CONCLUSION
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Mon but, en écrivant cette brochure, a été de rendre service à ceux de mes compatriotes qui ont l'idée de quitter leur pays pour chercher fortune ailleurs. Le prix de vente de ce livre prouvera aux plus incrédules que je n'ai pas cherché à gagner de l'argent en le livrant au publie.
J'espère que les futurs émigrants ne liront pas sans fruit les lettres précédentes dont plusieurs, j'ose le dire, ont rendu de grands services à mes correspondants, Si malgré la clarté de mes explications quelques Belges font encore fausse route, me reprochent leurs insuccès et crient haro sur le baudet, je m'en lave les mains. Je
sais bien qu'il est impossible de quitter le chemin frayé sans se faire des détracteurs et des ennemis et qu'il est plus diflicile encore de rendre service sans faire des ingrats.
Je l'ai dit bien souvent et je ne crains pas de le répéter ici : le Belge est généralement mauvais colon. Il se décourage trop vite. Et plus ii est pauvre dans son pays,
plus il est misérable à l'heure du départ, plus il se montre exigeant dès qu'il a mis le pied sur le sol étranger. Pour se créer une position, pour faire fortune au Nouveau-Monde, il faut du courage, de l'énergie, de la persévérance. Le pays où les perdreaux rôtis tombent du ciel, où les faisans sollicitent respectueusement la
faveur d'être plumés et rôtis, n'existe nulle part. Mais je puis dire du Canada ce que fait dire le bon La Fontaine par le père de famille de la fable :
« Travaillez, prenez de la peine, C'est le fonds qui manque le moins. »
Au Canada le cultivateur peut vivre à l'aise et assurer l'avenir de ses enfants, pourvu qu'il ait de bons bras, qu'il ne craigne pas la fatigue, qu'il évite le luxe et les dépenses inutiles.
Il est trois points sur lesquels j'ai jugé utile d’insister beaucoup. J'y reviens encore aujourd'hui.
1° On devrait organiser partout des Sociétés d'Emigralion. En se voyant souvent, en discutant les projets, en se mettant en rapports avec des amis établis dans l'une ou l'autre contrée du Nouveau-Monde, on ne risque pas de se lancer maladroitement dans une entreprise téméraire. À ces Sociétés je recommande un excellent journal : L'ÉMIGRATION, dont le bureau est Rue Vandermeulen, n° 4, à Bruxelles. Ie Directeur de ce journal, M. G. Lennox, est un homme honnête et sincère
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dans toute la force du terme, dont je suis loin de partager les opinions politiques, mais dont Jj'admire le cou- ‘age, la persévérance et le dévouement inébranlable à la sainte cause de la Colonisation, M. G. Lennox ouvre les colonnes de son journal à tous les émigrants, ce qui lui permet d'offrir à ses lecteurs les renseignements les plus précieux. Il ne prend aucune responsabilité, permet de discuter le pour et le contre et ne promet le: succès qu'aux braves et aux persévérants. Ce n'est pas lui qui Conseillera le voyage aux gens qui gagnent des hernies rien qu'en voyant travailler, Il a parcouru plusieurs provinces de l'Amérique du Nord et il est le premier à dire que ces immenses contrées peuvent procurer de grandes ressources aux vrais travailleurs. J'espère qu'un jour ses lecteurs reconnaissants lui offriront un Cheval
d'honneur, ce qui lui permettra de visiter en détail d'autres pays et surtout le Canada où il compte déjà de nombreux amis.
2° En arrivant au Canada le colon ne doit pas mettre trop d'empressement dans le choix et l'achat d'une pr'opriété.
Un homme qui s’y connait, M. Chicoyne, me dit un Jour : « N'achetez pas trop vite: vous gagnez plus d’une biastre par jour en visitant le pays pendant quelques MOIS. » |
Je dirai mieux : je conseille aux cultivateurs de ne rien acheter la première année, de parcourir le pays, de
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travailler même chez un bon fermier canadien et d'acquérir ainsi l'expérience nécessaire pour acheter à un prix convenable la propriété qu'on leur propose et en
tirer le meilleur parti. Pour cela il faut voir, étudier, comparer, ce que l’on ne fait jamais bien en agissant avec trop de précipitation. Je ne conseille pas aux cultivateurs belges de se faire accompagner par des ouvriers de leur pays.
3° A moins d'y être appelé par une personne en laquelle on a la plus grande confiance, on ne doit partir pour aucun pays du Nouveau-Morde si l'on ne possède au moins quelques centaines de francs. Je ne conseille le voyage ni aux ouvriers, ni aux artisans, ni aux artistes, ni aux hommes de lettres.
Aux cultivateurs seuls j'ose prédire le succès, s'ils se trouvent dans les conditions indiquées dans différentes lettres de ce recueil.
J'ajouterai que pour eux le résultat dépend beaucoup plus de leur bonne volonté, de leur courage, de leur énergie et de leur persévérance que de la somme dont ils disposent. Il y a quelques années, des centaines de Mennonites russes s'établirent dans le Manitoba. Ces colons étaient si pauvres que la charité publique dut leur venir en aide; leurs premières habitations furent des trous creusés en terre et couverts de branches d'arbres. En moins de cinq ans la colonie jouissait d’une si grande prospérité que lors d'une visite du Marquis de
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Lorne, le chef des Mennonites dit à ce personnage éminent : « Nous sommes très contents de notre position, du pays et du Gouvernement, +
Aujourd'hui plus d'un de ces colons si énergiques possède une belle fortune,
Mais ces émigrants savaient fort bien qu'ils n'étaient pas venus au Canada pour s'amuser, pour culotter des pipes, pour aller au théâtre et vivre dans l'anondance comme un rat qui se retire dans un fromage. De même
que le simple soldat français porte dans son havre-sac le bâton de maréchal, ils savaient qu'ils tenaient au bout de leurs mains vaillantes l'aisance et peut-être la fortune. Ils savaient en outre que pour réussir il suflisait de vouloir.
Ils ont voulu et ils ont réussi.
Honneur à ces braves travailleurs! Puisse leur exemple être suivi par beaucoup de déshérités de la fortune,
Vivant souvent loin des grands centres et disposant de moyens pécuniers fort restreints, le colon doit savoir pour ainsi dire se suflire à lui-même, surtout pendant les premières années de son installation. Il doit être cultivateur, bûcheron, charpentier, forgeron, vélérinaire, charron, jardinier. Sa femme doit s'occuper du ménage, de la basse-cour, de la laiterie. S'il a de grands enfants ils doivent se rendre utiles. Il y a toujours quelque chose à faire et chaque heure de travail doit augmenter la fortune ou le bien-être de l'émigrant.
Le campagnard canadien dépense fort peu d'argent : il trouve tout chez lui. Le lait, le beurre, le pain, le lard,
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les œufs et les poulets lui manquent rarement; le plus souvent il peut ajouter à ces ressources le produit de la chasse et de la pèche. Jamais il ne défriche entièrement sa propriété : il tient toujours en réserve un bon bouquet d'érables qui lui procurent sa provision de sucre;
dans son jardin il a des légumes et le long des chemins il trouve en abondance des framboises et des fraises excellentes avec lesquelles sa ménagère fait des confitures et des gelées délicieuses,
Les objets dont le colon peut avoir besoin ne coûtent, en général, pas plus cher qu'en Europe. Il faut cependant faire exception pour les vêtements et les objets de luxe : on en use par conséquent le moins possible. Le tabac se vend à peu près le double des prix belges parce qu’il paie des droits d'entrée et que les manufactures sont fortement imposées; mais on peut en planter tant qu'on veut pour sa provision personnelle. Dans les bars ou cantines on vend la goutte à un prix très élevé, mais. on n’est pas forcé d'y aller.
Les denrées coloniales se vendent à peu près comme en Belgique. |
Certaines provisions, que le cultivateur belge n'oserait pas se payer dans son pays, s’obtiennent au Canada à des prix très bas. Quand nous achetons des huitres pour fr. 2,25, ma femme, mes trois enfants et moi nous en avons pour deux diners. J'en dirai autant pour les
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