L. JOUBIN
La plume (PL IX, fi g. 10 à 14). Je n’ai examiné qu’une des deux plumes entière; l’autre était brisée et incomplète. J’ai pu isoler celle du deuxième échantillon, absolument intacte.
Sa longueur totale est de 230 millimètres. Elle est fort étroite sur les 92 premiers millimètres, c’est-à-dire dans la région supérieure, puis brusquement, à peu près au niveau de la naissance de la nageoire, elle s’élargit et a environ 9 millimètres d’épaisseur dans cette région. A partir de là elle diminue insensiblement de diamètre jusqu’à la pointe postérieure du corps, où elle n’a plus que 2 millimètres et demi environ. Au point où elle s’élargit elle est largement ouverte.
Cette plume m’a paru occuper dans le corps une position tout à fait insolite ; au lieu d’être disposée de façon à ce que son plan de symétrie soit dans le plan sagittal, elle était couchée à plat dans la gaine, de sorte que son plan de symétrie était perpendiculaire avec le plan sagittal, et coïncidait avec celui des nageoires. Je ne sais si c’est là une position, normale, ou s’il faut penser que cette plume a tourné de 90° dans sa gaine par suite des frottements et des chocs que l’animal a eu à supporter dans ses voyages et pendant l’examen que j’en ai fait.
La plume de ce Céphalopode se rapproche comme structure des fragments décrits par Hoyle dans son Beport des Céphalopodes du Challenger . Cependant il y a quelques différences de détail qui me font penser qu’elles ne se rapportent pas à la même espèce; en particulier le fait que les deux moitiés ne sont pas soudées en un tube dans l’espèce de Hoyle, tandis qu’elles le sont dans toute leur longueur chez Chiroteuthis Ficteti, de façon à constituer un tube complet, me semble caractéristique. On ne trouve pas dans la plume de mon espèce un seul point où la section produirait une figure semblable à la coupe 4 a, pl. XXXI, de l’espèce de Hoyle. En outre, sa figure 2, même planche, n’a pas son analogue dans Chiroteuthis Ficteti .
Quant à Chiroteuthis lacertosa Terril], bien que les coupes de
CEPHALOPODES d’àMBOIHE.
sa plume donnent des sections analogues à celles de Chiroteuthis Picteti, on peut constater que l’ensemble de cet organe chez ce Céphalopode est très différent et ces deux espèces, pour cette raison encore, ne peuvent être assimilées.
Les figures 12, 13 et 14 (PI. IX) donneront beaucoup mieux qu’une description détaillée l’idée des rapports des parties de la plume entre elles et la disposition des rainures qui se remarquent à sa surface.
L’action de l’alcool a peut-être influé sur sa consistance ; on peut dire cependant que la partie supérieure de la plume est très molle, tandis que la partie moyenne, élargie, est plus solide; elle est parfaitement transparente et jaune dans toute sa longueur.
Tissu contenu dans V intérieur du tube formé 'par la plume. L’action de l’alcool, en contractant les tissus, les détache de la plume, qu’ils remplissent complètement sur le vivant. Ce sont des tissus mous, que l’on peut retirer de l’intérieur de la plume en entier. Si l’on y fait des coupes après coloration par le picrocarmin, on observe les faits suivants : A la surface on voit un épithélium à cellules cubiques, à gros noyau, un peu plus hautes dans la région qui correspond à la carène de la plume ; ce sont elles qui, vraisemblablement, sécrètent les couches internes de la matière cornée qui compose la plume. Sous cet épithélium se trouve une mince couche de tissu amorphe, formant une gaine continue tout autour du sac interne. Enfin, à l’intérieur, se trouve un réseau lâche de trabécules conjonctifs, fort irréguliers, probablement infiltré de liquide, et très transparent; il remplit tout le sac, qui, lui-même, remplit toute la cavité de la plume. A l’intérieur de ce sac se trouve, contre la couche amorphe, un réseau de capillaires et de petits vaisseaux superficiels. Je n’ai pas pu suivre jusqu’en haut ces vaisseaux, il me paraît probable qu’ils entrent dans la cavité par l’orifice ovale, à bords ondulés et membraneux, du tiers supérieur. Ces vais-