CHAPITRE II
Grands fleuTes aériens et flux aériens du Globe.
Les tableaux qui précèdent donnent la direction et le degré de* fréquence des vents en un grand nombre de points du globe. Reportées sur une carte, ces directions, au nombre de près de 2,000, permettent difficilement, vu leur mulliciplité et les dimensions de la carte, de se rendre compte du régime aérien d'ensemble de la Terre; il est aussi une autre cause qui rend cette appréciation plus difficile encore : parmi ces vents, un certain nombre sont des vents plutôt locaux, c'est-ii-dire tenant à des influences locales d*appel des airs; ces vents doivent être exclus d'une élude d'ensemble du régime aérien du globe, ou mieux, ils doivent être analysés un par un, afin d'arriver à conclure si vraiment ils sont une exception motivée à une loi générale d'orientation des airs, ou s'ils constituent un argument contre l'existence de cette loi.
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Pour faire, en s'appuyant sur les résultats consignés dans les tableaux précédents et reproduits sur la carte, une analyse complète du régime aérien général de la Terre, il est deux façons d^opérer : ou négliger complètement tous les vents qui paraissent anormaux, c*està-dire tenir à des influences locales, et remplacer les indications qui figurent les autres par des indications se rapportant à de plus grandes étendues de pays et donnant le régime d'ensemble des vents soufflant à la surface de ces grandes étendues de pays, quand les indications ainsi conservées et relatives h chacune de leurs parties sont concordantes. (Nous avons tait ce travail et il ne nous a point pleinement satisfait, il n'est pas assez probant, et malgré la réduction d'échelle de la carte qu'il permet d'obtenir, n'arrive pas à donner une idée nette de ces régimes aériens.) Une manière d'opérer plus précise est celle qui consiste, comme nous l'avons fait dans un précédent ouvrage pour l'Afrique, h rechercher, au moyen de ces indications conservées comme répondant bien à un régime aérien général, quel itinéraire suit une certaine masse d'air dans son déplacement à la surface du globe, en se limitant bien entendu à l'étude des déplacements réguliers, c'est-à-dire effectués dans une • direction sensiblement toujours la même. Celte étude, faite pour toutes les masses atmosphériques, conduit à grouper celles-ci par famille aux déplacements identiques effectués suivant des itinéraires voisins et orientés de la même façon. Ainsi se trouve acquise la notion de fleuves et de flux aériens voyageant à la surface du globe toujours dans le même sens aux mêmes époques. Un fleuve aérien est constitué par un ensemble de masses d'air se déplaçant, suivant la même orientation, d'une façon continue et couvrant une étendue terrestre ou maritime d'une dimension plus grande dans le sens de ce déplacement que dans le sens perpendiculaire à ce déplacement. Un flux aérien est constitué par un ensemble de masses d'air se déplaçant suivant la même orientation d*une façon continue et couvrant une étendue terrestre ou maritime, plus faible dans le sens de ce déplacement que dans le sens perpendiculaire à ce déplacement. Faîte pour Tensemble du globe, celte étude des flux et des fleuves aériens doit nécessairement ne viser que les grands déplacements atmosphériques ; les déplacements de plus courte amplitude ne peuvent, sous peine d'amener la confusion, être étudiés que quand on se restreint à l'analyse du régime aérien d'une faible fraction du globe,
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comme nous l'avons fait dans de précédents onvrages, soccessivement pour l'Afrique septentrionale' et pour l'Afrique méridionale', comme nous le faisons plus loin pour TAsie méridionale.
A priori on est assuré qu'une semblable étude des grands mouvements concordants de Tatmosphèrc ne restera pas sans résultat; à la surface des océans, en effet, on a constaté Texistence de flux aériens réguliers : les alizés et les moussons, et les hypothèses très autorisées qui ont été faites sur la cause déterminante des premiers de ces courants atmosphériques donnent à penser qu'ils existent non seulement à la surface des mers tropicales, mais encore à la surface des continents situés sous les mêmes latitudes. Ces hypothèses, assimilables à des certitudes, ont été exposées en détail dans notre précédent ouvrage'; elles ont été brièvement rappelées pins haut, il n'y a donc pas lieu de revenir à leur sujet, il y a lieu simplement de mentionner que Ton doit s'attendre à rencontrer : dans les régions situées entre les tropiques, des fleuves et des flux aériens du N.-E. au N. de la ligue, du S.-E. au S. de la ligne, les uns et les autres provenant des alizés; dans les mêmes régions et sur les côtes tempérées des continents des vents de S.-W. et de S. provenant des moussons; dans les régions situés entre les tropiqnes et le cercle polaire, des vents de N.-E. dans l'hémisphère boréal et du S.-E. dans rhémisphère austral provenant les uns et les autres du prolongement de ces alizés ; dans ces mêmes régions et dans les régions voisines des pôles, des vents venant de directions voisines de l'W., produits par la descente du contre-alizé h la surface du globe; enfin dans le voisinage de l'anneau d'aspiration des airs, c'est-à-dire là où le soleil darde ses rayons suivant la verticale créant le plus puissant des appels d'air, on trouvera des vents d'E., issus de la combinaison des deux alizés du N.-E. et du S.-E. convergeant vers ces régions les plus chaudes de la Terre.
La détermination du cours des grands fleuves et flux aériens du globe a été faite en repérant sur la carte les suites de directions semblables indiquées pour les vents sur cette carie; ce travail pré«
' K Les aérostats et Teiploration da continent africain > {Revtiê nuirUime et coloniale, ISW).
* « Les aérostats 6t la traversée de l'Afrique tusirale s (Roome mariiimê êi eolomiaU, 1S94).
* « Les aéroitats et TeiptortlioD en continent africain s, déjà cité.
paratoire exécuté, nous avons pris à leur origine chacun des grands fleuves et flux aériens ainsi déterminés grossièrement, et nous les avons suivis depuis leur source jusqu*à leur point terminus, en analysant chacune des directions de vents principaux rencontrées sur leur parcours; les remarques mises dans le corps des tableaux précédents, en regard de chacune des directions de vents portées dans ces tableaux, nous ont permis de nous rendre compte d'une façon précise si les grands fleuves et flux aériens étudiés avaient une existence réelle^ et nous avons été amenés à la suite de ce travail à les classer en trois catégories : ceux dont l'existence est indiscutable, ceux dont l'existence est fort probable, ceux dont l'existence est sujette à caution. Nous n'avons retenu que les grands fleuves et flux aériens des deux premières catégories et n'avons point mentionné ceux de la troisième, nous réservant, dans la suite de nos études du régime aérien du globe, de rechercher pour ces derniers quel est le degré de confiance qu'on peut avoir en leur existence.
Dans cette étude des grands fleuves et flux aériens du globe, nous avons aussi écarté, pour les raisons données plus haut, tous ceux qui ne couvrent pas des étendues de pays considérables (au moins 30^ dans une direction parallèle ou perpendiculaire à leur cours); ces fleuves et flux aériens secondaires ayant été ou devant être étudiés au moment où a été faite, ou sera faites l'analyse détaillée du régime aérien de chacune des parties du globe successivement.
Enfin, à l'appui de chacune des directions de vents, citées au cours de la description de ces grands fleuves et flux aériens comme définissant le régime aérien d'un des lieux de passage du courant, ont été rapidement énumérées les raisons qui nous ont paru militer en faveur ou en défaveur de la prise en considération de celle direction des vents comme constituant ou non une nouvelle preuve de l'existence du grand fleuve ou flux aérien considéré, et nous avons pu être plus affirmatifs à ce sujet dans ces descriptions que dans celles des tableaux qui précèdent, parce que l'observation des directions de vents des contrées voisines constitue une indication précieuse de la valeur d'une observation en tant que définissant un régime aérien général ou local.
En note, au bas des pages, nous avons rappelé les sources auxquelles ont été puisés les différents renseignements, soit en donnant les noms des auteurs, voyageurs ou météorologistes, qui ont rap-
porté que tel ou tel vent prédominait dans telle ou telle contrée, soit en indiquant par ces mots : « Moyennes d^observations » suivis de renoncé du titre des recueils de ces observations, que le résultat donné par nous est dû au colla tionnement que nous avons fait de plusieurs centaines d'observations journalières de la direction du vent exécutées au point en question d'une façon régulière par une station météorologique, collationnement qui a amené à conclure à la plus grande fréquence en cette station d'un vent de direction déterminée et au degré de sa fréquence.
Cette étude des grands courants aériens du Globe a été faite successivement pour chacun des deux semestres, octobre-avril et avriloctobre, séparés l'un de l'autre par les équinoxes, époques principales de renversement des vents; faite par trimestre, elle donnera sans doute des résultats peu différents, mais incontestablement croîtra en précision. Cette dernière étude trimestrielle du Globe demandait, en tout cas, à être précédé de la présente étude semestrielle plus générale, et qui nécessite un nombre de documents moins considérables.
En dehors de ces grands fleuves et flux aériens du Globe et des fleuves et flux aériens secondaires étudiés ici ou précédemment, à la marche presque rectiligne, il est à remarquer qu'il existe, et en plus grand nombre encore des courants atmosphériques importants à la marche plus ou moins sinueuse, mais constitués eux aussi, tout porte à le croire, de mêmes masses d'air allant régulièrement d'un point à un autre de la Terre, sans quitter le voisinage du sol. Les vents, en effet, ne sautent généralement pas brusquement d'un point du compas k l'autre, quand on passe d'une contrée h une contrée voisine, à moins que ces contrées ne soient afi'ectées de vents locaux ou ne soient séparées par une haute barrière de montagnes, ils inclinent progressivement leur orientation de marche en passant d'une région à l'autre. Les alizés eux-mêmes suivent cette loi, puisque, à l'équateur ou dans le voisinage de l'équateur, en leurs points de rencontre, ils modifient tous deux graduellement leur itinéraire dans une direction commune de l'E. à l'W. Il n'est qu'une seule exception générale à cette règle, et encore n'est-elle pas absolue : aux limites communes à l'alizé et au contre-alizé, là où ces vents ne sont pas séparés par une zone de transition de vents spéciaux ou locaux, on constate le passage brusque d'une contrée à l'autre d'un
M FLEUVES AÉRIBNS.
régime aérien du N.*E. îi un régime aérien du S.-W. ou d'un régime aérien du S.*Ë. h un régime aérien du N.-W., suivant rbémisphère: cela tient h ce que le contre -alizé est un courant qui descend des hautes régions de l'atmosphère au lieu de venir, comme la plupart des autres vents, des contrées voisines de celle où il souffle.
On voit par là qu*il serait possible, grftce à une documentation suffisante, de tracer sur une carte la marche sinueuse ou rectiligne de la plupart des masses atmosphériques en mouvement, c'est-à-dire de faire pour tout l'ensemble du Globe, le travail fait pour certaines do ses portions dans les petites cartes des grands fleuves et flux aériens jointes à cette étude, cartes sur lesquelles sont reportés uniquement les grands déplacements rectilignes des masses atmosphé* riques. Mais, pour compléter avec une suffisante précision les indications données par ces cartes, en joignant à ces indications de la marche rectiligne des masses d'air celle de la marche sinueuse des masses d'air voisines, il faudrait à notre estime avoir à sa disposition une carte générale des vents plus fortement documenté^ encore que la grande carte qui reproduit les indications contenues dans les tableaux précédents; il faudrait avoir ces directions de vent non plus par semestre, mais au moins par trimestre, et pour chaque trimestre avoir au minimum autant d'observations qu'en comporte, pour tout l'ensemble de Tannée, la carte établie comme il vient d*étre dit.
Faute d'avoir pu encore nous documenter suffisamment pour une étude aussi complète, nous analyserons aujourd'hui seulement par semestre les grands déplacements rectilignes de l'atmosphère à la surface du Globe, analyse qui fait l'objet des pages qui suivent, relatives les premières au semestre octobre-avril et les suivantes au semesli'e avril-octobre.