‹ Voyage scientifique dans l'Archipel Malais (volume 2)Chapitre 95 sur 218 · L. JOUBIN · texte numérisé non relu

L. JOUBIN

disposition bien constantes. Il y a des ventouses où les petites dents marginales manquent ; les grandes dents ne sont pas partout de la même dimension.

Le pédicule, très grêle, s’insère dans une dépression de la partie inférieure de la ventouse; il est cylindrique, strié longitudinalement, et s’implante d’autre part dans une fossette du mamelon brachial limitée par un léger bourrelet de la peau. Les chromatophores recouvrent ce mamelon, mais je n’en ai pas vu sur le pédicule ni sur la ventouse.

B. Ventouses des tentacules (PL YIII, fig, 1). Tout le long des tentacules sont, comme je l’ai dit, réparties des ventouses sessiles, très plates, en forme de cupules, colorées extérieurement en brun foncé par de nombreux chromatophores. Ces ventouses sont extrêmement curieuses et se rapprochent beaucoup de celles que j’ai décrites dans une note antérieure chez Chiroteuthis Veranyi ; j’ai fait allusion, dans le même travail, à ce que l’on trouve chez Chiroteuthis Picteti.

Voici, très sommairement résumée, la structure de ces ventouses. Elles n’ont ni pédicule, ni cercle corné denté, et elles sont adaptées à une fonction toute particulière. Elles sont formées d’une cupule plate entourée de fibres musculaires, constituant un bourrelet périphérique élastique et contractile , tapissées en dedans par un épithélium spécial et en dehors recouvertes de peau avec chromatophores. C’est l’épithélium interne qui fait l’originalité de l’appareil; il est modifié en un réseau protoplasmique, extensible selon toute apparence, tout criblé de petites vacuoles, contenant quelques noyaux. Ce réseau doit, d’après son aspect et sa structure, être extrêmement contractile ; il déborde largement la cavité de la ventouse, et sert évidemment à engluer les petits êtres qui passent à sa portée. Comme les tentacules sont des organes fort longs, toujours en mouvement, et que les ventouses ainsi disposées sont nombreuses, il est probable que le Céphalopode fait à l’aide de ces engins une pêche

CÉPHALOPODES d’aMBOINE.

abondante. Comment, une fois les proies capturées, l’animal en débarrasse-t-il ses ventouses et les introduit-il dans sa bouche? Je considère comme probable qu’il emploie à cet office la membrane buccale qui surmonte son bec ; elle est, comme nous l’avons vu, fort extensible, munie de petites dents charnues délicates, qui vraisemblablement ont pour fonction de récolter dans le réseau des ventouses les petits êtres qui s’y trouvent englués. Il est bien entendu que ce ne sont là que des suppositions, mais qui me paraissent assez plausibles d’après ce que l’on peut induire de la nature de ces organes.

C. Ventouses de la palette tentaculaire (PL IX, fig. 6). Ces ventouses sont fort petites, de couleur noirâtre, et portées sur un pédoncule large à sa base, pointu au sommet. Elles diffèrent profondément de ce que l’on observe chez Chiroteuthis Veranyi , où les mêmes ventouses sont incolores et ont, au milieu de leur pédoncule, une grosse perle à côtes noires. J’ai considéré, dans une autre publication, que la perle noire servait d’appât et que la ventouse incolore qui la surmonte complétait le piège où de nombreux petits êtres peuvent se laisser prendre. Ici la ventouse elle-même est entièrement noire, et cumule par conséquent la fonction de piège et d’appât.

La ventouse proprement dite se compose d’une armature de chitine noirâtre, cylindrique, ouverte par une large ouverture ovale à son extrémité supérieure. Cette ouverture est entourée extérieurement d’un cadre frangé, échancré au milieu et doublé en dedans d’une lamelle noire et coupante qui tient lieu de dents; au sommet, sous l’échancrure médiane, le cadre noir a une dent mousse qui est comparable, par sa position, à la grande pointe aiguë que Chiroteuthis Veranyi présente à la même place.

Ces ventouses sont extrêmement nombreuses sur la palette, elles sont probablement très mobiles sur leur pédicule, qui paraît fort extensible, et doivent fournir d’abondantes récoltes à notre Céphalopode.

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