‹ Voyage sentimental (volume 2)Chapitre 46 sur 57 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Latleur, sans y songer pins que moi, m'avait laissé de quoi m'amuser tout le jour.

Il m'avait apporté le beurre sur une feuille de figuier. La chaleur était grande, et il avait placé, en guise d'assiette, entre sa main et la feuille de figuier, un méchant morceau de papier. Je lui dis de mettre le tout sur la table, la feuille, le beurre.

le papier; et comme le congé que je lui avais donné m'avait déterminé à passer chez moi toute la journée, je lui dis qu il prévînt le traiteur que je dînerais a l'hôtel; il partit, et , resté seul, je me mis à déjeuner.

Lorsque j'eus fini, je jetai la feuille de figuier par la fenêtre. J'allais en faire autant de la feuille de papier, mais c'était une feuille imprimée. J'y jetai les yeux, j'en lus une ligne, puis une autre ligne, et, mon intérêt une fois excité, je fermai la fenêtre , près de laquelle j'approchai un fauteuil, et je me mis à lire tout de bon.

C'était du vieux français qui paraissait contemporain de Rabelais; c'était peut-être, autant que je m'y puis connaître, de Rabelais lui-même . Bien plus, ces vieux caractères étaient si effacés par . l'humidité et par l'injure du temps, que j'eus bien de la peine à en tirer quelque chose. Bientôt je m'arrêtai au milieu de ma lecture pour écrire une lettre à mon ami Eugène. — Ma lettre écrite , je repris le chiffon. — Impatienté de nouveau, je vous écrivis à vous aussi , ma chère Élisa ! — Une troisième fois irrité par la difficulté de débrouiller le maudit papier, je le repris encore : cette difficulté

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que j' éprouvai s à en deviner le sens ne lais.nl qu'enflammer mon désir.

— Le dîner vint. Je réveillai nies esprits par uue bouteille de vin de Bourgogne , el je repris ma tâche de plus belle. — Knfiii. après deux ou trois heures d'une application tout à fait digne de Griller ou de Spon, lorsqu'ils appliquent toutes les forces de leur esprit à trouver le sens d'une inscription insignifiante, je crus m'apercevoir que je comprenais ce que je lisais... — Pour m'en assurer davantage, je m'imaginai qu'il n'y avait pas de meilleur moyen que de traduire la chose en anglais. Je m'en occupai à loisir comme un homme qui écrit des maximes , tantôt taisant quelques tours dans ma chambre, tantôt me mettant a la fenêtre; — [mis je reprenais ma plume. — A neuf heures du soir, mon travail était achevé. — Alors je me mis à lire couramment ce qui suit :

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