‹ Voyage sentimental (volume 2)Chapitre 23 sur 57 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

L'agréable ville ! oui , quand on a un liel équipage, une demi-douzaine de laquais, un ou deux cuisiniers ; et comme on est libre et à l'aise à Paris, quand on est riche !

Mais un pauvre prince, sans cavalerie, qui n a pour toute armée qu'un seul fantassin , que voulez-vous qu'il lasse sur un champ de bataille ? et, pour |>eu qu'il se plaise dans son palais, n'a-til pas bien raison d'y rester?

J'avoue que mes premières sensations parisiennes , dis que je lus seul dans ma chambre.

lurenl bien loin d'être aussi charmantes que je me Tétais figuré. Je m'approchai de la fenêtre, et je vis ii travers les vitres, peu brillantes, une foule de gens de toutes couleurs , qui couraient après le plaisir : les vieillards , avec des lances rompues et fies casques sans visière: les jeunes gens , chargés d'une brillante armure d'or, la tète couverte de lotis les riches plumages de l'Orient; les uns et les autres , ils se précipitaient dans cette arène du plaisir, tout comme les preux chevaliers du moyen-âge, qui se battaient dans les tournois pour la gloire et l'amour.

« Hélas ! mon pauvre Yorick, m'écriai-je, que faistu dans ce Paris? A peine te voilà arrivé, et ce fracas brillant te précipite parmi les atomes. Ah! du moins mets-toi en quête de quelque rue détournée , de quelque profond cul-de-sac , loin de l'éclat des torches et du bruit des carrosses. Là seulement tu trouveras un peu de calme et de loisir. Peut-être aussi quelque jeune grisette au tendre cœur viendra-t-ellepour me faire paraître moins longues ces longues heures; voilà véritablement la seule amitié qui m'attende ici.

«Attendre ici! Plutôt mourir, m'écriai-je en li-

rant de mon portefeuille la lettre que madame de L... m'avait chargé de remettre... J'irai voir madame de R..., et c'est même la première chose que je ferai... Lafleur! — Monsieur? — Faites venir un perruquier. . . Vous donnerez ensuite un coup de brosse à mon habit.

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