K»; CUAP. VI» — IDOLES- PL. XX
• » Les jambes de ce personnage sont écartées comme celles ‘ du n* 25 ; mais ses pieds sont placés à rebours ; il est , par conséquent, supposé marcher à reculons,
Bronze du Cabinet royal de Cagliari. . s
,,La barbe, qui caractérise une de ces deux figures, taudis que l’autre eu est dépourvue; et les pieds du n“ 26 placés à rebours , semblent nous mettre sur la voie pour nous rendre raison , du mnius en partie , de ce» deux représentations dan» lesquelles noua croyons reconnaître celles d’un dieu soleil, figure à deux époques de l’année. Nous savons d’après Macrobe (a) que cet astre divinisé était représenté sous les différents aspects de l’enfance , de l’adolescence , de< la virilité, ou de la vieillesse, selon qu’il entrait dans une des quatre périodes de l’année; celles du solstice cl de l’équinoxe d’hiver, du solstice et de l’équinoxe d’été. La Jig. 25, dépourvue de barbe et marchant devant elle, serait pour nous une image du soleil adolescent, c’est-à-dire de cet astre ayant passé du solstice d’hiver au premier équinoxe , et marchant vers le solstice d’été, vers son plus grand accroissement : celle du n" 26 aurait atteint celte dernière période,' caractérisée par sa longue barbé (b) , mais elle commencerait à marcher vers le second équinoxe ; ses pieds placés à reculons annoncent clairement une marche rétrograde , n ne époque de décroissance. ’
Les deux petites figures qui s’élancent des deux côtés de , ta tête des deux statués pourraient faire naître l’idée d’un accouchement par l’oreille, comme la naissance de Pallas, sortie du cerveau de Jupiter; nous ne saurions trop dire si ces deux petites figures très informes doivent être considérées comme ayant chacune un sexe différent ; elles pourraient dans ce cas •- ' faire allusion aux deux principes générateurs ; nous croyons
rj “* -■ — — -<■ ». ■ » — .
' (a) Saturnal. , lib. i, c. «8, pag. a63, a6<. . ; *
(fi) Pnstea ejut œtas ( solia} « Intuilur plcnissima effigie, barbes . sbUtitio œstivot </uo temporr tummum sut conseqaitar àugmentum. Machoh. , toc. cit.
222 LIVRE h — MOHOHKHTS DK LA 1*' PÉRIODE.
cependant pouvoir lus envisager sous uu autre point de vue, et nous proposons de les considérer comme une représentation symbolique des deux périodes les plus marquantes de la marrbe annuelle du soleil, celle du soleil d’été, et celle du soleil d’hiver; ou bien, en d’autres termes, le soleil d’orient, et celui d’occident. Le premier serait caractérisé par le fruit que parait tenir dans sa main une de ces figures (a). I.e second parait dormir en s'appuyant sur son bras; il rappelle la fig. 22 déjà décrite ci-dessus ; ces deux petites statues secondaires feraient allusion à la puissance productive du soleil d’été, et à l’inertie du soleil d’hiver. . • • -
Les ailes de la tête, l'indication probable des yeux sur l’occiput de \sfig. 18, et son riche diadème (b) rappellent les attributs du dieu Chronos (c) ; mais nos statues ont de plus, au milieu du front , un troisième œil qui les rapproche de VOsins Muhioculus de Plutarque et de Diodorc de Sicile, ainsi que dn dieu indien Isaren , et surtont de Siva, roi du ciel et maître de la ioudre , l’oeil vigilant des trois régions, etc.
La figure triangulaire que l’on voit derrière la nuque dn n® 25 (voy. 25'), rappelle une médaille de Tarse qui représente un bûcher triangulaire élevé chaque année à Carthage, et probablement à Tyr, en l'honneur du soleil (té). Elle nous rappelle égnlemcnt un signeque l’on trouve dans les médailles de Cossu ra(r), ..-V <r i,:j :.y .•y'-i'' ’»■/ •: *•’ > •; •Vé'"'
(a) Nous supposons que celle de droite dn n® u6, qui est mutilée , était en cela analogue à celle du n" i5.
(4) Le diadème parait orne de huit pierres précieuses ; sa forme est tovit Orientale. ' .
(c) Chronos était représenté, selon Sanchoniatlion; par une figure symbolique^ de l’invention de Tliaut, deux yeux par devant et deux par derrière, deux ailes déployées et deux ployé», et deux sur la tète. (Nium. XXIV, cant. cant. v. 2.)
(d) fVyesMüsris, Kcl. dc;r. Kart. Tab. 1 ,/îg. 6}«t Guicxiaut, Bel. de l'ant., PI- LV,/ig. ai8. .
». i(e) Payez Gmuudvs. Script, ling Phoert. mon. quolquol supers. Upsue , i857, tab- Sg, XIII , Cossu» a A ; voyez également Gw-
cssaÙt , loc. cii. , f*/. L\,/ig. aj 1. • l '
Cil AI*. VI. — IDOLES. EL. XX. ' 223
ïft sur des lippes carthaginois (a) ; il pourrait au reste se . ki>c que ce triangle de la partie |>ostérieure de la tête 25* ne fût qu’une indication très informe du nez de la face de derrière , dont on verrait également la bouche ouverte avec des dents terribles , et qui aurait trois yeux comme la face de de- 'vaut; nous ne saurions donner une explication du signe que l’on voit derrière la tête de l’autre statue (ixy.‘26‘), à moins qu’on ne veuille le prendre pour un grand oeil fermé ; on pourrait encore le regarder comme une indication du Mutins , du Xjut. *’ s
L’attribut que le n° 2G tient dans sa main droite, et qu’on voit de grandeur naturelle en 26’ , pourrait être pris pour une espèce de trépied; il conviendrait assez sous ce rapport à notre statue , puisque lé trépied était consacré non seulement fi Apollon, mais encore à Osiris, dieu solei}, et à Bacchus. Suidas disait qu’il était le symbole du présent , du passé et du fiitur. Mais nous envisagerons plutôt cet attribut comme le scabellum, qu’ou voit aussi assez fréquemment sous les pieds d’A|>olloo (A) et qui rajipcllc l’ ixtrti'itt d’Agamcmnon ; on pourrait eufin voir 'dans cette espèce- de semelle la représentation de l’île de Sardaigne, l’iauvra, comme on voit la Sicile figurée par un -triangle. Le fragment de béton ou de règle que ticut dans sa main gauche la même figuré, est trop mutilé pour qu’on puisse en tenter la moindre explication ; il serait cependant possible que ce- fût lé manche d’un marteau. Les trois pointes que le u“ 26 tient encore implantées dans la paume de sa main droite , indiquent assezqu’èlle tenait dans cette main un attribut pareil à celui dé la fig. 2.*» ; quant à la main gaucho de notre n* 26, son index allongé paraissant, comme nous l’avons fait remarquer ci-dessus, appeler l’attention de l’ohservateur sur la partie inférieure du demi-cercle qui se développe sur spn abdomen , nous primions de voir dans ce cercle le symbole de la moitié de la course du soleil, qui vifcnt d’achever cette moitié sur l’écliptique, et dans le
(a) f'nyez également Gtsmus , foc. ci7., tal>. aS et df
[b) f'dyez notre sarcophage romain île- la Pf\ XXXy.
.réWVt.
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22i LIVRE I. — MONUMENTS DE LA 1“ PÉRIODE. m
doigt allongé l’intention d’indiquer l’instant qu’il va quitter un hémisphère pour entrer dans l’autre ; il pourrait se faire au reste que l’anneau postérieur dût être considéré comme un de ces anneaux ordinaires communs aux idoles de cette collection ; on peut d’antant plus le supposer, que le n° 25 eu a un au milieu des épaules.
Les trois espèces de lanières placées le long du dos de la fi g- 25 et celles du n# 26, qu’on pourrait, à la rigueur, envisager comme étant également au nombre de trois , nous semblent indiquer des ailes fermées ; nous avons déjà vu trois ailes mieux caractérisées placées derrière le dos de la fiç. 18. Le nombre de ces ailes serait en rapport avec celui des yeux , et ce nombre ferait allusion à la domination exercée par le dieu sur les trois régions qu’il parcourt à volonté, et à chacune desquelles il destine un oeil pour y veiller, et une aile pour s’y transporter. Ces allégories sont toutes dans le sens des doctrines religieuses des anciens Orientaux [a). Il nous resterait à pnrfer’ des deux petits crochets qui s’élèvent au bas dé la tuniqne do n° 25 ; mais à quoi les rapporter, si ce n’est à des signes phalliques? ■ T ■*, *'
Mous ne saurions terminer nos digressions sut ces deux statues , sans renouveller les protestations que noys avons déjà * " faites ci-dessus, celles de n’attacher aucune importance réelle aux interprétations que noiis osons proposer de ceJ figures évidemment symboliques, mais si bizarres , et d’une exécution si • imparfaite.
Fig. aj.
Figure virile dépourvue de barbe , coiffée d’une espèce de bonnet surmonté de trois longues cornes un peu recourbées en avant. Son corps est marqué de plusieurs signes peu intelligibles qui ne paraissent pas être des traces d’écriture 5 sa main droite est fixée contre une béquille bien distincte qui arrive sous l’aisscllo , el suh laquelle s’appuie le corps entier ^ la main gaucho tenait
(af Vofti aussi la vision d’ÉzéchieL ’•
’ Digitiâed fif Gjpo
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Cil AP. VI.
IDOl.ES. PL. XX.
probablement un attribut : elle est mutilée au coude. Ses jambes sont garnies d’une espèce de treillis, imitant un réseau de courroies qui les entortille.
La partie postérieure de celte bizarre composition n’offre rien de remarquable ; un anneau , qui existait derrière le dos, est actuellement cassé.
Bronze du Musée royal de Turin.
Dans une dissertation que nous avons eu occasion de publier sur des médailles anciennes (a), nous crûmes devoir faire observer que trois cornes placées sur la tête d’une diviuité figurée sur d’anciennes monnaies phéniciennes que l’on trouve en abondance dans les tles Baléares (6), furent dans la suite remplacées par des rayons , dans la représentation de la même divinité sur des monnaies de ces mêmes lieux , mais qui appartiennent à une époque plus rapprochée de nous (c) ; ce qui nous engagea à considérer ces trois cornes comme ayant la même valeur que les rayons d’une divinité solaire , et comme un attribut de la plus haute antiquité. Nous ne saurions offrir une autre explication de cette statue ainsi coiffée, que celle d’un dieu soleil; mais ce dieu soleil est malade , il appuie sur sa béquille un corps que des jambes entortillées de langes font voir dans un état de maladie ; les différents signes répandus sur son corps pourraient être des marques de tatouage, mais nous proposons de les considérer comme des indications de plaies, d’ulcères, propres à un corps infirme, tel que devait être, dans l'imagination des anciens orientaux, celui d’un soleil maladif qui ne peut marcher qu’à l’aide de. béquilles , et dont les pieds sont perclus. Cette allégorie du soleil d’hiver rappelle la fête des béquilles (d).
(a) Saggio soprU alcune morte te dette isole Baleari. Méin. de l’Acad. des Sciences de Turin, tom. XXXVIII, pag. 107.
(b) Voyez notre PL XXXIX ,ftg. 14, d-g.
(c) Voyez même planche et même /îg. a, b,c.
(d) « Le a8 du mois de phaophi (dit Plutarque), les Égyptiens « solcmuisoient une autre fête qu'ils appellent le bâton du soleil , « qui est après l'équinoxe d’automne . donnant ouvertement à en-
226 I.IVRB I. MONUMENTS DE LA l" PÉRIODE.
t\ g j8 Figure virile dépourvue de barbe . coinée de deux cornes droites, au milieu desquelles s’en élève une troisième plus longue et placée le gros bout en bas , de manière adonner presque l’idée d’un modius. Scs trois yeux sont sphériques et très saillants ; deux mamelles également très saillantes et un phallus très prononcé sont à leur place ordinaire, tandis que sur chaque genou se trouve un autre corps sphérique assez analogue au troisième œil (celui du front). On en voit un quatrième au centre de la main droite, qui n’a que trois doigts. La main gauche, également composée de trois doigts, tient un bâton fourchu aplati , garni de plusieurs boutons. Ceux-ci sont au nombre de sept; mais le bâtou offrant des traces évidentes d'une mutilation , on est induit à croire que ces boutons étaient plus nombreux : peut-être y en avait-il douze comme dans le bâton de la figure suivante.
Bronze du Cabinet royal de Turin.
L’explication que nous avons proposée des trois cornes placées sur la tète de la fig. 27, et les trois yeux de celles qui précèdent , semblent nous autoriser à voir dans cette statue une autre représentation d’un dieu soleil ; si le rayon du milieu qu’elle porte sur sa tête doit indiquer un modius , nous avons un attribut assez connu dans l’antiquité, et qui convient à Serapis soleil ; le modius est l’emblème de l’al>ondance propre à un soleil de puissance productive (a), ce qui s’accorderait avec les mamelles pleines et le phallus de cette même figure; si ce n’est qu’un simple rayon mal exécuté , les trois rayons rentrent dans la classe de ceux de la figure précédente; ce qui
n tendre que le soleil a bcsoing d’un appuy et d'un renfort dans n tant que sa chaleur commence à diminuer, et sa lumière aussi « s’inclinant et s’éloignant obliquement de nous. » De Isid. , trad. d’AuroT, édit. 1784, pag. 34G. f'ojret encore sur les Béquilles du Soleil, Demis, tom. 1, pag. 197.
(a) Foye s page at3 ci-dessus
CHAP. VI. IliOl.KS. PI.. XX.
est le plus probable. Le nombre <le trois doigts , dont se compose chaque main , indiquant la perfection et la pluralité 'indéfinie , est en harmonie avec les attributs que nous avons observés dans les Jlg. 25 et 26 ; ici nous avons également un troisième oeil sur le front ; celui que notre statue a dans la paume de la main droite fait probablement allusion à la clairvoyance d'opération , à la science parfaite du dieu ouvreur, par lequel tout est fait, mais qui ne fait rien par hasard ; les yeux placés sur ses deux genoux peuvent également indiquer la science parfaite de ce même dieu dans sa course annuelle ; ses pas n’ont rien d’incertain ni d’irrégulier , ils sont calcules et dirigés d’une manière admirable. Le bâton qu’on voit dans la main gauche pourrait, d’apres ce que nous avons observé dans la figure précédente, et d’après ce que nous verrons dans celle qui suit, être pris également pour une béquille; malheureusement on ne peut connaître d’une manière précise le nombre des boutons dont était garni ce bâton ; nous sommes cependant autorisé par l’analogie de cette figure avec la suivante à croire qu’il y en avait douze , ce qui donnerait l’idée des douze parties du zodiaque, ou plutôt des douze maisons du soleil.
Cette béquille ne servant pas ici d’appui à la statue , nous ne saurions voir en elle un soleil maladif; au contraire , ses autres attributs nous engagent à la considérer comme la représentation d’une divinité solaire et génératrice, dans la période de sa plus grande puissance.
Figure virile, dépourvue de barbe, dont les deux F,g yeux et les joues sont également de forme très sphérique et font saillie. Sa tête est ornée de deux espèces de cornes plates qui s’élancent obliquement en serpentant; celle de droite finit par trois pointes, où l’on croirait trouverla tète d'un animal avec la gueule ouverte, et allongeant la langue ; celle de gauche est bifurquée : au centre de ces deux cornes s’en élève verticalement une troisième qui, arrivée à la moitié de sa longueur, se divise et forme une espèce de croissant au centre duquel s’élève une
troisième pointe lancéolée. Les mamelles, le nombril et le phallus sont ici , comme dans la figure précédente, d’un volume remarquable; de petits points ronds apparaissent sur différentes parties du corps, et sont disséminés d’une manière qui pourrait donner l’idée d'une représentation d'étoiles dans le firmament. Au reste ces signes, qui portent l’empreinte d’un instrument à pointe , dont on aurait frappé le bronze postérieurement à sa sortie du moule , pourraient n’étre que de purs accidents.
La main droite, composée aussi de trois doigts, est fixée à un bâton placé sous l'aisselle en guise de béquille ; le corps de la figure parait s’y appuyer. Ce bâton est uni par devant, mais par derrière il est garni.de douze boutons arrondis , et absolument pareils à ceux du bâton de la figure précédente ; la main gauche se termine en une télé humaine.
La partie postérieure est remarquable par les douze boutons en question , et par les autres signes semblables , qui pourraient bien indiquer des yeux; on en voit deux derrière chaque genou , un derrière la main gauche , et un quatrième derrière l’épaule; en un mot, hors ce dernier, tous les autres sont placés dans cette figure à la partie postérieure des mêmes places où on les observe dans la figure précédente. On remarque , le long de son dos , les restes d’un anneau , et plus bas une trace de queue. '
Bronze du Cabinet royal de Cagliari.
Cette statue a dans sa pose , dans la racine de ses trois cornes ou rayons , et dans les petits points arrondis épars sur le devant de son corps, et qu’on pourrait prendre pour de petites plaies ou pustules, beaucoup d’analogie avec le n" 27; aussi nous sommes porté à la considérer comme une autre représentation d’un soleil malade , c’est-à-dire du soleil d’hiver :