TOUT SE PASSE EN CONVERSATION
Belle dame, — ^ lui dis-je en élevant légèrement sa main, — voici un de ces événements qu'amène la capricieuse fortune. Kous sommes probablement de dififérents coins du globe, nous ne nous sommes jamais vus, et elle nous place d'abord ensemble d'une manière si cordiale, que l'amitié en pourrait à peine faire autant après un mois de la liaison la plus intime !...
— Et votre réflexion sur ce point, monsieur, fait voir combien l'aventure vous a embarrassé... »
Je sentis tout mon idiotisme. A quel
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comment, dans ma première situation...
J'attendais qu'elle me parlât... Elle n'avait rien à ajouter.
Je donnai alors une autre tournure à la conversation. La morale et l'esprit de la sienne m'avaient fait voir que je n'avais pas bien saisi son caractère. Elle tourna son visage vers moi, et je m'aperçus que le feu qui l'avait coloré pendant qu'elle me parlait s'était évanoui... Ses muscles s'étaient relâchés, et je revis ce même air de peine qui m'avait d'abord intéressé en sa faveur. Qu'il était triste de voir cet esprit fin et délicat en proie à la douleur ! Je la plaignis de toute mon âme. Ce que je vais dire va peut-être paraître ridicule à un cœur insensible... Mais, en vérité, j'aurais pu en ce moment la prendre et la serrer dans mes bras, quoique dans la rue, sans en rougir.
Mes doigts serraient les siens, et le battement de mes artères qui s'y faisait sentir lui apprit ce qui se passait en moi... Elle baissa les yeux... Un moment de silence s'ensuivit.
Je craignis d'avoir fait dans cet intervalle quelques légers efforts pour serrer
davantage sa main, car j'éprouvai une sensation plus subtile' dans la mienne...
Ce n'est pas qu'elle voulût la retirer...
Non... Mais la pensée aurait pu lui en venir, et je l'aurais infailliblement perdue une seconde fois, si l'instinct, plus que la raison, ne m'eût suggéré fort à propos une dernière ressource dans ces sortes de périls... Je tins alors sa main si légèrement, qu'il semblait que j'étais sur le point de lui rendre sa liberté de mon propre gré, et c'est ainsi qu'elle me la laissa. Elle était encore dans la mienne lorsque je vis M. Dessein qui revenait avec les clefs. Je tombai alors dans une inquiétude terrible. L'idée du moine me revint, et je craignais qu'il n'eût donné de moi de mauvaises impressions à la dame, en lui contant mon histoire; j'étais fort embarrassé de savoir comment je les effacerais.