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Cependant le Wakefield tenait bon, nous ne fùmes pas trop cahoés et les matelots se montraient si calmes et si tranquilles, que nous partageâmes bientôt leur confiance,
Enfin, voilà Grimsby-Docks; on jette l'ancre, le steamer s'arrête... et le mal de mer aussi, C'est un phénomène vraiment curieux : dès que le navire est amarré, dès que le roulis cesse, les plus malades sont guéris et ce sont parfois ceux qui ont le plus souffert qui se montrent les plus gais et les mieux disposés à faire honneur aux repas.
De Grimsby à Liverpool, le voyage se fait en chemin de fer. Sauf ma famille, il n'y avait pas de Belges dans le train : des Allemands, rien que des Allemands. On me dit souvent que l'élément allemand ne dominera jamais en Amérique. Ceci est l'opinion des savants. Moi, pauvre campagnard, je me permets de croire le contraire. Les Allemands ont pour eux la patience; lorsqu'ils ont étudié, mûri un projet, ils le réalisent. S'ils doivent altendre un demi siècle, ils attendent et voilà tout. Mais la chose se fait. Les Prussiens de 1815 avaient dit : « Nous battrons les Français, » et ils les ont battus d'une facon formidable en 14870. Je suis convaincu que l'Allemagne veut jouer un grand rôle en Amérique : ses fils connaissent trop bien la géographie de ce pays, et leurs compatriotes s’y groupent d'une facon trop régulière. L'année passée il en est parti — chiffre o.iciel — au-delà de 800,000. Cette année on en comptera un million.
On ne doit pas s'imaginer que tous ces Allemands sont des affamés que la misère chasse de leur pays, ou des jgnorants qui n'auront jamais une influence morale sur les populations de leur nouvelle patrie... Je fais la connaissance des voyageurs de mon compartiment : Joseph R... est architecte; Adolphe B..… est serrurier. Ces braves jeunes gens ont recu une éducation soignée : ils
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se montrent si prévenants, je dirais presque si paternel, pour nos petits enfants, que nous voudrions voyager juqu'à la fin en leur société. Malheureusement nous devons nous quitter à Liverpool. Ils se rendent à Milwaukee, par New-York. Parmi les autres voyageurs se trouvent un professeur de musique, un tailleur, un peintre et deux cultivateurs. Tous ont le gousset bien fourni. La jeune dame et les quatre enfants qui m'ont été recommandés portent avec eux le produit de la liquidation d'un magasin d'horlogerie. Tout ce monde pourra donc s'établir convenablement; chacun a son but, sa destination bien fixée; on quitte le vieux pays pour la nouvelle patrie. Ceux qui vivront dans une cinquantaine d'années verront si l'élément allemand sera sans influence et sans autorité en Amérique.
En quittant Grimsby, le chemin de fer traverse les plus belles campagnes du monde, De nombreux troupeaux, ayant de l'herbe jusqu'au ventre, se promènent dans | d'immenses prairies. Les fermes ont l'air de petits chàteaux. Seulement, elles sont clair-semées. On voit ici le système anglais : le campagnard est riche à millions ou | il végète misérablement. Les labours se font mécaniquement. Nous voyons des navets semés en lignes et ressemblant de loin à des parcs de choux; ils sont superbes et beaucoup plus avancés qu'en Belgique. Pour les blés, c'est le contraire : tout le froment est encore debout, et c'est à peine si l'on voit par ci par là une moissonneuse fonctionnant dans un champ de seigle ou d'orge.
Bientôt les terres deviennent plus arides, les prairies font place aux rochers : nous voici en plein pays industriel. J'obtiens un beau succès en donnant à mes compagnons de voyage quelques renseignements au sujet des charbonnages : il n’est pas étonnant que les Allemands s'instruisent, ils écoutent volontiers, |
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