CHÉTOGNATHES DE LA BAIE D’AMBOINE
PAR
Ed. BÉRANECK
Avec la planche XV.
Nous ne sommes pas encore fixés sur la place qu’occupent les Chétognathes dans la classification zoologique, sur leur mode de répartition à la surface de notre globe, et cependant, d’importantes monographies ont été consacrées à cet intéressant groupe de Métazoaires.
Les Chétognathes, comme on le sait, appartiennent à la faune pélagique. Ils ne vivent pas exclusivement à la surface de l’océan, mais, suivant les circonstances, descendent à des profondeurs variables. Leur distribution géographique est très étendue, puisque leur présence a été signalée dans presque toutes les mers. Si quelques espèces sont cosmopolites, d’autres, par contre, paraissent être cantonnées dans une région déterminée du monde océanique. Dans l’état actuel de la science, nous ne sommes pas en mesure de dresser une liste exacte de ces espèces soi-disant locales ; les documents relatifs aux Chétognathes qui peuplent les océans lointains sont encore trop incomplets.
Il est avantageux, au point de vue zoologique, d’étudier des
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faunes exotiques recueillies par des naturalistes qui ont séjourné un certain temps dans la même localité et ont ainsi fouillé avec méthode une région donnée. M. Bedot et son compagnon de voyage M. C. Pictet, qu’une mort prématurée a enlevé à la science, ont passé deux mois et demi à Amboine et en ont rapporté, entre autres, un riche matériel de pêche pélagique. La liste des espèces de Chétognathes trouvées en examinant ce matériel fait l’objet de cette communication.
Dans sa monographie des Chétognathes, Oscar Hertwig 1 II répartit les espèces alors connues de ce groupe en deux genres : le genre Sagitta et le genre Spadella, qui sont caractérisés, le premier par la présence d’une nageoire caudale et de deux paires de nageoires latérales nettement distinctes l’une de l’autre, le second par la présence d’une nageoire caudale et d’une seule paire de nageoires latérales empiétant en arrière sur la région caudale du corps.
Grassi5, dans sa monographie publiée trois ans plus fard, répartit aussi les Chétognathes en deux genres : le genre Sagitta et le genre Spadella.
Langerhans 3, dans la troisième série de ses recherches sur la faune helminthologique de Madère, parue en 1880, divise les Chétognathes en trois genres : le genre Sagitta , le genre Krohnia et le genre Spadella. Il donne de ces trois genres la diagnose suivante :
Les Sagitta ont le corps élancé ; les dents sont distribuées en une double rangée sur chaque moitié de la région céphalique ; les nageoires latérales sont au nombre de deux paires.
Les Krohnia ont aussi le corps élancé; les dents sont distri-
I Oscar Hertwig, Die Chsetognathen, eine Monographie. Iena, 1880.
II B. Grassi, Die Chsetognathen , Y. Monographie, Fauna und Flora des Golfes von Neapel. 1883.
9 Langerhans, Wurmfauna von Madeira, III, Zeitschr. für wissensch. Zoologie, Bd. 34, 1880.
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buées sur chaque moitié de la tête en une seule rangée; il n’existe qu’une paire de nageoires latérales.
Les Spadella ont le corps plus ramassé; le tissu sous-cutané, très développé, s’étend en arrière jusqu’à la paire unique de nageoires latérales; les dents sont distribuées en une double rangée sur chaque moitié de la tête.
Les caractères morphologiques sur lesquels les naturalistes se sont basés pour asseoir la classification des Chétognathes sont très variables, comme l’a montré Grassi, et rendent la distinction des genres souvent fort difficile. Ces caractères varient non seulement d’un individu à l’autre dans une même espèce, mais encore dans le même individu suivant l’âge auquel on l’étudie. Grassi (op. cit., page 8) soutient que chez quelques Chétognathes il est impossible de dire si la rangée des crochets chitineux est simple ou double. Ce caractère ne peut donc prétendre à une valeur classificatrice générique et ne permet pas de différencier nettement les Krohnia des Sagitta . Selon Grassi, le genre Kroknia, créé par Langerhans, n’aurait ainsi. pas droit de cité dans la science.
La variabilité de l’appareil dentaire des Chétognathes a engagé Carus à ne prendre en considération, pour classer ces Métazoaires, que le nombre des nageoires. Dans la première partie de son Prodromus faunæ mediterranm, parue en 1884, ce savant admet deux genres, qu’il diagnose comme suit :
Sagitta : Corpus elongatum, Jiyalinum ; cauda acuminata pinna horizontali limbata ; pinnarum lateralium paribus duobus.
Spadella : Pinna caudalis et pinnarum lateralium par unicum, in cauda oriens, in truncum productum.
Sans doute, le nombre des nageoires est d’une certaine importance pour la classification des Chétognathes; mais, à lui seul, ce caractère ne permet pas d’établir dans ce groupe de Métazoaires des coupes génériques valables. Chez la Sagitta lyra, par exemple, les deux paires de nageoires latérales tendent à se
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fusionner en une seule; les jeunes Sagitta, au moment de leur éclosion, ne possèdent que trois nageoires; plus tard se développe la seconde paire de nageoires latérales (voir Hektwig, op. cit., pl. I, fig. 5). La structure de ces organes est elle-même sujette à varier. En général, les nageoires sont soutenues par des rayons chitineux; toutefois, chez la Spadella Marioni, la paire unique de nageoires latérales est dépourvue de ces rayons. En se basant presque exclusivement sur les caractères tirés des nageoires, comme le fait Carüs, il serait tout aussi logique de créer un genre à part pour la Spadella Marioni (absence de rayons chitineux) que de séparer les Spadella des Sagitta , parce que les premières possèdent une paire de nageoires latérales, tandis que les secondes en ont deux.
Les Chétognathes constituent une division zoologique si homogène qu’il faut tenir compte, pour l’établissement des espèces, de l’ensemble des principaux caractères morphologiques. Strodtmann 1 a publié en 1892 une thèse de doctorat, dans laquelle il étudie spécialement la classification des Chétognathes. Il indique en un petit tableau, que je reproduis ci-dessousr les caractères qui doivent servir à différencier les genres et les espèces les uns des autres :
1. La taille de l’individu parvenu à maturité sexuelle; les rapports entre la largeur et la longueur du corps; les dimensions relatives des trois segments du corps, céphalique, troncal et caudal.