Le segment céphalique des Annélides possédait ancien
ANN ELIDES d’âMBOINE
nement une fonction locomotrice, comme les segments somatiques ; cette fonction a disparu pour laisser place aux fonctions plus spécialement sensorielles.
2. Le segment céphalique peut porter de véritables rames sétigères, ce qui démontre l’identité morphologique des appendices céphaliques et des appendices parapodiaux.
3. La céphalisation s’effectue chez les Annélides par la transformation d’un métamère, et d’un seul, qui porte à l’origine l’orifice buccal et conséquemment la portion initiale du tube digestif.
Apstein figure un jeune Tomopteris helgolandica 1 et un jeune T, mariana (loc. cit., PL XI, fig. 14) dont le segment céphalique porte également ces appendices sétigères à large base en forme de rame, de même que l’individu représenté dans notre fig. 22, Rv P ; le jeune T. helgolandica dont il donne une figure est à un stade plus jeune encore que le T. Rolasi, dont il est question ici, puisque les appendices antérieurs n’existent pas encore. Cet auteur n’a pas eu connaissance de la note de l’un de nous, publiée en 1899, et dans laquelle se trouve démontrée l’existence et les rapports de ces appendices sétigères céphaliques d’un Tomoptère de Naples (T. Kefersteini Greeff*).
Apheoditides.
Parmi les quatre Aphroditides récoltés dans la baie d’Amboine, trois appartiennent à la tribu des Polynoïnae. Ce sont :
Lepidonotus carinulata Grube.
Lepidonotus Wahlbergi Kinberg.
Lepidonotus cristaüis Grube.
Nous allons très rapidement passer en revue les caractères de ces trois premières espèces, puis nous aborderons l’étude du quatrième Aphroditide, qui est un Acœtiné,
1 Loc. cit., PL X, fig. 6.
A. MÂLAQUIN ET A. DEHORNE
Lepidonotus carinulata Grube 1 .
Un seul exemplaire. Longueur 14mm, largeur 4nm,5. Les trois antennes ne présentent que leur cératophore. Les 2 palpes sont assez longs, coniques, larges à leur base et s’effilant graduellement jusqu’à leur extrémité. Malgré le mauvais état de conservation on peut reconnaître que les cirrostyles des cirres tentaculaires se renflent en baguette de tambour avant de s’effiler brusquement.
Les élytres ont le même aspect que dans les trois dessins de Grube. Ils sont un peu échancrés sur leur bord antérieur ; leur bord externe présente de nombreuses papilles grêles rangées les unes auprès des autres.
Lepidonotus Wahlbergi Kinb.
Trois individus; le plus long mesure 18mm sur 5mm, rames comprises. Le plus petit, 1 lmm de longueur et 5 de largeur.
La tête n’offre rien de particulier. C’est un segment céphalique normal de Lepidonotus. Les palpes sont puissamment développés et, comme tous les appendices de cette Annélide, ils se renflent en baguette de tambour, avant de se terminer par une pointe effilée. Leur surface n’est pas lisse, l’épiderme se prolongeant en papilles quelquefois bifides.
A partir du 4e segment, le corps présente une large bande médiane et irrégulière de pigment vert-bleuâtre après séjour dans l’alcool. Cette bande s’épanouit sur les tout derniers segments où l’anus, à la formation duquel concourent plusieurs segments, est extrêmement bien visible. L’animal a, du reste, été décrit d’une façon satisfaisante par Mac Intosh. Nous renverrons à sa description et à ses figures.
1 Grube. Annulata semperiana. 1878, p. 26, Taf. iîl.
2 Mc Intosh. Report of the Annelida Polychaeta. The Voyage of H. M. S. Challenger, vol. 12, 1885, p. 66, pl. 11.
ANNKLIDES D'AMBOINE
Lepidonotus cristatus Grube L
Sous ce nom, Mc Intosh et Gravier ont décrit un Lepidonotus extrêmement voisin de l’espèce type présentée par Grube, mais qui en diffère par la présence, sur la crête bimamelonnée des élytres, de plusieurs grosses papilles coniques. Au contraire les deux exemplaires rapportés d’Amboine sont absolument identiques à l’individu des Philippines. Leurs élytres présentent bien en effet, au lieu de deux mamelons crêtés comme l’ont figuré Mac Intosh et Gravier, une sorte d’éminence fongiforme non découpée, à peine resserrée dans son milieu et tachetée de marron clair.
Eupolyodontes amboinensis n. sp.
PL 47, fig. 1.3 et 4; PI. 48, flg. 5-11.
Nous traitons ici d’un représentant de la tribu des Acœtinés, La plus grande confusion règne actuellement dans la systématique de cette tribu. On comprendra mieux pourquoi si l’on considère que les Acœtinés sont fort rares, que les espèces récoltées sont peu nombreuses et surtout qu’elles furent imparfaitement décrites sans reproductions ou avec des reproductions si douteuses qu’il n’est pas surprenant de voir une question aussi embrouillée que celle de leur classification.
Comme point de départ nous donnerons tout d’abord la diagnose des Acœtinés d’après un des travaux les plus récents sur les Aphroditiens, celui de Darboux.
« Aphroditiens à corps long, un peu aplati, dorso-ventralement, formé de segments nombreux. Les élytres sont insérés sur les segments 2, 4, 5 et sur tous les segments du rang impair qui suivent. Le lobe céphalique porte des yeux en général longuement pédonculés, deux ou trois antennes et deux palpes. Les
1 (tfiUBE. Annelida semperiana. 1878, p. 27, Taf. H.
A. MALAQUIN ET A. DEHORNE
soies sont toutes simples. La trompe est couronnée d’un cercle de papilles; les deux papilles médianes, supérieure et inférieure, sont plus longues que les autres ; il existe toujours quatre mâchoires cornées. »
Une des caractéristiques les plus frappantes des Acœtinés, c’est leur grande dimension et ce sont avec certains Eunicidés, les géants de la classe des Polychètes. Malheureusement on connaît peu d’Acœtinés qui ne se soient pas fragmentés au moment de la capture, et Pruvot et Racovitza ont pu reconstituer le genre de vie de ces vigoureuses Annélides, sur le fait qu’on ne peut jamais en obtenir que des tronçons. Elles habiteraient, d’après ces deux auteurs, des tubes à consistance choroïde, enfoncés dans les fentes des rochers; elles seraient très carnassières, se jetteraient sur l’appât des lignes comme sur des proies, et, cramponnées désespérément aux parois du tube, se laisseraient briser quand la ligne est retirée, plutôt que de céder.
Les deux mêmes auteurs rapportent « qu’à Naples où l’on recueille en moyenne trois ou quatre Polyodontes par an, on ne les obtient jamais qu’à l’état de tronçons de la partie antérieure,» et ils ajoutent que l’individu de R. Saint-Loup n’était également qu’un tronçon. On peut en dire autant de tous ceux qui furent étudiés dans la suite. P. Fauvel nous append que l’exemplaire du British Muséum, présenté par Miss F. Buchanan, n’est qu’un fragment de 32era,5 de long. L’Acœtidé du Musée de Caen qu’il a décrit ne mesure que 16 centimètres, trompe comprise. Enfin les quatre spécimens que le japonais Akira Izuka a pu observer mesuraient respectivement, 31, 22,5, 17 et 52,5 centim. C’est peu pour des animaux dont on sait qu’ils atteignent facilement un mètre.
Dimensions. Nous avons été plus heureux, à ce point de vue, que nos prédécesseurs. Les deux individus que nous possédons, mesurent l’un 720mm de long et l’autre 630, mesure
ANNÉLIDES d’aMBOINE
prise le long de la ligne médiane dorsale. Le premier, bien que le plus long, est incomplet; il compte 305 segments. Sa largeur est de 19mm, au trentième segment, parapodes compris. Le second individu est complet, nous en donnons une photographie PL 47, fig. 1; sa largeur est de 21mm au même niveau. Il compte 214 segments. A la suite du 214me, vient une série d’environ 20 zoonites formés par régénération, très courts, serrés les uns contre les autres et dont l’ensemble atteint 17mm de longueur (PL 47, fig. 3). L’épaisseur dorso-ventrale de ces deux Annélides est en moyenne de 1 3mm.
M. Bedot nous signale qu’ils ont été capturés dans leur tube: un des tubes avait 1 m. de long et l’autre 750mm. Mais il ne nous spécifie pas auquel de ces deux Annélides le plus long des tubes appartenait.
Coloration. Il ne peut guère être question de coloration pour des échantillons ayant séjourné aussi longtemps que ceuxci dans de l’alcool. C’est à peine si la face ventrale, moins gagnée par une incrustation calcaire déterminée par la présence d’un très grand nombre de petits boutons blanc-verdâtre groupés les uns auprès des autres sur de vastes étendues, est un peu plus foncée que la dorsale. Ce qui frappe le plus, en effet, dans l’aspect des Eupolyodontes d’Amboine, c’est la grande extension qu’à pris à leur surface, au point de leur donner une coloration artificielle, le dépôt calcaire dont nous parlons. On peut dire qu’il a envahi toutes les régions du corps. Seules, l’extrémité des cirres tentaculaires, des antennes et la zone pigmentée des ommatophores dont l’usage était constant ont été préservées. Encore les yeux étaient-ils bien près d’être masqués à leur tour.
Age probable. Du fait de cécité partielle et en présence d’une semblable incrustation, du fait aussi que ces deux individus possèdent un grand nombre de segments, on peut conclure qu’on a affaire à des individus relativement très âgés. Aucun auteur, depuis Renier jusqu’à Izïïka, n’a parlé de ce revêtement calcaire.
A. MALAQUIN ET A. DEHORNE
C’est peut-être que chacun n’a observé que des tronçons arrachés à des animaux vigoureux, capables de défense ; faut-il voir dans les spécimens d’Amboine des individus frappés de sénilité et chez lesquels la dégénérescence se serait manifestée par l’abondante incrustation calcaire qui recouvre les téguments? Nous avons trop peu d’informations sur la biologie de ces Annélides pour répondre catégoriquement à cette question. Mais il est impossible de ne pas être frappé par cette calcification épidermique, remarquable chez une Annéîide déjà protégée par le tube résistant où elle séjourne.
Tête. (PL 74, fig.4; PI. 48, fig. 5, 6 et 7). Le segment céphalique est nettement distinct de ceux qui lui font suite, tant par la configuration de ses parties que par sa teinte générale vertde-gris. Il présente neuf appendices qui sont du reste loin d’avoir la même signification morphologique et qui sont : 2 palpes, 2 antennes, 2 ommatophores, 2 appendices branchiaux céphaliques, 1 appendice postérieur médian, souvent indiqué par les auteurs comme représentant une antenne médiane.
Ommatophores. Les ommatophores forment par leurs dimensions la majeure partie du segment céphalique. Situés tout à fait latéralement, ce sont de volumineux organes à large base hémisphérique; cylindriques sur un parcours de lmm, puis légèrement coniques sur une longueur de 2m;a,5 ils se terminent antérieurement par une extrémité arrondie. Les deux ommatophores mesurent ainsi chacun 5mm de long; leur largeur diminue d’arrière en avant, et on compte 6mm du sommet de l’un à celui de l’autre.
Il est assez difficile, sans l’aide des coupes, de se faire une idée exacte de la répartition du pigment à la surface de ces ommatophores. Chacun présente une auréole pigmentée devenue irrégulière par suite de l’encroûtement calcaire de la cuticule ; cette auréole, plus fortement colorée que le reste de la tête est d’un vert sombre et elle encercle l’extrémité arrondie qui
ANNÉLIDES d’aMBOINE
est d’un blanc grisâtre. Il est probable que cette auréole est l’expression externe de la couche pigmentaire intérieure de l’œil proprement dit, ainsi que Pkuvot et Racovitza l’ont démontré dans leur étude histologique de l’ommatophore du Panthalis Marenzelleri. Chez ce dernier, un cercle blanc crétacé opaque qu’on voit en arrière de la portion terminale correspond à une sorte de diaphragme intérieur déterminé par une différenciation cellulaire à ce niveau. Ce diaphragme divise l’ommatophore en deux chambres : l’une, antérieure, correspond à l’œil luimême; l’autre postérieure, contient le lobe le plus antérieur du cerveau. Et c’est cette disposition même qui fait dire aux deux auteurs que les ommatophores ne sont pas des appendices, mais qu’ils résultent simplement de l’exagération du sillon médian qui entaille chez bfaucoup de types le bord antérieur de la tête et qu’ainsi ils font partie intégrante du cerveau.
Antennes et palpes. Il y a deux antennes; elles sont subulées et insérées tout à fait en avant, au pied des ommatophores dont elles sont néanmoins indépendantes, et dans l’espace qu’ils laissent entre eux. Elles les dépassent à peine et se terminent en pointe effilée à leur extrémité. Quant aux palpes, ils naissent beaucoup plus ventralement ; ils sont dépourvus de palpophore; leur forme ne diffère guère de celle des antennes, ils sont seulement plus longs et un peu plus grêles.
Branchies céphaliques. Dorsalement et en avant, le segment céphalique offre deux appendices recourbés vers le bas en forme de corne non effilée. Ils naissent à côté des ommatophores, de cette partie du segment céphalique qui réunit la base de ces deux derniers. Leur diamètre est plus fort que celui des autres appendices céphaliques et ils ne sont pas tout à fait cylindriques, mais plutôt aplatis latéralement. L’incrustation calcaire ne les a pas épargnés. Leur base est assez mal délimitée d’avec la masse du segment céphalique et, on ne peut se défendre, dès le premier coup d’œil, de les considérer comme des
A. MALAQUIN ET A. DEHORHE
expansions superficielles de l’épiderme. Ils sont mous et presque transparents parce qu’ils sont creux. Des coupes pratiquées au travers de l’un deux permettent de les définir. Ce sont purement et simplement des sortes d’évaginations en doigt de gant de l’épiderme que tapisse un endothélium fortement aplati. Leur cavité est un diverticule de la cavité céphalique et les coupes que nous en avons obtenu ne diffèrent en rien, la dimension près, de celle des papilles branchiales parapodiales. Il y a identité entre la forme et la structure de ces appendices et les formations branchiales des parapodes, figurées PL 48, fig. 8 br. p . Ce point est intéressant en ce qu’il détermine nettement la valeur morphologique de ces appendices. Ils ne sont nullement équivalents aux appendices antennaires de cette région du corps.
L eSigalion limicola d’EHLERS, possède bien à droite et à gauche de l’antenne médiane, deux appendices qui semblent avoir des rapports morphologiques avec ceux que nous décrivons, mais Pruvot et Racovitza qui ont retrouvé cette espèce à Banyuls, infirment la description d’EHLERS en montrant qu’ils naissent sur le cératophore de l’antenne médiane. De plus, ils seraient pleins et ces deux auteurs en font des cténidies antennales, homologues des cupules ciliées parapodiales. Ces caractères ne rappellent en rien ceux des appendices creux céphaliques dont nous parlons.
Quant aux autres auteurs qui ont traité des Acœtinés, aucun ne fait allusion à de semblables productions, et ni Miss Buchanan, ni P. Fauvel, ni Akira Izuka qui, tous trois, ont décrit une même espèce, extrêmement voisine de V Eupolyodontes amboinensis, n’en ont signalé la présence.
Entre les deux ommatophores existe un sillon longitudinal médian qui prend naissance au bord antérieur de la bouche et remonte ventralement entre les palpes et les antennes où il devient frontal ; il se poursuit dorsalement entre les appendices
ANNÉLIDE8 d’aMBOINE
branchiaux céphaliques jusqu’au sillon transversal dorsal qui sépare la région céphalique proprement dite de la région nucale. Nous déterminons ainsi, en effet, la région dorsale surélevée qui porte la soi-disante antenne médiane des auteurs.
Région nucale. La région nucale est séparée du reste du segment céphalique par un profond sillon transversal interrompu en deux endroits. En effet, latéralement, à lmm,75 de part et d’autre de la ligne médiane, on voit deux ponts également visibles sur les deux individus et dirigés obliquement d’arrière en avant (fig. 4 et fig. 5, p. n.). Ces deux ponts forment ainsi deux cloisons épaisses à direction oblique, qui montent du fond du sillon transversal.
A cause de cette disposition, la région nucale consiste en un bourrelet transversal légèrement sinueux sur son bord antérieur et terminé sur les côtés par deux sortes de cornes arrondies. Ce bourrelet, convexe et élargi sur sa face dorsale est couvert de nombreux plis onduleux plus ou moins remplis et effacés par le revêtement de pustules calcaires. Il se rétrécit en arrière et se resserre particulièrement au niveau de sa réunion avec le segment suivant. La partie antérieure du corps de l’Annélide paraît aussi fortement entaillée à droite et à gauche et il existe un large espace anfractueux, de chaque côté, entre la base de l’ommatophore, l’extrémité latérale arrondie du bourrelet nucal et la base du premier élytrophore.
Appendice car on cul aire. La région nucale, très nettement visible dans la photographie (PI. 47, fig. 4) porte ici, tout à fait à son bord antérieur et sur la ligne médiane, un court appendice qui a été appelé antenne impaire médiane par les auteurs. Cet appendice comprend deux parties qui sont différemment nuancées : l’une, celle de base, est cylindrique et d’un blanc-sale; l’autre est une petite pointe mousse dont la coloration rappelle celle de la surface pigmentée des ommatophores.
Cirres tentaculaires. Ventralement, le segment qui suit
Voyage. Vol. 2. 12
A. MALAQUIN ET A. DEHORNE
immédiatement la tête manifeste sa présence par des cirres tentaculaires (PL 48, fig. 7). Ceux-ci sont au nombre de deux de chaque côté de la bouche et dorsalement par rapport à elle ; chaque paire de cirres naît d’un cirrophore commun, large et massif à sa base. Les deux cirrophores se trouvent placés en face des ommatophores lorsqu’on observe l’animal par la face ventrale et ils sont séparés l’un de l’autre par ce que l’on peut appeler la lèvre supérieure.
Orifice buccal. Cette lèvre est un petit coussinet médian intercalé entre la base des palpes, celle des cirrophores et le rebord supérieur des deux lèvres latérales. Une forte dépression la sépare de celle-ci. Comme du reste toutes ces parties de l’orifice buccal, elle est parcourue de sillons très nettement accentués au moins quand la trompe de l’animal est rétractée et qui convergent vers le centre de l’orifice buccal.
Les deux lèvres latérales sont séparées l’une de l’autre par une profonde fissure qui est l’orifice buccal proprement dit à l’état de repos de la trompe. Ces lèvres forment deux sortes de coussinets sillonnés transversalement et à surface largement ondulée. Elles se rattachent à droite et à gauche, et à peu près au niveau de la base des cirrophores, au segment tentaculaire qui est masqué, en partie, à cet endroit, par la base hémisphérique des ommatophores d’une part et par le grand développement que prend le parapode du premier segment sétigère de l’autre. Inférieurement ces deux lèvres sont embrassées par un grand bourrelet circulaire régulièrement sillonné par des dépressions parallèles dont le trajet est d’abord longitudinal, puis qui rayonnent vers le centre de la bouche. Ce bourrelet, homologue d’une lèvre inférieure, se rattache sur les côtés et en avant aux extrémités des lèvres latérales ; mais un peu plus en arrière il se confond avec les parapodes du premier et du deuxième sétigères. Postérieurement cette lèvre est assez nettement délimitée par une dépression circulaire ventrale qui sépare le second
ANNEL1DES D AMBOINE
sétigère du troisième. En résumé, le pourtour de l’orifice buccal est formé, en avant par la face ventrale du segment céphalique ; latéralement par le segment tentaculaire, le premier sétigère et le second sétigère qui le bordent en arrière.
Face ventrale du corps. Sur la face ventrale du corps, la large bande médiane blanche qui est flanquée à droite et à gauche par les parapodes est divisée longitudinalement en trois parties. Les deux latérales n’ont rien de remarquable en dehors de leurs nombreux plis transversaux, dont quelques-uns au moins traduisent la métamérisation de ranimai. Mais la médiane est inscrite,, à partir de la dépression circulaire qui sépare le deuxième segment sétigère du suivant, entre deux sillons caractéristiques. Ces sillons, au début de leur trajet et sur un espace médian-ventral qui correspond à la largeur des 3e, 4e et 5e sétigères réunis, délimitent une figure plane scutelliforme. Ensuite, tout le long de ranimai ils deviennent parallèles, à une distance de 2mm, 5 environ l’un de l’autre.
Parapode. La description détaillée que Pruvot et Racovitza ont donnée pour le parapode de Panthalis Lacam , convient aussi bien au parapode de Eupolyodontes amboinensis, au moins en ce qui concerne le parapode proprement dit. C’est ainsi que nous observons comme eux, dès le premier sétigère, une rame hœmale affectant la forme d’un petit tubercule contenant une soie aciculaire. Ce tubercule se transforme peu à peu aux segments suivants en la sorte de lèvre charnue dont parlent également ces auteurs, lèvre qui descend sur la face antérieure du parapode, de la base du cirre dorsal jusque vers le milieu de la rame neurale. Quant aux soies, elles ont été figurées avec assez de soin par Akira Izuka dans sa note sur le Panthalis Mitsukurii , pour que nous nous croyons dispensés de les décrire à nouveau. Toutefois, comme nous avons voulu bien préciser les caractères du type que nous présentons, nous donnons un dessin de son 30e parapode (PI. 48, fig. 8, 9, 10 et 11).
A. MALAQUIN ET A. DEHORNE
Discussion spécifique. Comme nous le disions en commençant, une grande confusion règne encore dans la systématique de 3a tribu des Acœtinés. La classification de Miss Buchanan a réalisé un véritable progrès dans la délimitation des genres. Cet auteur a eu en effet le mérite de discerner que les caractères anciennement employés avec succès pour tous les Aphroditiens, tels que ceux tirés des élytres et du nombre seulement des appendices céphaliques, ne pouvaient plus convenir aux Acœtinés et devaient être remplacés par des caractères plus spéciaux à cette tribu, c’est-à-dire ceux des ommatophores et des yeux.
Miss Buchanan réduisit ainsi les genres aux trois suivants :
1. Eupolyodontes. Pédoncules oculaires s’élevant latéralement de la base du prostomium ; tentacule prostomial médian rudimentaire ou absent, s’élevant de la partie postérieure du prostomium quand il est présent.
2. Polyôdontes. Pédoncules oculaires s’élevant du front du prostomium, rapprochés l’un de l’autre sur la ligne médiane ; tentacule prostomial médian bien développé.
B. Eupanthalis. Quatre yeux sessiles.
Pruvot et Racoyitza dans une discussion très approfondie des genres des Acœtinés, n’admirent pas les coupes génériques de Buchanan et ils firent les trois suivantes :
A. Pas d’antenne médiane. Une paire d’ommatophores. Polyodontes Ranz.
B. Une antenne médiane. Pas d’ommatophores. Euarche Ehl., Eupanthalis Mc Int.
C. Une antenne médiane. Une paire d’ommatophores. Acaetes Aud. et Edw., Eu pompe Kinb., Panthalis Kinb.
Les deux auteurs en question placent donc le genre Eupolyodontes Buchanan, dans la section A qui ne possède pas l’appendice médian postérieur. Ils attribuent l’observation de Miss
Buchanan à « un repli cutané médian appartenant au bord
ANNÊLIDES ü’aMBOINE
antérieur du segment buccal, et comme imprimé dans l’angle que forment les bords internes des deux élytres de la première paire. » Or, Miss Buchanan indique très nettement cette existence, et depuis, cet appendice a été reconnu par Fauvel (loc. cit., p. 92) chez Eupolyodontes Cornishii Buchanan et un tentacule identique existe chez Panthalis MitëukuriL
Mais l’appendice dont il s'agit est supporté, non par la région céphalique comprise entre les ommatophores comme chez le Panthalis Lacazii ou chez le Polyodontes maxillosus, mais par une région qui semblerait appartenir à la partie dorsale du segment tentaculaire, et qui, nous l’avons dit plus haut, est séparée par un sillon très profond de V « aire syncipitale » qui supporte habituellement l’antenne médiane. Or cette éminence transversale est reliée, par un gros nerf n. c., (PL 48, iîg. 6), ainsi que le démontre une section sagittale, à la partie postérieure du cerveau. Elle présente ainsi tous les caractères d’un organe nucal, et l’appendice médian, désigné à tort chez les espèces du genre Eupolyodontes sous le nom d’antenne médiane, est en réalité une production carunculaire, ainsi que l’avait soupçonné Miss Buchanan.
En résumé, le genre Eupolyodontes n’a pas d’antenne médiane véritable, comme les Polyodontes vrais (P. maxillosus Cpd.) ou comme les Panthalis (P. Lacazii Pruvot et Racovitza), antenne qui est, chez certaines espèces de ces genres, très longue et qui y dépasse même en avant les ommatophores. Mais, par contre, il possède un appendice médian inséré postérieurement sur une région nucale, à direction transverse, séparée de la région moyenne de la tête, par un sillon profond, mais en connexion nerveuse avec le cerveau postérieur et qui a donc la valeur d’une production carunculaire.
Le genre Eupolyodontes ainsi compris, peut se caractériser de la manière suivante :
Diagnose du genre Eupolyodontes. Acœtinés à seg-
A. MAI j AQUIN ET A. DEHORNE
ment céphalique profondément divisé par une très large échancrure médiane qui le partage antérieurement en deux ommatophores situés tout à fait latéralement.
Antennes courtes, paires, s’élevant du bord antérieur du segment céphalique ou légèrement ventrales.
Petit tentacule médian carunculaire s’élevant de la partie nucale du segment céphalique.
Palpes petits, pairs, de même longueur que les antennes latérales, insérés ventralement sur la base des ommatophores.
Parapodes pourvus de nombreuses papilles branchiales, simples ou arborescentes.
Ainsi défini le genre Eupolyodontes se distingue nettement des autres genres des Acœtinés, parmi lesquels il faudra sans doute faire de nombreuses réductions, mais ce travail ne pourra être entrepris avantageusement que par des auteurs en possession d’un matériel bien conservé.
Dans ce genre Eupolyodontes ainsi défini nous faisons rentrer le Panthalis Mitsukurii delzuKA. L’Acœtiné décrit par Fauteur japonais rentre certainement dans le genre Eupolyodontes de Buchanan et il appartient très vraisemblablement à la même espèce.
Le Polyodontes gulo de Grübe est tellement voisin par l’ensemble de ses caractères du genre Eupolyodontes qu’il doit également y rentrer. Bien qu’il ait été décrit comme ne possédant pas le petit appendice médian de VE, Cornishii Buchanan, il y a de fortes raisons de croire, vu la ressemblance frappante de sa région nucale, dans le dessin très insuffisant de Grübe, avec celle de VE. Cornishii , qu’il n’y a qu’une seule et même espèce. L’individu de la Mer Rouge aura perdu son appendice carunculaire avant d’être remis à Grübe qui l’a présenté comme en étant normalement dépourvu.
AN JS ELIDES IVAMBOINE
Les formes d’Acœtinés décrites jusqu’à présent et rentrant dans le genre Eupolyodontes sont les suivantes :
Eupolyodontes CornisMi. Buchanan 1894.
Eupolyodontes Cornishii Buchanan. Fauvel 1897.
E. (Panthalis) Mitsukurii Izuka 1904.
? Polyodontes gulo Grube 1854.
Eupolyodontes amboinensis Malaquin et Dehorne 1906.
Diagnose de Eupolyodontes amboinensis n. sp,
Eupolyodontes amboinensis, outre les caractères génériques ci-dessus indiqués, est caractérisé par :
Une paire de branchies céphaliques, creuses, cylindriques, insérées entre les ommatophores, semblables aux branchies parapodial es.
Amphinûmides.
Cette famille est représentée par quatre espèces, dont un genre nouveau.
Eurythoe pacifica Kbg.
Notopygos macidata Kbg.
Notopygos labiatus Mc Intosh.
Eucarunculata n. g. grubei n. sp.
Eurythoe pacifica Kbg.
Cette espèce à déjà été rencontrée à Tahiti et à l'üe Nicobar. Les exemplaires décrits par Kinberg venaient des îles Eimeo et Focia. Ceux qu’à rapportés le Challenger ont été récoltés aux Bermudes.
Les individus qui proviennent de la baie d’Amboine sont au nombre de deux.
Notopygos maculata Kbg.
Un seul exemplaire qui répond bien à la description de Grube1.
1 V. Annuîata semperiana, PI. I, fig. 3.
A. MALAQUIN ET A. DEHORNE
Nofopygos labiatus Mc Intosh.
Cette espèce fut trouvée pour la première fois au sud des îles Philippines par le Challenger. Les exemplaires récoltés à Amboine sont au nombre de trois. Nous n’avons rien à ajouter à la description générale de Mac Intosh, mais nous reviendrons plus loin sur les rapports et la structure de la caroncule de cette espèce que nous représentons (PL 49, %. 16).
Eucarunculata Grubei n. gen. n. sp.
PL 47, fig. 2 : PL 49, fig. 12 à lo et 17 à 20.
Le nouvel Amphinomide que nous décrivons sous ce nom est pourvu de branchies arborescentes en touffes compactes et d’une caroncule très développée. Il prend place en qualité de nouveau genre dans la classification que Gravier a donnée des Amphinomides 1 dans le groupe que formaient à eux seuls les genres Hermodice Kinberg et Notopygos Grube.
Plusieurs exemplaires nous ont été remis, mais Lun d’entre eux seulement (PL 47, fig. 2) est presque complet. Chez aucun les segments qui concourent à former l’anus n’ont été conservés.
L’individu le plus long, celui que nous allons étudier plus particulièrement, mesure 7011™ de long et 9mra en sa plus grande largeur qui se trouve au niveau du 13e segment. Il compte 59 segments. La section du corps est nettement quadrangulaire avec des côtés concaves.
La coloration générale, après un long séjour dans l’alcool, est brune. Mais, sur le dos, où la pigmentation est d’ailleurs plus dense que sous le ventre, on rencontre des bandes longitudinales sombres qui courent de segment en segment d’une extrémité à l’autre de l’animal. Elles sont au nombre de 10 à 15. Ventralement, elles s’arrêtent au vingtième segment.
1 Gravier. Annélides Polychètes de la Mer Rouge. Nouvelles Arch. du Mu-
séum, 1900.
AN N ÉLIDÉS d’aMBOINE
Le segment céphalique, fig. 12, qui se trouve enclavé entre les deux parties latérales du premier et du second segment présente trois régions nettement distinctes les unes des autres. La plus antérieure s’échancre en avant pour donner les palpes si caractéristiques des Amphinomides. Postérieurement, cette partie antérieure de la tête est quadrilobée, et comme elle se relève en proue, vers le dos, ces quatre lobes sont superposés deux à deux. Les deux lobes supérieurs, ceux qui seraient tout à fait antérieurs si cette proue se déroulait sur un plan horizontal sont en même temps beaucoup plus rapprochés de la ligne mér diane que les deux autres lobes inférieurs et ventraux. Tous les quatre s’allongent en un appendice antennaire subulé.
Une large échancrure transverse sépare cette masse antérieure de la région moyenne du lobe céphalique, c’est-à-dire la région syncipitale, au sens où l’entend Racovitza. C’est une éminence quadrangulaire moins élevée que la proue antérieure et comme à l’abri de cette dernière; de l’extérieur on n’aperçoit guère que l’antenne médiane. Elle porte les yeux au nombre de quatre. Les deux plus gros sont antérieurs et latéraux par rapport aux deux autres plus petits qui sont postérieurs et dorsaux. Du milieu de cette éminence part l’antenne médiane impaire, le plus long appendice du lobe céphalique.
La région postérieure de la tête, celle qui correspond à la région nucale de Racovitza est constitué par une énorme caroncule cordiforme. Celle-ci comprend essentiellement un axe médian en saillie et deux larges lobes latéraux qui s’épanouissent sur les premiers segments, à droite et à gauche, jusqu’à leurs parapodes (PL 49, fig. 12).
L’axe qui paraît tronçonné ne l’est que superficiellement. En avant il s’étale en un écusson vaguement fourchu qui embrasse la base de l’antenne médiane. La surface est parcourue de nombreuses rides qui ne correspondent pas à des divisions intérieures.
Les lobes latéraux sont formés de côtes saillantes insérées
A. MALAQUIN ET A. DEHORNE
tout le long cle Taxe, à droite et à gauche de ce dernier et rangées parallèlement les unes auprès des autres. Elles sont orientées de telle sorte qu’elles convergent d’arrière en avant. Cette disposition est inverse dans le caroncule du genre Hermodice où les côtes latérales convergent d’avant en arrière le long du lobe médian. Chaque côte prise séparément offre un curieux aspect. On distingue en effet à sa surface une sorte d’épaississement qui y décrit une arborisation régulière, épaississement dont la signification nous échappe du reste. Un instant nous avions pu croire que les lignes d’arborisation correspondaient à des zones ciliées, mais sur les coupes nous n’avons retrouvé nul vestige de cils vibratiles et la cuticule est aussi épaisse en ces endroits que sur l’épiderme dorsal des segments voisins.
Les côtes des lobes latéraux de la caroncule sont indépendantes entre elles sur les côtés et jamais elles n’adhèrent à la paroi dorsale des segments post-céphaliques. Mais sur la ligne médiane, elles se fusionnent toutes, non seulement entre elles, mais encore avec l’axe médian et c’est alors aussi que le caroncule entre en relations directes avec la région supérieure svncipitale qui contient les yeux.
Notons en passant que l’individu étudié par nous possédait une seconde caroncule développée sur la partie droite de la caroncule médiane. Cette dernière est seule présente dans un second exemplaire. Comme nous n’avons eu à notre disposition que deux individus à extrémité antérieure complète, il est difficile de dire si le cas du spécimen étudié est exceptionnel et rentre dans le cas des anomalies ou bien si le dédoublement de la caroncule est au contraire fréquent et devient alors un caractère quasi normal de ce type.
Si nous comparons le parapode de Eucanmculata à celui de Eurythoe qui est fort ressemblant, celui du genre créé par nous est un peu plus saillant. Comme ceux de tous les Àmphinomiens, il est trapu, peu élevé et biramé (fig. 15). Sa rame dorsale com-
ANNÉLIDES d’aMBOINE
prend un lobe sétigère aigu à l’extrémité duquel s’insère un cirre dorsal assez long et bi-articulé et une branchie arborescente. Le faisceau de soies sort de la rame par une sorte de fente circulaire qu’on retrouve ventralement et qui semble partager chaque rame en deux lèvres inégales.
Les soies de la rame dorsale sont de trois sortes : 1° des soies très longues et très fines, pourvues de nombreuses petites denticulations sur toute leur longueur (fig. 18) ; 2° des soies beaucoup plus fortes, conservant un assez gros calibre dans toute leur longueur et ne s’effilant qu’à leur extrémité (fig. 14) ; 3° de grosses soies, plus trapues que les précédentes, à ornementations caractéristiques, d’un côté seulement. Elles s’effilent plus vite que les précédentes et elles gardent les ornementations jusqu’à leur extrémité (fig. 13).
La rame ventrale présente également, trois sortes de soies : 1° quelques grosses soies très courtes et lancéolées, ce sont les soies aciculaires (fig. 17); 2° des soies très fines, très longues et denticulées à leur extrémité (fig. 20) ; 3° enfin, des fortes et longues soies de grosseurs diverses, qui présentent à leur extrémité, sur un côté, une dizaine de denticulations et se terminent par une dent pointue (fig. 19).
Toutes ces soies, tant dorsales que ventrales, sont simples et creuses. Seules, les soies ventrales aciculaires sont pleines.
Le nouveau genre Eacarunculata se caractérise de la manière suivante :
Ampliinoinide pourvu de branchies arborescentes et d’une caroncule très bien développée, cordiforme et trilobée. Un seul cirre dorsal au parapode, toutes les soies sont simples, jamais bifides.
Eunicides (s. Grube).
La famille des Eunicidés est représentée par onze espèces, appartenant aux différentes tribus de la famille.
A, MALAQTJIN ET A. DEHORNE
Diopatra c tmhoinensis Aud. et Edw. l.
Nous rapportons à cette espèce, un exemplaire incomplet, bien que la description de Aüdouin et Milne-Edwards ne soit pas assez circonstanciée pour Fy rapporter avec certitude. Toutefois les conditions d’origine, l’aspect général de la région antérieure du corps nous autorisent à penser que l’individu trouvé à Amboine par MM. Bedot et Pictet se réfère à l’espèce type du genre de Aüdouin et Milne-Edwards.
L’exemplaire, incomplet, compte 40 segments. La tête, largement échancrée en avant, présente 2 gros palpes au-dessus desquels sont disposées frontalement 2 courts appendices piriformes. Cinq antennes, dont la plus longue, la médiane, rabattue sur le dos descend jusqu’au 20e segment, sont insérées sur
Fig. 5.
Diopatra amboinensis.
Vue dorsale de la région antérieure du corps. On n’a figuré que la partie basilaire des antennes, latérales antérieures. An. I. a. = Antennes latérales antérieures ; An. I. p. — A. latérales postérieures ; An. m. - A. médianes; P. r- = palpes ; C. t. = cirres tentaculaires.
la tête selon une demi-circonférence. (Texte, fig. 5.) Comme chez les Eunices proprement dites, le segment tentaculaire présente deux petits cirres sur la face dorsale: ils sont dépourvus d an-
1 Audoüin et Milne-Edwards. Classification des Annélides et description de celles quihabitent les côtes de la France. Ann. Sc. nat., T. 28, p. 229, pl. X, 1833.
ANNÉLIDES d’âMBOINE
nulations transverses à leur base. Ce segment est apode. Les 3 segments qui lui font suite sont pourvus de parapodes, mais ils n’ont pas encore de branchies.
Au quatrième segment parapodial (Texte, fig. 6) le parapode
comprend un long appendice dorsal, appelé cirre dorsal par les auteurs et à la base duquel (TLd.Jpénètre un faisceau de 9 à 10 fins a ci cules, uneramefi?.^ pourvue de 2 lèvres entre lesquelles sortent une très longue et mince languette ayant la structure normale d’un cirre et quelques soies, enfin un cirre ventral (G. t’.^bien développé.
Dans cette rame ventrale on trouve quatre gros acicules contigus qui, à ce niveau, possèdent encore une extrémité effilée en pointe, et 2 sortes de soies se présentent : 1° des soies fal «formes qu’on rencontre chez tous les Euniciens et 2° une très longue soie, arquée comme une soie aciculaire et occupant du reste, dans ces premiers segments, la même position que la soie aciculaire proprement dite occupe dans les segments qui viendront ensuite. Elle est enfermée dans une gaine qui laisse dépasser son extrémité bidentée (Texte, fig. 7 a).
Dans l’intérieur du parapode, on découvre de jeunes soies absolument identiques à celle que nous venons de décrire, contenues
Fig. 6.
4e segment parapodial de 1). amboinensis.
Fig. 7 a.
Soie aciculaire du 4e segment parapodial.
Fig. 7 6.
Soie aciculaire du 27* segment.
A. MALAQUIN ET A. DEHORNE
dans une gaine chitineuse qui les enveloppe encore tout entières à ce stade. Ces sortes de soies, propres au Diopatres, ont été décrites par Claparède sous le nom de .soies imparfaitement composées et par de Saint-Joseph sous le nom de soies pseudoarticulées à lame dissedrice. Comme ce dernier auteur, nous avons pu constater qu’elles ne coexistent pas avec les branchies et qu’elles disparaissent pour ne plus reparaître dès le cinquième segment, qui est aussi chez cet exemplaire le premier branchifère.
Si l’on considère maintenant, le parapode du 27e sétigère (Texte, fig. 8) le faisceau de fins acicules de la base de la rame dorsale (R.d.), pénètre jusque près de son extrémité distale. On a toujours quatre gros acicules parallèles dans le corps de la rame ventrale (B.v.), mais ici, leur extrémité libre, au lieu de s’effiler en pointe, est recourbée vers le dos en une sorte de grosse dent brunâtre très singulière. De plus, à cette même rame, on constate la présence d’un grand nombre de longues soies en peigne et de deux fortes soies aciculaires, dont l’une est parallèle aux quatre gros acicules horizontaux et dont l’autre (Texte, fig. 7 b.\ incurvée, est oblique par rapporta Taxe transversal du parapode.
Le cirre ventral ( 'C.v .) n’est plus qu’un bouton fortement en retrait et la rame dorsale supporte une grosse branchie (B. r.) dont le tronc se ramifie en huit filaments insérés sur une spirale.
Parapode du 27e segment sétigère de D. amboinensis.
ANNÉLIDES ü’aMBOINE
Eunice valida Gravier 1 .
Cette espèce qui a été trouvée en 1897 dans la Mer Rouge a été bien décrite par Gravier. Elle est remarquable par l’absence de soie aciculaire et de soies en peigne, par l’apparition fort tardive de sa branchie filiforme jamais ramifiée et par l’aspect de sa mâchoire inférieure. Celle-ci est très développée ; elle est formée de deux pièces entièrement calcifiées, d’une belle coloration jaune et bleu. Dans l’individu d’Amboine, cette mâchoire mesure 5rnm,5 de long et Sram dans sa plus grande largeur.
Eunice flaccida Grube.
La description de cette Annélide ayant été reprise en détail par Gravier, nous nous contenterons simplement de signaler que la soie aciculaire commence au 23e segment sétigère.
Eunice mutabilis Gravier K
Un seul exemplaire de 105mm de long sur 6mm de large. Il compte 141 segments dont la largeur va en décroissant à partir du 12e.
La branchie commence au 17e sétigère, comme dans
l’exemplaire décrit parGKA- Eunice Gravier, par.pode de
VIER, mais la soie aciculaire la région moyenne.
n’apparaît qu’au 33e segment. Le parapode de cette espèce (Texte,
1 Gravier. Annélides Polychètes de la Mer Bouge. 1900, p. 264, PI- XIII.
2 Gravier. Ibid., 1900, p. 245, PL XIII.
A. MAL AQUIN ET A. DEHORNE
fig. 9) est remarquable par la pénétration des acicules dans le soi-disant eirre dorsal, en réalité la rame dorsale (B. d.).
F/miice pycnob rem chiât a Mc Intosh l.
Malgré quelques différences du reste très légères, nous avons assimilé l’individu trouvé à Amboirie par MM. Redot et Pictet à l’espèce décrite sous ce nom par Mac Intosh. Mêmes dimensions que pour l’individu dragué sur la côte australienne, même saillie latérale de chaque côté du premier segment du corps.
La branchie apparaît, ici, au 20e segment au lieu du 16e mais le parapode est identique et nous avons aussi remarqué que les soies simples supérieures de la rame ventrale supportaient un grand nombre de particules adhérentes.
Pour ce qui regarde les soies composées hétérogomphes, signalons que la serpe est, contrairement à la figure donnée par Fauteur anglais, nettement tridentée.
Eimiee coüaris Ehrbg.
Annélide décrite par Grube, puis par Semper et enfin par Gravier. L’individu que nous avons eu en mains est de bien moins grande taille que celui des Philippines et même que celui de la Mer Rouge. Il est incomplet, mais il ne doit lui manquer que 3 ou 4 segments postérieurs. Il compte 83 sétigères.
Sa couleur est bien celle qui a été donnée par Grube. Extérieurement, le tégument à l’aspect d’une peau de chagrin. Seul le 4e sétigère est dépourvu de la pigmentation générale, rougebrique mêlée de jaune.
La branchie apparaît au 13e segment, un peu plus antérieurement que pour les individus étudiés par Grube et par Gravier. La soie aciculaire se montre au 20e segment.
1 Mac Intosh. Report of the Annelida Polychœta. The Voyage of H. M. S. Challenger, vol. 12, 1885, p. 204, PI. XXXIX.
ANNÉLIDES d’aMBOINE
Dans les parapodes antérieurs on trouve une rame dorsale (le cirre dorsal des auteurs) traversée dans toute sa longueur par quelques longs acicules. Vers le 50e segment, cette rame dorsale se réduit beaucoup, mais elle contient toujours plusieurs longs acicules et elle supporte à ce niveau une branchie à trois filaments.
Pour la description des soies et des mâchoires, voir Gravier.
Eunice Grubei Gravier 1 .
Une description très complète et précise de cette espèce a été donnée par Gravier et nous renverrons à l’étude de cet auteur.
Nous avons cependant rencontré dans la structure des parapodes, et en particulier dans ceux du premier segment, des caractères qui éclairent la signification morphologique des diverses parties de ces appendices chez les Eunicides. On sait que le parapode complet d’un Eunicide se compose des parties suivantes : Une branchie dorsale, un appendice cirriforme dorsal, une rame et un cirre ventral.
, T \ branchie
Paine dorsale < „ . .
f appendice cirriforme contenant des acicules
. i Rame proprement dite avec acicules
Rame ventrale
( cirre ventral.
La valeur morphologique de chacune de ces parties a été l’objet de discussions dont on trouvera l’exposé dans le travail de Prüvot et Racovitza 2,
Pour ces auteurs, la rame dorsale du type morphologique le plus complet des Annélides n’est plus représenté chez les Euniciens que par le cirre dorsal, lequel renferme comme on sait, un ou plusieurs acicules et alors la branchie est une acquisition secondaire.
Pour l’un de nous, au contraire3, le prétendu cirre dorsal est
1 Gravier. Annélides Polychètes de la Mer Bouge. 1900, p. 258, PI. XIV.
1 Faune des Annélides de Banyüls. Arch. Zool. exp. (3), Tome S, p.* 339. 1895.
* A. Malaquïn. Becherches sur les Syllidiens. 1893.
Voyage. Vol. 2.
A. MALAQU1N ET A. DEHORME
UV '
Fig. 10.
Eunice Grubei Gravier, parapode du 5Qme sétigère.
la rame dorsale elle-même et la branchie des Euniciens est le vestige du véritable cirre dorsal transformé en organe respiratoire.
Or, un nouvel argument en faveur de cette dernière thèse est donné par la structure de la rame dorsale du premier sétigère chez Eunice Grubei. En effet, dans cette espèce (Texte, fig. 10) au 50e sétigère, le parapode est bien un parapode normal d’Eunicide; il comprend une branchie pectinée (B. r.) à 6
digitations, un long appendice cirriforme pourvu d’acicules dans sa région basilaire (R. cl.), une rame ventrale pourvue de deux gros acieules noirs rigides (B. v.) et de deux faisceaux de soies et enfin un cirre ventral (G. v.). Mais si l’on étudie successivement, les parapodesdes sétigères antérieurs, on voit la branchie diminuer d’importance à mesure que l’on remonte vers la tête et cette réduction nous mène jusqu’au 3e sétigère où elle a la structure d’une mince languette digitiforme (Texte, fig. 11, B. r.). A ce niveau, selon la plupart des
Fig. 11.
Eunice Grubei Gravier, parapode du 1er sétigère.
ANNÉLIÜES d’aMBOINE
auteurs, ce troisième parapode doit s’interpréter de la manière suivante : cirre ventral, rame ventrale, puis cirre dorsal à la base duquel on retrouve les acicules de la rame dorsale disparue et enfin expansion branchiale dorsale, organe surajouté au parapode, tandis que dans l’hypothèse qui fait du parapode des Euniciens un parapode ordinaire, on lit CV. RV. RD et branchie = CD.
Mais ceci n’est possible que si on montre que le prétendu cirre dorsal est la rame dorsale elle-même. C’est à quoi va nous aider l’étude du premier sétigère de Y Eunice Grubei.
Le parapode de ce segment est très simple, il comprend les deux parties fondamentales de tout parapode, à savoir, une rame ventrale, elle-même très peu importante et à peine distincte dé la base du cirre ventral qui est énorme et une rame dorsale. Celle-ci est un très long et très robuste appendice cirriforme, pourvu à sa base d’un paquet^, y d’environ 14 acicules recourbés à leur extrémité distale. Jusque là, elle n’a rien qui la distingue de la rame dorsale des autres parapodes de la même Eunice. Mais, en plus de ce faisceau d’acicules basilaires on en reconnaît très nettement deux autres (Texte, fig. 12, S .2,
SJ) composés chacun de 3 ou 4 soies et situés dans le prolongement l’un de l’autre et enfin une r „ ■
dernière soie isolée (S.*). Bien Fig. 12.
, . , .. , , Eunice Grubei Gravier, parapode du
mieux, 1 extrémité distale de cet 1er sétigère.
appendice est bifurquée et donne 2 lobes foliacés (L.v., L . d.)y en tout comparables aux lèvres entre lesquelles font saillie les soies d’une rame parapodiale.
L’équivalence morphologique de cet appendice avec une rame
A. MALAQUIN ET A. DEHORNE
résulte de son double caractère: 1° de la présence d’organes sétigères qui se retrouvent dans les 3/4 de sa longueur ; 2° de sa bifurcation terminale en 2 lobes, caractère fréquent de rame sétigère.
Le parapode normal d ’Eunice mutabilis Grav. que nous figurons plus haut (Texte, fig. 9) montre que dans certaines espèces, les soies pénètrent très loin dans le soi-disant cirre dorsal. Il en est de même chez Diopatra( Texte, fig. 8) et chez beaucoup d’autres espèces d’Eunicides. Nous établirons du reste, dans un autre travail, la transformation directe du cirre dorsal en branchie chez Onuphis Panceri.
Dès maintenant nous pouvons admettre que le pseudo-cirre dorsal des Eunicides n’est pas autre chose que la rame dorsale modifiée.
Œnone dipJiyllidia Schmarda.
L’individu rapporté d’Àmboine est identique à celui qu’à décrit Ehlers dans Reports on the Ânnelids. Il offre aussi les plus grandes affinités avec Aglaurides erythroensis Gravier.
Les trois dernières espèces d’Eunieidés se rapportent à :
Staurocephcdus filicornis Grube
Aracoda multidentata Ehlers
et Lumbriconereis gracilis Gr.
Les Annélides sédentaires sont représentées par treize espèces; nous nous contenterons d’en donner une énumération très rapide, les formes récoltées à Amboine appartenant toutes à des espèces dont la description a été donnée dans les travaux de Grube, Mac Intosh, etc.
Sabellarides.
Sabellaria Johnstoni Mc Intosh.
ANNÉLIDES d’aMBOINE
Serpulides.
Sahetta spectabïlis Gr.
Sabella manicata Gr.
Sabella tenuitorgues Gr.
Dasychone violacea Schm.
Salmacina aedificatrix Clpd.
Pomatoceros tricornigera Gr.
Térérellides.
Loimia ingens Gr.
Terebetta Claparedi Gr.
Fhenacia parca Gr.
Chœtopterides.
Choetoptems variopedatus Renier.
Flabelligerides.
Stylarioïdes par mata Gr.
Capitellides.
Dasybranchus umbrinus Gr.
A. MALAQUIN ET A. DEHQRNE