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deux espèces n'existe que pour la cérémonie du sacre. C'est le symbole qu'en ce moment la grâce divine descend sur Sa Majesté. Après le sacre, le Tzar devient le premier croyant de TEmpire, mais plus jamais Sa Majesté ne communiera à la manière du prêtre, c'est à,-dire sous les deux espèces.
L'Empereur Alexandre III réunit désormais en sa personne toute la puissance du souverain et toutes les prérogatives des serviteurs de Dieu. Après la sortie de l'Empereur du sanctuaire, l'Impératrice s'approche davantage de la Porte-Sainte et devant elle, car en dehors du prêtre et du Tzar oint, nul ne peut franchir le seuil du sanctuaire, l'Impératrice reçoit la sainte communion. Puis leurs Majestés reprennent leurs places sur les trônes. Le Domine salvum fac imperatorem et imperatricem retentit de nouveau et les chœurs répètent trois fois ad multos annos. L'Empereur se revêt de nouveau de tous les insignes impériaux et le sceptre à la main droite, le globe dans la main gauche. Sa Majesté reçoit les félicitations de toute l'assistance, qui s'incline trois fois devant elle. La cérémonie a duré cinq heures.
Le cortège se reforme. S. A. L le Tzarewitch et les membres de la famille impériale se retirent. Leurs Majestés reprennent place sous le dais qui est resté sur le parvis et, précédées du clergé, acclamées de hourrabs formidables par l'armée, les tribunes et même par le peuple dont les premières rangées, ont pu pénétrer presque dans l'enceinte des cathédrales,:
Leurs Majestés font un pieux pèlerinage aux deux autres églises de TArchange Michel et de l'Annonciation. L'impression est tout autre maintenant. Un recueillement religieux a salué les souverains à Jeur venue, la sainteté de l'acte qui se préparait n'admettait pas l'explosion bruyante. A présent que le sacre est consommé, rien ne retient plus l'enthousiasme. Il faut avoir vu cela pour y croire. Cette visite aux deux autres églises où Leurs Majestés sont reçues par des évêques et des sous-diacres qui leur présentent la croix à baiser, toute cette partie de la cérémonie n'est plus qu'une promenade triomphale au milieu des troupes qui entourent leur Empereur, des tribunes qui poussent des vivats formidables. C'est en même temps, de la part du public, un immense cri de joie qui salue l'heureuse issue du sacre, en même temps que sa propre délivrance des craintes que cette grande cérémonie inspirait depuis de longs mois et des angoisses qui avaient atteint le maximum d'intensité dans cette dernière semaine.
A présent je puis le dire, puisque le sacre s'est accompli dans les plus heureuses circonstances, depuis huit jours on ne vivait plus dans la ville sainte de Moscou. Malgré toutes les précautions prises, chaque jour, chaque heure, pouvait amener une catastrophe terrible, un attentat sur Sa Majesté, desreprésailles des troupes, une épouvantable collision entre le peuple même et ceux qui auraient essayé de troubler les fêtes. Vous savez comment, en pareille cir-
constance, la panique invente les légendes les plus invraisemblables, trouvant une facile croyance. On parlait de mines découvertes ; on citait comme un exemple le suicide de l'abbesse d*un couvent; car en enfonçant les pieux pour les tribunes devant ce couvent on avait découvert une galerie souterraine. Je n'exagère pas en disant que beaucoup de familles avaient quitté Moscou; d'autres avaient envoyé leurs enfants à la campagne. Moi-même, dans la riche maison bourgeoise où j'ai trouvé le plus sympathique accueil, j'ai de mes yeux vu les costumes de paysannes que les dames comptaient endosser pour fuir éventuellement devant un massacre. Jugez de là par quelles émotions, les uns et les autres, nous avons passé depuis huit jours, et vousvous expliquerez l'explosion de la joie indicible; en ce moment, c'est du délire ! Je pense aussi que Leurs Majestés, les princes, le clergé et le corps diplomatique, dégusteront maintenant en calme le déjeuner dinatoire qui vers deux heures leur est servi au Palais.