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NAVIGATION DU GROS RALLON

Les manœuvres à exécuter pour diriger la navigation de cet aérostat seront, en effet, assez délicates parfois, comme on va le voir. Pour les exécuter, nous préconisons la répartition suivante des aéronautes à son bord pendant la traversée :

Le commandant du ballon, seul responsable de sa conduite et qui devra seul commander à bord et savoir prendre des décisions rapides, observera la marche et le terrain, et se tiendra sur le toit de la naceile-observatoire;

L*un des aéronautes se tiendra sur la partie rectangulaire du cadre inférieur, du cOté du lest; l'autre, symétriquement, du cOté du câble. Ce dernier aéronaute devra assurer, en agissant sur le palan du frein, un déroulement continu du câble conforme aux indications données par le commandant de l'aérostat; c'est à lui que reviendra la manœuvre la plus pénible. Le rOle de l'autre aéronaute sera simplement de jeter le plus rapidement possible les poids de lest qui lui seront indiqués, et, entre temps, il pourra être chargé de lever à vue la carte du terrain parcouru ou d'en prendre des photographies.

Les manœuvres à exécuter découlent des données suivantes :

Le câble devra se dérouler régulièrement, de façon à ne former ni boucle, ni ganse, ni nœud d'aucune sorte ; à cet effet, il ne devra jamais présenter de mou, ni ne jamais se dérouler avec une vitesse supérieure à la marche du ballon, ce qu'il sera facile d'obtenir en observant la façon dont il se dépose sur le sol.

Dans ces conditions, le câble pesant 70 grammes au mètre courant délestera l'aérostat de 70 kilogr. par kilomètre de chemin parcouru suivant la pente des montagnes, en admettant que l'aérostat reste toujours à la même hauteur au-dessus du sol placé verticalement sous lui, ce qui devra être et sera obtenu, s'il y a lieu, par des jets de lest.

Si la pente gravie était continue et uniforme, l'aérostat devant parcourir verticalement 5,300 mètres (de la cote 2,000 prise pour

cote du dépari, pour fixer les idées, jusqu'à l'altitude 7,300 mètres, adoptée de même) et parcourant horizontalement 20 kilomètres (par exemple), subirait régulièrement, du fait de sa montée causant la sortie du gaz par la manche d'appendice, une perte de force ascensionnelle de

par kilomètre de parcours horizontal. Le dépôt du câble sur le sol le délestant seulement de 70 kilogr., les aéronautes devraient donc jeter constamment du lest, h raison de 165^,85 par kilomètre.

Le lest total dépensé, pour parcourir les 20 kilomètres en question, serait de 165,85 X 20 = 3,316 kilogr., chiffre supérieur au lest disponible, qui est seulement de 2,614 kilogr.

Dans ces conditions, les aéronautes devront sacrifier, h certains moments, au cours du voyage, une partie de leur câble, et le jeter par-dessus bord, à titre de lest; et, dans le cas qui nous occupe, ils devront sacrifier ainsi un poids de câble de 702 kilogr., représentant environ deux pelotes de 5,000 mètres chacune, soit 10 kilomètres de câble, que le ballon ne déposera pas à terre, puisque, dans notre hypothèse, la distance qu'il parcourra sera de 20 kilomètres seulement au lieu de 50.

Si le ballon parcourait 50 kilomètres, ou si, pour une raison ou pour une autre, il déposait à terre, au cours de son excursion, ses 50 kilomètres de câble, il se délesterait, de ce fait, de 3,500 kilogr., et pour arriver à l'altitude 7,300 mètres n*aurait à jeter que

(9,817-5,100) - 3,500= 1217 kilogr.

soit 1217 kilogr. de lest, et, par suite, il lui resterait une réserve de 1397 kflogr. de ce lest.

On voit donc que, dans tous les cas, la quantité de lest disponible prévue est largement suffisante. Si le ballon monte lentement, son chemin parcouru horizontalement sera long; il déposera beaucoup de câble et sera obligé d'en sacrifier, en guise de lest, peu ou pas du tout. Si le ballon gravit des pentes raides, il devra sacrifier une

* 9,847 kilogr. et 5,100 kilogr. soDt les forces ascensionnelles du gros ballon i 7,300 mètres et à 2,000 mètres d'altitude. (Voir le tableau du commencement de ce chapitre.)

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partie de ce câble; mais comme, par suite, sa distance à parcourir horizontalement sera plus faible, il aura besoin d'une moins grande longueur de ce cAble comme câble de terre.

£t Ton voit aisément, sans qu'il nous soit besoin dUnaister h ce sujet, que la quantité de cAble que les aéronautes devront sacrifier, en guise de lest, est inférieure (et plutôt très inférieure, par suite de Texcès de lest disponible) à la quantité de câble qu'il leur est inutile de déposer sur le sol, par suite de la moindre distance horizontale à parcourir. Donc, dans tous les cas, et éventuellement grâce à des sacrifices convenables de quelques pelotes de câbles, Taérostat pourra atteindre l'altitude de 7,300 mètres, sans dépenser tout son lest disponible, ou sans avoir jeté par-dessus bord, soit en guise de lest, soit en le déposant régulièrement, la totalité de son câble de terre.

Sans perte de câble et sans toucher au lest de sûreté (410 kilogr.), mais en dépensant la totalité du lest disponible :

Ud sommet de 3,000 mètres pourra être franchi à une distance minima de kilomètre du point de départ ;

Un sommet de 4,000 mètres pourra être franchi à une distance minima de 7 kilomètres du point de départ ;

Un sommet de 5,000 mètres pourra être franchi à une distance minima de 17 kilomètres du point de départ ;

Un sommet de 6,000 mètres pourra être franchi à une dislance minima de 27 kilomètres du point de départ ;

Un sommet de 7,000 mèires pourra être franchi à une distance minima do 37 kilomètres du point de dépari ;

Un sommet de 8,000 mètres (pour mémoire) pourra être franchi à une distance minima de 47 kilomètres du point de départ,

et l'aérostat, sans dépenser son lest de sûreté, mais en jetant tout son lest disponible et tout son câble, pourrait monter verticalement à 8,400 mètres de hauteur.

La règle pratique de manœuvre à en déduire est la suivante :

Quand l'aérostat se rapprochera du sol ou quand un escarpement se présentera sur sa route (escarpement d'une hauteur supérieure à son altitude présente de navigation), le commandant du ballon donnera Tordre de jeter une quantité de lest suffisante pour ramener Taérostat à la hauteur qu'il estimera convenable, vu la nature du

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terrain traversé (soit 12B kilogr., au maximum, par 100 mètres d'al^^ titude à gagner) \

Si les pentes sont très fortes, c'est-à-dire s'il se présente k trop courte distance du point de départ un sommet trop éleré (voir le tableau ci-dessus), il pourra arriver que le lest disponible se trouve très réduit au bout de peu de temps. Avant qu'il soit consommé entièrement, le commandant du ballon fera séparer une ou plusieurs des pelotes à dévider du reste du câble et les fera jeter quand il Jugera opportun de délester l'aérostat d'un poids de 360 kilogr.i c'est-à-dire de lui faire taire un bond égal ou supérieur à 850 ou 300 mètres.

(Pour séparer une pelote du reste du câble^ il suffira de couper la portion du câble qui va de cette pelote à la précédente ; à cet efiet, les aéronautes emporteront à bord une pince coupante en acier extradur, munie d'un système d'engrenages multiplicateurs de force capable de couper, rapidement et sans effort de la part de l'homme qui la manœuvrera, le câble d'acier de 4»b,B de diamètre.)

La durée du voyage du gros ballon étant très courte (8 h. 1/2 an maximum) et le départ s'étant effectué à midi, par un beau temps promettant une certaine persistance, il est indubitable que Taérostat n'aura à subir, durant sa traversée, aucune chute de pluie ou de neige, et même aucun dépôt important d'humidité sur sa surface et ses agrès; tout au plus pourra-t-il advenir qu'un coup de soleil vienne augmenter momentanément ou d'une façon persistante sa force ascensionnelle, ou que des vapeurs, obscurcissant le soleil, viennent à diminuer cette force ascensionnelle en permettant le refi'oidissement partiel de sa masse gazeuse préalablement échauffée par le soleil. Ces dernières causes de rupture d'équilibre seront, parmi les causes extérieures, les plus fortes de celles que Taérostat aura à subir au cours de son voyage, vu la faible durée de celui-ci. Au maximum, une de ces causes pourrait produire une rupture d^équilibre, qui se chiffrerait par 815 kilogr. ', à l'altitude 0, et qui,

* Ces 126 kilogr. représentant bien une montée de 100 mètres de Taërostat (entre 3.000 et 2,500 mètres d'altitude); mais ce chiffre varie avec l'altitude et n'est plus que de 43 kilogr. entre 7,000 et 7,300 mètres; le délestage de 126 kilogr. représenterait donc à 7,000 mètres une montée de près de 300 mètres, ce qui n'a pas grand inconféaient pourvu que le ballon ne dépasse pas l'altitude maxima de 7,500 mètres.

' Voir notre précédent ouvrage : Let aéroMlats ei rexploralion du eonlinenl africain (Guide- rope).

à l'altitude 3,000 (altitude minima à laquelle elle pourrait se pro* duire) serait au plus de 815 X 0,68 = 5S4 kilogr.

Ces phénomènes étant très lents à produire leur effet sur un ballon d*un volume aussi considérable que celui qui nous occupe, il est impossible d'admettre qu'en un espace de temps de 2 h. 1/2, plus d'une d'entre elles arrive à produire son effet au maximum calculé ci-dessus, ou qu'une série d'entre elles produisent une série d'effets égaux à ce maximum. Donc, en supposant toutes ces conditions les plus défavorables réalisées concurremment, la perte de gaz ou de lest entraînée par les causes extérieures de rupture d'équilibre atteindrait, au maximum, au cours du voyage du gros ballon, 554 kilogr., chiffre très inférieur à celui de l'excédent du lest disponible, qui est de 1397 kilogr., et qui a justement pour but de parer à ces éventualités.

Si au cours du voyage une cause quelconque, soit une de ces causes extérieures, soit, ce qui est fort peu probable, la présence d'une large dépression au-dessous de l'aérostat, conduisant à un dépôt d'une grande longueur de câble sans augmentation de l'altitude du sol, soit toute autre cause, amenait l'aérostat à se délester d'une façon telle que son altitude dépassât 1500 mètres au-dessus du terrain placé au-dessous de lui, il y aurait lieu de s'opposer à ce qu'il monte plus haut au-dessus de terre, car le réglage du frein deviendrait difficile quand le poids du câble flottant libre au-dessous de la nacelle dépasserait 1500 X 0^,07 = 105 kilogr., surtout si la vitesse du vent excédait 10 mètres à la seconde à ce moment.

Pour s'opposer à toute nouvelle ascension de l'aérostat, la cause qui avait déterminé la précédente étant supposée persister dans son action, les aéronautes n'auront qu'à fermer la manche du ballonnet si elle est ouverte, et le gaz, sortant à flot par la manche du ballon, arrêtera rapidement l'ascension; si cette manœuvre simple ne suffit pas, ils agiront sur la soupape.

Il y a lieu de remarquer que pareilles éventualités ne se produiront probablement pas, vu la nature des pentes gravies (voir la carte du Sikkim); cependant, si elles se produisent, il sera facile de parer à leurs inconvénients par l'une ou l'autre des manœuvres que nous venons d'indiquer, et cela avec les dépenses de lest ou de gaz qui ne sauraient compromettre l'issue du voyage et seront même le plus souvent insignifiantes.

£n approchant de la cime à atteindre, il est possible que Taérostat entre dans un courant d'air d'une vitesse supérieure à celle du courant aérien du départ, vitesse de laquelle il aura été difficile de se rendre compte à l'avance par Texamen des ballons- pilotes, vu Téloignttment de cette cime. La vitesse plus grande de Taérostat qui en résulterait aurait pour inconvénient d'entraîner un déroulement du câble très rapide, dangereux pour l'aéronaute préposé à sa surveillance.

En ce cas, on ne devra pas hésiter à serrer le frein de déroule* ment et à prendre un point d'appui sur ce câble pour ralentir la vitesse de l'aérostat. Le câble résistant à la rupture à 1530 kilogr.» la vitesse de l'aérostat pourrait être ainsi ralentie (à l'altitude 7,000 mètres) de

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