‹ Voyage sentimental (volume 2)Chapitre 17 sur 57 · MONTRE!- IL · texte numérisé non relu

MONTRE!- IL

Ou and tout est prêt pour votre départ , que vous avez bien discuté chaque article de la dépense, il y a encore, à moins (pie le mauvais gîte , le mauvais repas et le prix de l'hôtellerie n'aient remué votre bile , une autre affaire qui vous attend à la porte, avant de monter en chaise*. Celle affaire se traite avec les fils et les filles de la pauvreté; ils vous entourent , et , par le ciel ! que personne ne les rebute! ce (pie souffrent ces malheureux est déjà trop cruel , pour y ajouter de la dureté ; il sera plus juste et plus facile d'avoir toujours quelque

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ineiiue monnaie à leur distribuer; c'est un conseil que je donne à tous les voyageurs. Cette l'ois, qui que vous soyez, vous n'aurez pas besoin d'écrire dans votre album les motifs de votre générosité; ces motifs seront enregistrés ailleurs.

Personne ne donne moins que moi , parce qu'il y a |>eu de mes amis qui aient moins à donner que moi ; mais comme c'était la première aumône que je faisais en France , je la fis avec plus d'attention.

Hélas! disais-je en les comptant au bout de mes doigls , je n'ai (pie huit sous , et il y a ici huit pauvres femmes et aillant d'hommes qui me tendent la main!

I n de ces hommes sans chemise, dont l'habit lombail en lambeaux, se trouvait au milieu des femmes. 11 se retira aussitôt en faisant la révérence. Lorsque le parterre crie tout d'une voix : place aux dames! le parterre ne montre pas plus de déférence pour le beau sexe.

— Juste ciel! mecriai-je en moi-même, par quelles sages raisons as-tu ordonné que la mendicité et la politesse seraient réunies dans ce pays, quand elles sont si opposées en tout autre pays?

J'offris à ce pauvre homme si bien élevé un de

mes huil sous, uniquement parce qu'il avait été bien élevé.

I n pauvre petit mendiant plein de vivacité . et qui était vis-à-vis de moi , après avoir mis sous sou bras un fragment de chapeau , lira sa tabatière de sa poche , et il offrit généreusement une prise de tabac à toute l'assemblée... Celait un don considérable pour le pauvre diable, aussi chacun le refusa en faisant une inclination; mais lui, il revint à la charge , sa tabatière à la main, et il accompagnait son offre d'un air de franchise!... Cela voulait dire : Prenez . prenez-en ; en même

temps il regardait d'un autre côté: à la fin chacun en prit.

a Ce serait dommage , dis-je, que sa boîte restât vide. » J'y mis deux sous, et j'y pris moi-même une prise de tabac pour lui rendre le don plus agréable. Il sentit le poids de la seconde obligation plus que

.celui de la première La première, c'était de la

pitié; mais la seconde, c'était de l'honneur.... : il me salua jusqu'à terre.

« Tenez . dis-je à un vieux soldat qui n'avait

service, voilà deux sous pour vous. — Vive le roi! » s'écria le vieux soldat.

Il ue me restait donc plus que trois sous; j eu donnai un pour l'amour dp Dieu: c'est à ce titre qu'on me le demandait. La pauvre femme avait la

misse disloquée; on ne peut pas soupçonner que ce fût pour un autre motif.

« Mon cher et très-charitable Monsieur !... >» Tu ne peux pas refuser celui-ci , me disais-jc.

« Mylord! » Ce seul mot, Mylùrd, valait

l'argent, et je le payai du dernier de mes sous

Mais, dans l'empressement où j'avais été de les

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distribuer, j'avais oublié un pauvre honteux abandonné a sa propre pudeur, et qui peut-être sérail mort plutôt que de tendre la main. Il était près de ma voiture, mais en dehors du cercle des mendiants; il essuyait une larme qui roulait le long de son visage ; à coup sûr. il avait vu de plus

beaux jours... « Bon Dieu ! me disais-je; et je n'ai pas un sou à donner à cet homme! — Vous en avez mille . s'écrièrent à la fois toutes les puissances de la nature, qui s'agitaient en mouvement dans mon âme. » Je m'approchai du mendiant , et

je lui donnai Eh ! qu'importe? Je rougirais à

présent de dire le peu que j'ai donné J'étais

honteux, même alors, de penser combien peu

Si le lecteur a compris ce qui se passait en moi . il peut deviner, a vinjjl ou quarante sous près, miellé lut mon aumône.

Je ne pouvais rien donner aux autres pauvres. « Que Dieu vous bénisse! leur dis-je. — Kl que le bon Dieu vous bénisse vous-même , » s'écrièrent le vieux soldat , le petit homme et tous les autres. Le pauvre honteux ne pouvait rien dire.... Il lira un petit mouchoir de sa poche , il essuya ses yeux en se détournant. Il me remerciail bien plus haul que tous les autres . celui-là !

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