‹ Voyage scientifique dans l'Archipel Malais (volume 2)Chapitre 172 sur 218 · PAR LE · texte numérisé non relu

PAR LE

Dr Th. MORTENSEN

DE

Copenhague

M. de Loriol a décrit, dans son mémoire sur les Echinodermes de la Baied’Amboine1, un petit Echinide, qu’il considère comme étant probablement un jeune exemplaire d ' Asthenosoma varium Grube. De bonnes figures de cet animal ont été publiées dans un « Supplément aux Echinodermes d’Amboine » 2. Dans mon ouvrage sur les Echinides de l’Ingolf-Expedition 3, (p. 50), j’ai exprimé un doute au sujet de cette détermination, en me basant sur la disposition des pores, des piquants, du système calycinal et delà membrane buccale, qui sont trop différents de ce que l’on observe habituellement chez les Echinothurides. L’année dernière (1902) j’ai eu l’occasion d’examiner l’exemplaire en question au Musée d’histoire naturelle de Genève, et mes doutes ont été con-

1 Revue Suisse de Zoologie, vol. I, 1893, p. 368.

2 Ibid., vol. III, 1895, pl. XI.

* The Banish Ingolf-Expedition. Vol. IV, 1. Echiuoidea, Part. I, Copenhagea

TH. MORTEXSEN

firmés. Ayant étudié cet hiver les Diadématides, j’ai cherché de nouveau à établir la place que cette forme doit occuper dans le système. Comme les notes que j’avais prises à Genève, ne me donnaient pas tous les renseignements nécessaires, j’ai priéM. le professeur M. Bedot de bien vouloir me confier l’échantillon pendant quelque temps, afin que je puisse l’examiner déplus près. Le résultat de l’examen a été, que l’échantillon en question est le type d’un nouveau genre de Diadématides, très intéressant, et dont je donnerai ici la description, suivant le désir deM. Bedot.

Pour la structure du test, je renvoie à la description et aux figures publiées par M. de Loriol, en ajoutant seulement quelques corrections. La disposition des pores n’est pas très correctement indiquée dans la fig. 1 f. Il y a trois paires de pores dans chaque plaque composée. Dans les cinq ou six plaques inférieures, les poi’es sont éloignés du bord de l’aire ambulacraire, et placés presque au milieu de la plaque ; il y a des tubercules en dehors

des pores. Sur la face actinale, on voit deux rangées de tubercules primaires assez distinctes.

Sur la face abactinale, les tubercules primaires et secondaires sont de la même grandeur, de sorte que les séries de tubercules primaires sont indistinctes, et la zone interporifère a un aspect semblable à celui qu’on observe chez Echinothrix j ayant de petits tubercules nombreux, irrégulièrement disposés. Les plaques ambulacraires sont composées d’après le type diadématoïde ; les

Fig. 1.

LISSODIADEMA

Fig. 2.

sutures horizontales entre les plaques sont un peu inclinées en bas. Les tubes ambulacraires de la face abactinale sont dépourvus de disques.

Les aires interambulacraires ont été décrites et figurées par M. de Lopjol. Il est important de remarquer que les tubercules ne sont pas crénelés. Il n’y a pas ces taclies bleues que l’on voit chez Dia~ dema, Astropyga et Chœtodiadema.

La structure de l’appareil apical ne peut pas s’observer à travers la peau brune revêtant tout le test, mais en appliquant un peu d’eau de Javelle très diluée, on a pu la faire apparaître distinctement sans détériorer l’échantillon. Il a été possible alors de constater (fi g. 1) que les plaques ocellaires sont très grandes et ont des pores distincts; quatre d’entre elles entrent dans le cadre, la cinquième, à côté du madréporite, n’est pas en contact avec le périprocte, qui est couvert d’un cercle de plaques polygonales assez grandes au milieu duquel saillit le tube anal. L’existence d’une petite papille génitale au milieu de chacun des immenses pores génitaux, fait assez rare parmi les Echinides réguliers, a été mentionnée par M. de Lokigl.

La membrane buccale est couverte de plaques calcaires délicates, larges, imbriquées, LùssodM Lorioli. disposées en cinq larges bandes radiaires, sé- Un piquant parées par une étroite bande membraneuse sans plaques, placée vis-à-vis de chaque aire interambulacraire. Il y a 4 à 6 séries de plaques dans chaque bande. D'après M. de Loriol « quelques-unes, dans l’alignement des zones porifères, sont distinctement percées de pores » <p. 369). Cela n’est pas le cas. Il y a quelques petits tuber-

520 TH. MORTENSEN

ailles en dehors des tubes buccaux, comme le montre la figure 1 d de M. de Loriol, mais il n’y a pas de pores. Ce fait est très important à constater, car c’est justement là le caractère essentiel qui distingue les Echinothurides de tous les autres Echinides réguliers et ectobranehiés. Chez les Echinothurides, les plaques ambulacraires avec leurs tubes se continuent sur le péristome, ce qui n’est jamais le cas chez les autres Echinides réguliers ectobranehiés.

Les piquants sont lisses, finement striés en long et distinctement recourbés (fig. 2). Ils sont creux, comme le montre la figure 3. qui représente une section transversale d’un piquant. La partie basale est assez longue et enveloppée d’une couche musculaire épaisse comme chez Astropyga. Tous les piquants de cet exemplaire sont brisés, leur longueur est donc inconnue, de même que la structure de la pointe. Les piquants des Diadématides sont ordinairement verticillés. Des piquants lisses se trouvent seulement chez JEchinothrix , dans les aires ambulacraires. Ils sont en effet très semblables à ceux de la forme décrite ici, et il est probable que la pointe des piquants a ici la même structure que celle des piquants ambulacraires d 'JEchinothrix, c’est-àdire avec deux séries d’épines dirigées en bas, comme le décrit M. Dôderlein. 1

Les spiculés (fig. 4) sont triradiés, irréguliers, assez nombreux et disposés en séries longitudinales. Dans les tubes buccaux, les

Fia. 4.

Lissodiadema

Lorioli.

Spiculés.

Fia. 3.

Lissodiadema Lorioli .

Coupe transversale d’un piquant.

1 Bericht über die von Herrn Prof. Semon hei Arnboina und Thursday Island gesammélten Echinoidea. (Semon. Zoologische Forschungsreisen in Australien und dem malayischen Archipel , Bd. V, p. 698), Jen. Denkschriften, Bd. VIII, 1902

LISSODIADEMA

■spiculés sont de grandes plaques. Quant aux pédicellaires, j’ai trouvé seulement un pédicellaire triphylle ; ils sont simples, avec le bord extérieur lisse, ressemblant à ceux de Diadema. Les dents sont sans carène comme chez les autres Diadématides.

D’après la description que je viens de donner, il est évident qu’il ne s’agit pas d’un Echinothuride, mais d’un Diadématide, dont le plus proche parent est, sans doute, Echinothrix. Il est nécessaire d’en faire le type d’un nouveau genre, que je propose de nommer Lissodiadema. Les deux genres Echinothrix et Lissodiadema ont, comme caractères communs, la disposition des aires ambulacr aires, l’absence des taches bleues et les piquants lisses. Le genre Lissodiadema se distingue du genre Echinothrix par ses tubercules lisses (dans un échantillon de Y Echinothrix diadema (L) de 25mm de diamètre, que j’ai pu comparer avec r échantillon de Lissodiadema dont le diamètre est 22mm, les tubercules sont distinctement crénelés), par ses grands pores génitaux pourvus de papille génitale, et par ses piquants qui sont tous lisses, tandis que chez Echinothrix , les piquants interambulacraires sont verticillés.

On ne trouve pas ailleurs, dans la famille des Diadématides, de piquants lisses et de tubercules perforés et non crénelés, mais ce sont les caractères essentiels des Pedinida. Pourtant, je n’hésite pas à rattacher ce genre à la famille des Diadématides, car il est probable qu’il s’agit d’une forme modifiée et exagérée du type Echinothrix. M. de Loriol croit que l’on a affaire à un jeune exemplaire, mais le développement extraordinaire des pores génitaux montre que l’exemplaire est adulte. Ce genre est donc probablement de petite taille, ce qui peut expliquer le fait que la crénulation a disparu, phénomène assez commun chez les petites formes ou celles qui ont des tubercules petits, comme Pleur echinus. Mespilia , etc. Par ses piquants lisses, ce genre rappelle les Pseudodiadématides, et nous avons peut-être ici

TH. MORTENSEN — LISSODIADEMA

un lien entreJes Diadématides et les Pseudodiadématides. Mais, la structure des piquants des Pseudodiadématides est trop peu connue pour qu’on puisse dire s’il y a réellement des affinités, entre Lissodiadema et les Pseudodiadématides. Il est plus probable que c’est une forme dérivée du type JEchinothrix.

Je propose de donner à cet Echinide, en l’honneur de M. t>k Loriol, le nom de Lissodiadema Lorioli il. g., n. sp.

VOYAGE DE MM. M. BEDOT ET C. PICTET DANS LJABCHIPEL MALAIS

Page 1