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bois mou. Si la neige arrivait, les Campagnards pourraient charrier le bois au moyen de traineaux et les, prix baisseraient.
Bref, Vous voyez que j'en suis encore aux essais. Ne vous pressez pas trop de venir ici; je vous tiendrai au courant de tout ce qui m'arrivera et vous pourrez profiter de mon expérience.
Quant aux ressources que pourrait vous procu‘er la chasse, n'y comptez pas. Vous ne pouvez pas habiter la forêt et le gibier fuit naturellement les environs des grands centres. De temps en temps on vous invitera à une excursion dans les contrées peu habitées : mais ceci sera pour vous une bonne distraction et non une cause de bénéfices. Les trappeurs seuls vivent de la chasse.
Sherbrooke, 24 décembre 1883.
AM.R...àB.
Mon cher camarade,
Voici probablement la dernière lettre.que je vous enverrai avant mon départ pour la Belgique; je compte
partir vers le 15 janvier, pour arriver chez vous à la.
fin du même mois.
Si vous connaissez un bon jardinier qui voudrait revenir ici avec moi, vous pouvez lui dire qu'un propriétaire de Québec lui donnera de la besogne; il pourra gagner dès le commencement cent francs par mois, logement et nourriture, mais il faut qu'il connaisse la culture des plantes et primeurs en serre chaude. S'il est marié, on pourra lui donner une habitation et un morceau de terre; dans ce cas les conditions changeraient naturellement. Au surplus, je vous envoie l'adresse du propriétaire en question; le jardinier, si vous en trouviez un, pourrait lui écrire et s'entendre avec lui pour les conditions, ce que je préférerais.
Pour mon compte, je n'engagerai pendant mon voyage aucun ouvrier belge. A ceux qui viendront me voir malgré moi je dirai que le Canada ne leur convient nullement, du moins pour le moment. Ils ont trop de peine à s'habituer au genre de vie et aux travaux canadiens ; la
plupart de ceux que j'ai placés chez des fermiers ou ailleurs sont mécontents et leurs maîtres se plaignent pour le moins autant qu'eux. Il y a cependant des exceptions, mais pas assez pour que je continue à servir de guide et de tuteur aux arrivants. Beaucoup d’émigrants belges
s'imaginent que je suis forcé de leur venir en aide; des
farceurs leur ont dit que le Gouvernement me paie des sommes énormes pour m'occuper de colonisation. Il faut que cela finisse et que tous les étrangers sachent bien qu'ils viennent ici à leurs risques et périls. Dans chaque grande ville du Canada il y a des agents salariés du Gouvernement qui se chargent du placement des colons : c'est à eux qu'on doit s'adresser.
Je regrette beaucoup de devoir vous écrire cela, mais Jes circonstances m'y obligent. Je pourrais parler et agir autrement si nous avions ici un établissement industriel dirigé par une société belge.
Une pareille entreprise serait une vraie fortune pour la colonie belge et elle fournirait aux capitalistes une excellente occasion de placer leur argent. Il ne faudrait p?s une somme énorme pour obtenir des résultats magnifiques.
Pas loin de Sherbrooke il existe un pouvoir d'eau dont la force est pour ainsi dire illimitée ; on le vendrait aux meilleures conditions. Un capital de 200,000 francs suftirait pour cet achat, pour l'acquisition d'un grand lot de terre en bois debout, pour les bâtiments, le matériel et la mise en marche de l'usine. On pourrait y fabriquer de la pulpe pour les papeteries et des hommes compétents m’assurent que les actionnaires pourraient compter sur un dividende de 6 à 12 p. c. dès les premières années; il y aurait de plus l'augmentation rapide et considérable de la valeur des terres acquises.
Une douzaine de familles pourraient trouver de l'oc-
eupation et gagner un bon salaire dans cette usine. Je ne crains pas de prédire que les résultats obtenus par les fondateurs d'un pareil établissement engage- ‘aient d'autres capitalistes belges à imiter leur exemple, ce qui serait un grand avantage pour notre pays aussi bien que pour le Canada.
Je vous l'ai déjà dit et je me fais un cevoir de le ré-
péter, le Canada est un « pays nouveau » où la propriété foncière est encore loin d'avoir atteint toute sa valeur. jeux qui s'établissent ici peuvent compter qu'ils laisseront à leurs enfants un bel héritage, s'ils ont soin de bien culliver et d'améliorer sagement leur propriété. Mais il serait imprudent de venir ici sans ressources; il faut non-seulement l'argent nécessaire à l'achat d'une propriété, du bétail et du matériel, mais le colon doit, posséder encore des ressources suffisantes pour vivre pendant tout une année sans vendre les produits de sa ferme qui, au début, sont rarement considérables à moins qu’on ne puisse acheter une propriété d'un grand prix et en ban état d'exploitation. |
Vous direz donc à votre cousin qu'il attende mon arrivée en Belgique avant de prendre une résolution. D'ailleurs, il aurait grandement tort d'entreprendre le voyage en plein hiver; les terres étant alors couvertes de neige, il est impossible de juger de la nature du sol. Qu'il parte donc au mois de mars; dites-lui surtout, ce que je lui répéterai, qu'il doit considérer la première année comme à peu près perdue s’il ne peut acheter une ferme en plein rapport.
Inutile de se munir de charrues ou d'autres instruments aratoires; votre cousin trouvera tout cela ici. Pour tout ce qui est outillage l'Amérique peut donner des leçons à la vieille Europe.
‘ Mais si le cousin veut venir ici pour faire la culture
Va
et lo jardinage en amateur, qu'il prenne garde à lui, à moins qu'il ne possède une grande fortune. L'émigration est bonne pour les travailleurs et non pour les poètes. Dans tous les pays du monde le colon doit lutter contre des difficultés plus où moins grandes et les vaillants seuls triomphent, Nulle part la terre ne produira des récoltes sans le travail du laboureur.
Parmi les pays ouverts à la colonisation, il enest certes qui sont plus fertiles et qui jouissent d'un climat en apparence plus agréable que le Canada. Cependant des lettres qui m'ont été envoyées de presque toutesles parties du monde me prouvent qu'on est mieux ici que partout ailleurs. Dans les pays chauds règnent des maladies contagieuses inconnues ici; les sauvages indomptés font des incursions et pillent tout sur leur passage; les fleuves débordent et détruisent les récoltes; des animaux féroces rodent autour des habitations et dévorent chaque année un grand nombre de colons. Ici rien de tout cela n'est à craindre : on n'y fait pas rapidement forlune, mais on est sur d'arriver avec du courage et de la persévérance. Celui qui possède une propriété la conserve, l'améliore, l'agrandit et en augmente la valeur. Le climat canadien est le plus sain du monde. Iei pas de luttes politiques; chacun vit en paix avec ses voisins; on ne craint ni les voleurs ni les maraudeurs et les statistiques prouvent que le Canada est le pays où il se commet le moins de crimes.
Dites-moi franchement si la situation est encore tenable pour les cultivateurs belges et si la valeur des céréales est en rapport avec le prix de revient. La plupart de nos campagnards ne seraient-ils pas heureux s'ils parvenaient à joindre les deux Louts? Ont-ils donc le droit de se montrer trop exigeants et de dire : « Je voudrais bien m'expatricr, si l'on me garantissait que je
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ferais fortune en quelques années? » Pendant qu'ils hésitent et qu'ils sacrifient leurs dernières ressources, les bonnes places sont prises partout par les Allemands, les Anglais, les Irlandais et les Ecossais qui émigrent en masse, s'emparent du sol et fondent des colonies florissantes, Le colon doit avoir le caractère du conquérant qui désire les bénéfices de la victoire mais qui ne recule pas devant les fatigues et les privations de la lutte.
On a le droit d'espérer la fortune, mais on doit savoir se contenter de l’aisance que trouvent ici tous ceux qui se mettent énergiquement à la besogne.
Si votre cousin possède quelque fortune, il pourrait acheter une grande ;ropriété et élever du bétail, ce qui
donne toujours de beaux bénéfices. Mais c'est là un métier qu'on ne doit pas entreprendre sans le connaître à fond.
Ne m'avez-vous pas dit dans le temps qu'il sait bien dresser les chevaux ?.. Voilà encore une source de beaux revenus quand on est adroit et entreprenant. Mais... il n'y a pour voir que l'œil du maitre et le travail du chef de famille procure toujours le plus beau salaire.
Sherbrooke, 24 décembre 1883
À M. D. H‘* homme de lettres, à Bruxelles.
Mon cher ami,
Wishing you a joyful and glad Christmas and a happy New Year!..
May each day that ensues, From sorrow be free,
Is the wish of a friend, Who sends this tho thee.
Je vous souhaite de tout cœur une bonne fête de Noël et une joyeuse nouvelle année ! Je fais les mêmes vœux Pour votre dame et vos chers enfants. Inutile d'ajouter, n'est-ce pas ? que ma petite famille se joint à moi et me
charge de vous offrir l'assurance de son amitié bien sincère, :
lous les journaux illustrés anglais el canadiens publient leur Chuisémas number, leur numéro de Noël, plus soigné que les autres numéros. Pour moi, je veux vous adresser ma Lettre de Noël, c'est-à-dire une lettre dans laquelle je laisserai de côté les affaires sérieuses pour ne m'occuper que de ce qui peut vous être agréable,
Ce n'est d'ailleurs pas à vous que je dois parler de forèts à défricher, de terres à labourer, de foin à faucher, de chevaux à domuter, de vaches à traire, de moutons à tondre ou mème de lièvres à fusiller. La poli-
nn ÉETFE-.
tique vous absorbe complètement, ou, s'il vous reste quelques heures de loisir, vous vous enfermez avec vos chers bouquins, vous causez avec Homère, Cicéron, Démosthènes et Virgile, tous braves gens si vous voulez, mais qui n’ont jamais songé à partir pour le Canada et à y fabriquer du sucre d'érable, des raquettes ou souliers à neige, des mocassins ou des bateaux d'écorce. Que nous serions heureux si vous pouviez passer avec nous la Fête de Noël! Vous ne pourriez vous faire une idée de la joie, de l'animation qui règnent ici en ce moment. Pendant l'été, le cultivateur canadien n'a guère le temps de s'amuser : la bonne saison est trop courte. A peine le soleil d'avril a-t-il fait disparaître la neige que la besogne arrive en masse : on met le bétail au pacage, on laboure, on sème l’avoine et le froment, on plante les pommes de terre, on brûle les tas de bois préparés dans les défrichements, on répare les bâtiments, on fauche le foin, on rentre les récoltes, on coupe le bois de charpente
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et de chauffage... Tout cela se fait en six mis de temps et, sauf le repcs dominical qui est scrupuleusement observé par toute la population, protestante cu catholique, on ne s'accorde ni trève ni répit.
Puis, pour célébrer joyeusement les fêtes il faut de l'argent et pendant la belle saison l'argent fait souvent défaut dans la cabane en troncs d'arbres du défricheur, En hiver, au contraire, quand il a livré quelques cordes de bois de chauffage, quand il a tué le porc et quelques poules, acheté un quartier de bœuf et un sac de farine, le campagnard trouve toujours le moyen de sacrifier nne demi-douzaine de piastres pour se procurer quelques douceurs et, loin de l'eflrayer, le Bonhomme Hiver se
présente à lui en habits de fête et chargé de beaux cadeaux pour tous les membres de la famille.
Aujourd'hui, au diner, j'avais le plaisir de réunir à ma table quelques Belges établis ici depuis peu de temps. A quinze cents lieues du pays, on parle bien volontiers des absents, de ceux que l'on aime et... l'on boit de tout cœur: à leur santé,
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Nous avons porté des toasts comme aux grands banquets, N'ayant plus ni père ni mère, ni frères ni sœurs, c'est votre santé et celle de votre famille que j'ai proposée, On a applaudi bruyamment et vidé les verres à fond : je suis persuadé qu'en ce moment vous avez éprouvé une sensalion très agréable,
Puis on a causé,
Un chasseur a raconté ses exploits. 11 avait passé quelques semaines aux bords du lac Mégantic et battu la forêt vierge en compagnie du célèbre trappeur M. Pierre Le Royer, un chef indien établi dans les environs du Lac, au coin du canton Louise, près des forêts du Maine. Pendant trois jours ils avaient suivi, mais sans succès, les traces d'un orignal.
L'orignal est une espèce de cerf de taille colossale qui ressemble assez bien au grand cerf irlandais du Musée de Bruxelles et dont les bois se vendent fort cher,
M. Pierre Le Royer parle parfaitement bien le français et l'anglais; sa dame, une des meilleures élèves des Ursulines, a reçu une éducation soignée. Cependant on les appelle « sauvages + parce qu'ils habitent la forêt, vivent du produit de leur chasse et... ne s'occupent pas de politique. Je vous souhaite de n'avoir jamais autour de vous que des « sauvages » de ce genre.
Nos chasseurs, ayant perdu les traces de l'orignal qui avait gravi une colline très étendue d’où la neige avait été enlevée par le vent, changèrent de direction, ce
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qui leur procura la bonne fortune d'abaltre un magnifique chevreuil,
Ici un petit détail : quand les trappeurs ont tué un chevreuil, iis collent leurs lèvres à la plaie pratiquée par la balle ou par le couteau de chasse et ils boivent le sang de la pauvre bête encore r'alpilante. Il parait que c'est très bon.
L'an prochain, notre jeune chasseur accompagnera le chef dans sa grande concession, au nord du Canada, pas loin de la baie d'Hudson si bien décrite par le capitaine Mayne Reid, Il espère y rencontrer l'ours, le wapiti, le blaireau, le wolverène, la marmotte d'Amérique, le castor, le bison, le lynx, le loup, la chèvre sauvage, l'élan,
le caribou ou renne, le cygne trompette, l'aigle à tête blanche, le faucon pêcheur et beaucoup d’autre gibier à poil ou à plume, Il promet de ne pas nous oublier et de nous procurer de belles fourrures.
La chasse!..…. Voilà bien un sujet de conversation inépuisable, surtout quand on habite un pays où elle est considérée non-seulement comme un passe-temps très agréable, mais comme un travail très lucratif, Qui n'a pas entendu parler de la célèbre Compagnie de la Baie d'Hudson, qui a expédié en Europe des quantités énormes de peaux de castors, d'ours, de blaireaux, de loups et de bizons?
Chacun a son histoire plus ou moins intéressante à raconter, En voici une qui n'est pas très émouvante mais qui prouvera au moins que les ours se montrent parfois dans les environs de mon habitation.
Jl y a quelques années un brave Canadien, M. Antoine Biron, quittait Sherbrooke pour aller s'établir en pleine forêt, à deux bonnes lieues de la ville. Il possédait pour toute fortune sa hache, son fusil, une provision de poudre et de plomb et quelques livres de farine et de lard. Mais M. Biron était un homme doué d'une énergie indomptable que les obstacles et les difiicullés étaient loin d'effrayer ou de décourager, Il voulait réussir et il a réussi,
Vivant en grande partie du produit de sa chasse, il
eut bientôt défriché un coin de la vaste propriété que le Gouvernement lui avait cédée pour une très faible somme payable en plusieurs années. Il eut une première récolte d'avoine qu'il battit sur la glace. Un grand nombre de colons suivirent son exemple et aujourd'hui sa maison est entourée de beaucup d'autres maisons qui furment le village de Stoke.
Vous me direz que tout cela nous éloigne de notre aventure de chasse... Nous y voici.
M. Biron était établi à Stoke depuis cinq ou six ans, lorsqu'il s'aperçut un beau jour qu’un ours ravageait son champ d'avoine. Ce n'était pas la première fois que pareille chose lui arrivait, car il avait déjà vendu cinq peaux d'ours et les bûcherons qui avaient besoin d'un peu de graisse pour guérir leurs engelures savaient bien qu'ils en trouvaient toujours chez M. Antoine Biron. Mais cette fois-ci Maitre Martin était un vieux roublard
qui ne paraissait pas disposé à se laisser mettre un grain de sel rouge sur la queue. M. Biron tendit un piège à l'endroit fréquenté par le dévastateur et se rendit le lendemain sur les lieux, armé de son fusil pour achever au besoin Fanimal dont il comptait bien changer la peau en chaud paletot d'hiver.
L'ours était venu en effet, il avait bien diné, puis il était parti sans toucher au piège.
Le lendemain, même visite et mème déception.
Cela dura ainsi pendant une semaine entière. Le chasseur avait beau changer le piège de place, Martin mangeait et buvait et s’en allait comme un brave quadrupède qui n'a absolument rien sur Ja conscience.
Le huitième jour, le piège était parti.
Au lieu de se faire prendre par le cou, l'ours avait engagé son épaule dans le nœud fatal, il avait trainé le tronc d'arbre auquel le piège était attaché jusque dans un bosquet de mérisiers, puis, il s'était si bien empétré, qu'il ne pouvait plus ni avancer ni reculer. Il se tenait là debout, furieux de son impuissance, montrant les dents au chasseur qui dansait de joie en contemplant sa victime.
— Ah! mon gaillard, s'écria M. Biron, je vais vous envoyer une dragée qui vous guérira de l'envie de manger mon avoine!
Et il releva le marteau de son fusil.
Malheur! La capsule était tombée et M. Biron n'en avait pas d’autres.
Il courut, à vingt minutes de là, chez son voisin M. Dubreuil qui possédait heureusement des munitions.
Quand il se trouva de nouveau en présence de l'ours, M. Biron visa lentement la bête et lui logea une balle dans la tête.
M. Biron n'est pas un personnage des romans de Fenimore Cooper ou du capitaine Mayne Reid : il est vivant, bien vivant, et je le vois très souvent. Un colon belge, M. Armand de Haerne, neveu de Monseigneur de Haerne, a épousé sa fille. Le courageux pionnier n’a pas déposé la hache et encore moins le fusil. Chaque hiver il part à la tête d’une légion de bücherons pour la grande forêt et ses camps sont le rendez-vous des chasseurs les plus célèbres.
On raconta encore beaucoup d’autres histoires que je réserve pour la première soirée que je passerai chez vous. Je compte arriver en Belgique vers la fin de janvier.
Je termine. Ma femme vient de me dire que des voisins qui passeront la soirée avec nous m'attendent pour faire une partie de cartes. Vous aurez votre lettre de Noël, vous n'avez plus rien à réclamer et vous pouvez crier avec moi:« AU right, » et « God save le Queen! »
Sherbrooke, 20 avril 188 1.
A Monsieur JL, C... Professeur à **
Je voudrais, selon votre désir, vous envoyer une lon- Sue relation de 1a traversée, mais je n’ai pour ainsi dire rien à Changer au récit que je vous ai fait de vive voix. Le voyage d'Anvers à Sherbrooke ressemble, sous tous les rapports, au voyage de Sherbrooke à Anvers, Un peu de mauvais temps, le Sempiternel mal de mer joie du retour.
Un incident, Cependant. Sur le bâteau se trouvaient une soixantaine d'orphelins anglais qu'un surveillant Conduisait chez des fermiers canadiens. Ces enfants montraient le plus grand Courage: leurs jeux et leurs Chants m'ont souvent empêché de sentir les tortures du mal de mer. Avant peu ces jeunes émigrants seront de bons colons.
Comme je vous l'ai dit, je me chargerais bien volontiers de placer vos protégés mais la chose est Ccomplètement impossible pour le moment. Les cultivateurs c
el la
ania-
diens n'engagent jamais d'ouvriers Pour toute l'année: On pourrait bien trouver de l'occupation dans les usines et aux chemins de fer, mais je ne COnnaïis pas suflisamment les hommes que vous me recommandez pour oser prendre la responsabilité de la réussite, Généralement l'ouvrier belge est peu reconnaissant des servicas qu'on
lui rend et, si le succès ne répond pas à son attente, il devient l'ennemi de celui qui a cherché à lui rendre service. Il y a sans doute des exceptions, mais j'en ai rencontré fort peu.
Je n'ose plus même conseiller le voyage aux petits cultivateurs, c'est-à-dire à ceux qui n'ont que tout juste les ressources nécessaires pour leur établissement. La moindre contrariété les met dans la gène etavec la gène arrivent les plaintes et les récriminations.
Je voudrais voir créer ici deux établissements qui, selon mci, pourraient rendre les plus grands services aux émigrants européens : une ferme-asile et une usine, soit une scierie mécanique soit une fabrique de pulpe à papier.
Voici quelques extraits d'une circulaire que je compte lancer vers le mois de décembre, c'est-à-dire quelques semaines avant mon départ annuel pour la Belgique :
« J'ai sacrifié deux années de ma vie à l'établissement d'une colonie belge au Ganada. Le résultat n'a pas répondu à mon attente; j'ai été attaqué, calomnié par ceux-là mêmes à qui j'ai rendu ou voulu rendre les plus grands services.
» Cependant, je suis loin d’être découragé. Je suis au contraire bien convaincu de la possibilité de créer au Canada une colonie florissante. Mais pour atteindre ce but il faut autre chose que les efforts d’un seul homme. Plusieurs individus, plusieurs familles doivent s'unir : si elle dispose d'un capital suflisant, cette Asso- - ciation obtiendra les meilleurs résultats.
» Dans l'exécution du projet dont je m'occupe aujourd'bui je ne veux jouer d'autre rôle que celui de conseiller et de négociateur. Je me mets à la disposition des capitalistes, des industriels et des cultivateurs, mais jamais je ne serai ni actionnaire, ni fonctionnaire salarié
nte, il ‘e seri ren-
petits t juste nt. La a gêne
ni, Se- 2S AUX e, soit
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Jmpte ques
de la Sociélé de Colonisation belge au Canada, je ne veux pas qu'on puisse me reprocher que je cherche à me créer une position aux frais de mes compatriotes. J'exigeraile remboursement des dépenses que m'occasionnera l'organisation de la société et un salaire raisonnable pour mes voyages, rien de plus. D'ailleurs, comme je l'explique plus loin, la Ferme-Asile à fonder par la Société doit être dirigée par un cultivateur canadien bien au courant des travaux de défrichement et du commerce de bois, et non par un colon belge.
+ La présente circulaire étant plutôt une proposition qu'un règlement définitif, je tiendrai scrupuleusement note de toutes les observations qui me seront adressées.