I. PARTIE FAUNISTIQUE
M. Bedot a bien voulu nous confier l’étude des Annélides Polychètes qu’il a recueillies dans la baie d’Amboine (Archipel Malais) lors de sou voyage avec C. Pictet, en 1890.
Le nombre des espèces que nous avons déterminées s’élève à 46. Bans le présent travail nous n’insisterons que sur les espèces nouvelles ou sur celles qui nous ont paru présenter un certain intérêt au point de vue zoologique ou morphologique. Nous nous bornerons à citer simplement les autres formes.
Nous avons étudié particulièrement l’organe caronculaire des Amphinomides d’Amboine. Cette étude morphologique et anatomique a été placée à la suite du travail d’ensemble sur la faune d’Amboine, dont elle est une annexe toute naturelle.
Voyage. Vol. 2.
A. MALAQUIN ET A. DEHOENE
Syllides.
Un seul exemplaire de cette famille appartient à la Syllis gracilis Grube. L’individu a une couleur rosée ; mais la coloration générale de ces Syllides varie avec leur habitat et seule l’ornementation peut entrer en ligne de compte dans les caractères spécifiques de ces Ànnélides.
Hésionides.
Un seul exemplaire également. Il se rapporte au type décrit par Grube sous le nom de Hesione intertexta h
Néréides.
Les Néréides d’Amboine sont représentées par quatre espèces; deux d’entre elles ont été rencontrées aux Philippines, par Grube et décrites dans les Annulata semperiana , ce sont :
Nereis masalacensis Gr.1 2, Perinereis perspicillata Gr. 3 La troisième espèce, Nereis ( Ceratonereis Kinb.) mirabilis Kinb. a été décrite par Ehlers4. Enfin la quatrième espèce est nouvelle et nous en donnons ci-après la description.
Nereis Picteti n. sp.
L'individu, unique, est incomplet. Tel quel, il mesure 44““ de longueur, 3mm de largeur (rames comprises) et il compte 50 segments sétigères. Aucune ornementation caractéristique. La tête plus large que longue, porte deux antennes dont la longueur est à peu près égale à la moitié de la longueur de la tête. Cette der-
1 Grube. Annulata semperiana. Mem. Acad. St-Pétersbourg, vol. 25, 1878. Taf. VI, fig. 5.
2 Grube. Annulata semperiana, p, 75, Taf. V.
s Grube. Id., p. 90, Taf. IV.
* Florida Anneliden, p. 117, Taf. 87, fig. 1-6. Habitat: Key-West.
ANNÊLIDES d’aMBOINE
nière est colorée en jaune clair à sa base, sa partie antérieure est pigmentée de brun.
Les yeux sont elliptiques, à grand axe transversal mais oblique par rapport à l’axe longitudinal du segment céphalique. Les antérieurs sont plus développés que les postérieurs. Les palpes sont considérables, leur article terminal est réduit par rapport à l’article basilaire.
Les di res tentaculaires sont assez peu développés chez cette espèce ; le plus long ne peut atteindre le quatrième sétigère. Le premier segment est dépourvu de soies et il est un peu plus long que le suivant.
La distribution des groupes de paragnathes sur la trompe est celle du sous-genre Nereis s. st., mais elle diffère de celle des espèces décrites jusqu’à ce jour (Texte, fig. 1 et 2).
Nereis Picteti n. sp.
Fig. 1 : Vue dorsale de la région antérieure avec la trompe dévaginée ;
Fig. 2 : Vue- ventrale de la même.
Anneau maxillaire:
Groupe I : deux paragnathes coniques situés l’un derrière l’autre. Groupe II : une rangée de six ou sept paragnathes de taille variable, sur une saillie oblique.
A. MALAQUIN ET A. DEHORNE
Groupe III : trois paragnathes coniques, deux en avant, un en arrière.
Groupe IY : six paragnathes de grosseur diverse sur une rangée, un autre plus petit à l’intérieur de cette rangée.
Anneau basilaire :
Groupe Y : absent.
Groupe YI : trois paragnathes sur une saillie.
Groupe YII : trois paragnathes sur une seule rangée.
Groupe VIII : (celui de droite seul est représenté) un paragnathe isolé.
'Les mâchoires sont larges et fortement recourbées au sommet.
Dans le parapode, la rame dorsale surmontée d’un cirre plutôt grêle et soutenue par un acicule noir est formée de trois languettes d’inégale longueur. La rame ventrale est formée d’un mamelon sétigère assez considérable, traversé par un autre acicule noir légèrement pointé vers le bas, tandis que celui de la rame dorsale l’est vers le haut.
Les soies sont de trois types.
Les premières à hampe homogomphe sont pourvues de deux
rostres qui se terminent tous deux vers l’intérieur par une pointe recourbée, à arête longue et étroite, en grande partie rectiligne et fortement arquée à son extrémité seulement.
Les deuxièmes (Texte, fig. 4), à hampe tout à fait hétérogomphe sont renflées au niveau de l’articulation et pourvues de deux rostres dont le plus saillant se termine en pointe mousse et l’autre en pointe très fine. Leur serpe est fortement renflée, elle est mu-
Fig. 3. Fig. 4.
Soies hétérogomphes de N. Picteti n. sp.
ANNÉLIÜES d’âMBOINE
nie de cils rigides au voisinage du rostre saillant de la hampe et elle se termine par une pointe recourbée.
La troisième espèce de soie (Texte, fig. 3), possède une hampe plus forte encore. Elle est aussi hétérogomphe, mais sa serpe est relativement plus courte, pourvue dans le voisinage du rostre saillant d’un bord concave garni de quelques gros cils rigides. Elle se termine par une longue pointe mince recourbée vers la hampe.
La coloration de ces trois sortes de soies devient plus sombre à mesure que Ton passe de la première à la seconde et de celle-ci à la troisième.
Ces soies sont ainsi réparties au 40me segment :
Rame dorsale j 26 soies en arête longue, homogomphes.
10 soies en arête longue.
3 soies hétérogomphes du 3me type.
6 soies hétérogomphes du 2me type.
6 soies homogomphes.
Alcïopides.
Les Alciopides de la baie d’Amboine comprennent trois espèces :
CaMzonella lepidota Krohn.
Corynocephalus gazellae Apstein.
Callizona Angelini Kinberg.
Callizonélla lepidota Krohn, est la plus nombreuse en individus ; cette espèce est connue dans la Méditerranée et l’Océan Atlantique1.
1 C. Apstein. Die Alciopiden und Tomopteriden der Plankton- Expédition, Ergeb. Plankton Exped., Bd. 2, 1900.
Rame ventrale {
Faisceau supérieur I Faisceau inférieur
A. MALAQUIN ET A. DEHORNE
Corynocephalus gazellae a été signalée par Apstein dans l’Océan Indien.
Gallizma. Angelini Kinberg est une espèce commune à l’Océan Atlantique et à l’Océan Pacifique.
Lopadorhynchides b
Ces Annélides également pélagiques sont représentées par deux espèces :
Phalacrophorus pictus Greeff.
Pelagobia longocirrata Greeff.
Typhloscolécides.
La famille des Typhloscolécides est représentée à Amboine par cette Annélide pélagique si curieuse, connue sous le nom de Typhloscolex Mulleri Busch, (Sagitella Kowalevskii Wagner, Acicularia Virchowii Langerhans).
Tomoptérides.
Cette famille est représentée par deux espèces :
Tomopteris Bolasi Greeff.
Tomopteris helgolandioa Greeff.
Cette dernière comprend seulement un individu.
Tomopteris Bolasi Greeff.
(PL 50, fig. 21-24.)
Cette espèce paraît abondante dans la baie d’ Amboine ; elle diffère très peu de la T. mariana Greeff, signalée par Greeff sur les côtes de la Guinée 2.
1 J. Reibisch. Pelagische Phyllodociden und Typhloscoleciden der Plankton- Expedition. Ergeb. Plankton Exped., Bd. 2, 1895.
2 Greef. Über die pelagische Fauna an den Küsten der Guinea-Inseln. Zeitch. Wiss. Zool., Bd. 42, 1885.
Ann élidés d’amboixe
L’un de nous a indiqué dans une note publiée antérieurement 1 les caractères morphologiques de la tête des individus jeunes dans cette espèce.
Ces derniers présentent, en effet, des caractères morphologiques d’un grand intérêt pour la structure et l’origine de la tête chez les ancêtres annélidiens.
Lorsqu’on étudie les individus adultes des diverses espèces du genre Tomopteris, l’on trouve le plus souvent entre les appendices antérieurs céphaliques et les grands appendices sétigères, une paire de petits appendices rudimentaires sétigères (PL 50, fig. 22, R. vJ). Ces appendices sont même absents chez les individus adultes de plusieurs espèces et il est vraisemblable qu’ils disparaissent totalement chez les individus âgés de toutes les espèces.
L’étude d’un T. Rolasi jeune rend des plus démonstratives la constitution de la tête de ces Annélides pélagiques.
L’individu dont il s’agit ici est constitué de la façon suivante (PL 50, fig. 21) : 1° le segment céphalique, 2° un segment tentaculaire dont les rames se développeront d’une manière si considérable chez l’adulte, puis 3° cinq segments avec rames en forme de nageoires, deux segments jeunes avec appendices en formation, et le pygidium en avant duquel existe la zone indifférenciée formatrice des segments futurs.
Segment céphalique. (PL 50, fig. 23 et 24). La tête est nettement délimitée chez T. Rolasi jeune ; elle est arrondie en avant et porte quatre appendices. Deux sont en forme de rames très développées R.v.1, à base élargie s’ effilant graduellement; leur insertion est latéro-ventrale. Chacun de ces appendices est soutenu par une soie aciculaire qui le parcourt depuis la base où
1 A. Mal Aquin, La céphalisation chez les Annélides et la question du métamérisme. C. R. Ac. Sc., Paris, Vol. 138, p. 821, 1904.
Voir aussi : A. Malaquin. Contribution à la morphologie générale des Annélides. Les appendices sétigères des Tomoptérides. Arch. Zool. exp. (8), vol. 7, notes p. 2, 1899.
A. MAL AQUIN ET A. DE BORNE
se trouve le bulbe sétigère jusqu’à l’extrémité effilée où la soie est à nu. La situation de ces appendices et leur structure en font des rames sétigères ventrales, caractéristiques et identiques à celles du segment suivant ; leur grand développement permet de conclure que ces appendices locomoteurs ont dû jouer un rôle important dans les fonctions locomotrices et défensives de ces Annélides.
Plus dorsalement, mais aussi plus en arrière au point de vue morphologique, les deux autres appendices, Gd.i s’insèrent de telle manière que leurs bords internes ne sont séparés que par une faible distance ; leur situation, leur structure et leurs rapports permettent de les homologuer aux appendices correspondants du segment suivant, qui sont des cirres dorsaux. Ils se transforment en appendices céphaliques si caractéristiques des Tomopteris plus âgés, comme celui de la fig. 22, GW.1. Deux ailerons ciliés, les deux organes des sens nucaux, limitent la tête en arrière et la présence de ces organes ne peut laisser aucun doute, s’il pouvait y en avoir, sur la nature céphalique des appendices qui les précèdent. Enfin la bouche s’ouvre ventralement, entre les deux rames sétigères.
Deuxième segment. Le segment suivant, qui porte les appendices si considérablement développés de l’adulte R.v.*, présente chez notre T. Rolasi , ces deux rames au même degré de développement que sur la tête. Il existe en outre un cirre dorsal, destiné à disparaître (fig. 22, Ctl}) dans l’extension ultérieure des grandes rames (cirres tentaculaires des auteurs). A ce moment les deux premiers segments sont donc à des stades complètement superposables tant par la composition de leurs appendices que par le degré de leur développement.
De la constitution morphologique de la région antérieure de Tomopteris Rolasi jeune nous pouvons tirer les conclusions suivantes :