‹ Voyages à la recherche de Sir John Franklin [microforme]Chapitre 29 sur 37 · CHAPITRE vi · texte numérisé non relu

CHAPITRE vi

Voyage au 82e degré. |

Complétons ces tableaux et ces récits par Ja relation abrégée du voyage du docteur

Kane (1). —, | ne Au moment où Bellot s'embarquait à Wool- -

wich sur le Phœnix pour entreprendre sa * (1) Le voyage dé Kane a été publié sous ‘ce titre : Arctic

explorations : the second Grinnell expedition in: search of ‘

sir John Franklin, 1853-54-55, by El. K. Kane, et traduit, :

en partie, par M. Édouard Charton dans l'intéressante Dole

lection de voyages qu il publie en ce moment sous cetitre : . Le Tour du monte, Voir la 47e livraison de la première an-

sommaire de ce voyage.

ts par

DCteur

Wool- à

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, Arctic

arch of

traduit, :

nte col-

etitre :

ère an- :

deuxième etsi malheureuse expédition, le doc-

; téur El. k. Kane, de la marine des États-Unis, ‘ - ; :

était désigné par l'amirauté américaine pour diriger. ‘la deuxième expédition que ce gouvernement envoyait à la recherche de Franklin.

Le 30 mai 1853, Kane s'embarquait à New-

|. York sur'le brick l'Advance ; Qui avait été mis

à sa disposition par M. Grinnell. ,Dix-sept hommes doués d’un courage intrépide, et décidés à tout éouffrir et à obéir aveu-

. glément aux ordres de leur chef, l'accompagnè-

rent. Chemin faisant, il s’adjoignit un jeune “chasseur esquimau , nemmé Hans Christian

- qui devait lui rendre de grands services dans

cette périlleuse navigation à es les glaces

arctiques.

Le 6 août, l'Advance atteignait l'entrée du détroit de Smith, gardée par ce que le docteur

‘Kane appellé les colonnes d’Hercule de la mer ,

polaire. Elles se composent de deux-caps au

a no

LS

de son équipage. Déjà on avait dépassé le 78°

: degré de latitude. On s’avançait dans des ré

gions presque inconnues, précisément, à l'op- : posé .de celles où s ‘étaient perdus les navires

‘de Franklin; c'est qu’on 8’ ’était| partagé les

- mers polaires dans une perquisitio qui devait embrasser le plus grand rayon possible. Tandis que d’autres explorateurs parcouraient les détroits méridiohaux, Kane avait pour mission Ë ‘de fouiller les chenaux qui s'ouvrent au fond de la mer de Baffin... m.

À cette latitude gi reculée les on F de Kane hésitérent à le suivre. Il fallut toute :

son énergie, toute son élpquence , : pour. les

enträîner à sa suite dans cette dangereuse entreprise. Quand on se résolut à le suivre, et que l'entrée du détroit de Smith fut forcée, on dut songer à protéger le. navire contre la . débâcle des glaces, si redoutable dans ces .

parages, ét choisir un lieu d'hivernage, dn

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le 78°

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navires agé les devait Tandis les déñission a fond ignons .

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LE nord , entre 78° et 19° de latitude ,* la côte : ; etcidentale du Groëntand. Or il arriva qu’ en explorañt les côtes escarpées du chenal où il

s'était engagé, il fut t frappé à d'un spectacle ma-

À gique.

«Jen ‘oublierai j jamais, dit-il l'aspect désolé

qui s’offrit à mes regards quand, après une fatiganté journée de marche, je me trouvai à

une hauteur dé onze cents pieds. Ma vue attei-

gnait par delà le 80° degré de latitude ; ; à ma - gauche, la côte ouest du détroit se perdait à’

l'horizon ; à ma droite, des terrains primaires

.s’étendaient en ondulant j jusqu’à une masse de

couleur profonde et sombre, que je reconnus plus tard comme étant le grand Blacier Hum:

boldt; au delà se déployaient ces terres qui portent maintenant le nom de Washington; .,.

leur promontoire le plus avancé, le cap Jackson, formait un angle de 14° .avec:le cap J. Barrow, situé sur la côte opposée. Toute

jiijii lus au

mes pieds, une plaine immense, où les hummocks (1) se dressaient comme les retranchements d’une cité assiégée, où cà et É d’abruptes montagnes de glace surgissaient semblables à . d'inébranlables forteresses , tandis qu'au loin, jusqu'aux limites les plus reculées de l'hori- ZOn, un entassement d'ice-bergs accumulés les: uns sur les autres formait un infranchissable rempart. »

Croirait-on que | ces lieux déolésy si voisins

= .du: pôle, offrent à l’œil fatigué de l'éternelle

monotonie des champs de glace et des plaines de neige, une flore qui paraît d'autant plus variée et d'autant plus abondante qu’ on ë'avance davantage vers le nord ? Quelle joie: pe procure pas au touriste l'aspect de ces mousses. >: et de ces graminées, au milieu desquelles étincellent la corolle pourpre du lychnis, les | Des pétales des monties et la solitaire.

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DE SIR sax FRANKLIN.

* hespéris, « ; la gone de muraille de ces ré.

gions arctiques. eo : ù L'élément comique lui-même se retrouve au milieu de ces scènes lugubres ou poétiques.

de se mouiller et par suite de se geler, les peaux

è de buffle qui leur servaient de lits. « Imaginez,

écrit Kne avec sa bonne humeur ordinaire, huit cariatides américaines ; dans l'eau jusqu'aux genoux, élevant en l'air ceuk de, ‘leurs dieux domestiques qui craign nt Phumide élément. » 1 a Enfin nos voyageurs, las” d'explorer des

laissé l’Advance. Aucun endroit ne leur parut

plus propre à la faire hivérner que le havre de

: glaciers sans fin, en ob point où ils ont

Rensselaer , où elle devait rester deux an années ;

| Un jour Kane et ses compagnons furent surpris | par la marée qui empiétait sur le glaçon où ils ie 4 se trouvaient. Force leur fut de passer la nuit sv debout, les pieds et les jambes dans l’eau, :

. souteriant de leurs mains, pour les ornée 1er LE

par-HUm —

| enfêrmée dans les glaces.

Dès le7 novembre, la nuit polaire s annonça, guel | une nuit de cent quarante jours pendant la- ‘ann À | ° quelle on voyait les étoiles en plein midi ! Les Yon

| lampes ne cessaient de brûlerdans l'entre-pont À = | du navire, Lematin, ou à l’heure qui devait hom "être le matin, c’est-à-dire vers sept heures, que | l'équipage de l’Advance faisait sa toilette, et, évén après avoir vaqué chacun à ses occupations, on d'un descendait à là cabine commüne qui servait à. / sait ( la fois d'atelier, de salon et de cuisine. Dans les de q repas, la pomme de terre crue et le thé i jouaient aper "un graïd rôle. Celle-là räpée avec soin et ar- à fac rosée d’ huile composait sans-doute un mets fort taien - Peu appétissant, mais très-hygiénique et tout de l à fait , antiscorbutique. Trois . repas par jour, * vage des travaux réguliers, des lectures et des priè- L ba 1 res partageaient le temps de la journée, calculé tèrer | de douze heures, absolument comme si le - Pr cours du soleil en eût déterminé le comence- : glissé

ment ét la fin. Mais cette vie factice ne laissait pas que de devenir insupportable. « Un jour | set ne nui polaire, dit aus, fati-

annonça, guent et vieillissent plus un homme qu’une idant la- “ds Les itre-pont ii devait

É année passée" ñ RROnER où dans ce monde dé-.

“vorant. » +

A la fin de cette nuit de cinq , Un des ‘hommes de l'Advance mourut. Le triste effet :

heures, que produisit. sur l'équipage ce douloureux lette, et, | événement fut bientôt dissipé par une nouvelle. ions, on d'un caractère moins alarmant. Un matin (on ervait à ; sait que c'est une mañère de parler) un homme Dans les de quart vint annoncer à M. Kane qu'il avait ouaient/ apercu, à la réverbération des neiges, des êtres: Let ar- à face humaine. Kane alla les reconnaître : c’é:

ets fort taient des Esquimaux, qui, à la vue des marins . et tout de l'Advance, se. mirent à pousser des cris sau-

Tr jour, . vages que Kane traduit ainsi : « Hoah, ha, spriè- | ha!» et « Ka, kääh! Ka, héähi»lslesrépé calculé tèrent plusieurs fois, | re si le Puis ils disparurent comme un éclair, et se nence- : glissèrent comme par: enchantément dans des laissait trous qui paraissaient creusés dans la neige, et |

n jour qui n'étaient autres que les portes étroites. de: |

leurs souterraines habitations. « Deùx httes

| let quatre familles étaient entièrement enfouies dans la neige ! »

Kane ne tarda pas à leur rendre la visite qu'il en avait reçue. Son arrivée fut saluée des cris de N alegak ! nalegak ! tima! « Chef! chef! salut ! » 11 glissa plutôt qu'il n'entra, à la suite

du chef de l'établissement , dans une sorte de bouge infect où treize individus paraissaient ètre non assis, mais entassés , sur une plateforme semi-elliptique servant à la fois de siége et de lit. Tout ce monde semblait abruti-sous une atmosphère lourde et méphitique qui faisait monter le ‘thermomètre. à 90° centigrades. Une lampe , qui projetait une flamme enfumée de seize pouces de longueur, répandait une lueur douteuse sur cet intérieur d’Esquimaux. Quelques morceaux de phoque fu- Ë “maïent dans une softe de ase de cuisine. La, És vue de cet infect ragoût rassasia Kane , qui fut gracieusement invité par le chef à partager son modeste nn. Les de ” RE : de

-- la maîtresse

enfouies

a visite luée des f! chef! la suite orte de issaiernit à plateje siége ati sous ue qui

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flamme répanr d’Es-

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pe. La qui fut irtager

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nature i à calmer son dégoût. « Elle avait placé:

dans l'extrémité d'un os concave un morceau

de baleine bouillie, tranche choisie! Je n avais pas vu les j préliminaires de la Cuisine : je suis |

un vieux voyageur, et je ne me dônne pas le soin de sonder les mystères de la cuisine. Mon

‘ appétit était dans 18 son bienheureux redouble-

ment habituel, et) ‘allais saisir l'offre souriante, quand) je vis la matrone accomplir une opération quim' ‘arrêta court. Elle avait danssa main un 08 pareil à celui qui supportait mon déjeuner, il est vrai que c'est J' universel “ustensile d’une

cuisine d'Esquimaux ; et, comme je tournai la tête , je lé lui vis retirer tranquillement de des-

sous son vêtement, et, le plongeant alors dans

le pot à soupe, en extraire h contre-partie de

mon propre morceau fumant.

- «J'appris plus lard que cet ustensile a deux . usages reconnus, et que, quand on n’en a pas ‘ “besoin immédiatement pour. le pot au feu ou

la table, il sert.

— quoi. »

ss je n'ose dire à :

Kane prétend que la notion de la malpre preté n ‘existe pas pour les Esquimaux ; qu ‘elle doit être attribuée au froid extrême : ‘dont Yaction ‘instantanée arrête ka putréfaction et

. prévient les résultats intolérables de l'aceu- | mulatiomudes chiens et de la famille dand\un prendre. connaifsänce de tout ce que Y'instinet et l'association rendent révoltant pour la::

étroit ‘espace. « Leurs sens setbblent ne pès

vue, le toucher et sn des hommes eivilisés. » :

Le's juin 4854, le docteur Kane envoya Borton en reconnaissance vers le pôle nord.

Cet intrépide marin partit accompagné de

Hans le Groënlandais, et escorté de chiens esa quimaux pour tirer leur traîneau. | | Chose remarquable! à mesure qu'ils s'a-

vançaient. vers le nord, la vie semblait re

Er La

La marée se faisait sentir; la neige per.

semait les vallées; l'eau filtrait des. roches;

les fleurs, et particulièrement une petite jou-

nalprequ'elle : ‘dont tion et

. . plâce une de ces petites scèries qe Eans eæ- | celle à décrire. |

our la::

nes ei-

envoya nord.

mé de ens es-

ls sa sit <re-

e par-

27 7 DES Joux FRANKLIN. 487

barbe, tranchaient sur le fond monotone. des neiges; les ôies cravants (anas bernicla), les”

canards, les hirondelles, les mouettes se mon- ‘:< traient par centaines et- faisaient rétentir les

échos des rochers de leurs notes aiguës, Îci se

« Peu après, Môrton et s0n. compagnon aperçurent à un demi-mitle devant eux leurs chiens tenant em arrêt une ourse et son petits

La lutte fat désespérée ; la mère ne s "avançait

jamais à plus de deux yards, veillant toujours sur Son petit. Quarl les chiens approchäient,

elle s’asseyait sur ses hanches , Prenant l'our-

» entre.ses jambes de derrière, et combét-

mnt avec ses griffes de devant; elle poussait |

des tugissements à être entendus à un mille de

Re amais; dit Morton, animal ne fut plus- ‘en déttesse. » Elle allongeait le cou, s’élançait

‘ sur le éhien le ds à sa portée, grinçant des

dif

EE grilles co

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i No Lt LS

elle n’osait poursuivre un chien, de peur que’ ; nl À

les autres ne se précipitassent-sur le petit, faisait entendre. un rugissement de rage désap-

pointée, et continuait à jouer des pattes, à

‘|: étendre sa gueule grande ouverte au-devant de ses agresseurs. Chaque fois que l'ourson ne

pouvait suivre sa mère ou devancer suffisam-

ment les Chiens, la mère'se retournait, et,

plaçant sa tête sous les hanches du petit, le

lançait en avant; puis, celui-ci en sûreté, elle faisait de nouveau tête à ses ennemis pour li donner le temps de fuir. A chaque halte de son nourrisson, la pauvre bête recommençait la mème MANŒUVre ; c'était un spectacle vérita-. blement. émouvant : Hans y mit fin par une balle tirée à bout portant dans la tête de l’animal. L'ourson se fit tuer sur le corps de sa

PA mère, en essayant de le défendre contre la

meute affamée. »

Quelle leçon la nature donne aux hommes dans ces tristes contrées !.…

tt

e 25-juiu, Morton atteignit le cap Cons-

pit gr ae 2 A Le a cs Ed MEL Sn Vue NET» 5 LES

ue ES hé ; ; * ss ” a

E LEE tilution, et. grimpant sur les rochers qui se

ae dressaient devant. lui , il vit tout ä coup la mer

ee polaire, dégagée de glaces, battre, comme à

sd à l'ordinaire, les flancs des rochers. IL parvint |

levant à fixer au plus haut point le drapeau de.

à e l’Antarctic, ainsi appelé parce qu'il avait été . | |

isam- arboré plus d'un a ravant sur le conti-

ts LR nent . tre Me destinée de ce

üt, . linge ; qui devait flotter aux deux extrémités

É Ses du monde, emblème de l’audacieuse activité

nr jui de l’homme cherchant l'inconnu au péril de

: son sa vie! « Morton le laissa flotter une heure ; |

rh la et demié au haut du noir rocher qui cou-

érita- vrait de son ‘ombre les eaux blanchissantes

Fun que la mer, libre de glaces, faisait écumer à

le l'a- ses pieds. » | |

de sa D'un point encore plus devé il remarqua,

re la à six degrés nord-ouest un pic très-éloigné, tronqué, nu et strié verticalement. Sa hau-

pnes

teur était, à estimation de vue, de deux mille

CPE L PATIS 55221 8) :.!$:

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