‹ Voyage SardaigneChapitre 64 sur 205 · CHAP. VI. ^ — IDOLES. PL. XXIV · texte numérisé non relu

CHAP. VI. ^ — IDOLES. PL. XXIV

qui s« termine en une tète humaine; son bras gauchè est appuyé à la hanche.' Ce personnage est posé sur le haut d’une espèce d '-œdicula ouverte de part en part , au milieu de laquelle se trouve une tête humaine avec une très longue barbe (1) ; cette tète est placée à son tour sur un piédestal allongé ayant quatre faces. Sur la principale, c’est-à-dire sur la face de devant, sont d’abord quatre signes arrondis en forme de petits disques, placés à une certaine distance les uns des autres y ensuite quatre autres signes semblables réunis entre eux par une ligne horizontale; du centre de cette ligne part une espèce de style incliné obliquement et même un peu recourbé (2) : ce style occupe le centre d’un hémicycle dont le sommet de l’arc est tourné .vers le bas ; un autre hémicycle semblable est placé en sens opposé , et forme avec le premier un X-i on trouve ensuite une troisième ligne parallèle aux autres, sur laquelle sont également figures deux autres disques et une pointe; au-dessus de ces deux disques, qui sont un peu plus grands que les autres, se trouve une tête avec un museau un peu allongé r qui pourrait bien' être celle d’un chien. Le champ inférieur est occupé par une inscription , dont les caractères paraissent devoir être lus de droite à gauche. (3): phis bas se trouvent d’autres disques qui ressemblent à ceux de dessus; mais ils sont combinés différemment , et ils forment des groupes séparés par des lignes droites et briséesl

Des deux côtés du piédestal sortent deux bouts de croissants, formant ainsi deux demi-lunes, une supérieure

(r) y«yn le monument de flanc, et surtout la représentation que nous en donnons de grandeur naturelle , PI. XXXII, n°6i.

(a) En examinant avec attention cette courbure, nous avons cru reconnaître qu’elle était, en grande partie, accidentelle.

(5) Elle est reproduite «le grandeur naturelle dans les mcines. planches: .

•2 G 2 LtVKE I , — MONUMENTS DE LA l“ PÉRIODE.

et l'autre inférieure ; sur res mêmes côtés sont rangés en ligne droite sept autres disques qui pourraient réunir la forme du croissant à celle du disque , comme on le voit daus plusieurs monuments égyptiens.

Sur l'arête qui joint ces deux faces latérales à la grande face du devant, sont distribuées plusieurs pointes ou espèces de petites cornes en partie détruites ; elles étaient au nombre de dix , c’est-à-dire cinq de chaque côté; celles qui sont les plus voisines de la petite tête d'animal sont plus rapprochées que les autres.

La partie postérieure du piédestal est divisée dans le milieu par une large fente , ayant de chaque côté quatre petits crochets dont les bouts se regardent. L’intérieur de ce piédestal est vide ; il parait avoir été destiné à recevoir le bout d’une hampe. <

Bronze du Cabinet royal de Cagliari.

Ce curieux monument semble avoir rapport au soleil , à la Inné et aux étoiles ; c’est-à-dire nous le croyons astronomique , ou plutôt encore astrologique.

La partie supérieure représente peut-être les trois soleils ; la Bgure principale qui a sur sa tête uu signe lancéolé, pCobâillement une flamme ou un rayon , et qui tient dans sa main une massue faite comme un enfant emmailloté , noos parait une représentation du soleil adolescent , d’une espèce de dieu Honu ; la massue à tête humaine dépourvue de ces rayons ou cornes que nous trouverons ci-après dans les autres massues de ce genre, pourrait bien être elle-même l'image du soleil toutà-fait enfant, celle d’un Harpocrate, tandis que la tête barbue , placée au pied de la statue , serait au contraire une représentation du soleil dans toute la force de l’âge.

Le style qui sort immédiatement au-dessous de cette tête barbue, et est placé d’une manière un peu inclinée., nous parait devoir être pris pour un gnomon, (a) , plutôt que pour un signe

(n) On nous objectera probalilement que les anciens gnomons

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phallique; l’absence d'une ligne perpendiculaire méridienne, qui devrait être tracée au bas de ce style , nous engage à considérer cet instrument comme un objet purement allégorique; il serait, ici l'emblème de r harmonie universelle et de l’ordre admirable de toutes les choses qui composent l’univers , et en particulier de l'harmonie des corps célestes. C’est dans ce sens que le gnomon était employé comme symbole chez les Égyptiens. • „

Une idée symbolique analogue serait, si nous en croyons quelques auteurs [a), représentée par les deux serpents d'uu caducée , qui figuraient également à leur point de jonction la rencontre du soleil et de la lune sur l’équateur. Nous ue nous arrêterons |>as sur ces idées, pour trouver uue explication de cette espèce d'X renversé que nous voyons dans notre monument , car tout . cela supposerait chez les anciens habitants ou colons de la Sardaigne , des notions qui nous paraissent trop élevées, et même trop récentes, pour être représentées dans ces bronzes ; nous ne pouvons cependant pas uous empccber de faire remarquer que ce signe ^ se trouve placé précisément entre la tète barbue, que uous croyons devoir être celle du soleil , et la tète qui se trouve plus bas au milieu des deux bouts de croissant , et que nous jugeons devoir être l’image de la lune ; remarquons encore qu’en considérant ce même signe comme formé par la réunion de deux lignes faites à peu près comme des qui se cruiseul dans le milieu , on aurait une représentation du cours tortueux du soleil et de la lune sur l’écliptique (b) , et que leur

n’étaient pas placés sur une surface verticale, mais qu’ils sortaient toujours d’un plan horizontal;' nous citerons, à l’appui de notre opinion, le monument conservé au Musée égyptien de Turin, publié par M. liior , Mem. de FJcad. des Sciences de r Institut de France, tom. XIII, i835 , pag. 678 notes, et pag. 680-681.

,(«) a Le caducée devint aussi le symbole de l'harmonie céleste « qui règne entre les astres. Boule . Culte de Bacehus , vol. II., pag. ai5 et suiv.

fb) Eusiii, Prerp. evang. . ,

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jonction aurait précisément lieu au-dessous du gnomon ; or, cet instrument est précisément celui qui fut employé par les anciens pour mesurer l'obliquité de l’écliptique (a).

Nous ne saurions pas bien dire ce que peuvent signifier les huit petits disques placés sur deux lignes , à côté et au-dessus du style en question : nous croyons cependant qu’ils figurent des corps célestes , et qu'ils doivent avoir des rapports avec la tète barbue , comme les autres, qui sont plus bas, sont apparemment associés à la tête que nous pensons devoir représenter la lune; on pourrait encore, en considérant cette tète d’animal comme celle d’un chien , la prendre pour une image de Siriiu, l’étoile caniculaire placée au-dessous de la représentation du soleil dans sa plus grande puissance ; le lieu que cette tête de chien occupe pourrait nous, ramener à une représentation du lever héliaque de Sinus. v '

Les différents disques qu’on voit plus bas , combinés en quatre groupes distincts , et liés entre eux par des lignes droites , rappellent les constellations figurées parles anciens Mongols, et encore de nos jours par les Chinois ; peut-être en était-il de même dans les anciennes sphères ehaldéenne et phénicienne (6)1 Les bornes que nous nous sommes imposées dans ce travail ne nous permettent pas de développer ici tous les points qui pourraient nous guider dans la comparaison de ces astérismes (chr nous les regardons comme tels ) avec les constellations connues des anciens, et principalement des Phéniciens ; nous nous contenterons de signaler les trois disques placés en une ligne courbe dans la seconde case au-dessous de l’inscrip-

tion ; ce signe poutrait bien figurer la queue de la petite uurse dite jadis la queue du chien où se Irouvc précisément étoile polaire. On sait que cette constellation fut introduite dans la

(up« Ou croit, il est vrai, qu’Anaximandrc , vers le milieu du « seizième siècle avant notre ère, non-seulement s’était aperçu de « l'obliquité de l’écliptique, mais enedre l’avait mesurée à l’aide «.d’un g nomnn. » Litsokse, Journal des Savants , septembre i85g, pag. 55;. * • .

(b) Voyez Litiomie, Journal des Savants, août i85q, pag. 4çi-

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