DES
PHYLLIRHOÏDES
PAR
Emile ANDRÉ
Privat-docent à l’Université de Genève.
Avec la planche XXIX.
Dans le riche matériel zoologique, rapporté d’Amboinê par MM. Pictet et Bedot, se trouvaient trois exemplaires d’un Mollusque marin, voisin des Phyllirhoe. Les différences qui existent entre cet animal, d’un genre nouveau, et les Phyllirhoïdes connus jusqu’à présent sont importantes, mais elles ne légitimeraient pas, cependant, la création d’une famille nouvelle; en revanche, la diagnose de la famille des Phyllirhoïdes devrait être modifiée comme suit:
Fam. Phillirhoidæ
Corps allongé, fortement comprimé latéralement, limité dorsalement et ventralement par un bord mince et tranchant, terminé en arrière par une extrémité tronquée ou s’atténuant en pointe. Tête distincte, proboscidiforme, portant deux rhinophores, simples, terminées en pointe, en parties rétractiles.
ÉMILE ANDRÉ
Pas de tentacules. Pas de branchies. Pas de pied. Bouche armée de mandibules qui peuvent être très réduites. Radule à dent médiane munie d’une cuspide centrale et denticulée latéralement, à dents marginales denticulées. Estomac portant trois ou quatre cæcums hépatiques, non ramifiés. Anus du côté droit ou sur le bord dorsal. Sac rénal médian ou nul.
Genre Ctilopsis1 nov. gen.
Rhinophores courts et gros, subconiques, réunis par leurs bases. Extrémité postérieure du corps tronquée. Trois cæcums hépatiques, dont deux postérieurs et un antérieur. Anus sur le bord dorsal. Un sac rénal; pore rénal du côté droit. Yeux distincts 2.
Ctilopsis Pideti n. sp.
Cæcum hépatique antérieur très court ; cæcums hépatiques postérieurs rectilignes, parallèles. Sac rénal étroit et allongé. Quatre rangées de myoblastes (?). Trois glandes hermaphrodites: une entre les cæcums hépatiques postérieurs, les deux autres entre le cæcum hépatique postérieur ventral et le bord ventral du corps. Habitat: Amboine.
La forme du corps est assez allongée; la hauteur est d’un peu plus du quart de la longueur. A sa partie postérieure, le corps est tronqué d’une façon très franche, mais ne s’étale pas
1 De xtdoç Bélier et onatç apparence, parce que la partie antérieure de l’animal, vue de côté, peut être comparée à une tête de Bélier.
* Chun (Bericht über eine nach den Ganarischen Inseln im Winter 1887-88 ausgeführte Reise. Sitzungsberichte der K. preuss. Akademie der Wissenschaften zu Berlin. Jhg. 1889, 2 Halbbanden) décrit sous le nom de Phyllirhoe trematoid.es un animal qui présente quelques analogies avec notre Ctilopsis (anus dorsal, même forme du sac rénal); mais la description de Chün est trop sommaire et n’est accompagnée d’aucune figure, aussi n’est-il pas possible de décider si le Phyllirhoe trematoides doit rentrer dans notre genre Ctilopsis.
MOLLUSQUES d’âMBOINE
en une sorte de nageoire caudale. La tête est distincte et séparée du corps par un cou ; elle porte deux rliinophores courts, épais, dont les bases se soudent au-dessus de la bouche pour former une sorte de bourrelet. Ainsi que le montrent les fig. 1 et 8, le corps est aussi transparent que chez les autres Phyllirhoïdes et laisse voir, à son intérieur, tous les viscères. Les dimensions des trois exemplaires, que nous avons eus entre les mains, sont : longueur, 10mm, 6mm,5 et 3ûmi; hauteur, 2mm,7, 2mm et lmm.
Le corps est recouvert par un épithélium analogue à celui des Phyllirhoe; aplati sur les faces de l’animal, cet épithélium s’épaissit sur les bords ventral et dorsal du corps, par augmentation de la hauteur de ses éléments.
Nous avons trouvé les téguments des Ctüopsis bourrés de spiculés ou cristaux; ceux-ci se trouvent sous l’épithélium ou, traversant ce dernier, font saillie à l’extérieur. Ces sortes de spiculés sont rectilignes, cylindriques et tronqués à leurs extrémités; leur longueur varie entre 0mm,015 et 0mm,045, et leur diamètre entre 0mm,002 et 0mm,005, Ils sont distribués d’une façon assez égale sur tout le corps; cependant ils paraissent être plus abondants dans le voisinage de la tête. Les faibles dimensions de ces formations et le peu de matériel que nous avions à notre disposition ne nous ont pas permis de pratiquer des réactions suffisamment nombreuses pour que nous puissions indiquer la composition chimique de ces spiculés. Nous devons nous borner à dire qu’ils sont insolubles dans l’acide acétique, mais qu’ils se désagrègent petit à petit dans l’acide azotique et dans la potasse caustique. Les résultats bizarres de ces quelques réactions nous portent à croire que ces aiguilles sont de petits cristaux provenant du mode de conservation des Ctilopsis , soit fixation au sublimé et conservation dans l’alcool; mais le fait que de nombreux Phyllirhoe \ faisant également
1 Voir : André, Mollusques d’Amboine. Revue suisse de zoologie. T. IV, 1896.
EMILE ANDRÉ
partie du matériel de MM. Pictet et Bedot et ayant été traités comme les Ctilopsis : ne possédaient pas ces aiguilles et le fait que l’alcool, dans lequel étaient conservés ces animaux, ne contenait pas traces de sels de mercure, nous laissent des doutes à ce sujet. L’hypothèse que ces aiguilles font partie intégrante des téguments, est encore infirmée par le fait que les Ctilopsis , déjà protégés par leur transparence, ne semblent pas avoir besoin d’un autre moyen de défense.
De même que les Fhyllirhoe , les Ctilopsis possèdent de nombreuses glandes cutanées, localisées dans le voisinage des bords dorsal et ventral du corps. Ces glandes sont formées d’une seule cellule piriforme, plus ou moins allongée et émettant un col qui vient déboucher entre les éléments de l’épithélium externe. On peut distinguer deux types de ces éléments glandulaires ; les uns (fig. 6) ont un contenu granuleux, également réparti dans toute la cellule; chez les autres (fig. 7), le produit de sécrétion est — du moins chez les individus conservés — jaunâtre, hyalin, réfringent et aggloméré en une ou plusieurs masses, contenues dans la cavité de la cellule. La longueur de ces deux sortes d’éléments varie entre 0mia,020 et 0mm,035. Nous n’avons pas trouvé, chez Ctilopsis , des glandes cutanées pluricellulaires analogues à celles qui ont été décrites chez le Fhyllirhoe bucephalum,psir Müller et Gegenbaur l.
A la partie antérieure du corps, sur la ligne médiane, audessous de la bouche, les téguments forment une invagination qui se dirige en arrière, parallèlement au bord ventral (fig. 8 x, et fig. 3 b). Dans le voisinage de son orifice, ce boyau est tapissé par l’épithélium du corps auquel se substituent bientôt des éléments glandulaires qui, ainsi que le montre la fig. 3 b, acquièrent des dimensions assez considérables. La position et la structure microscopique de cet organe peuvent le faire regarder,
1 Müller et Gegenbaur. Ueber Fhyllirhoe bucephalum. Zeitschr. f. wiss. Zool., Bd. 5, 1854.
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jusqu’à plus ample information, comme une glande pédieuse peu développée.
Au-dessous de l’épithélium externe courent, sur les deux faces du corps, des faisceaux longitudinaux de fibres musculaires (fig. 1 m); ces faisceaux sont ténus, rectilignes, sensiblement parallèles et réunis entre eux par quelques anastomoses obliques, très fines, invisibles avec un faible grossissement. Les faisceaux musculaires sont un peu plus nombreux et plus épais dans le voisinage de la ligne médiane du corps que sur les bords ; comme on le voit dans la fig. 1, ils n’existent plus à une certaine distance des arêtes dorsale et ventrale.
Nous décrirons ici, comme faisant probablement partie de la musculature du corps, de singuliers éléments (fig. 1 w et fig. 2), disposés en quatre rangées longitudinales. Sur l’animal vivant, examiné sous la loupe, ces formations présenteraient, au dire de M. le professeur Bedot, une lointaine analogie avec les palettes natatoires des Cténopbores ; elles sont également visibles sur le côté droit et sur le côté gauche. En poursuivant l’étude des Ctilopsis , avec un plus fort grossissement, on constate que ces éléments, comparables à certains myoblastes incomplets, sont situés, non pas à l’extérieur, comme un examen superficiel semble le montrer, mais dans la profondeur, à égale distance entre les deux faces du corps, pour autant que le permettent les viscères. Nous appellerons provisoirement ces éléments « myoblastes », jusqu’à ce qu’un examen plus approfondi, pratiqué sur le vivant et sur des animaux frais, permette de leur assigner leur véritable valeur. Les myoblastes (fig. 2) sont formés par une cellule conjonctive vésiculeuse, à contenu finement granuleux, qui aurait pris une forme ovalaire et qui aurait donné naissance, sur son côté, à une fibrille. Cette dernière est de forme rubanée et possède une longueur double de celle de la cellule à laquelle elle doit son origine. La longueur de ces éléments est de 0mm,2. Les myoblastes sont disposés selon quatre rangées longitudinales
ÉMILE ANDRÉ
(fig. 1 ri) ; dans chacune de ces rangées, ils sont équidistants et dirigés perpendiculairement au grand axe du corps. Les quatre séries de myoblastes n’occupent pas toute la longueur du corps; en avant, elles commencent à peu près au niveau de l’estomac et se terminent en arrière, un peu au-delà de l’extrémité postérieure des cæcums hépatiques. Chaque rangée comprend environ une centaine de myoblastes.
La bouche, antérieure et ventrale, conduit dans un bulbe pharyngien subsphérique (fig. 1 et 8, a). La mâchoire est mal délimitée et se montre réduite à un simple revêtement corné de l’intérieur du bulbe buccal, tandis que la radule (1— )— 1— ]— 1) est du type de celle des autres Phyllirhoïdes. La dent centrale (fig. 4) porte une longue cuspide médiane accompagnée, de chaque côté, par sept denticules beaucoup plus petits ; la dent marginale est munie de neuf denticules dont le terminal est sensiblement plus fort que les autres. Les glandes salivaires nous ont paru fortement réduites. L’œsophage (fig. 1 et 8 b) naît à la partie postérieure du bulbe buccal. Très étroit à son origine, il augmente petit à petit de diamètre et aboutit à l’estomac qui n’est guère plus large que la partie terminale de l’œsophage. Chez tous les autres représentants de la famille des Phyllirhoïdes, l’estomac porte quatre cæcums hépatiques sensiblement égaux en longueur, tandis que, chez les Cülopsis , nous ne trouvons que trois de ces organes : un antérieur et deux postérieurs. Le cæcum antérieur (fj, très réduit, prend son origine sur la face dorsale de l’estomac et se dirige en avant, accolé au rectum. Les deux cæcums postérieurs, l’un dorsal (e), l’autre ventral ( d ), naissent à la partie postérieure de l’estomac, avec lequel ils communiquent largement; ils s’allongent en arrière en restant parallèles à l’axe du corps ; ils ont à peu près partout le même diamètre. La portion terminale du tube digestif, le rectum (g), se détache immédiatement en avant du cæcum impair et, dans sa partie proximale, est accolée à ce dernier. Le rectum se
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dirige obliquement en avant vers le bord dorsal, sur la ligne médiane duquel est percé l’anus (h). Nous avons constaté, sur des coupes, que les organes que nous venons de décrire, ont la même structure histologique que chez les Phyllirhoe.
Le cœur (fig. 1 et 8, 6) est analogue, par sa forme et par sa position, à celui des autres espèces de la famille des Phyllirhoïdes.
Le sac rénal (fig, 1, p) a la forme d’un tube allongé, étroit, de diamètre constant sur tout son parcours. Il commence en arrière, à peu près au niveau de l’extrémité aveugle des appendices hépatiques pairs, court d’abord entre ceux-ci, puis fait une brusque inflexion vers le côté dorsal et passe entre le cæcum postérieur dorsal et la paroi du corps. Après s’être infléchi de nouveau, il se dirige vers le péricarde, avec lequel il s’abouche. L’orifice externe du rein (q) est percé sur le côté droit du corps, à l’endroit où le sac rénal subit cette deuxième inflexion; cet orifice est très petit.
Le système nerveux (fig. 1 et 8, r) est analogue à celui des Phyllirhoe , c’est-à-dire qu’il se compose d’une paire de ganglions cérébro-pleuraux, d’une paire de ganglions pédieux et de deux ganglions buccaux intimement soudés entre eux. Les premiers (fig. 3, g et h) sont sus-œsophagiens ; ils portent, sur les côtés, les yeux et envoient verticalement deux commissures, toutes deux fort courtes, l’une viscérale, l’autre se réunissant aux ganglions buccaux. Les ganglions pédieux (j), accolés aux ganglions cérébraux-pleuraux et placés de chaque côté de l’œsophage, sont réunis par une commissure sous-œsophagienne; ils portent les otocystes, ou plutôt ceux-ci sont placés entre les ganglions cérébraux-pleuraux et les pédieux. Les ganglions buccaux (k) sont, comme nous l’avons vu plus haut, réunis en une masse unique.
Les yeux sont, comme chez les Phyllirhoe , accolés aux ganglions cérébro-pleuraux (fig. 9, e ), à la partie postérieure, du
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côté externe. Un court filet nerveux (c), émanant du bord de l’œil, relie celui-ci au ganglion cérébro-pleural. L’œil a une forme lenticulaire, aplatie. La structure en est fort simple : la partie basilaire de l’œil, celle qui est accolée au ganglion cérébropleural, est formée par une seule assise de gros éléments ganglionnaires (b), peu nombreux, dans lesquels vient se terminer le nerf optique (c). La portion externe de l’œil est constituée par une couche unique, de moitié moins épaisse que la précédente, dont les cellules (a), cylindriques ou prismatiques, sont légèrement réfringentes et montrent, dans leur portion basale, un dépôt de pigment noir. Chez le plus gros des exemplaires de Ctilopsis le diamètre de l’œil était de 0mm,06.
Les otocystes (fig. 3, i), rattachés par un court filet nerveux aux ganglions cérébro-pleuraux, sont situés entre ces derniers et les ganglions pédieux. Les otoconies, peu nombreuses, sont de très petites dimensions. Le diamètre de l’otocyste est de 0mm,065.
Etant donné le petit nombre d’exemplaires de Ctilopsis que nous avions à notre disposition, et leurs faibles dimensions, nous n’avons pu étudier d’une façon très complète le système reproducteur. Ses organes les plus apparents sont les trois glandes hermaphrodites : l’une (fig. 1, s), située entre les deux cæcums hépatiques postérieurs, les deux autres ( s ' et s") entre le cæcum postérieur ventral et le bord ventral du corps. Les glandes hermaphrodites ne sont pas compactes; elles sont, toutes trois, formées par des digitations, assez semblables entre elles par leurs formes et leurs dimensions, qui paraissent attachées à un axe ou canal médian. Les trois canaux — que nous avons pu suivre sur des coupes — émis par ces glandes, se réunissent et le canal commun ainsi formé se divise ensuite en deux branches : l’oviducte et le canal déférent (fig. 1, t). Le premier de ces conduits possède une portion très renflée, l’utérus ; mais il ne nous est pas possible de dire si cette poche est un diverticule de l’ovi-
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ducte ou un simple renflement de ce canal. Quant au canal déférent, il aboutit à un pénis (fig. 1, u) qui nous a paru inerme. L’orifice, commun aux conduits mâle et femelle, est situé sur le côté droit du corps, en avant ; sur l’animal vivant, étalé, il est à peu près à mi-distance entre la bouche et l’estomac.
Voici, en terminant, la liste d’un certain nombre de Ptéropodes et d’Hétéropodes retrouvés dans le matériel d’Amboine postérieurement à la publication de notre mémoire sur les Mollusques recueillis à Amboine par MM. Pictet et Bedot. De toutes ces espèces, seul le TMiptodon diaphanus Meisenlieimer n’avait pas encore été signalé dans les Iles Moluques.
Hétéropodes
Firoloida Desmaresti Lesueur. 4 exemplaires.
Atlanta Gatidichaudi Evd. et Soûl. 5 exemplaires.
Ptéropodes
Limacina trochiformis. 1 exemplaire.
Creseis acicula Rang. Très nombreux exemplaires. Coquille rectiligne ou très peu flexueuse.
Creseis virgula Rang. 4 exemplaires.
Clio spec? plusieurs exemplaires. La partie calcaire de la coquille ayant été dissoute, la détermination de l’espèce n’a pas été possible.
Clio pyramidata L. 1 exemplaire.
Diacria spec? Nombreux exemplaires, appartenant probablement à plusieurs espèces. La détermination spécifique n’a pas été possible à cause du mauvais état des coquilles.
Cavolinia gïbbosa Rang. 1 exemplaire.
Cavolinia glohulosa Rang. 1 exemplaire.
ÉMILE ANDRÉ
Cavolinia uncinata Rang. 1 exemplaire.
Desmopterus papilio Chun. 2 exemplaires.
Paraclione spec? 1 exemplaire.
Thliptodon diaphanus Meisenheimer. 2 exemplaires. La localité la plus proche d’Àmboine, où cette espèce ait été signalée, est le nord de Sumatra.
VOYAGE DE MM. M. BEDOT ET C. PICTET DANS L’ARCHIPEL MALAIS
MÉDUSES D’AMBOINE
PAR
Otto MAAS
Avec les planches XXX et XXXI.
La collection des Méduses d’Amboine de MM. Bedot et Pictet comprend, en tout, 23 formes différentes, soit 19 espèces bien caractérisées et 4 formes larvaires dont on ne peut déterminer que le genre ou la famille, vu leur jeune âge. Ce nombre est très élevé, étant donné qu’il s’agit d’un matériel récolté non pas par une « expédition scientifique », mais par des naturalistes isolés. En outre, cette collection présente l’avantage de renfermer des animaux qui n’ont pas été conservés dans le formol, mais dans l’alcool, après fixation par l’acide osmique, les sels de cuivre, etc... On a ainsi un intéressant matériel de comparaison pour l’étude de certains caractères extérieurs, qui sont souvent plus ou moins modifiés, suivant le mode de traitement de l’animal.
Il n’y a pas d’espèces nouvelles, ou, pour mieux dire, il n’y en a plus, car plusieurs de ces formes, trouvées depuis lors dans la même région ou dans des régions voisines (Explorations d’AGASsiz, du Siboga, des Maldives) ont été déjà décrites et nommées par Agassiz et Mayer, Bigelow, Browne et Maas. La priorité de la découverte de ces espèces aurait dû appartenir aux naturalistes genevois, mais leur collection n’est arrivée entre mes mains et n’a été étudiée qu’après celle, beaucoup plus considérable, du Siboga.
OTTO MAAS
La concordance faunistique de ces collections est non moins frappante que l’analogie, sur laquelle j’ai déjà attiré l’attention, entre cette faune et celle des îles Fidji, étudiée par Agassiz; elle montre, en outre, la vaste répartition de plusieurs espèces du Pacifique. Cette opinion est encore appuyée par les travaux sur la faune des Maldives, si l’on tient compte, toutefois, de la synonymie des espèces. On voit donc que, non seulement des Méduses de la haute mer, mais encore de nombreuses formes littorales issues de Polypes, ont une répartition très étendue. Cela se comprend facilement si l’on prend en considération les conditions spéciales que présente l’Océan indien.
Dans cette collection, les Méduses littorales sont beaucoup plus nombreuses que les formes de la haute mer, ce qui tient aux procédés de récolte employés. Les formes des profondeurs, qui ont été recueillies en si grand nombre par le Siboga, manquent complètement. En revanche, il s’y trouve un certain nombre de jeunes formes intéressantes. Des croquis faits, en partie d’après les animaux vivants, par MM. Pictet et Bedot ont été reproduits dans les planches de ce travail.