‹ Voyage scientifique dans l'Archipel Malais (volume 2)Chapitre 92 sur 218 · L. JOUBXN · texte numérisé non relu

L. JOUBXN

Ces yeux et la tête ne diffèrent pas sensiblement de ce que l’on observe dans les autres espèces de Chiroteuthis. Peut-être seulement la tête est-elle un peu plus svelte et plus grêle, comme d’ailleurs le reste du corps.

Membrane buccale (PI. IX, fig. 3). C'est une vaste membrane attachée autour de la lèvre buccale, sur laquelle elle s’insère ; elle s’écarte de cette lèvre en se gonflant, puis elle se rétrécit en une sorte de goulot plus étroit qui est placé au-dessus de l’orifice buccal. Cette sorte de cheminée conique est soutenue par des côtes saillantes s’élevant au-dessus de son orifice, qui, de ce fait, est dentelé. Ces côtes ne sont pas musculeuses, probablement fort contractiles et érectiles; il y en a sept, et elles sont reliées par une mince membrane à la base des bras qui les entourent. Il me paraît probable que ce tube est fort élastique, protractile, et que l’animal doit pouvoir le manoeuvrer de façon à recueillir sur les ventouses des bras et des tentacules les petits animaux dont elles ont pu se saisir. Il est vraisemblable d’admettre qu’il y a à la pointe de ces côtes une sensibilité développée en vue de cette fonction spéciale.

La première côte dorsale, médiane, donne attache à deux membranes allant s’insérer sur la face dorsale des deux plus petits bras, les bras dorsaux. Puis, en dessous, les deux côtes symétriques (2 et 2') ont chacune à leur base une membrane allant s’attacher à la face supérieure ou dorsale des deuxièmes bras. En dessous, les troisièmes côtes symétriques (3 et 3') ont une membrane s’insérant sur la face ventrale des troisièmes bras. Enfin, en dessous on voit que les quatrièmes côtes (4 et 4') viennent également par leur membrane s’attacher à la face ventrale des grands bras ventraux.

Ces sept cloisons forment comme autant de cordages qui maintiennent en place la membrane tubulaire buccale. Celle-ci est de couleur bleue ou violette intense, tandis que les côtes et les cloisons sont blanches et transparentes. En dessous de la

CÉPHALOPODES d’aMBOINE. 211

membrane on aperçoit le commencement du bulbe buccal, sous forme d’un anneau blanc.

Cette membrane buccale est plus développée que chez le Chiroteuthis Veranyi , où elle est moins haute et où les côtes ne sont pas saillantes à la pointe, autant du moins que l’on peut s’en rendre compte par les dessins de Verany, qui a observé l’animal vivant, et sur les échantillons en alcool que j’ai étudiés.

A l’intérieur de la membrane buccale on peut voir sa surface toute couverte de plis ondulés.

J’ai fait des coupes de cette membrane buccale, et j’ai constaté que les côtes saillantes sont creuses, divisées en loges par des cloisons, et renferment de très nombreux vaisseaux ; cela ressemble tout à fait à du tissu érectile. La membrane qui sépare les côtes est beaucoup plus musculeuse ; on y rencontre au moins deux plans de fibres, les unes transversales, les autres circulaires, noyées dans un tissu conjonctif compact, et entremêlées à de nombreux capillaires. Sur la face profonde on remarque que les plis cutanés noirâtres donnent en coupe des arborisations recouvertes par un épithélium des plus singuliers. Je n’ose me prononcer sur la nature des cellules qui le composent, vu le mauvais état de conservation de ces Céphalopodes, mais il m’a semblé que l’on se trouvait là en présence d’une grande quantité de nématocystes. Toutes ces cellules ont l’air écartées les unes des autres ; elles sont arrondies, à gros noyaux, quelques-unes d’entre elles toutes remplies de granulations. Je ne sais que penser exactement de ce singulier épithélium, sous lequel on observe une grande quantité de grains pigmentés bleuâtres, formant une couche à peu près continue dans toute l’étendue de la membrane buccale. Ce sont eux qui lui donnent l’aspect noirâtre qu’on lui voit en regardant à l’intérieur de la cavité supra-buccale qu’elle limite.

La lèvre et le bec. Si l’on fend la membrane buccale et qu’on en rabatte les lambeaux, on aperçoit l’entrée de la bouche, limi-

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