENS BS BOUTES.

3*. Tibula, d’après l’itinéraire, se trouverait à 13 jninutes plus à l’est , et au nord de Finiolis. CastelSardo est éloigné de Fignola de plus de 28 minutes, et il se trouve d’un côté entièrement opposé.

4°. De CastelSardo à Terranova ( Olbia ) il y a plus de 50 milles romains en ligne droite , tandis -que tout nous engage .à considérer la distance dç Tibula à Olbi/a comme infiniment moindre ; nous ne parlons pas de la route dite per compemlium, qui est au contraire trop courte,, c’est-à-dire dont les chiffres sont visiblement faux.

.5°. La configuration topographique des environs de CastelSardo , où de tous côtés l’on n’arrive qu’à eheval et par de mauvais chemins, se refuse à toute espèce de combinaison pour en fairp le point - de départ de trois grandes routes, comme nous le trouvons dans l’itinéraire. ......

La plupart des auteurs qui se sont occupés de la géo- Tibula , mal graphie ancienne de la Sardaigne ont observé que la .ville r'*”ûn^ T"^ de Tibula de Ptolémée ne pouvait pas être mise à la place que lui assigne ce géographe , et chacun d’eux a tâché de lui donner un autre emplacement selon ses vues. Bergier, Opinion de dans son travail sur les grands chemins de l’Empire, met * cette ville sur la côte orientale de la Sardaigne, regardant la côte occidentale de la Sicile , et dans le lieu où le trajet du continent à la Sardaigne est le plus court (1). M. le ehevalier Carbonazzi , dans upe intéressante dissertation sur les routes romaines de la Sardaigne (2), croit que cette ville se trouvait dans le golfë de Y A rzachena ; le Père Uu p. Ang.ui. Angius (3) partage et développe cette opinion.

( i ) Beugie» , Sur les grands Chemins efe t Empire , pag . 565. (a) Su lie operationi stradali, etc. , ouvrage déjà cité.

(3) Biblioteca Sarda, fucic. i*. pag. 3 et auiv.

- La connaissance que nous avons acquise de ces localités,-pendant nos travaux géodésiques en Sardaigne, nous a démontré que le golfe ou port d ' Arzachena est -un des plus remarquables de l'He ; se trouvant à portée des flottes romaines et presque au nord, il peut remplir une partie des conditions exigées pour être considéré comme l'ancien port de Tibula. Nous ferons cependant observer que dans la description que Ptolémée fait de la côte orientale, qui se termine par le promontoire de l’Ours-, ce géographe aurait placé le port de Tibula entre ce cap et la ville d'Olbia, si, sous le nom de Tibula, il eût entendu parler d’une ville placée dans le golfe actuel d 'vfrza- • chena. Le Père Angius, trouvant comme nous dans le texte de l’itinéraire une erreur de chiffres manifeste , dans l’indication de la distance de Tibula ou de Poftus Tibufii à Olbia, s’appuie de préférence sur les 16 . milles que marque la route per compendium (qui à la vérité lui donne à peu près la distance réelle de Tenanova au gtflfe de l’ Arzaclicna')-, il rejette et corrige les autres données , ce qui le conduit à intervertir l’ordre des sta- #■ tiôns, et à placer Turobole minore, Elephanlaria et Lon-

gones sur la route de l’ouest , tandis que le texte les comprend dans la foute orientale.

Tant que l’on ne découvrira pas de documents positifs , propres à fixer d’une manière satisfaisante la position de Tibula dans le golfe A' Arzachena, nous nous refuserons à cette combinaison; nous exposerons, en attendant, nôs conjectures sur cette ville- mystérieuse , qu’il faut absolument faire figurer sur notre tarte , puisqu'elle est la clef des trois voies romaines les plus importantes de l’île.

Rouim qui pir- Sans recourir d’abord à une. carte , et en réfléchissant seulement à la distribution et à la direction que ces trois routes divergentes pouvaient avoir, on peut facilement jugér que partant toutes d’un même point septentrional

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