‹ Voyages au Canada [microforme]Chapitre 26 sur 26 · CS · texte numérisé non relu

CS

de

ce

homards dont on exporte des quantités énormes ot

Europe. Nous en achetons de grandes boîtes pour 75 centimes.

On le voit, le Canada ne ressemble guère à la Belgique. On y trouve d'un côté l'obligation absolue de travailler dur et ferme, de ne négliger aucune occasion de gagner de l'argent et d'éviter avec soin toute dépense inutile, et, de l’autre côté, la certitude de voir le succès couronner ses efforts pourvu qu'on ne manque ni de courage ni de persévérance.

La population canadienne jouit de la . grande liberté; je me fais un devoir de constater qu'elle n'en abuse pas. Catholiques et protestants vivent dans la meilleure intelligence et la politique, cette bête noire des Européens, ne trouble le sommeil que de quelques rares ambitieux.

Je dois mettre les émigrants en garde contre une maladie contagieuse qui règne en permanence dans les grands centres et qui a malheureusement envahi quelques petites bourgades. Cette maladie — j'en ai parlé dans une de mes lettres -— C’est LE LUXE. Non-seulement beaucoup de personnes sacrifient leur superflu pour se procurer des meubles et des vêtements d'un grand prix, mais il en est qui se privent du nécessaire et qui s’endettent même pour ne pas se voir éclipsés par des voisins plus fortunés. Plus d’un Canadien travaille actuellement dans les mines et les chantiers des Etats-Unis, qui

serai, propriétaire d'une belle ferme et vivrait heureux et indépendant, s'il avait su échapper à la contagion du luxe,

Le cultivateur doit trouver soN LUXE dans ses écuries et ses étables bien soignées, dans ses granges bien remplies, dans sa laiterie, dans son jardin, dans ses prés et ses terres.

Un jour Napoléon I°' visita une ferme du département de l'Oise, en France. Il fut émerveillé à la vue du soin et de l'intelligence avec lesquels le propriétaire gérait son bien. Pour lui prouver sa satisfaction et son estime, il lui envoya un épis d'or, déclarant, dans une

lettre très flatteuse, qu'il ne pouvait lui offrir une plus belle décoration et lui donner une marque plus éloquente de son estime, |

Je

Puissent tous les cultivateurs belges établis au Canada mériter une pareille distinction !

Un mot encore, et je dépose la plume. L'Emigration n'est pas une partie de plaisir : on doit y réfléchir mürement avant de quitter sa patrie et de partir pour le Nouveau-Monde. Done, pas de poésie! C'est pour cela que je me montre très prudent vis-à-vis de ceux qui recourent à mes conseils : ce n'est pas de l'huile, c'est de l’eau que je jette sur le feu de leur enthousiasme.

J'ai plusieurs motifs pour agir ainsi. Je ne veux plus que les colons maladroits ou malheureux et encore moins ceux qui s'embarquent « sans biscuits + comptent sur moi. En venant trop facilement en aide aux émigrants belges qui m'ont demandé des conseils... et de l'argent, je me suis mis dans la gène, je me suis ruiné.

Je ne joue plus à ce jeu-là.

PC 4x FINI <— & 7

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