‹ Voyages à travers le mondeChapitre 21 sur 21 · partie de leurs illusions. . J · texte numérisé non relu

partie de leurs illusions. . J

En somme, je vous^lepépète, tout^Ua a obtenu ua succès d'estime, -^-- •-■'plus.

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La ville a un aspect de fête aujour-l d'hui. La première série part et la second0 arrive. Ceux qui s'en vont sont ■ souriants et s'étalent dans leur fiacre comme des gens qui respirent à leur , aise; les autres débarquent avec toutes leurs illusions; bref, tout le monde esti gai, heureux et content. \

Je nage dans un océan de délices ^v tantôt, je vais à mon tour boucler ma i ^malle, et en pensant à cette jouissance ; qui m^altend, je me considère comme ^ rêtre le plus heureux du monde : le ciel i est pur et la nature est belle ; les petit^, foiseaux chantent, et après une semaine F d'énervement,je vais enfin être rendu à ! la liberté. Quatre journées dp cette mu- : sique l La prison, la faim, les querelles, tout est oublié. En contemplant ma malle, il me semble qu'un grand artiste l'a ornée d'un tableau splendide dans le-

3uel je me vois à Tombre d'un chêne ; ans un paysage calme ,et souriant ; les paysans s'occupent de leur terre sans s'entreteuir de M. Wagner ; une brise

bienfaisante envahit tout tnon Sfre; j'éprouve la sensation d'un naufragé (me la mer furieuse a jeté sur la plage, et foi, revenu & la vie, heureux de respirer encore, ne s'aperçoit pas qu'il a le ccnrps meurtri par le galet. : > *

La dernière soirée a été fort agréa&Ie; le premier acte, qui devait durer deiûa heures et demie, na duré que dekx heures vingt-cinq minutes. Vous vo^^z qu'à la^ngue nous arriverons à de^pico*

Sortions supportables; total, déjà^vxngt eures de musique, sans un chœur. Toujours 6es récits interminables; ces dit* Iqgues sans fin qui vous écrasent. Il était heureux que cela finît r'on était à bdat de forces, je vous le jure* Tout le monde, i^auf les mamelouks , en avait astez.

Ce n'était qu'un cri dans la fraction impartiale du public. Tenez, le vais résni'^ mer la situation en quelques mots : ICon bojfx ami Jauner est venu ici avec son frère Théodore, un très charmant garçén,' élevé dans le culte de Wagner, un.«a- Umusiaste sincère. Il me disait tpujaars avbç une profonde émotion : ;.

— >Mon cher monsieur Wolfif, par amitié pour /moi, dites le plus graacf bien du^ grand m^tre, -' \

' Cet aixn9iile fanatiaue a ^té écrasé, p^ l'ennui du ui:4S!u$cul€. Depuis quelques •jQuys delà, il lîtenaii autour de moi, è4iis parler avec là^même conviction; enfin' hier, après leVj)remier acte, ce •brave garçon me rencontre devant le théâtre; il avait la fièvre; il tremblait, Ld!émotion, .. . /

Jt'imdi 2t Août iSTÉ

i^'ffr* AU ! me dit-il d'¥û ton laàvré,^ i '^ifdfemïB^ôdenrteriï^ ,'' 'i

- .-T*- Pourquoi?

— Parceque, la mainsap la conscience, le ne sais plus si le Wagner desNibelun- !

gen est sublime ou ridicula! * \

Tous les hommes sincères m'ont dit à ; . peu près la même chose. D'ailleurs on - I en était arhvé à tm état d'exaspération ' impossible à décrire. Vivre une semaine 'dans une petite ville, ne voir autour do > SQi.que des' gens fiévreux, n'entendre ' '*rue 1^^ interminables discussions sur »

Wagnef, avoir chaud, être mal nourri, se fi^re enfermer chaque jour & quatre hei«r6S.Jô raprès-XDMi dans une saUe > ' pptcure-' TOilàiiïû progj^amme auquel en À nfai-^Qîfifte qu'à force crinergie, et de w-f

magn^l^

mais dans son ensemble, quel spectacle éc^rasant; qnel prodigieux ennui! Que de lumière électrique, de trucs I Quelle ménagerie l Récapitulons ; il y a dans la fameuse tétralogie : un grand dragon, un petit dragon, un cheval, un ours dompté

Ear Siegfried, trois oiseaux, deux coreaux, il ne manque que Bidelpour que ce soit complet.

Le Cripitscule des Dieux devait êtr^ le couronnement de Tédiflce; cet opéra interminable est lé plus ennuyeux de tous. Et cependant, au début, on pouvait se croire parti pour un grand succès.

Nous avons laissé hier Siegfried tombant dans les bras de Brunhielde; il va rémiladser^.sa. sifoiatiQn.j, Jl jasse au

398 HÉMOIRES d'uN PARISIEN

doit pas l'oublier, n'est pas l'expression de ma conviction personnelle. A côté de l'opinion qui prévaut dans les cercles auxquels appartient le général, aide de camp général de l'Empereur, l'homme qui pendant vingt ans a tenu la première place dans la police, je demande à dire bourgeoisement mon petit mot qui repose sur des données puisées à d'autres sources, un peu partout, car ici, on le comprendra, je ne puis plus nommer personne.

Le général Trepoff ne m'a parlé que des nihilistes et de ce qui les concerne. Son Excellence peut avoir raison : on peut toujours répondre par des actes énergiques à des tentatives criminelles, les empêcher en quelque sorte à l'avenir par les châtiments qui atteignent les coupables ou la vigilance qui guette les fauteurs de désordre. Entre le nihilisme et le gouvernement, la lutte, si elle se perpétue de la part des révolutionnaires, sera sans pitié de la part de l'autorité. J'admets même que le nihilisme soit finalement chassé, vaincu pour un long temps. J'admets que ses agissements demeurent sans résultat définitif pour les espérances de ce parti.

Mais il n'en est pas moins vrai qu'en dehors de ces révolutionnaires à qui tous les moyens sont bons, il se forme en Russie un énorme parti, se recrutant dans toutes les classes de la société et dont la fidélité absolue au trône n'exclut pas les idées de progrès qui lentement font leur trouée dans la partie intelligente et page de la nation, et qu'un grand maître de police,

si énergique qu'il soit, ne parviendra pas à éteindre parce qu'elles n'offrent aucune prise à son action. Nous confondons généralement, sous une même dénomination de nihilistes, tous ceux qui rêvent Tavènement d'idées plus libérales. Ceci est aussi faux en principe que l'homme qui, de Saint-Pétersbourg, confondrait par exemple ce que nous appelons les anarchistes avec les hommes d'ordre, vraiment libéraux par les aspirations, sans être pour cela des révolutionnaires prêts à détruire ce qui existe par le fer et le feu, sans se soucier de ce qu'ils pourraient mettre à la place.

Ce grand parti libéral qui ne rêve pas la substitution du chef de l'Etat par un autre, msds qui veut les lentes et sages réformes modifiant successivement toute l'administration de l'empire dans un sens moins personnel et plus en rapport avec l'idée moderne, ce grand parti existe réellement en Russie, sinon dans le bas peuple, du moins dans la bourgeoisie, dans les rangs des fonctionnaires éclairés, de la jeunesse qui grandit, des poussées nouvelles qui s'avancent et dont chaque génération nouvelle apporte un contingent plus considérable que la génération précédente.

Ceci n'est pas un rêve, une utopie, une folie, c'est une idée saine qui fait son chemin et qui finira par s'imposer. Quand? Est-ce que je le sais? Nous ne pouvons pas prévoir la fin de ce mouvement, puisque nous en connaissons à peine le commencement, c'est-

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