‹ Voyage SardaigneChapitre 54 sur 205 · CHAP. VI. IDOLES. PL. XX · texte numérisé non relu

CHAP. VI. IDOLES. PL. XX

la manière toute bizarre dont se* cornes sont développées , et la

tète humaine qui termine son bras gauche , sont pour nous inexplicables. Les autres caractères qui la rapprochent du n° 28, mais qui sont placés à la partie opposée, soit du corps, soit du bâton, semblent indiquer entre ces deux statues une véritable opposition ; or, comme nous avons rru reconnaître dans le n° 28 un dieu soleil dans sa période de puissance, celui qui nous occupe doit par cela même être envisagé comme étant dans sa période de faiblesse ; de là le besoin de s’appuyer sur le bâton qui lui sert de béquille , et qui figure en même temps la marche de l’astre et son entrée successive dans les douze maisons ou stations. Nous ne pensons pas que les douze signes du zodiaque fussent connus aux anciens Sardes ou Phéniciens qui ont fait ces statues , puisqu’un savant moderne a prouvé que ces signes étaient d'invention grecque assez moderne (a) ; mais, comme il est certain que les Chaldéens avaient divisé le zodiaque en douze parties, nous croyons que celles-ci peuvent très bien être représentées par les douze boutons ou yeux placés sur le bâton qui sert de béquille à notre dieu soleil , dont la composition nous parait déceler une origine orientale.

Figure humaine, probablement virile, sans barbe; sa tête, mal exécutée, laisse voir la racine de deux cornes , et se termine par derrière en un cône très aminci et recourbé . Cette tète est surmontée d ’u ne autre tète exactement semblable ; des deux côtés des épaules de la figure principale s’élèvent verticalement deux grandes ramifications irrégulières ; sa poitrine est garnie de deux mamelles de femme saillantes et sphériques , et au-dessous se trouve une écharpe placée en sautoir de droite à gauche , sur laquelle on voit une inscription (1). Au bas de l’abdo-

(a) Voyez Journal des savants, Octobre i83g, p. 5"? et suivantes. M. Letronnc a développé plus amplement ces idées dans ses leçons faites au collège de France, et auxquelles nous avons assisté dans les premiers mois de i84o.

(■) y ayez ces caractères de grandeur naturelle, même PI. XXX' .

f'ig. 3o.

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meu est un bouton, ou plutôt un fragment de phallus; ses deux mains avancent sur le devant, la droite tient une tête humaine qui a le plus grand rapport avec celle que tient la fig. 3 ; la gauche a un attribut assez curieux dont nous offrons aussi séparément un dessin de grandeur naturelle(l) ; on voit, par derrière, une assez longue queue.

Bronze du Cabinet royal de Cagliari.

Nous proposons d’envisager cette composition comme la représentation d’une divinité androgyne réunissant les deux principes, actif et passif, indiqués comme dans la fig. 17, par deux tètes posées l’une sur l’autre, et par d’autres caractères des deux sexes assez clairement indiqués, et réunis sur un même corps. Les ramifications qui partent de sês épaules semblent devoir être rapportées à des productions marines du genre des madrépores (a); elles feraient dans ce cas allusion à la puissance productrice de la nature, et & la succession des générations parties d’une même souche (6). II pourrait cependant se faire qu’on dût les envisager comme des cornes de cerf, ou de daim ; ces attributs propres à Diane nous rappelleraient la fable d’ Action; ils pourraient enfin faire allusion, par le renouvellement actuel des cornes de cerf, au renouvellement des productions de la nature.

Cette idole a beaucoup de rapport avec le n° 7 ; mais les petites têtes qui, dans cette dernière statue, sortent de ses épaules, sont remplacées ici par les deux grandes ramifications. Le corps sphérique que nous avons remarqué dans la main droite du n° 7, et que nous avons regardé comme un œuf, serait déjà éclos dans len° 30, et développé en une tête humaine comme dans la fig. 3.

(i) yoyti même PI. XXX'.

(a) Pu luira cetvicorni \.

(0) Peut-être toutes ces branches devaient exprimer un sens analogue à celui qu'offre, dans la religion de l’Inde, la chaîne de la crût lion .

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