FIN DU VOYAGE
bêche. Le grain se sème dans les mois d'août et de septembre, suivant que les pluies tombent ou plus tôt ou plus tard, et se récolte dans le courant d'avril. Il est de l'espèce connue sous les noms de millet indien ou blé de Guinée ; tandis que la plante elle-même ressemble à celle qui abonde dans les jardins d'Europe et qu'on nomme maïs. Le millet indien se mange d'ordinaire simplement cuit à l'eau; mais on l'écrase quelquefois, et, après l'avoir fait bouillir dans du lait jusqu'à ce qu'il se soit épaissi, on le laisse revenir complétement. Les Bachapins cultivent encore une quantité considérable de très petits haricots qu’ils appellent linouas, et des melons d’eau de différents genres. Mais, si grand plaisir qu'ils trouvent à fumer, ils n'ont jamais songé à planter du tabac. Non plus, ils n'ont aucune sorte de fruits, sauf les baies de quelques buissons.
La connaissance que les Bachapins ont des métaux est fort imparfaite, et ils en ignorent absolument la valeur relalive, telle que l'ont établie les nations civilisées. Le mot #sipi, employé seul, signifie fer; ésipi e kubila, littéralement fer rouge, désigne le cuivre; ésipi e tseka, ou fer jaune est le nom aussi bien de l'or que de l’airain: et l'argent s'appelle ésipi e chu on fer blanc. 11 semble done que le mot {sipi puisse êlre pris comme équivalent à celui de métal. À ce propos, je ne veux pas terminer sans quelques remarques sur la langue que parlent les Bachapins. Cette langue, qui est commune à toutes les nations bichuanas, s'appelle le sichuana. Si on la compare aux autres langues africaines, on peut dire qu'on en retrouve de faibles traces dans la totalité de l'Afrique méridionale; mais qu'au nord de la ligne équinoxiale, et par là j'entends la côte occidentale, on n’en rencontre pas le moindre veslige dans les vocabulaires d'aucune des langues que je connaisse. Dans celle des Cafres qui avoisinent immédiatement la colonie du Cap, sont beaucoup de mots sichuanas: mais les dialectes de la race hottentote étaient encore à l'époque de mon voyage aussi distincts de ceux des Bichuanas que les deux peuples le sont eux-mêmes l’un de l'autre.
L'accent général du sichuana est excessivement doux à l'oreille; et, peu de syllabes se terminant par une consonne, la remarquable abondance des voyelles et des lettres liquides lui donne une douceur de son que n’atteint aucune langue d'Europe; tandis que le grand nombre des voyelles redoublées la rend à la fois, dans une conversation sérieuse, coulante, expansive et agréable. Une preuve qu'elle offre une juste et harmonieuse combinaison de voyelles et de consonnes, c’est Ja surprenante rapidité de prononciation qu'elle permet toutes les fois que le sujet animant l'orateur l’excite à s'élever au-dessus du ton habituel et à presser son débit plus que de coutume. Celte extraordinaire yolubilité d'énonciation, à laquelle on ne pourrait parvenir avec la langue holtentote, prouverait encore au besoin que ces deux races d'hommes ont des origines complétement différentes.
Bien qu'elle se rapporte plus particulièrement aux Bachapins, la description générale qui précède peut, autant que ma connaissance des peuples voisins me permet d'en juger, s'appliquer aussi sous beaucoup de rapports aux autres nalions bichuanas.
ALBERT-MONTÉMONT.
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Paris. — Imp. Lacour Er Ce, rue Soufllot, 16.
lirp. Gerdes.
Ch AMetlais del,