‹ Voyages au Canada [microforme]Chapitre 1 sur 26 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

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Les treize premières lettres de cet ouvrage ont déjà été publiées : elles parurent d'abord dans un journal belge très répandu, puis je les fis imprimer sous forme de brochure. Je n'y change rien aujourd'hui quant aux fuits, mais Je les modifie en y ajoutant des conseils pratiques et des notes rectificatives : i n'est pas défendu de se tromper, mais on commet une faute en persévérant volontairement dans l'erreur. Je reprends aussi certains passages que le directeur du journal avait supprimés pour éviter les longueurs ou pour mettre sa responsabilité à couvert.

En écrivant les lettres que j'ajoute à mon premicr recueil, je n'ai pris pour guide que ma propre expérience. J'ai habité le Canada pendant plus de deux ans et j'ai étudié consciencicusement Îles ressources que peut offrir ce pays aux émigrants belses, hollandais ct français. Je compte y retourner avant la fin de cette année.

Comme on le verra, j'ai eu à lutter contre de grandes difficultés qui, pour la plupart,

m'ont été suscitées par des gens auxquels j'ai cu l'occasion, je devrais dire la faiblesse, de reudre de grands services.

Beaucoup d'émigrants perdent leurs ressources dans les tâtonnements de l'inexpérience ; ils se découragent ct jettent des cris d'alarme. Le présent ouvrage ne saurait manquer d'être très utile à ceux qui désirent quitter leur pays pour chercher au loin l'aisance ou la fortune. En lisant attentivement mes lettres, 1ls apprendront à éviter les écucils qui m'ont été si funestes ct qui me feraient renoncer à la colonisation, si Je navais la conviction intime qu'elle seule peut sauver de la misère un grand nombre de familles européennes.

Les lettres que J'ajoute à mon premier recucil ont été adressées à des compatriotes dont la plupart ont profité de mes conseils et qui tous ont rendu hommage à ma sincérité. Parmi ceux-là je citerai MM. Lequint et Baudry, de Maffles, qui visitent en ce moment les Etats- Unis, ct qui envoient des correspondances intéressantes au Journal l'Znigration, de Bruxclles.

Puissent ces humbles pages êtres lues avec fruit par tous ceux qui songent à s'expatricr.

Bruxelles, 19 mars 1885.

G. VEKEMAN, Nouveau Marché-aux-Grains, 42, Bruxelles.

Dans une brochure que vient de m'envoyer un agent d'émigration, je remarquo les lignes suivantes :

« Nous ne conseillons pas lémigration au » Canada aux couturières, modistes, demoi- » selles de magasin ct institutrices, encore » Moins aux ouvricrs de toute profession, » hommes de lettres, employés de bureaux, » artistes, cte. »

J'appelle sur cet avertissement l'attention de mes lecteurs.

Pour réussir au Canada, on doit posséder assez d'argent pour acheter une ferme et pour l'exploiter ; on doit être bon cultivateur.

Je garantis cependant un succès complet à une société industricile qui disposcrait d'un capital d'au moins 300,000 francs et qui s'occuperait de la fabrication de pulpe à papier. Le commerce du bois peut aussi donner de beaux bénéfices. Je suis prêt à fournir aux intéressés de plus amples explications.

En tout cas, on ne demande au Canada ni

SJ —

ouvriers ni employés. Ceux qui partiraient malgré cet avis ne tarderaient pas de le regretter.

Je répète cela dans plusicurs de mes lettres ci-après; pour se faire comprendre, il est nécessaire, aujourd'hui, de frapper souvent à la même place.

D AS LS RERÈCS

/ f A La :

naines lien menées por

Lévis (Québec), 4 septembre 1882.

Mon cher Directeur, {1)

Je viens d'arriver à Québec, et, selon ma promesse, je vous envoie une relation succincte de mon voyage.

Comme je vous l'ai dit en partant, j'ai l'espoir de former au Canada une colonie belge; mais, n'étant l'agent d'aucune compagnie ni d'aucun gouvernement, je ne dirai jamais à mes compatriotes : « Quittez votre pays pour aller vous établir dans telle ou telle contrée. » Je vous ferai connaitre la vérité au sujet de la Terre pr'omise, et, si je trouve qu’on ne gagne pas au change, je dirai franchement, surtout aux cultivateurs : « Restez où vous êles ; ne quittez pas le certain pour l'incertain. »

(1) Les treize premières lettres de ce recueil ont paru dans le Lion Belge; elles ont été reproduites en tout ou en partie, par plusieurs journaux de ce pays.

Quoi qu'il arrive, mon voyage ne sera pas sans utilité pour vos lecteurs et tout particulièrement pour les campagnards.

Je me suis embarqué à Anvers, avec ma famille, le 19 août pessé, à bord du Wakefield, espèce de steamerounnibus qui charge un peu de tout : des émigrants et des touristes, des oignons et des peaux de vaches, de la volaille et des fruits, des fers et du papier; ce qui fait que les vagues ne sont pas seules à donner le mal de mer aux passagers.

Un de mes amis m'avait recommandé une dame allemande qui allait retrouver son mari quelque part au fin fond de la province d'Ontario ; elle avait avec elle quatre petits enfants dont l'ainé n'a pas six ans; j'en ai trois, un fils de 15 ans et deux petites filles de 7 et de 3 ans, ce qui me mettait déjà à la tête d’un pelit bataillon. Inutile de vous dire que je n'étais pas tout à fait à la noce quand tout ce monde paya son tribut au père Neptune, ayant moi-même un compte à régler avec ce bonhomme, qui se plait à rançonner cruellement les explorateurs novices de son empire.

Nous apercevions au loin le phare de Grimsby, sur les côtes d'Angleterre, lorsque tout à coup le vent se mit à souffler avec violence. Quelques bateaux à voiles, qui naviguaient à une pelite distance, furent ballotés avec une violence telle que l'un d'eux chavira. Je ne saurais dire si l'équipage, que nous avons vu un instant se débattre, a pu être sauvé; car une pluie très fine et cette espèce de poussière humide que le vent détache des vagues, nous empêchaient de suivre jusqu'à la fin les épisodes de ce drame émouvant. Nous avons vu trois bateaux de sauvelage qui volaient au secours des naufragés.

Un tel spectacle n’est pas fait pour donner du cœur à des femmes et des enfants qui n’ont jamais vu la mer,

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