SPONGIAIRES DE LA BAIE D AMBOINE
Spirastrella carnosa n, sp.
Deux spécimens et des fragments.
Éponge massive, amorphe, lobée ou aplatie, charnue, très souple, grise dans l’alcool. Surface irrégulière et comme froncée, très finement hispide. Ectosome spiculeux, envahi par des Oscillaires, et, malgré tout, semi-transparent, laissant apercevoir les pores et les canaux superficiels, sous l’aspect de petites taches ou de traînées plus sombres. Choanosome caverneux. Texture compacte. Oscules assez larges (lmra,5 de diamètre), peu nombreux, épars.
L’un des spécimens, fixé sur une branche de Polypier, se découpe en trois ou quatre lobes arrondis, à peu près de la grosseur d’un pois et brièvement pédicellés.
L’autre, brisé en deux morceaux, forme une grande plaque longue de 75 mm., haute de 20 mm. en moyenne, épaisse de 3 à 7 mm., la plus grande épaisseur s’observant sur son bord supérieur où s’ouvrent deux ou trois oscules. 11 n’a pas été recueilli de support, mais une dépression verticale en gouttière sur le milieu de l’une des faces semble indiquer que l’Éponge était attachée suivant cette ligne à quelque corps cylindrique grêle.
Spiculation. — 1. Mégasclères : 1. Tylostyles généralement courbes, à tête bien marquée, ovoïde ou subtrilobée en coupe optique, c’est-à-dire plus large dans sa moitié en continuité avec la tige que dans sa moitié basilaire libre ; la tige, légèrement fusiforme, s’atténue progressivement en une pointe acérée. Assez inégaux, ils mesurent le plus souvent 330 p de longueur sur 6 à 8 f* d’épaisseur en leur milieu.
II. Microsclères : 2. Spirasters pour la plupart très petites (6 à 8 fi seulement) et ornées d’épines acérées, grêles, disposées sans ordre ; quelques-unes, dans l’intérieur du corps, atteignent
E. TOPSENT.
16 ^ de longueur, deviennent assez grosses et sont sinueuses et épineuses aux angles. A noter que les spirasters sont très peu nombreuses, même dans l’ectosome, de sorte que, à moins d’un examen attentif, l’Éponge pourrait passer pour un Suberites.
Spirastrella carnosa se distingue des autres espèces du genre par sa mollesse, par la faiblesse relative de ses tylostyles, par la rareté et l’exiguïté de ses spirasters. Chez d’autres Spirastrella les spirasters superficielles restent parfois très petites aussi, mais alors elles se montrent plutôt verruqueuses que franchement épineuses comme c’est ici le cas.
Suberites tenuiculus Bowerbank.
1878. Suberites sp., Carter (3, p. 157).
1882. Hymeniacidon tenuicula, Bowerbank (I, vol. IV, p. 68).
1882. Terpios cœrulea, Carter (4, p. 355).
1890. Suberites tenuicula (Bow.), Topsent (28, p. 198).
1892. Suberites tenuiculus (Bow.), Topsent (30, p. 131).
1894. Terpios tenuiculus (Bow.), Topsent (34, p. 3).
Je me suis à plusieurs reprises occupé de cette Éponge (vide supra) et, en raison de sa mollesse ordinaire, j’avais fini par la ranger parmi les Terpios . Mais, à cause des gemmules armées qu’elle est capable de produire dans son épaisseur, je pense que son maintien dans le genre Suberites serait plus rationnel.
L’échantillon de Suberites tenuiculus de la collection est étendu sur une Pachychalina lobata. Envahi par les Thallophytes habituels, il offre, même après un long séjour dans l’alcool, une belle coloration bleue, intense surtout à sa surface.
Distribution. — Mers de l’Europe occidentale; Açores; Amboine.
Ægginsia coralloides var. massalis Carter.
PI. XX, fl g. 21.
Un beau spécimen, haut de 6 centimètres.
Dendropsis bidentifera Rdl. et D. pourrait être sans difficulté
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rapportée au genre Higginsia ; sa spiculation s’écarte assez peu de celle de H. coralloîdes var. natalensis Carter : de part et d’autre, des stgles, dont les superficiels, longs de 1 mm. environ, sont entourés de paquets de tornotes minces, longs de 600 p en moyenne, enfin cfêfe microxes épineux à peu près d’égale taille. Le genre Dendropsis a été créé pour cette raison que les tornotes de cette Éponge (Ridley et Dendy considèrent ces spiculés comme des styles droits et grêles) présentent à l’une de leurs extrémités cette bifurcation que l’on observe constamment aux deux bouts des tornotes de Dendoryx incrustans. Ce n’est pas là un caractère générique. Quant à ce fait que les mégasclères principaux du choanosome sont des styles et non pas des oxes comme chez Higginsia coralloîdes , il ne justifie pas non plus une coupure aussi importante, car Higgin a décrit un mélange de styles parmi les oxes chez H coralloides, mélange que Carter a retrouvé chez H. coralloides var. massalis et chez H. lunata , et que je note également de mon côté.
Si donc nous rayons le genre Dendropsis , nous nous trouverons en présence de cinq Higginsia :
Higginsia coralloides Higgin, Antilles et Australie méridionale.
H. coralloides var. natalensis Carter, Cap de Bonne-Espérance.
H. coralloides var. massalis Carter, Australie méridionale, Amboine.
H. lunata Carter, Australie méridionale.
H bidentifera Ridley et Dendy, Cap de Bonne-Espérance.
Chez Higginsia coralloides , Higgin a signalé (12) des oxes mêlés de styles (smooth curved or bent in the centre, acerate and acuate respectively) dans le choanosome, accompagnés de longs tornotes (with long subskelet on -spiculés of the same form but straighter) et de microxes épineux.
Chez H lunata , Carter a noté (6, p. 358) un mélange
E. TOPSENT.
d’oxes et de styles dans le choanosome ; il n’a pas fait mention de tornotes, mais s’est surtout intéressé à la forte courbure des microxes épineux. Ce pourrait être là simplement un caractère individuel d’une Eigginsia coralloides, ou mieux d’une H. coralloides var. massalis, cette variété ayant ét? établie (6, p. 357) d’après des spécimens plus massifs que les H. coralloides typiques, avec encore des styles parmi les oxes de leur choanosome.
Les oxes seraient tous remplacés par des styles dans le choanosome des deux Eigginsia du Cap de Bonne-Espérance. Chez toutes deux on retrouve l’équivalent des tornotes de H. coralloides, clans les « thin smooth acerate » de H. coralloides var. natalensis (6, p. 293), dans les tornotes de conformation particulière de H. bidentifera. Cette dernière se distingue d’ailleurs de E. coralloides var. natalensis par ses tornotes bifides à un bout, et peut-être aussi, autant qu’on peut le supposer, par la possession de longs styles grêles saillants à sa surface.
Si l’Éponge d’Amboine appartient bien à la variété massalis de Eigginsia coralloides , la spiculation de cette variété méritait d’être décrite avec plus de soin que n’en a consacré Carter. Les mégasclères principaux sont des oxes, çà et là transformés en styles, comme chez E. coralloides ; on y trouve des mégasclères accessoires, longs tornotes grêles, presque droits, par paquets rappelant ce qu’on voit chez les Raspailia, et probablement homologues des « long but straighter subskeleton-spicules » de H. coralloides et des « subskeletal thin, smooth acerate » de E. coralloides var .natalensis; en outre, des spiculés qui n’ont été signalés que chez E. bidentifera , des styles grêles et très longs saillants à la surface; enfin, des microxes épineux semblables tout à fait à ceux de H, coralloides.
Et tous ces spiculés se disposent de la façon suivante : les oxes constituent la charpente irrégulière et compacte; les microxes se dispersent dans la chair; les tornotes forment des faisceaux
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perpendiculaires à la surface, et les styles grêles, appuyés par leur base sur le réseau des oxes, se projettent longuement au dehors et contribuent pour la plus forte part à l’hispidation des conules et des crêtes.
Dimensions des spiculés : 1° oxes , 880 p sur 35 à 40; 2° tornotes, 825 p sur 8 ; 3° styles grêles , 2 mm. et davantage, sur 15jU à la base; 4° microxes épineux, 110 p environ, sur 4-5.
Ciocalypta penicülus Bowerbank.
PI. XXI, Fig. 6 et 7.
Deux spécimens.
L’un (fig. 6), porteur de 6 à 8 papilles translucides, longues de 15 à 20 mm., est tout de suite reconnaissable à son aspect; il est seulement un peu plus mou que les échantillons que j’ai recueillis dans la Manche, les styles qui forment l’axe de ses papilles n’atteignant pas 10 y. d’épaisseur.
L’autre (fig. 7) offre un aspect tout particulier et pourrait bien représenter une variété gracilis de l’espèce. C’est une Eponge blanche, massive, sessile, longue de 40 mm., large de 15 mm., de la surface de laquelle s’élèvent une soixantaine de papilles translucides, grêles, libres ou plus ou moins concrescentes entre elles, rugueuses, mais non hispides, longues de 5 à 10 mm., épaisses de 1 mm. seulement. Les styles sont de même force que dans le spécimen de forme typique.
AmorpMnopsis fœtida Dendy.
pi. xxi, fig. 8.
1889. Hymeniacidon ? fœtida, Dendy (0, p. 87, pl, IV, fig. o).
Un spécimen et un fragment.
Ces échantillons sont bien conformes au type par leur couleur, leur consistance, leur structure et leur spiculation. Je n’y vois pas d’oscule.
E. TOPSENTV
Les oxes peuvent atteindre 1 mm. de longueur et 40/z d’épaisseur au centre. Les petits styles (ou strongyloxes au sens de Sollas) dérivent certainement d’oxes, car on rencontre çà et là des oxes qui ont la même taille qu’eux.
L’Éponge appartient au genre Amorphinopsis Carter, au sens où je l’entends (38). Les Amorphinopsis sont des Axinetlidœ massives, à charpente plus ou moins confuse, et possédant pour spiculation des oxes et des styles, ces derniers toujours en grande minorité (A. excavans Carter, A. filigrana Schmidt, A. pattescens Topsent).
Distribution . — Golfe de Manaar; Amboine.
Hymeniacidon? subacerata Ridley et Dendy.
Quatre fragments, bien typiques.
Distribution. — Iles Philippines ( Challenger ); Amboine.
Bubaris vermiculata Bowerbank.
1866. Hymeraphia vermiculata, Bowerbank (1, vol. II, p. 141).
1867. Bubaris vermiculata (Bow,), Gray (11, p. 522).
La collection contient plusieurs spécimens de cette Eponge cosmopolite, les uns encroûtants, informes, les autres massifs, surmontés de digitations hirsutes, coniques, grêles, hautes de 5 à 10 mm. et plus ou moins concrescentes entre elles, peu différents, en un mot, de la variété erecta Carter, telle que Ridley et Dendy l’ont fait représenter (30, pl. XXXV, fig. 2).
Echinodictyim asperum Ridley et Dendy.
PI. XXIII, fig. 23.
Un spécimen, détaché de son support, mais intact, haut de cinq centimètres, large de quatre.
Distribution. — Tahiti ( Challenger ); Amboine.
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Bhaphidophlus filifer Ridley et Dendy.
pi. xxiii, ag. 22.
Plusieurs spécimens desséchés, de forme rameuse, à rameaux longs, noueux et tortueux, épais de 6 à 7 mm. Ils ne diffèrent du spécimen unique recueilli par le Challenger aux îles Philippines que par leurs acanthostyles. Ces spiculés ont été décrits par Ridley et Dendy « small, straight, entirely spined styli measuring about 0,1 by 0,01 mm., echinating the skeleton fibre». Je les trouve constamment formés d’une tête un peu renflée, couverte d’épines incurvées, et d’une tige, lisse sur la première moitié de sa longueur, armée sur l’autre moitié d’épines récurvées ; au lieu de s’effiler en pointe, ils se terminent par un bout arrondi hérissé de nombreuses petites épines.
Bhaphidophlus filifer var. mutabilis n. var,
PL XXIII, fig. 24, et PL XXIV, fig. 33.
Plusieurs échantillons dans F alcool.
Cette variété est établie: 1° d’après les caractères extérieurs ; 2° d’après la forme des acanthostyles.
Ces Éponges sont moins rameuses, plus trapues, que les véritables B. filifer et prennent davantage l’aspect de Clathria aculeata Ridley ou de C, mœandrina Ridley. Avec une constance digne de remarque, leurs acanthostyles subissent une modification de détail portant sur la nature de leur pointe (c) ; celle-ci n’est jamais simple, ni jamais tronquée non plus; conique, graduellement atténuée, elle se termine par un bouquet de deux ou trois épines divariquées.
Bhaphidophlus filifer var. mutabilis paraît commune à Amboine ; sa consistance est ferme ; sa couleur dans l’alcool est blanchâtre (deux échantillons ont pris une belle coloration violette aux dépens d’ lotrochota contenues dans le même bocal
E. TOPSENT.
qu'eux). Les fibres sont solides et renferment deux ou plusieurs spiculés de front, des grands styles lisses dans les fibres primaires, des styles grêles à tête ornée d'épines dans les fibres secondaires ; elles sont hérissées d’acanthostyles de distance en distance. L’ectosome est épais et spiculeux; on y distingue un réseau tangentiel à mailles formées de paquets de styles à tête épineuse, grêles et de grande taille, comme ceux qu’on trouve dans les fibres secondaires, et aussi, en abondance, épars dans la chair ; debout sur ce réseau s’implantent par leur base des bouquets de styles à tête épineuse, grêles et de même type, mais beaucoup plus courts que les précédents.
Spiculation. — I. Mégasclères : 1. Styles propres aux fibres primaires du choanosome, entièrement lisses, robustes, plus ou moins courbés, longs de 180 à 260 g, épais de 13 g. — 2. Styles des fibres secondaires, du choanosome et des mailles ectosomiques, droits, assez grêles, à tête non renflée mais constamment ornée de quelques petites épines, longs de 260 g, épais de 6 g. — 3. Styles de même type, formant les bouquets ectosomiques, de toutes tailles, depuis celle des précédents jusqu’à 80 g seulement sur 3 ; ordinairement, leur tête se dilate davantage. — 4. Acanthostyles hérissant les fibres ; longueur 65-70 g, épaisseur 6g; la tête, un peu renflée, est couverte tout autour d’épines incurvées ; la tige est lisse sur la première moitié de sa longueur ; elle porte sur l’autre moitié des épines récurvées ; la pointe n’est jamais simple, mais se termine par un bouquet de deux ou trois épines divariquées.
IL Microsclères : 5. Isochèles grêles, très nombreux, longs de 16 à 17 g; on en voit aussi de beaucoup plus petits, peutêtre des jeunes, en formation. — 6. Toxes abondants, linéaires, très ouverts, passant progressivement à de simples raphides et pouvant atteindre 230 g de longueur.
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Ophlitaspongia australiensis Ridley var. mucronata n. var.
Deux spécimens, l’un dans l’alcool, l’autre desséché.
Il existe une ressemblance évidente entre ces Eponges et le spécimen unique de Ophlitaspongia australiensis Ridley (19, p. 442). De part et d’autre, les caractères extérieurs, la structure de la charpente, les dimensions et le type sinon la forme des mégasclères sont les mêmes. Seulement, l’identité ne s’étend pas aux détails de la spiculation.
Les styles lisses qui, épars, hérissent les fibres, ne diffèrent pas de ceux de O. australiensis ; ils mesurent, en effet, I30p.de longueur sur 10p d’épaisseur et sont sensiblement droits, trapus, avec une pointe effilée graduellement et une base plutôt un peu plus mince que la portion moyenne de la tige. Quant aux autres mégasclères, qui s’alignent dans l’intérieur des fibres et s’enchevêtrent dans la chair et dans l’ectosome, ce ne sont plus ici de purs strongyles, mais des tornostrongyles , car un de leurs bouts s’atténue constamment en une pointe conique à une distance de l’extrémité égale environ à une fois le diamètre du spiculé. Ces tornostrongyles, droits, minces et lisses, ont, à cela près, l’aspect des strongyles de O. australiensis; ils mesurent la même longueur, 190 à 200 p, et la même épaisseur, 4 p. C’est comme si l’on avait affaire à des véritables O. australiensis dont tous les mégasclères principaux du squelette auraient subi une déformation, et le fait paraît d’autant plus vraisemblable que la pointe des tornostrongyles se montre fréquemment mal constituée, noueuse, ou légèrement étranglée, avec, en ce cas, l’apparence d’un mucron.
Ce qui, en revanche, me porte à supposer qu’il y a autre ehose qu’une variation individuelle, c’est que les microsclères du type seraient en plus frappés d’atrophie; je n’ai pas, en effet, observé ici les toxes de O. australiensis.
E. TOPSENT.
Peut-être serait-il exagéré de créer une espèce d’après ces deux différences? Il s’agit, pour tout le moins d’une variété, jusqu’à ce qu’on sache mieux de quelles variations O. australiensis est capable.
Acarnus tortilis Topsent.
Pi. XXIV, fig. 27.
1892. Acarnus tortilis, Topsent (31, p. xxiv).
Il est impossible de confondre cette espèce avec celles qui ont été déjà signalées en Océanie. Chez Acarnus ternatus Ridley, si voisin de A. innominatus Gray, les cladotylotes ont un manche lisse, une poignée ovoïde et un crampon à trois crochets. Chez A. ternis Dendy (ÎO, p. 50), ces cladotylotes ont en général cinq crochets ; en outre, les mégasclères ectosomiques et les microsclères font défaut.
Acarnus tortilis jouit d’une vaste dispersion géographique. Je l’ai découvert dans la Méditerranée, à Banyuls ; puis, je l’ai retrouvé parmi les Spongiaires dragués aux Açores par le yacht Princesse-Alice en 1895 ; le voici encore dans une collection d’Éponges d’Amboine.
La spiculation de cette espèce se fait remarquer par une foule de détails intéressants : il existe toujours dans l’ectosome des tylotes abondants, à têtes plus ou moins renflées, ornées d’épines comme chez Tedania digitata ; les mégasclères choanosomiques sont des styles à tête le plus souvent couverte aussi de petites épines ; les cladotylotes, de taille variable, ont toujours un crampon à quatre ou cinq longs crochets, une poignée à quatre ou cinq crochets beaucoup plus courts et dirigés en sens inverse de ceux du crampon, et un manche couvert d’épines robustes recourbées vers la poignée ; les microsclères sont des isochèles grêles, abondants, et des toxes de deux sortes, les uns, très ouverts, longs et grêles, les autres, simplement arqués,
SPONGIAIRES DE LA BAIE d’aMBOINE.
plus courts et plus épais. Ce caractère des toxes est assez mal marqué dans le spécimen d’Amboine; en revanche, les épines de la tête des styles y sont presque aussi bien visibles que chez celui des Açores, beaucoup mieux, en tout cas, que chez celui de Banyuls, où elles m’avaient tout d’abord échappé.
Ridley (19, p. 45 B) a proposé à tout hasard le nom de Acarnus Carteri pour l’espèce, originaire des Antilles, que Carter a confondue avec A. innominatus Gray, et qui s’en distingue, elle aussi, par ses cladotylotes à manche épineux. On peut se demander s’il n’y aurait pas identité entre Acarnus Carteri et A. tortilis , qui se révèle de plus en plus comme une Éponge cosmopolite. Cela paraît très douteux, puisque chez Acarnus Carteri la poignée des cladotylotes serait entière, arrondie, et que les mégasclères ectosomiques feraient défaut. Si cependant A. Carteri n’était qu’insuffisamment connue et si les deux espèces devaient un jour être fusionnées en une seule, la priorité reviendrait quand même au nom sous lequel l’Eponge aurait d’abord été le mieux décrite.
Distribution. — - Méditerranée (golfe du Lion) ; Açores ; Amboine.
Eymeraphia davata Bowerbank.
Un spécimen encroûtant, hispide, gris jaunâtre, sur un Polypier.
Épines des acanthostyles un peu plus fortes que dans le type. Distribution. — Mers d’Europe; Amboine.
Plumohalichondria arborescens Ridley.
1884. Myxilla arborescens, Ridley (19, p. 430).
Un spécimen encroûtant.
La disposition des mégasclères du choanosome est celle des Plumohalichondria. La grosseur de ses isochèles ne permet
E. TOPSENT.
absolument pas de confondre cette espèce avec Plumohalichondria plumosa (Montagu), ni avec P. cœspitosa (Carter), P. in crustans (Carter) ou P. arenacea Carter.
Dans le spécimen en question, ces microsclères sont encore plus robustes que dans le type; ils mesurent 30 à 33 ju de longueur et 3 ^ d’épaisseur de tige. Il en existe aussi de très nombreux qui restent fort grêles et n’atteignent que 15 g de long.
Je trouve aux mégasclères les dimensions suivantes : tornotes 215 [jl sur 4 ; acanthostyles, de 70 ^ sur 4 à 220 p. sur 10.
Distribution. — Port Jackson ; Amboine.
Histoderma verrucosum Carter, var. fucoides n. var.
Si Histoderma verrucosum Carter (8, p. 452) possède réellement, comme le suppose Dendy (10, p. 27), des caractères assez peu fixes pour que le spécimen type de H. polymastoides Carter (8, p. 453) doive en être considéré seulement comme une variété plus robuste, les Histoderma d’ Amboine que j’ai étudiés ne peuvent pas non plus en être séparés spécifiquement. Au cas contraire, ils appartiendraient à une espèce nouvelle caractérisée à la fois par la longueur et le port des appendices, par les dimensions des spiculés, enfin par la présence dans le choanosome de nombreux et fort longs rapliides en faisceaux compacts.
Je dois faire remarquer que les quelques échantillons qui font partie de la collection ne présentent entre eux aucune différence, et cette fixité de caractères est, dans une certaine mesure, en opposition avec l’opinion de Dendy, à moins que les divers spécimens n’aient été recueillis en des points très voisins.
Quoi qu’il en soit, Y Histoderma d’ Amboine diffère beaucoup à certains égards de Histoderma verrucosum typique. C’est une Éponge revêtante, blanche, à la surface comme dans la profondeur, dont l’ectosome se soulève en fistules souvent fort longues (quelquefois 6 centimètres et davantage), bien que relativement
SPONGIAIRES DE LA BAIE d’AMBOINE.
grêles (à peine 1 mm. de diamètre), qui se ramifient, s’enchevêtrent, s’anastomosent à l’occasion, et rampent en tous sens sur les corps adjacents, à la façon des filaments de certaines algues.
La spiculation se compose des mêmes éléments que celle de H. verrucosum (tylotes lisses, sigmates et isochèles), avec addition, toutefois, dans le choanosome, de raphides longs de 330^ et linéaires, disposés en trichodragmates très denses, épais de 25 Les spiculés n’ont pas non plus les dimensions de ceux de H. verrucosum ni de H . polymastoides. Les tylotes sont toujours renflés aux deux bouts en têtes elliptiques, de même force ; leur tige, plus fréquemment sinueuse que simplement courbée, acquiert sa plus grande épaisseur dans sa région moyenne; la taille de ces tylotes se montre très inégale, depuis 300^ de longueur sur 10 p. d’épaisseur jusqu’à 500 p sur 15. Les sigmates sont très abondants, quelquefois tous égaux, d’autres fois de deux grandeurs ; à leur maximum de croissance, ils mesurent 50 ^ de longueur et 2 ju d’épaisseur. Les isochèles , peut-être plus nombreux encore, sont aussi quelquefois uniformes, d’autres fois de plusieurs grandeurs; on en voit de 16 p, de 30^, de 40^ de longueur, ces derniers étant les plus constants et les plus parfaits.
On le voit, par la forme et les dimensions de ses tylotes, de ses sigmates et de ses raphides, Histoderma verrucosum var. fucoides se rapproche singulièrement de H. navicelligerum (Rdl. et D.) du S. O. de la Nouvelle- Guinée, mais cette dernière espèce possède une sorte d’isochèles particulière, qui suffit à la caractériser.
Tedania digitata O. Schmidt.
Cette Éponge cosmopolite est représentée dans la collection par des échantillons très nombreux, de forme variable.
Leurs raphides, robustes, puisqu’ils atteignent couramment
E. TOPSENT.
215 f*. de longueur sur 3^ d’épaisseur, sont toujours couverts d’épines fort bien visibles.
Des raphides épineux ont été vus chez plusieurs Tedania (T. suctoria Schm., T. tenuicapitata Ridl., T. massa Rdl. et D.).
Les Tedania d’Amboine possédant des styles lisses, de 275^, sans renflement basilaire, et des tylotes, de 220^, à têtes renflées et ornées d'épines, je suis convaincu qu’elles se rapportent bien à l’espèce Tedania digitata , si commune d’après Ridley (19) et d’après Dendy (ÎO), dans les mers d’Australie, bien qu’on n’ait pas dit que chez cette dernière les raphides fussent ainsi rugueux.
Je pense qu’on ne peut accorder à ce caractère une valeur • spécifique. A propos des raphides de T. massa , Ridley et Dendy écrivent (20, p. 54) : « The often exhibit a roughening of the surface. » Les mêmes auteurs déclarent aussi (p. 52) que, chez les T, tenuicapitata du Challenger , les épines des raphides, décrites par Ridley (18, p. 124) d’après le type provenant du S. O. de la Patagonie, n’ont été revues que sur un seul spiculé qui n’était pas adulte. Ces épines sont très mal marquées sur les raphides d’une préparation de T. suctoria provenant de Borgo- Fjord (Islande) que m’a offerte M. le Rév. A.-M. Norman. Enfin, les raphides de ma T. conuligera (30, p. 79), décidément identique à T. suctoria , me paraissent plutôt lisses que rugueux.
Donc, chez Tedania massa et T. suctoria (il ne faudrait peutêtre, d’après Ridley et Dendy, voir dans T. tenuicapitata autre chose qu’une variété de T. suctoria ), il y a variabilité en ce qui concerne l’état de la surface des raphides. Je soupçonne cette variabilité de s’étendre aux mêmes organites de T. digitata , car, pour ma part, j’ai trouvé nettement épineux, non seulement les raphides des Eponges d’Amboine, mais aussi ceux de plusieurs Tedania digitata des Açores draguées par le yacht Princesse- Alice et d’une T. digitata du Sénégal, inutilement considérée
SPONGIAIRES DE LA BAIE d’âMBOINE. 459
comme une espèce distincte sous le nom de Tedania Chevreuxi (39, p. 3). Je me propose de vérifier prochainement cette hypothèse en étudiant des échantillons recueillis sur les côtes méditerranéennes de France.
Iotrochota purpurea Bowerbank.
1875. Halichondria purpurea, Bowerbank (P. Z. S., p. 293).
1884. Iotrochota purpurea, Ridley (19, p. 434).
Plusieurs spécimens.
Distribution. — Détroit de Malacca; détroit de Torrès; Albany Island, Port Molle ; îles Amirautés ; Amboine.
Iotrochota baculifera Ridley.
Deux spécimens.
Distribution. — N. O. de l’Australie (Port-Darwin); Amboine ; îles Mascareignes ; îles Séchelles (Mahé).
Damiria Schmidti Ridley.
1884. Crella Schmidti, Ridley (19, p. 432).
1895. Damiria australiensis, Dendy (19, p. 28).
On sait (39, p. 102) que le genre Cribrella a été créé par O. Schmidt pour l’espèce C. hamigera, dont Gray fit, par la suite, le genre Hamigera , le nom de Cribrella ayant déjà été employé pour désigner une Astérie. Une autre Éponge rattachée par Schmidt à son genre Cribrella , C. elegans , devint pour Gray, désireux d’éviter ce double emploi, Crella elegans ; mais le genre Crella Gray reçut une définition quelconque, applicable à beaucoup d’Éponges de groupes divers. J’ai fait rentrer (39) dans un genre naturel, genre Yvesia, Crella elegans , avec un certain nombre d’autres Éponges dispersées, malgré leurs affinités, dans les genres Grayella , Cometella , Halichondria , My~ xilla , Sclerilla (Hansen), le tout caractérisé par les mégasclères
E. TOPSENT.
de Fectosome toujours épineux et par ceux du choanosome toujours lisses et normalement diactinaux.
La Crella Schmidti de Ridley n’a aucun rapport avec l’ancienne Crella elegans (Schm.) Gray, ni, en général, avec les Yvesia. Pour mieux montrer encore, si c’est nécessaire, combien il était difficile de savoir ce qu’on devait entendre par Crïbrella ou Crella , je ferai remarquer en passant que ce que Keller a appelé Crïbrella labiata n’est autre chose que la forme massive de Cliona viridis (Vapillina nigricans Schm. et Osculina polystomella Schm.).
Crella Schmidti doit rentrer dans le genre Bamiria Keller. Elle a d’ailleurs été déjà mise à sa place par Dendy, car Bamiria australiensis Dendy est, si je ne me trompe, synonyme de Crella Schmidti Ridley.
Bamiria Schmidti (Ridley) est représentée dans la collection d’Amboine par un spécimen fragmenté, à digitations hautes de 25 mm., semblables à celles de Tedania digitata , Il est plus conforme à la description que fait Dendy de Bamiria australiensis qu’à celle de Crella Schmidti. Ses oxes sont cependant plus épais, 200 g sur 12; ses tylotes restent, en revanche, un peu plus courts, 200 g sur 5 ; il possède des isochèles et des sigmates très abondants, mais ces derniers ne dépassent guère 15 g, tandis que les isochèles atteignent couramment 40 g.
Des variations aussi légères s’observent également sur les spiculés du type décrit par Ridley ; elles sont tout individuelles, comme celles qu’on est à même de relever à chaque instant sur les Dendoricines de nos côtes.
Bistribution, — Port- Jackson ; Port-Phillip Heads; Amboine.
IÀssodendoryx isodictyalis Carter.
1882. Halichondria isodictyalis, Carter (4, p. 285).
1889. Tedania leptoderma, Topsent (27, p. 49).
1894. Lissodendoryx leptoderma, Topsent (3<J, p. 35).
Deux fragments de forme irrégulière et d’assez petite taille.
SPONGIAIRES DE LA BAIE d’âMBOINE.
La spiculation, tout à fait identique à celle du spécimen de la Pointe-à-Pitre que j’ai étudié jadis, se compose de tylotes longs de 2 1 5 p, à têtes bien marquées, fasciculés dans l’ectosome, de styles lisses, longs de 190 épais de 5 à 6, en réseau dans le choanosome, courbés plus ou moins brusquement au premier tiers de leur longueur à partir de la base, et de deux sortes de microsclères, isochèles tridentés assez épais et sigmates relativement grêles, à peu près de même taille (environ 30^ de long) et très nombreux.
Halichondria isodictyalis Carter est une Lissodendoryx et la seule différence qui existe entre elle et ma Lissodendoryx leptoderma réside dans les dimensions de ses microsclères : ses sigmates sont sensiblement plus petits (16^) que ses isochèles (25 u). Ce détail me paraît aujourd’hui insuffisant pour justifier le maintien de deux espèces.
Distribution. — Acapulco ; Puerto Cabello ; la Pointe-à-Pître ; Amboine.
Il existe en Australie une autre Lissodendoryx que Ridley (19, p. 428) rapportait au genre Amphïlectus ; c’est Lissodendoryx tihiellifer (Ridley), Éponge littorale également, du détroit de Torrès. Elle se distingue aisément de la précédente, surtout à l’aide de ses microsclères, car des toxes y remplacent les sigmates.
Lissodendoryx baculata n. sp.
PL XXIV, fig. 26.
Petite Éponge jaunâtre, en croûte irrégulière, molle, peu épaisse, sur un débris de coquille. Caractères extérieurs insignifiants. Spiculation par contre bien reconnaissable à la variété de microsclères qu’elle contient (isochèles, sigmates et trichodragmates) et à la forme des mégasclères ectosomiques.
La plupart des Lissodendoryx connues ( L . isodictyalis Cart., L. tïbiellifer Ridl., L.pilosa Rdl. et D., L. annectens Rdl. et
E. TOPSENT.
D., L. mollis Rdl. et D., L. spongiosa Rdl. et D., L. cribrigera Rdl. et D.) possèdent des tylotes en fait de mégasclères ectosomiques. On trouve des tornotes chez L. hastata Rdl. et D. Ici, ce sont des strongyles; mais, loin d’être purs, ils présentent presque tous une extrémité conique et pointue, méritant ainsi pour la plupart le nom de tornostrongyles. Ces tornostrongyles sont fascicules dans Fectosome.
Les styles lisses du choanosome constituent une charpente confuse plutôt qu’un réseau bien net. Remarquons qu’il en est ainsi chez toutes les Lissodendoryx décrites par Ridley et Dendy comme espèces des genres Amphiledus et Myxïlla.
Spiculation. — I. Mégasclères: 1. Styles lisses, courbés vers leur premier tiers à partir de la base, longs de 500 épais de 9 p — 2. Tornostrongyles lisses et droits, longs de 200 à 220u, épais de 3^, bien arrondis, non sensiblement renflés, à un bout, terminés à l’autre en une pointe conique ordinairement bien formée, commençant à une distance de l’extrémité égale à environ un diamètre et demi de la tige ; quelques-uns de ces spiculés, avec les deux bouts semblables, sont de purs strongyles, de mêmes dimensions.
II. Microsclères : 3. IsocJièles tri dentés, peu courbés, longs de 16 à avec 2 p. environ d’épaisseur de tige. — 4. Sigmates droits et contournés, abondants, grêles, inégaux, depuis 18 p. jusqu’à 40 p de longueur. — 5. Trichodragmates denses, droits, nombreux, épais de 16 à 20 p, longs de 40 à 45 p.
Esperella pellucida Ridley.
1884. Esperia pellucida, Ridley (19. p. 437).
A en juger par les nombreux fragments qui m’en ont été remis, cette Éponge est très commune dans les eaux d’Amboine. Distribution, — Détroit de Torrès ; Amboine.
SPONGIAIRES DE LA BAIE d’amBOINE.
Esperella phiUipensis Dendy.
Un spécimen en cinq fragments.
Éponge revêtante, irrégulière, étendue, peu épaisse, à surface raboteuse, avec, de place en place, de petites papilles lisses, pâles, coniques et pointues, ridées dans le sens de la longueur, hautes de 2 à 4 mm. Consistance molle. Couleur rosée dans l’alcool, probablement rouge à l’état frais, car des œufs profondément situés ont conservé une coloration plus vive. Ectosome spiculeux, transparent; choanosome fibreux.
Spiculation. — I. Mégasclères: 1. Tylostyles , d’une seule sorte, assez faibles, presque droits, à pointe courte et acérée, à tête bien accusée, elliptique, longs de 265 y, épais de 7 fx.
IL Microsclères : 2. Anisocheles très faibles, longs seulement de 21 ix. — 3. Signâtes très nombreux, longs de 40^, épais de 2 p,.
Cette spiculation diffère à peine de celle du spécimen type décrit par Dendy. D’autre part, la présence de papilles linguiformes sur l’Éponge d’Amboine, intéressante à noter, peut difficilement passer pour un caractère spécifique.
Distribution. — Australie méridionale, Port-Phillip Heads ; Amboine.
Esperella sordida Bowerbank, var. orientalis n. var.
Un spécimen sans support.
Esperella Ridleyi Lendenfeld et E. toxifer Dendy sont, sauf erreur, les seules Esperella pourvues de toxes qu’on ait trouvé jusqu’ici en Océanie.
L’ Esperella d’Amboine dont il s’agit possède aussi cette sorte de microsclères. Elle se distingue facilement des deux précédentes, mais elle offre beaucoup de ressemblance avec Y Esperella sordida de la Manche et j’hésite à la considérer comme
E. TOPSENT.
autre chose qu’une variété de cette espèce ; les différences que je constate portent principalement sur les dimensions des sigmates et des toxes.
L’échantillon que j’ai sous les yeux est une Éponge gris jaunâtre dans l’alcool, composée d’un lacis de quatre ou cinq lobes allongés, étroits et déprimés, mous, qui devaient ramper en ne s’attachant que de loin en loin au support ou bien qui se ramifiaient entre les branches de coraux ou dans quelque anfractuosité d’une roche. La surface, irrégulière par suite de la contorsion des lobes, est lisse et revêtue d’une membrane à grandes mailles spiculeuses laissant apercevoir par transparence les orifices des pores et les canaux superficiels. La charpente choanosomique est formée de fibres spiculeuses très nettes.
Spiculation. — I. Mégasclères : 1. Tylostyles d’une seule forme, pas très forts, presque droits, à pointe bien acérée, à tête peu renflée, allongée, elliptique, longs de 330 p., épais de 7 p..
II. Microsclères : 2. Sigmates robustes, à tige peu courbée, à crochets peu écartés de la tige; longueur 110p., épaisseur 8 p.; très nombreux. — 3. Sigmates très grêles, plus ronds et plus ouverts que les précédents et bien moins abondants ; longueur 20 à 30 p., épaisseur Ip,; pas d’intermédiaire apparent entre ces deux formes. — 4. Anisochëles , gros et courts, longs de 48 p. et larges de 20 ; ce sont les mieux développés et ils se groupent le plus souvent en rosettes, mais il en existe d’autres, plus petits, depuis 16 p. de long, assez nombreux, épars dans les membranes. — 5. Toxes, lisses, abondants, de courbure variée et de toutes tailles, depuis 70 p. de longueur sur 1 p. d’épaisseur jusqu’à 360 p. sur 4.
La spiculation se compose donc des mêmes éléments que chez Esperella sordida ; seulement les sigmates sont ici plus épais et les toxes acquièrent un plus beau développement.
SPONGIAIRES DE LA BAIE d’AMBOINE.
Desmacella Peachi Bowerbank.
1866. Desmacidon Peachii , Bowerbank (1, vol. III, p. 349).
1867. Biemma Peachii (Bow.), Gray (11, p. 538).
1870. Desmacella Peachii (Bow.), Schmidt (22. p. 77).
1880. Desmacodes Peachi (Bow.). Vosmaer (89, p. 104).
1887. Raphiodesnm aculeatum, Topsent (26, p. 152).
1890. Desmacella Peachi (Bow.), Topsent (28, p. 200).
Cette espèce est représentée dans la collection par les deux variétés suivantes :
1° Desmacella Peachi var. trirhaphis n. var.
PI. XXI, fig. 9 et PI. XXIV, flg. 33.
Trois spécimens entiers.
Éponge massive, sessile, irrégulière, à surface frisée, à structure fibreuse, de consistance ferme, de couleur grisâtre dans l’alcool. Oscules épars, peu nombreux, assez larges (3 mm.).
Cette variété ne s’écarte guère du type par ses caractères extérieurs. Par sa spiculation, elle en diffère surtout à cause de l’existence d’une troisième sorte de trichodragmates, totalement absente dans le spécimen de Bowerbank (îles Shetland), dans celui que j’ai trouvé à Luc (Calvados) et dans les Desmacella Peachi var. stellifera de Fristedt (îles Koster et Vâderô).
Spiculation. — Styles lisses, assez forts mais pas très longs, plus ou moins courbés, à pointe courte ; longueur 350 p-, épaisseur 18 1*.
Sigmates de différentes tailles. On peut assez facilement les grouper en trois catégories : les plus grands, très ouverts comme ceux du type de l’espèce (1, vol. LX1II, fig. 5), longs de 80 p., épais de 3 p. ; les moyens, à tige peu courbée et à crochets peu écartés de la tige, longs de 45 p., épais de 2 p, (ce sont les plus nombreux) ; les plus petits, bien arrondis, grêles, longs de 18p., épais de 1 p- seulement. Dans le spécimen de Luc,
E. TOPSENT.
il n’est guère possible de grouper ces microsclères en plus de deux catégories, correspondant à la plus robuste et à la plus faible.
Trichodragmates de trois catégories très nettes et sans intermédiaires: les plus petits, formés de microxes fusiformes, longs de 40 {i, épais de 3 jt, par paquets de quatre à huit ; d’autres, les plus nombreux, composés de raphides, longs de 150 p., linéaires, en faisceaux compacts ; les autres enfin, presque aussi abondants que les premiers, faits de microxes fusiformes, longs de 170^, épais de 5 ^ au centre. Ce sont ceux de la dernière catégorie qui font défaut chez Desmacella Peachi. Tous ces raphides sont droits, sans exception. On iT en trouve de semblables que chez Desmacella variantia (Bow.) et Desmacella fortis. Encore peuton se demander si Desmacella variantia , plus correctement D. varians , est bien spécifiquement distincte de D. Peachi.
2° Desmacella Peachi var. fistulosa n. var.
Pi. xxi, %. 11.
Le corps de FÉponge est inconnu, la collection ne contenant que des fragments fistuleux. La plus belle fistule recueillie est haute de 45 mm. et large de 17 ; elle s’ouvre au sommet par un orifice de 5 mm. de diamètre; ses parois n’excèdent nulle part 0mm,8 d’épaisseur. Elle est blanchâtre, lisse en dedans et en dehors. Sa charpente, réticulée et non pas fibreuse, est très fragile.
Ces caractères extérieurs diffèrent radicalement de ceux des Desmacella Peachi connues. La spiculation se compose des mêmes éléments que de coutume, seulement avec des dimensions plus faibles. A noter qu’elle renferme, comme celle de la variété trirhaphis , trois catégories de trichodragmates.
Spiculation. — Styles lisses, assez faibles, plus ou moins courbés (leur courbure est souvent très accusée vers le premier
SPONGIAIRES DE LA BAIE d’aMBOINE. 467
tiers de leur longueur à partir de la base), à pointe courte, longs de 300 à 330 g, épais de 8 y i seulement.
Sigmates pas très nombreux, grêles, inégaux, mesurant, les plus grands, 58 g sur 2, les plus petits 15 g sur moins de 1 g, avec intermédiaires.
Trichodragmates de trois catégories très nettes et sans termes de passage ; les plus petits formés de raicroxes fusiformes, longs de 33g, épais de 1g et demi; d'autres, les plus nombreux, composés de raphides longs de 1 10 g, linéaires ; les autres, enfin, abondants aussi, faits de microxes fusiformes, longs de 105 g, épais de près de 3 g au centre. Tous ces raphides, sans exception, sont droits.
Desmacella fortis n. sp.
PI. XXIV, fig. 30.
Eponge massive, dressée, souvent comprimée, portant ses oscules en alignée sur une crête terminale. Consistance ferme mais compressible, assez fragile. Structure fibreuse. Surface partout rude au toucher. Intérieur caverneux. Couleur grisâtre, violacée dans les régions supérieures. Oscules larges (3 à 6 mm. de diamètre) s’ouvrant pour la plupart au même niveau, sur une crête souvent entière, quelquefois découpée en lobes fistuleux cylindriques, assez courts.
Ces caractères extérieurs sont bien différents de ceux de Desmacella Peachi et de D. Peachi var. trirhaphis , dont la surface est frisée et dont les oscules s’ouvrent épars. Peut-être ressemblent-ils davantage à ceux de D. Peachi var. fistulosa , mais l’état de la surface n’est pas le même dans ces deux Éponges ; en outre, les fistules de D. fortis , quand elles s’isolent, restent courtes, avec des bords épais et une coloration violacée qui me paraît constante.
J’ai vu de nombreux échantillons de Desmacella fortis , dont quatre provenant d’Amboine, mais incomplets et réduits à leur
E. TOPSENT.
partie supérieure, formée de fistules concrescentes en une crête osculifère. Tous les autres m’ont été rapportés, à l’état sec, de la Mer Rouge, par M. le Dr Jousseaume, après la publication de mon petit mémoire sur les Éponges de la Mer Rouge (32) ; plusieurs d’entre eux sont plus gros que le poing et dépassent 10 centimètres de hauteur. Leur coloration violacée vers le haut, leur surface rude, la disposition de leurs oscules au sommet et en série, leur structure fibreuse et caverneuse, permettent de les reconnaître assez facilement de prime abord.
La spiculation a beaucoup de rapports avec celle de Desmacella Peachi et de ses variétés : styles lisses, sigmates et trichodragmates, Mais les mégasclères sont plus grands, les sigmates un peu plus robustes et, surtout, il n’existe qu’une seule catégorie de trichodragmates, tous droits et linéaires, les microxes faisant défaut.
Spiculation. — I. Mégasclères : 1. Styles lisses, longs et gros, plus ou moins courbés, fréquemment plus larges au milieu qu’à la base, à pointe courte, souvent froncée, mal venue ; longueur 1 mm. environ, épaisseur 20 à 23 ^ à la base, et (quand ils sont fusiformes) 40 p- vers le milieu de la tige.
IL Microsclères : 2. Sigmates droits et contournés, de deux catégories : les plus forts mesurant 90 p- sur 4 à 5 ou (suivant les individus) 105 jx sur 5 à 6 ; les plus petits n’atteignant que 20 ^ sur 1 ; pas d’intermédiaires apparents. — 3. Trichodragmates d’une seule sorte, tous formés de paquets de raphides parallèles, droits et linéaires, longs de 140 p-. Les deux formes de microsclères abondent.
Distribution. — Mer Rouge ; Amboine.
Stylotella cornuta n. sp.
PI. XXIV, fig. 32. 1
Les Stylotella possèdent pour toute spiculation des styles disposés en une charpente réticulée dont les lignes primaires
SPONGIAIRES DE LA BAIE d’aMBOINE.
peuvent acquérir assez d’importance pour former de véritables fibres. On ne rencontre pas chez elles de mégasclères propres à l’ectosome, et les microsclères leur font toujours défaut.
Les styles sont lisses dans les espèces connues jusqu’à présent. Ceux de l’Éponge dont il est maintenant question offrent donc un intérêt particulier en même temps qu’ils caractérisent bien une espèce nouvelle par les quelques épines dont ils arment constamment leur base .
Le spécimen unique, malheureusement morcelé en plusieurs fragments, est massif, étendu (quatre centimètres de longueur), déprimé (un centimètre d’épaisseur), irrégulier, sans orifices visibles ; il prenait insertion à son support, qui n’a pas été r ecueilli avec lui, par un petit nombre de points, car sa face inférieure est presque entière. Il était envahi par de nombreux Stephanoscyphus , dont la présence se révèle à l’extérieur par autant de petits tubes cylindriques qu’il a lui-même poussés autour de chacun de ses commensaux. La surface est lisse entre ces tubes et revêtue d’une peau mince et sans spiculés. La consistance est assez ferme, mais la charpente, réticulée à la façon de celle des Bendoryx , conserve une grande fragilité. Les lignes squelettiques primaires paraissent généralement trispiculées, les secondaires se réduisant à un seul spiculé; aux entrecroisements des lignes se développe le plus souvent un faible lien de spongine incolore. La couleur, grisâtre, cendrée, devient noirâtre sur une bonne partie de la face supérieure ; il y a là abondance de cellules à pigment pleines de fins granules bruns.
Spéculation. — Les seuls spiculés présents sont des styles relativement gros et courts, plus ou moins courbés, à pointe courte et acérée. Ils mesurent 320 ja de longueur sur 18ja d’épaisseur ; ils présentent toujours sur leur base au moins une épine, soit apicale comme un mucron, soit latérale, souvent deux, divariquées, ou trois, rarement davantage, jusqu’à six au
E. TOPSENT.
maximum, sans ordre et espacées. Ces épines sont courtes (4-5 (t), coniques et pointues; elles manquent absolument sur la. tige ; seulement, quelques styles de la face inférieure de l’Epongem’en ont présenté deux ou trois dispersées à peu de distance de leur pointe. Malgré cela, ces spiculés peuvent difficilement passer pour des acanthostyles.
Stylotella conulosa n. sp.
L’Éponge en question ne se confond avec aucune des quatre* Stylotella du Musée de Sydney dont Lendenfeld a tracé la diagnose (16). Ses styles, il est vrai, sont à peu près de même taille que ceux de S. polymastia , mais ils ne présentent pas le* rétrécissement basilaire dont parle Lendenfeld, et puis sescaractères extérieurs sont bien différents.
Il en a été recueilli deux fragments, probablement deux lobes, de forme pjTamidale, d’un même individu, hauts de 25 et 30 mm., larges de 18 mm. à la base et terminés chacun par un large oscule au sommet. La couleur est blanche, la consistance très compressible. La surface se couvre de petits conules et de* courtes crêtes, distants de 1 à 2 mm., hauts de 0mm,5 au plus; entre ces aspérités, elle est lisse, revêtue d’une membrane relativement épaisse, sans spiculés et d’aspect cireux. Le choanosome est spongieux.
La charpente consiste, dans la profondeur, en un réseau irrégulier de fibres; vers la surface, les fibres primaires deviennent plus distinctes, mais restent grêles, tri- ou quadrispiculées ; pai places, elles traversent l’ectosome et rendent alors la surfacefinement hispide. De forts liens de spongine incolore consolident les entrecroisements des fibres.
Spkulation. — Il n’existe qu’une seule sorte de spiculés, des styles lisses, assez forts, plus ou moins courbés, non fusiformes r à tête simplement ronde, ni effilée ni amincie, à pointe acérée
SPONGIAIRES DE LA BAIE d'aMBOINE. 471
assez longue; ils mesurent 600^ de longueur sur 20 à 22 fi d’épaisseur.
Oceanapia fistulosa Bowerbank.
1873. Desmacidon fistulosa , Bowerbank (P. Z. S. h., p. 19).
1884. Rhizochalina fistulosa, Ridfey (19, p. 420).
Bendy est d’avis (ÎO, p. 248) de confondre en un seul les genres Oceanapia et Rhizochalina , d’où la synonymie précitée.
Oceanapia fistulosa est représentée dans la collection par deux fragments de spécimens. La pellicule limitante de leur ectosome renferme de nombreux oxes, bien plus faibles que ceux du choanosome et du reste de l’ectosome.
Distribution. — Cotes d’Australie et de Nouvelle- Guinée ; Amboine; Açores; Bahia?
Oceanapia amboinensis n. sp.
PL XXII, tig. 13 et PL XXIV, fig. 29.
Deux spécimens.
Le moins beau des deux présente une base massive, arrondie, large de 25 mm., et une seule fistule creuse, haute de 20 mm., incomplète, déchirée dans le sens de sa longueur.
L’autre n’a plus de support; à l’une de ses extrémités cependant est attachée une petite pierre, et, à ce niveau, un paquet de fibres spiculeuses laisse supposer que de ce côté se trouvait le point d’attache, et probablement la partie principale du corps de l’Éponge.
Ce spécimen, long de 85 mm., est en somme formé de deux fistules parallèles, concrescentes en un point ; celle qui porte la petite pierre à sa base se divise en deux branches unies latéralement à plusieurs reprises ; l’autre est brisée du côté correspondant à la partie inférieure de la fistule précédente ; cela confirme ^cette idée que la masse de l’Éponge n’a point été recueillie et
E. TOPSENT.
qu’on a obtenu seulement deux de ses appendices soudés entre eux assez loin de leur origine ; la seconde fistule se ramifie aussi du côté supérieur, après s’être dilatée, mais les trois branches qu’elle donne sont épaisses et assez courtes. Toutes les divisions des deux fistules se terminent en doigt de gant. La couleur est blanchâtre; la surface, lisse et brillante, se ponctue de pores très petits; la consistance, ferme, ne manque pas d’une certaine élasticité. L’ectosome est coriace, limité par une pellicule mince et scarieuse ; le choanosome, blanc, est charnu et soutenu par un réseau de fibres grêles mais très distinctes, sans spongine visible.
Ainsi, d’après les échantillons de la collection, on peut concevoir approximativement la forme de YOceanapia amboinensis complète. Ce doit être une Éponge massive, lisse, émettant des fistules fort longues et fréquemment ramifiées.
Mais les caractères extérieurs des Éponges de ce groupe n’ont pas une fixité à laquelle on puisse se fier. Par bonheur, la spiculation de l’espèce en question est aussi très particulière et plus caractéristique encore. Les oxes sont de taille très variable et ceux de la surface se modifient progressivement en des strongyles courts, assez grêles et très courbés, rappelant assez bien ceux de Oceanapia singaporensis (Carter). En outre, il existe en très grande abondance des sigmates assez grands, remarquables par une petite dilatation constante du milieu de leur tige.
Spiculation. — I. Mégasclères : 1. Oxes du choanosome, légèrement courbés, peu pointus, longs de 215 à 220 [i, épais de 8 {x, jusqu’à une faible distance de leurs extrémités. Dans l’ectosome, ils diminuent de taille progressivement, perdent peu à peu leurs pointes et se transforment, tout à fait à la périphérie, en des strongyles courbes ne mesurant plus que 40 de longueur sur 3 fi d’épaisseur à peine.
IL Microsclères : 2. Sigmates très abondants, longs de 30 à 33 |x, assez grêles (moins de 2jx d’épaisseur) mais avec une
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petite dilatation médiane qui ne manque jamais, et qui n’a été observée chez aucune des Oceanapia à sigmates décrites jusqu’ici (O. robusta Bow., O. mollis Dendv et 0. fragilis Tops.).
Oceanapia fragilis n. sp.
PI. XXII, fig. 17.
Un spécimen, en deux fragments.
C’est une Eponge massive, longue de 6 centimètres, large de 23 mm., haute de 20, pourvue, du côté supérieur seulement, d’une vingtaine de fistules de 2 à 5 mm. de diamètre, toutes brisées, quelquefois dès leur base ; quelques-unes, recueillies à part, atteignaient, quoique incomplètes, une hauteur de plus de 2 centimètres.
En dessous, elle n’est intacte que sur la moitié de son étendue et revêtue dans cette portion d’une peau semblable à celle de la face supérieure, de sorte qu’on ne peut dire si elle était attachée au moins par un bord ou entièrement libre.
La texture est très délicate, compressible et fort cassante. La couleur dans l’alcool est gris jaunâtre. L’ectosome se réduit à une pellicule extrêmement mince, partout absolument lisse; les fistules qui le prolongent ont de même des parois papyracées, molles, transparentes. Les oxes s’y disposent en deux séries : l’une, superficielle, où tous s’orientent dans une même direction en se serrant d’assez près les uns contre les autres ; l’autre, plus profonde, où ils se groupent par paquets plus ou moins compacts, espacés, tangentiels aussi, mais croisant à angle presque droit le revêtement spiculeux externe. Le choanosome est charnu et soutenu par un réseau de fibres polyspiculées, blanches, sans spongine, assez grêles, mais très distinctes.
Spiculation. — Mégasclères : 1. Oxes, tous de même forme, et sensiblement de même taille ; ils sont peu courbés et leurs pointes ne se dessinent qu’à une distance des extrémités égale à