‹ Voyage scientifique dans l'Archipel Malais (volume 2)Chapitre 146 sur 218 · REVISION DE LA FAMILLE DES AGALMIDÆ · texte numérisé non relu

REVISION DE LA FAMILLE DES AGALMIDÆ

Les caractères dont on s’est servi jusqu’à nos jours pour déterminer les différentes espèces de Siphonophores sont si indécis et souvent si variables, qu’il en est résulté une grande confusion dans la systématique de ce groupe. Cet état de choses a eu des conséquences déplorables. Les auteurs ayant l’occasion d’étudier des espèces peu ou mal connues, ont préféré les décrire sous des noms nouveaux plutôt que de se livrer au fastidieux travail préalable consistant à éplucher la littérature du sujet et à établir la synonymie. Actuellement, plusieurs familles sont composées d’espèces pour la plupart mal définies ou établies d’après des exemplaires en mauvais état.

Nous avons cherché à mettre un peu d’ordre dans cette classification en soumettant à une révision critique toutes les descriptions d’espèces se rapportant à la famille des Agalmides. Comme on le verra, nous avons donné, à la fin de notre travail,

MAURICE BEDOT.

une liste des noms d’espèces et de genres qui doivent disparaître de la nomenclature, soit parce qu’ils font double emploi, soit parce qu’ils ont été appliqués à des colonies incomplètes, indéterminables, qu'il serait impossible de reconnaître.

Nous y avons ajouté une liste des espèces incomplètement connues, auxquelles il n’est pas possible d’assigner une place définitive , avant d’avoir des renseignements plus précis à leur sujet.

La liste des genres et espèces d’Agalmides, que nous donnerons, est celle qui semble répondre le mieux à l’état actuel de nos connaissances ; mais elle est bien loin d’être parfaite et subira certainement de nombreuses modifications.

Les auteurs diffèrent d’opinion sur la valeur des caractères qui peuvent être utilisés pour distinguer les espèces. La forme des boutons urticants est un des meilleurs caractères dont on se soit servi pour établir les genres. La forme des boucliers peut aussi être prise en considération, mais elle est sujette à de nombreuses variations dans la même colonie. La contractilité plus ou moins grande de la tige a aussi de l’importance, mais seulement au point de vue comparatif. On observe, à cet égard, une différence bien marquée entre la tige rigide des Crystallomia et des Stephanopsis et celle des HaUstemna , Cupalita , Agalmopsis, etc., qui est douée d’une contractilité très énergique. C’est un des principaux caractères dont Hæckel s’est servi pour établir les deux sous-familles : Crystallodinœ et Anthemodinæ.

Hæckel [XXIX et XXX] 1 attache une très grande importance, dans la classification, à la disposition des groupes d’individus attachés à la tige, suivant qu’ils sont disposés en ordre (cormidia ordinata) ou non ( cormidîa dissoluta).

Ce caractère pourra certainement rendre de grands services

1 Les chiffres romains renvoient à l’index bibliographique.

SIPHONOPHORES

pour la classification, mais il est malheureusement encore peu connu et demande à être étudié plus complètement. En effet, Chun [X], qui a étudié la disposition des groupes d’individus attachés à la tige de Cupulita picta Hkl ( Halistemma pidum Metsch.), a démontré qu’elle dépendait d’une loi de croissance constante. Et cependant cette espèce semble, à première vue, avoir des groupes d’individus disposés sans ordre ( cormidia dis soluta ).

On n’a pas assez insisté sur les différences qui peuvent exister entre les colonies de même espèce, mais d’âge différent. Nous savons par les recherches de Leuckart [XL] que les jeunes colonies d 'Agalmopsis Sarsi ont deux formes de boutons urticants, tandis que les colonies plus âgées et plus grandes n’en ont qu’une. Et cependant, les jeunes colonies sont aptes à reproduire, lors même qu’elles n’ont pas le faciès des colonies âgées.

Il est évident que l’on doit pouvoir constater sur d’autres parties de la colonie ces différences de formes dues à l’âge.

Beaucoup d’auteurs ont une tendance à se servir, pour la classification, de caractères tirés de la distribution géographique. Il n’y a absolument aucune raison pour admettre qu’une espèce de Siphonophores ne puisse pas habiter aussi bien l’océan Pacifique que l’Atlantique et même tous les deux en même temps. J’ai déjà eu l’occasion de discuter cette question 1 en montrant qu’il existait une grande analogie entre la faune de la Méditerranée et celle de la baie d’Amboine.

On ne doit pas, par conséquent, considérer comme nouvelle une espèce que l’on rencontre pour la première fois dans une mer quelconque, alors qu’elle a déjà été trouvée dans une autre mer. Si nous insistons sur ce point, c’est pour des raisons que l’on comprendra en voyant, dans les listes de synonymes, le nombre énorme d’espèces créées inutilement.

1 C. PiCxTet et M. Bedot. Compte rendu d’un voyage scientifique dans l’archipel malais. Genève, 1893, p. XXXII.

Nous allons maintenant passer en revue les ouvrages contenant des descriptions relatives aux Agalmides.

C’est dans le voyage de Peron et Lesueur [XLIV], publié en 1807, qu’apparaît la première description et la première figure d’une Agalmide. Ces auteurs donnèrent le nom de Stephanomia amphytriclis à un fragment de Siphonophore dans lequel il est difficile de reconnaître une espèce bien définie. Dans les travaux s’occupant de la synonymie des Siphonophores, on renvoie plus volontiers à la planche qu’à la description de Peron et Lesueur. Et c’est avec raison, car cette description est si vague qu’elle peut s’appliquer à n’importe quelle espèce de Physophorides. Quant à la planche, elle montre une Agalmide dépourvue de son nectosome et dessinée très schématiquement. Elle ne donne aucun renseignement sur la forme des boutons urticants. Le caractère tiré de la disposition des cormidia — s’il a l’importance que l’on veut bien lui donner — doit être établi par des observations plus exactes que celles de Peron et Lesueur. Du reste, le dessinateur a représenté entre les cormidia, tout le long de la tige, une série de petits filaments qui ne dépassent pas les boucliers. On n’en comprend guère la signification, mais leur présence suffit pour que l’on ne puisse pas parler de «free internodes », comme le fait Hæckel. Il s’agit très probablement de tentacules disséminés entre les gastrozoïdes. Huxley [XXXI] retrouva plus tard la Stephcmomia amphytridis de Peron et Lesueur et donna d’intéressants détails sur sa structure et principalement sur les boutons urticants. Il en résulte que l’on doit considérer ce Siphonophore comme très proche parent de Cupulita picta Hæckel. Il est même probable que ces deux espèces sont identiques. Mais nous attendrons de nouvelles recherches avant de les réunir définitivement.

Chamisso et Eysenhardt [IX], en 1821, décrivirent sommairement et figurèrent quelques débris d’une Agalmide quel-

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conque qu’ils croyaient pouvoir rapporter à la Stephanomia amphüritis 1 Per. et Les. Eysenhardt donna même le nom de Cuneolaria incisa à une cloche natatoire isolée. Ces descriptions n’ont qu’un intérêt historique et doivent être mises de côté.

Dans le Voyage de V Uranie , publié en 1824 [XLV], Quoy et Gaimard décrivirent trois nouveaux fragments de Siphonophores auxquels ils donnèrent les noms de Cupulita Boodwich , de Stephanomia levigata et de Polytomus Lamanon . Les deux derniers sont des fragments indéterminables qui doivent disparaître de la nomenclature. Quant à Cupulita Boodwich , c’est un nectosome complet et suivi d’un morceau de la tige du siphosome d’une espèce qui ressemble beaucoup à Cupulita picta. La description et la figure ne suffisent pas pour déterminer l’espèce dont il s'agit, mais on peut, en suivant l’exemple de Hæckel, conserver le genre Cupulita.

En 1827, Lesson [XXXVII] publia la description d’un animal auquel il donnait le nom de Pontocardia cruciata et qui n'est autre chose qu’une cloche natatoire d’une Agalmide quelconque.

Deux ans auparavant, Eschscholtz avait publié dans l’/sis [XVI] quelques-unes des observations qui ont été réunies plus tard dans son Système des Acalèphes [XVII]. Dans cet ouvrage capital, Eschscholtz divise son ordre des Siphonophom en trois familles : Biphyidœ , Physophoridœ et Veléllidœ. Les Physophoridœ renferment dix genres, parmi lesquels les genres Agalma1 2 et Stephanomia. Ce dernier ne contient que la Stephanomia amphitritis Per. et Les. Quant au nouveau genre Agalma , il a été créé pour faire place à une nouvelle espèce découverte par Eschscholtz dans le nord du Pacifique et nommée Agalma

1 L’orthographe de ce nom spécifique a beaucoup varié. Nous l’écrirons toujours de la même manière que l’auteur dont nous mentionnons l’ouvrage. Il en sera de même pour toutes les espèces.

2 Eschscholtz croit que l’on pourrait peut-être faire rentrer Cupulita Bood wich Quoy et Gaimard dans le genre Epibulia .

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Okenii. Eschscholtz donna une très bonne figure de cette espèce et fit rentrer en outre, dans le genre Agalma, les fragments décrits par Chamisso et Eysenhardt sous les noms de Stephanomia ampliitritis et de Cuneolaria incisa , puis la Pontocardia cruciata de Lesson, et enfin quelques débris d’une colonie de Siphonophores provenant de l’océan Atlantique. De tout cela, nous ne conserverons que l’espèce typique, Y Agalma Okenii. Eschscholtz insiste (p. 155) sur le caractère qui distingue Agalma de Stephanomia , soit l’arrangement des boucliers, formant, le long de la tige, un canal servant au passage des fils pêcheurs. Ce caractère a été remis en valeur, plus tard, par Hæckel.

Dans le Voyage de la Coquille, Lesson [XXXV!] établit la famille des Plétlwsomes, comprenant trois tribus : les Biphyes , les Polytomes et les Stephanomies. Cette dernière tribu ne contient que le genre Stephanomia et une seule espèce, S. amphitritis, de Peron et Lesueür. Quant aux Polytomes, ils sont divisés en quatre genres : Polytomus , Agalma , Apolemia et Plethosoma. Lesson donne des détails seulement sur le genre Plethosoma, qui renferme deux espèces : Pldhosoma cristaloides et Plethosoma cœrulea. Ces deux espèces ont été établies d’après des fragments informes de Siphonophores et, par conséquent, doivent être mises de côté.

Quoy et Gaimard décrivirent, dans la Zoologie du Voyage de V Astrolabe [XLVI], dix espèces de Stephanomies. Les trois premières iS. heUanthus , mdo et hippopoda) ne sont certainement pas des Agalmides. Il est probable que S. cirrJiosa a été établie d’après un fragment d’une Forskalia. Si l’on élimine encore S. tectum , qui n’est qu’une cloche natatoire isolée, il nous reste S. triangularis, imbricata , heptacantha , foliacea et alveolata, qui toutes sont des espèces d’Àgalmides mutilées, incomplètes et impossibles à déterminer. 11 est donc préférable de les éliminer. Seule, S. foliacea peut être conservée et classée

SIPHONOPHOKES.

dans les espèces douteuses, car la forme particulière de ses boucliers permettra peut-être un jour de la reconnaître et de lui assigner une place dans la classification des Agalmides. Les espèces établies par Quoy et Gaimard ont du reste été souvent l’objet de vives critiques et, à cet égard, nous sommes absolument de l’avis de Hæckel, lorsqu’il dit, dans son EntwickelungsgeschicMe der Siphonophoren [XXVIII, p. 47] : « Aile diese Stephanomia- Arten beruhenaber, gleich denmeisten von Quoy und Gaimard beschriebenen Hydromedusen-Arten (und insbesondere den Siphonophoren-Arten) auf so schlechten Beobaclitungen und so unbrauchbaren Darstellungen, dass eine kritische Révision der Species darauf gar keine Rücksicbt zu nehmen braucht. Es ist in der That bei jenen willkürlichen Darstellungen von Quoy und Gaimard, die noch dazu meist nur verstümmelte Individuen oder einzelne Bruchstücke betreffen, ganz unmoglicb zu bestimmen oder zu errathen, auf welcbe Agalmiden- Genera dieselben zu beziehen sein kônnten. Jene Darstellungen sind nur unnützer Ballast der Wissenschaft. »

Bl ain ville [VI], dans son Manuel d' Actinologie , a fait rentrer dans la famille des Stéplianomies quatre espèces de Quoy et Gaimard, à savoir : S. triangularis , S. imbricata , S. Jiexacantha (pour Jieptacantha) et S. foliacea. Il ajoute en outre S. ampliitrides (pour amphytridis) de Peron et Le sueur, et trois autres espèces décrites, paraît-il, dans un mémoire manuscrit de Lesüeur, sous les noms de S. pediculata, S. appendiculata et S. rosacea. Il va sans dire que ces trois espèces, absolument inconnues, doivent disparaître de la nomenclature.

Dans la description des animaux observés par Mertens, Brandt [VII] créa la sous-famille des Agalmidce et y plaça une espèce que Mertens avait prise à tort pour YAgalma OUenii d’EscHSCHOLTZ. Brandt lui donne le nom YAgalma Mertensii. J’ai eu l’occasion de voir les épreuves des planches de Mertens qui, malheureusement, n’ont pas été publiées. La figure

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représentant cette espèce montre clairement qu’elle appartient au genre Crystaïlomia de Dana. Nous l’indiquerons comme synonyme de Crystaïlomia polygonata Dana, car le dessin de Mertens, et la description de Brandt ne donnent pas de détails suffisants pour qu’on puisse en faire une espèce distincte. Les six taches rouges placées sur les cotés, et que Brandt indique dans sa diagnose, sont formées par les boutons urticants rétractés à la base des gastrozoïdes.

La volumineuse compilation que Lesson publia en 1843 [XXXVIII] sous le titre d y Histoire naturelle des Zoopkytes Acalèphes , contient une nouvelle classification dans laquelle sont rangés tous les fragments de Siphonophores décrits jusqu’à ce jour. Les deux seules familles qui nous intéressent sont celles des Polytomes ou Pléthosomes et celle des Physophoræ,

Les Polytomes ou Pléthosomes sont divisés en deux tribus : 1° les Pléthosomées , comprenant entre autres les genres Plethosoma ( P. cristalloïdes Les. et P. cœrulea Les.) et Polytomus (P. Lamanon Quoy et Gaim.); 2° les Stéphanomiées7 comprenant les genres Stephanomia (S. amphitridis Per. et S. lœvigata Quoy et Gaim.), et Sarcoconus. Ce dernier genre est synonyme de Stephanomia Quoy et Gaim. et contient, outre Stephanomia amphitritis Chain, et Eysenh. , à laquelle Lesson donne le nom de Sarcoconus Pysenhardtii, les quatre espèces décrites par Quoy et Gaimard sous le nom de Stephanomia triangularis, imbricata, heptacantha et foliacea.

La famille des Physophorées est divisée en sept tribus, parmi lesquelles celle des Physophorées proprement dites, contient entre autres Physophora cupulita (= Cupulita Boodwich Quoy et Gaim.). La tribu des Agalmas ne renferme que le seul genre Agalma , divisé en trois sections : 1° Vrais Agalmas , avec A. Okenii Esch., A. Eschscholtd Less. ( — Agalma n° 4 d’EscHSCHOLTZ), A. Mertensii Brdt., A. alveolata Less. ( = Stephanomia alveolata Quoy et Gaim.); 2° Agalmas proboscidées7

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contenant deux espèces qui ne sont pas des Agalmes, mais des Physophores ; 3° Agalmas douteuses, avec A. Pontocardia Less. (= Pontocardia cruciata Less.).

De toutes les espèces énumérées par Lesson, nous ne conserverons que la Stephanomia amphytridis Per. , correspondant à notre Gupulita amphitrites , et Agalma Okeni. Tout le reste peut disparaître sans qu’il en résulte aucun dommage pour la science.

M. Sars, en 1846 [XL VII], donna la première description complète et approfondie d’une Agalmide, pour laquelle il créa le genre Agaîmopsis. Malheureusement, il a confondu sous le nom (Y Agaîmopsis elegans deux espèces différentes, qui sont Agalmopsis Sarsi Kôll, (à différents âges) et Cupulita picta Hæck.

Dans une courte note sur les Siphonophores, Vogt [XLIX] annonça qu’il avait trouvé à Nice deux espèces nouvelles d’Agalmes, qu’il nommait Agalma rubra et A. punctata. Il en donna plus tard [L] une description détaillée. L’espèce qu’il décrivit sous le nom d’ Agalma rubra a reçu plus tard le nom d 'Halistemma rubrum. Quant à Y Agalma punctata, elle appartient à une autre famille et est synonyme à'Apolemia maria.

Peu de temps avant la publication du mémoire de Vogt, Kôlliker [XXXIV], dans un rapport sur ses recherches zoologiques faites à Messine, mentionna deux espèces d 'Agaîmopsis : A. Sarsii et A. punctata. Une description détaillée de ces espèces parut peu de temps après [XXXV]. V Agaîmopsis Sarsii est une des formes qui avaient été décrites par Bars sous le nom d 'Agaîmopsis elegans. Quant à V Agaîmopsis punctata , c’est la même espèce que Vogt venait de décrire sous le nom à' Agalma rubra, soit Halistemma rubrum Huxl.

La même année, Leuckart [XXXIX] publia ses Zoologische Untersuchungen , dans lesquelles il décrivit Agaîmopsis rubra (Halistemma rubrum ), Agalma punctata (qu’il reconnut plus tard être synonyme d 'Agaîmopsis Sarsi Kôll.), et Agalma cia-

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vata. Il fit paraître, l’année suivante [XL], une étude détaillée de ces espèces. V Agalma davata (ou davatum ) n’est autre qu’une colonie jeune à'Agalmopsis Sarsi KôlL, comme l’ont démontré Claus [XI] et Fewkes [XYIII].

Dans un petit travail publié en 1856 [XLI], Melville donna quelques détails sur deux Siphonophores qu’il nomme Stephano mia contorta et Agalma Gettyam. Mais la description de ces animaux est si incomplète qu’il n’est pas possible de reconnaître les espèces dont il s’agit.

Sars [XL VIII] mentionne, parmi les Siphonophores qu’il a observés dans la Méditerranée, Agalma rubrumYogtetAgalma Sarsii KôlL II reconnaît que cette dernière espèce est identique à une des formes qu’il a décrites dans la Fauna littoralis Norvégien sous le nom d ’Agalmopsis elegans.

En 1858 parut un mémoire de Dana [XV] dans lequel cet auteur faisait connaître une nouvelle espèce de Siphonophores qu’il nommait Crgstallomia polygonata. Je ne sais pour quelle raison ce mémoire a été très souvent passé sous silence. Et cependant, il est accompagné d’une excellente planche représentant l’animal de grandeur naturelle et donnant de très bonnes figures des boutons urticants, cloches natatoires, boucliers, etc. On peut très bien reconnaître l’espèce dont il s’agit, laquelle a été décrite depuis lors sous les noms les plus divers et que j’ai eu souvent l’occasion d’observer dans la baie d’Àmboine.

Une petite Agaime a été décrite la même année par Græffe [XXVI] sous le nom Agalma minimum , mais Keferstein et Ehlers ont montré [XXXII et XXXIII] que cette espèce était simplement une forme jeune d 'Halistemma rubrum Huxl.

Dans le grand ouvrage de Huxley [XXXI] intitulé The Océanie Hydrozoa , la famille des Stephanomiadœ est divisée en quatre genres : Halistemma , Forskàlia, Stephanomia et Agalma. La classification est basée surtout sur la forme des boutons urticants. Le genre Halistemma , créé par Huxley, renferme une

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seule espèce, H. rubrum ( Agalma rubra Vogt). Quant au genre Forskalia , on le considère actuellement comme représentant une famille distincte de celle des Agalmides. Le genre Stephanomia contenait une seule espèce, S. amphitridis Per. et Les., dont Huxley donne une description assez détaillée d’après un exemplaire malheureusement dépourvu de nectosome. Cette espèce ressemble beaucoup à Cupulita picta HkL, si bien étudiée par Metschnikoff et par Claus. Nous la maintiendrons cependant, jusqu’à nouvel ordre, comme espèce distincte, sous le nom de Cupulita amphitrites.

On remarquera, à cette occasion, que le nom générique de Cupulita , remis en honneur par Hæckel, est antérieur à celui de Stephanomia . De la sorte, le nom générique de Stephanomia disparaîtra entièrement de la nomenclature et c’est d’autant moins regrettable qu’il a été employé pour désigner des Siphonophores appartenant à des genres très différents.

Dans le genre Agalma , Huxley fait rentrer A. Sarsii, A. davatum et A. Okenii. On sait maintenant que les deux premières espèces ne sont que des formes différentes d’une seule espèce qui appartient à un autre genre que VA. Okeni.

Huxley donne en outre la description d’une espèce nouvelle qu’il hésite à rapporter à V Agalma Okenii d’EscuscHOLTZ, et à laquelle il donne le nom d’ Agalma breve. Cette espèce a été établie d’après l’examen d'une colonie très jeune. On doit la placer, dans la classification, tout près (VA. Okeni Esch. et il est possible que de nouvelles recherches permettent un jour d’identifier ces deux espèces.

Les fragments de Siphonophores que Gegenbaur [XXY] a étudiés et a rapportés à Agalma Okeni Esch. semblent plutôt appartenir à Crystallomia polygonata , car les boutons urticants étaient recouverts d'un involucre complètement fermé, ce qui n’est pas le cas dans le genre Agalma.

Dans sa classification des Hydroïdes, L. Agassiz [IY] divise

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les Agalmides en dix genres. Nous en pouvons éliminer d’emblée les genres Temnophysa, Phyllophysa et Cuneolaria , qui contiennent seulement des fragments de Siphonophores décrits parQüOY et Gaimard et Lesson, Le genre Forskalia doit également être déplacé. Quant au genre Sphyrophysa, il renferme seulement deux espèces, dont l’une, une Physophore décrite par Quoy et Gaimard, doit rentrer dans une autre famille, tandis que l’autre, Y Agalma brève de Huxley, doit être placée dans le genre Agalma. Cette première élimination étant faite, il nous reste les cinq genres suivants : Agalma Esch. (A, OJcenii Esch.), Crystallomia Dana (C. polygonata Dana), Stephanomia Per. et Les. (S. amphitritis P. et L. — Huxl.), Agalmopsis Sars (A. elegans Sars, A. Sarsii KülL, A . clavatum Leuck) et Halistemma Huxl. (H. rubrum Huxl. et H. punctatum).

Nous avons déjà dit : 1° que Sars a décrit sous le nom d ’A. elegans deux espèces différentes dont l’une est synonyme (Y A. Sarsi, comme cet auteur l’a reconnu lui-même ; 2° que A. clavatum est une jeune colonie d ’A. Sarsi Koll ; 3° que Halistemma punctatum est synonyme de H. rubrum. Cette synonymie a été admise par Leückart, Huxley, Keferstein et Ehlers.

On voit donc que la classification de L. Agassiz présente peu d’intérêt, les espèces n’ayant pas été soumises à une révision critique.

A. Agassiz [1 et II] publia une excellente description d’une Agalnüde à laquelle il donnait le nom de Nanomia cara. Nous verrons plus loin que cette espèce doit rentrer dans le genre Cupulita et ressemble beaucoup à C. pida Hæckel.

Le Siphonophore que Hæckel a décrit dans un ouvrage populaire [XXVII] sous le nom d 'Anthemodes canariensis rentre également dans le genre Cupulita et est très probablement synonyme de C. pida.

Dans son mémoire sur le développement des Siphonophores [XXVIII] Hæckel donne une nouvelle classification des Agal-

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mides qu’il divise, d’après la forme des boutons urticants, en deux sous-familles: Halistemmacea et Grystallodacea. Dans la première sous-famille, les boutons urticants sont pourvus d’un seul filament terminal, tandis que l’autre sous-famille ne contient que des espèces dont les boutons urticants sont recouverts d’un involucre et pourvus d’une vésicule et de deux filaments terminaux.

La sous-famille Halitemmacea renferme trois genres : Forskalia Kôll, Halistemma Huxl et Stephanomia Per. et Les.

La sous-famille Grystallodacea contient également trois genres: Agalmopsis Sars. Agalma Escliet Grystallodes Hkl.

Pour les genres Stephanomia et Agalmopsis, Hæckel a admis les mêmes espèces que l’on trouve dans la classification de L. Agassiz [IV]. Il en est de même pour les genres Halistemma et Agalma , à cette différence près que Hæckel a ajouté d’une part Halistemma car um (Nanomia car a A. Ag.) et d’autre part Agalma hreve Huxley.

Quand au genre Grystallodes , il est nouveau mais malheureusement inutile car il correspond parfaitement au genre Grystallomia de Dana [XV]. De plus l’espèce que Hæckel décrit sous le nom de Grystallodes rigidum est la même à laquelle Dana a donné le nom de Grystallomia polygonata.

En 1870, E. et L. Metschnikoff [XLII] publièrent en russe un mémoire sur les Siphonophores, dans lequel ils décrivirent une nouvelle espèce : Halistemma pictum. Quelques années plus tard, E. Metschnikoff [XLIII] reconnut que ce Siphonopliore présentait une grande ressemblance avec Stephanomia Amphytrites Per. et Les., Anthemodes canariensis Hkl. , et Nanomia cara A. Ag. et proposa de réunir toutes ces espèces dans le genre Stephanomia. Actuellement, Halistemma pictum peut être considérée comme étant le type du genre Cupulita Quoy et Gaimard (Hkl.) et porte le nom de G.picta Hkl.

Une excellente description de cette espèce a été publiée par Claus [XII et XIII] qui lui avait donné le nom $ Halistemma tergestina (et plus tard H. tergestinum). Du reste, Gupu-

lita picta avait déjà été observée par Saks JXLVII], Mais comme cet auteur a décrit sous le nom d ’Agalmopsis elegans deux espèces différentes, il est préférable de ne pas employer de nouveau le mot elegans qui pourrait prêter à confusion.

En 1879, Claus [XIV] fit connaître une espèce nouvelle à laquelle il donnait le nom VAgalmopsis utricularia.

D’après l’opinion de Fewkes [XX] et de Hæckel, ce Siphonopbore doit appartenir à un genre particulier, que ce dernier auteur a appelé Lycknagalma.

C’est à cette époque que parurent les premiers travaux de Fewkes qui publia plusieurs intéressants mémoires sur les Siphonopliores des côtes américaines. Il eut l’occasion [XVIII] d’observer, entre autres, toutes les formes intermédiaires montrant que Agalma clavatum Lkt. est une forme jeune d 'Agalmopsis Sarsi Ko IL

Sous le -nom d’ Agalma elegans. Fewkes décrivit une espèce qu’il croyait nouvelle, mais qui n’est autre que VAgalmopsis Sarsi . Du reste, il l’a reconnu plus tard [XX] en admettant que son espèce était semblable à une de celles qui ont été décrites par Saks sous le nom VAgalmopsis elegans.

Fewkes fit connaître en outre [XX] une espèce de Sipbonophores qu’il nommait Agalma papïllosum. Mais les deux exemplaires qu’il put étudier n’étaient pas arrivés à maturité sexuelle et plus tard [XXII] il reconnut qu’on devait probablement considérer Agalma papïllosum comme un stade larvaire V Agalma Okeni 1 .

Quoi qu’il en soit, il n’est pas possible, pour le moment, d’assigner une place à VA. papïllosum , dans la classification des Agalmides, et nous la mettrons dans les « espèces insuffisamment connues » en attendant de plus amples renseignements.

Fewkes décrivit également, sous le nom VAgalmopsis fra-

1 L’espèce que Fewkes désigne sons le nom d’ Agalma Oketiii est très probablement Crystallomia polygonata Dana.

SIPHON OPH ORES

gïle une espèce qui doit être considérée comme synonyme de Capulita picta Hkl., car il est impossible de trouver un caractère qui puisse sérieusement servir à distinguer ces deux espèces Du reste Fewkes ne semble pas très éloigné de le reconnaître lui-même lorsqu’il dit [XX p. 267J: « A single specimen of an Agalmopsis closely related to Stephanomia picta Metscli. (H. Tergestinum Claus) was found at key west. So close is ils likeness to tbe Mediterranean species thatit is probablythe same. »

Dans le même mémoire, Fewkes fait remarquer que Y Agalmopsis utricularia de Claus possède des boutons urticants dont la structure diffère complètement de celle que l’on observe chez les autres Physophorides. Il propose donc de créer pour cette espèce le genre Calliagalma. Ce nom ayant été déjà employé pour une espèce d’insecte, Hæckel [XXIX et XXX] lui a substitué plus tard celui de Lyehnagalma , que nous avons adopté.

Parmi les espèces nouvelles décrites par Fewkes [XXI] il en est une à laquelle cet auteur a donné le nom d’j Ualiphyta magnifica. Malheureusement ce Siphonophore a été décrit d’après des fragments si incomplets qu’il est difficile de s’en faire une idée un peu exacte. Il semble préférable, pour le moment, de le mettre dans les « espèces insuffisamment connues » en attendant d’avoir des renseignements plus précis sur son compte.

Il est très probable que V Agalma Okenii dont parle Fewkes [XXII] n’est autre que la Crystallomia polygonata Dana. Cela ressort assez clairement de la description faite par cet auteur [p. 81] et surtout de la figure que Agassiz [III p. 134] a publiée dans le voyagedu « Blake », d’après Fewkes. Du reste Fewkes, dans un autre mémoire [XXlIIp. 964], reconnaît qu’il considère Crystallodes rigidum Hæck, Crystallomia Dana et Agalma breve Huxl. comme synonymes d 'Agalma Oheni Esch. Comme on l’a vu, nous n’admettons cette synonymie que pro parte.

En signalant la présence de son Agalma elegans (Agalmopsis Sarsi) dans les eaux du Gulf Stream, Fewkes [XXIII] fait une

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critique des différents noms génériques adoptés dans la famille des Agalmides. En fin de compte, il adopte le nom d "Agalmopsis pour les espèces que nous faisons rentrer, à l’exemple de Hæckel, dans le genre Cupulita et donne en revanche le nom d 'Agalma Sarsii à l’espèce connue sous le nom d 'Agalmopsis Sarsi. Il déclare cependant que si les caractères qui distinguent A. Okenii Esch. de A. Sarsii Koll. (A. elegans Fewkes) nécessitent l’établissement d’un nouveau genre, on pourrait adopter pour cette dernière espèce le nom générique d ’Agalmoides. Nous ne pouvons pas admettre la manière de voir de Fewkes car il n’y a pas de raisons pour enlever, à l’espèce si bien décrite par Kôlliker, le nom d ’Agalmopsis Sarsi sous lequel tout le monde la connaît. En outre nous devons faire remarquer que Fewkes a complètement négligé le caractère principal du genre Agalma d’EscHSCHOLTZ, à savoir la disposition des fils pêcheurs et ia manière dont ils s’étendent au dehors de la colonie.

Dans le Prodromus Faunœ Mediterraneœ [VIIIJ Carus divise la famille des Stephanomiidœ Hxl. en trois genres : Forskalia , Halistemma et Agalma. Ce dernier genre contient trois espèces A. Sarsii , A. clavatum et A. utriculare ( Agalmopsis utricidaria Claus). Nous avons déjà indiqué la place qu’il convient d’assigner à ces espèces.

Chun [X] décrivant les Siphonophores qu’il a étudiés aux îles Canaries, reconnaît comme synonymes à' Halistemmapictum Metsch, StepJianomia picta Metsch et HaUstemma tergestinum Claus. Mais il cite comme espèce distincte Anthemodes CanariensislAk\. Je dois avouer que j’aurais été tenté de considérer cette espèce comme synonyme de Cupulita picta Hkl. (Halistemmapictum Metsch). Mais sur la foi du témoignage de Chttn on peut 1a. conserver comme espèce distincte.

Fewkes [XXIV] dans une étude très complète de Nanomia cara A. Ag. ( Cupulita car a Hkl.) cherche à faire ressortir les caractères qui distinguent cette espèce de Cupulita picta

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Hkl. ( Agalmopsis fragile Fewkes), mais ses arguments 11e semblent pas très convaincants. On peut à la rigueur, et jusqu’à nouvel ordre, maintenir Cupulita cara comme espèce distincte de C. picta, mais il nous semble, dans tous les cas, impossible de placer ces espèces dans des genres différents.

Le System der Siphonophoren [XXIX] de Hæckel a considérablement modifié la classification généralement adoptée. Les Forskalidœ Hkl. forment une famille nouvelle qui a été définitivement séparée des Agalmidœ Bdt , lesquelles sont placées dans l’ordre des Physonectœ Hkl. entre les Apolemidœ Hxly. et les Nectalidce Hkl.

Hæckel a modifié lui-même la classification adoptée dans son System lorsqu’il publia, peu de temps après, la description des Siphonophores du «Challenger». Nous discuterons plus tard la classification définitive de Hæckel, telle qu’elle se trouve dans le Rapport du « Challenger ». Quant au System der Siphonophoren il contient les espèces suivantes :

Agalmidæ Bdt.

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