‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 135 sur 179 · RE NN ANR ÉCART PA LE · texte numérisé non relu

RE NN ANR ÉCART PA LE

Speelman osa s'approcher assez pour leur décharger son coup de fusil.

un tablier tantôt simple tantôt double, mais toujours plus large et plus long que l’autre, toujours non divisé. Telle est quelquefois sa longueur qu'il balaie presque le sol ; mais en général il ne tombe point plus bas que le gras de la jambe, et n’est garni d'aucun ornement parce qu'il sert ordinairement de coussin aux femmes quand elles s'asseyent à terre.

Afin de se garantir du soleil et des injures de l'air, elles ont la précaution de s’oindre le corps avec de la graisse animale, mêlée d'une certaine poudre odoriféranle qu’elles appellent buku. Cette poudre est faite de feuilles de diverses plantes aromatiques qu'on laisse sécher, et qu'on broie ensuite entre deux pierres. Quelques-unes de nos compagnes de voyage portaient aux jambes un grand nombre d'anneaux, soit de cuir, soit de cordes artistement tressées, qui leur couvraient depuis le coude-pied jusqu'au milieu environ du mollet. D'autres attachent, soit au-dessus, soit au-dessous du genou, des anneaux de cordes à boyaux recouverts en fil de laiton, ou même de simples cordes de chanvre ; plusieurs enfin ont, aux poignels el au-dessus des coudes, des bracelets en grains de verre, de porcelaine, ou de métal. Toutes aiment aussi à surcharger leurs doigts de bagues et s'estiment heureuses d'avoir des pendants d'oreilles de cuivre. La ceinture en coquilles d'œufs d’autruche. dont j'ai ci-dessus parlé, est un genre de parure très ingénieux. Elle consiste en une

multitude de petits morceaux de coquille parfaitement taillés en rond d'après un diamètre uniforme, et percés chacun au centre d’un trou qui permet de les enfiler les uns au bout des autres, en assez grand nombre pour qu'ils passent deux ou trois fois autour du corps. Cette ceinture a l'air d'une corde d'ivoire grosse d un demi-pouce, et je ne saurais en donner une idée plus correcte au lecteur, que de la comparer à un de ces longs chapelets de petits moules à boutons en os, tels que les vendent les marchands. Le nombre des morceaux de coquille nécessaire pour fabriquer cet ornement est considérable, et comme il faut les tirer des pays plus septentrionaux, la valeur d'une ceinture est toujours fort grande. Tel est le costume ordinaire des Hottentotes,qui n’ont pas encore jugé convenable d’adopter les habits à l'européenne ; et cette description, sauf quelques changements par rapport aux différentes tribus, peut s'appliquer à toute la partie de l'Afrique méridionale que j'ai explorée.

Le costume national des hommes est encore plus simple, et il semble impossible qu'on puisse réduire les vêtements avec plus de rigueur à ce qu'exige la décence. Les Hottentots porlent donc, autour du milieu du corps, une bande de cuir à laquelle est suspendu par-devant ce qu'ils appellent un jackal, parce que c'est ordinairement un bout d'une peau de cet animal. Ce bout de peau, dont la fourrure doit loujours rester

Vue de Litakou.

en dehors, est de forme oblongue et convexe, ne ressemblant pas mal à l'espèce d'écran pudique qu’on pourrait se faire avec les deux mains, et d'où je serais tenté de croire qu'en est venue la première idée. Du derrière dela même bande pend une autre pièce de cuir qui n'a jamais guère qu'une longueur de dix pouces, et par en haut qu’une largeur de deux doigts, mais qui s’élargissant peu à peu finit par être aussi large que Ja main. La forme particulière de l'extrémité varie suivant chaque individu ; les uns la portent presque arrondie ; les autres, carrée; ceux-ci, transversalement oblongue ou triangulaire ; ceux-là, taillée en croissant ou en croix. Cette queue, car c'est ainsi que doit se traduire le nom que les Hottentots dans leur langue donnent à cette partie de leur costume, est souvent ornée de gros boutons de cuivre et d'autres enjolivements pareils. Tel est Lout le costume ordinaire et permanent des hommes, outre le grand kaross qui leur est commun avec le reste des Africains du sud. Le jackal est porté par les Bosjesmans, et par chaque tribu de la race hottentote ; mais par beaucoup d'individus la queue n’est pas regardée comme indispensable. Tous font usage de souliers ou de sandales ; mais la difficulté de tonjours se procurer du cuir propre à la confection de leurs chaussures oblige la plus grande parlie de ces indigènes à les réserver pour s'en servir dans l’occasion, et seulement lorsque: l’iné-

galité trop grande de la route en fait une nécessité

Nous dételâmes sur le bord de la rivière, à un cndroit appelé Zout-pan’s-Drift, c'est-à-dire Gué du lac Sale, où le courant est fort large, et par conséquent peu profond. Là aussi se trouvaient plusieurs îlots, couverts de broussailles et de jones qui le rendaient d'autant plus facilement guéable.

C’est d'un lac très étendu, et, dit-on, inépuisable, situé à un jour de marche au sud de ce gué que les Hottentots de Klaarwater et les naturels de ces régions tirent tout le sel qu’ils consomment.

Le 29,comme nos bœufs paraissaient pleins de forcé après avoir eu tout loisir de paître au milieu des herbes délicieusement fraîches qui croissaient sur lesrives du Gariep, nous descendimes avec nos charriots, etsans accident, malgré l'escarpement du rivage, au bord de la Rivière-Jaune. où nous primes posilion parmi de beaux arbres. Bientôt nous convinmes, tant l'endroit nous plat, de nous y fixer quelque temps, et d'y établir notre quartier général pendant les excursions et les parties de chasse que nous comptions faire dans les environs.

La Rivière-Jauve est beaucoup plus étroite que le Gariep ; mais au lieu où nous étions stationnés, elle paraissail fort profonde, coulant claire et tranquill entre des bords de moyenne hauteur, vêtus dé Dei épais. Le lendemain 30, dès la pointe du jour, notre

campement offrit de toutes parts un spectacle pittoresque ; d’un côté, c'élait une partie de nos compagnons et de nos compagnes de voyage qui, pour se délasser de leurs fatigues, se baignaient à peu de distance ; de l'autre on voyait des troupes de fenxmes et de jeunes filles qui, assises à l'ombre, s’occupaient à fabriquer de la corde avec de l'écorce d'acacia pour les employer ensuite, lorsque nous aurions regagné Klaarwalter, à confeclionner des nalles avec les joncs que leurs mères où leurs sœurs, laissées par nous au gué du lac Salé, y aurait recueillis. Plus loin, parmi les hommes de la éaravane, c'était une activité non moins grande, un vacarméhon moins amusant, Ici, les chasseurs $e préparaient à faire une excursion en remontant la rivière ; les uns netloyaient leurs fusils et se hâtaient de les charger ; les autres atlachaient leur gibecière et leur corne à poudre ; ceux-ci sellaient leurs bœufs où chevaux, y montaient lestement, ne doutaient pas du succès de leur chasse, et promettaient à leurs femmes et à leurs enfants un abondant festin lors de leur retour ; enfin ceux-là, plus expéditifs, appelaient en sifflant leurs chiens près d'eux, et engagtant leurs camarades à les suivre sans délai, mettant leurs montures au trôt, s'élançant à travers le taillis et gravissant la berge escarpée, ne lardaient pas à disparaître.

La nouvelle dé notre arrivée se répandit bientôt parmi les indigènes; et quatorze Bosjésmans, d’un kraal situé à plusieurs milles de l’autre côté de la rivière, vinrent nous rendre visite dans la matinée ; ils appartenaient presque tous à une race dont les auteurs semblaient êlre à la fois des Bosjesmans, des Koras et des Bichuanas qui eussent autrefois mêlé leur sang. Leur langue était tout-à-fait différente de celle des habitants du district des Karrecbergen ; et je me suis laissé dire qu'il y avait parmi la race bosjesmanienne une si grande variété de dialectes, que souvent deux kiaals voisins l'un de l'autre ne pouvaient se comprendre sans peine. Ces naturels élaient tous hommes et légèrement armés : leurs femmes , moins habiles qu'eux à nager, élaient restées de l'autre côté de l'eau; leur but était autant de protester de leurs bonnes dispositions à notre égard que de solliciter du tabac et qüelques petits cadeaux. Fans le nombre se trouvait leur chef ou patriarche , et par son intermédiaire nous les engageâmes à nous cueillir des jones à naltes qui, disait-on , poussaient en abondance le long du Maap. Nous leur fimes bon accueil , ét toute leur méfiance disparut bientôt. Nous leur distribuâmes de la nourriture, et dès lors ils se mêlèrent à nos gens, s'assirent près d'eux, préparèrent sur des charbons la viande que nous leur avions,distribuée, enfin se sentirent vraiment à leur aise. R

Nos chasseurs luèrent un gros hippopotame, qui recut deux balles dans la tête. Il est fort rare que ces animaux soient blessés dans aucune autre partie du corps, non pas toutefois que le reste de la peau ait une nature impénélrable, raison qui à élé souvent don- 1ée, el qui sans doute, comme beaucoup de contes semblables, ne fut inventée dans l'origine que pour exciter l’étonnement. La vérité est que, comme l'hippopotame ne quille presque jamais les rivières, si ce n'est la nuit, comme le jour ilaventure rarement plus que sa tèle au-dessus de l'eau, le chasseur ne peut viser aucune autre place; car jamais une balle, tirée obliquement, ne peut, à cause de sa grande rapidité ième, pénétrer cel élément ; mais elle rebondit à Ja surface comme elle ferait sur un pavé de dalles.

L'hippopotame, lorsque le soupçon d'un danger qui le menace l’engage à ètre prudent , ne lève habituellement hors des ondes que ses narines, ses yeux et ses oreilles ; et de ce que ces trois organes sont chez lui placés vers la partie supérieure de la lête sur le même plan horizontai, on peul avec probabilité en conclure que la nature lui a assigné celte position, pour qu'il pülmieux veiller à sa sûreté, se trouvant ainsi à même derespirer , de voir et d'entendre, sans beaucoup s'ex-

poser à l'observation et aux attaques de l'homme. Aussi

“est-il plus difficile à tirer que la plupart des autres ani-

maux. Son énorme taille ne favorise en rien le tireur; et à moins qu'il ne vise avec autant de précision que si ce n’était qu'un lièvre, il tire en vain.

Quand le haut de sa tête dépasse seule la surface liquide, on croirait véritablement voir une tête de cheval, ce qui peut justifier assez le nom d'hippopotame ou cheval de rivière que lui ont donné les anciens. Mais cette circonstance prouve. suivant moi, que les anciens n'avaient pas eu beaucoup d'occasions de voir l'animal entier; car autremenbils auraient reconnu que de tous les quadrupèdes celui-ci, pour la forme et Ja tournure générale, ressemble moins au cheval qu'aucun autre. Je ne sais pas davantage pourquoi les colons du Cap ont jugé convenable de l'appeler vache marine; car je ne lui ai jamais trouvé, sous quelque rapport que ce soit, la moindre ressemblance avec une vache.

Le surlendemain 3, pendant que mes gens achevaient de faire sécher la viande de l'animal tué la veille, je m'amusai beaucoup de voir deux jeunesenfants guelter du poisson dans la rivière, et se tenir au bord de l'eau aussi immobiles que des hérons. Après avoir paliemment attendu pendant plus d’une demi-heure, un des habitants de l'onde eut l’imprudence de venir à leur portée, et fut aussilôt percé d’une main sûre par la hassugay, sorte de javeline dont chacun d eux était armé. Le poisson qu'ils prirent appartenait à l'espèce que les colons nomment platte-kop, c'est-à-dire {éteplate. I avait presque lrois pieds de longueur et était entièrement couleurde plomb ; sa large tête présentait en effet un singulier aplatissement ; ses yeux étaient jaune-pâle et d'une extrême petilesse ; plusieurs poils fort longs bordaient sa bouche; sa peau était douce et, comme celle d'une anguille, sans écailles ; enfin sa chair était blanche, savoureuse et nutritive. Un fait assez remarquable, c'estque ce poisson se trouve seulementdans les rivières qui coulent vers la côte occidentale , c’est-à-dire au nord du cap de Bonne-Espérance ; tandis qu’au contraire on n'a jamais vu d'anguilles que dans.celles qui se jettent dans l'Océan , à l'est de ce cap.

Le 6, dès que parut le jour, après une courte délibération sur la route qui devait le plus probablement nous conduire au quartier général, nous reparlimes, et en moins de deux heures nous arrivâmes à notre station surles bords duKy-Gariep. Le jour précédent, M. Jansz avait traversé la rivière sur un radeau dirigé par six nageurs hottentots, et avec eux, par suite de l'invitation que nous avions reçue de nos amis les Bosjesmans, s'était rendu à leur kraal, distant d'une douzaine de milles, où ils l’avaient accueillide la manière la plus bienveillante. Le missionnaire aÿait trouvé ce petit village, dont le nom était Karupny, agréablement situé sur la rive du Maap, et contenant prèsque un aussi grand nombre d'habitations que Kilaarwater, toutes bâties avec régularité , toutes disposées avec beaucoup d'ordre. La population parut à M. Jansz devoir en être considérable, quoiqu'il n’y aperçût qu'une quarantaine d'hommes ; car les autres étaient alors répandus dans les plaines environnantes, cherchant du gibier ou des racines sauvages. Mais les femmes et les enfants étaient bien plus nombreux. Les habitants de tout âge et de tout sexe s’élaient attroupés autour d: lui, quelques-uns le priant d'accepter du Jait, tous comme d'habitude demandant à grands cris du tabac. Néanmoius,une vieille, avec un rare désintéressement, iusisla pour qu'il prit une nalte qu'elle lui donnait, disait-elle, uniquement comme un témoignage de son estime; exemple de générosité d'autant plus remarquable, qu'un trait caractéristique de celte nation est de ne jamais rien donner sans exiger en relour une chose équivalente.

Les indigènes de ce kraal lui semblèrent moins sauvages, et beaucoup plus riches que tous ceux qu'il avait jusqu'alors eu occasion de visiter. Ils possédaient

« * une mulliltude de moutons, de chèvres et de vaches, dont pourtant ils convenaient avoir volé une partie à ces Cafres déjà mentionnés , qui avaient fondé un établissement sur les bords du Gariep, et que les Hotlentots de Klaarwater distinguaient par le nom de Z/ood- [ul-Cafers, ou Cafres nus. Ce dernier peuple vit en général, dit-on, dans une continuelle peur des Bosjesmans, que leur insidieuse tactique de guerre et leur activité infatigable dans les expéditions contre leurs ennemis rendent, malgré leur petite taille, des adversaires supérieurs en force aux grands et athléliques Cafres.

Le 12, je fixai au lendemain le jour de mon départ, el me décidai à revenir par une nouvelle route, afin d'explorer un autre côté du pays. M. Jansz consenti sans la moinire difficulté à m'accompagner ; mais les Holtentots de Klaarwater ne se montrèrent nullement disposés à m'être agréables.

Le 43, les uns partirent donc d'un côté, et les autres d'un aulre. Malgré celte dissidence, mon parti compta encore six charriols, dont deux au capitaine qui avait avec lui sa femme et sa famille, un au missionnaire, les deux miens, et le sixième à un Hottentot qui s'était aussi décidé à nous suivre. En tout, tant hommes que femmes et enfants, nous étions une vingtaine. Nous cheminâmes à travers une plaine d'une étendueinfinie, produisant beaucoup d'herbe en quelques endroits. Mais cette herbe, quoiqu’elle fût encore sur pied, était alors aussi sèche que du foin ; et si on y eût misle feu, la conflagration se serait répandue avec la plus grande rapidité sur toute la plaine. En outre, d’innombrabies fourmilières de vastes dimensions en parsemaient la surface. Elles avaient la forme d'un cône obtus, et étaient assez dures, assez solides pour porter le poids d'un homme; mais les roues d'un charriot, j:our peu qu'il soit chargé, les abattent sans peine.

Divers obstacles s'opposant à la continuation de mon voyage dans l'intérieur, je revins au Cap, d'où je repartis bientôt pour Graaf-Reynet, village colonial audelà de Klaarwater. De retour en ce dernier lieu, je fis mes dispositions pour m'avancer dans l'intérieur et pousser mon exploration jusqu'à Lilakou.

Après plusieurs jours de marche à la source de la rivière du Kruman, siluée par 270 22° 25” de lat. nord et par 240 43° 50°” de long. est, à deux milles environ de la priucipale ville des Bachapins, qui, alors comme aujourd'hui, portait le nom de Litakou, le 4°r juillet, nous frañchîimes le Kruman eleéntrâmes dans une vaste plaine qui s'étend jusqu'à cette pelite capitale, où bientôt nous fimes halte, pour nous mettre en rapport avec les indigènes.

Séjour à Litakou.

L'étendue de Litakou dépassait beaucoup l'idée que j'en avais d'abord conçue en la voyant de loin ; car nous marchâmes plus d'un mille dans une direction seplentrionale, par rapport à l'enclos de Malivi, avant d'alteindre la résidence de mon visiteur, et quand nous y fûmes arrivés, nous étions encore à quelque distance des dernières maisons. De l’ouest à l’est, le diamètre de la ville, ou plutôt du terrain sur lequel elle est disséminée , est encore plus considérable.

Dès que nous fûmes entrés dans la barrière qui environnait l'habitation de Krameri, la cour de devant ne Larda guère à être encombrée de voisins qui accoururent tant pour me voir que pour ètre témoins de ce que nous allions faire. Tous paraissaient enchantés que j'eusse bien voulu visiter aussi leur quartier, et le maître du logis était fier de me montrer sa demeure. C'était une des plus grandes maisons de la ville ; et plus que dans loutes les autres le soin, la propreté, le bon ordre y régnaient. Dans la cour de derrière étaient encore deux bâtiments, mais de plus petites dimensions, l’un servant de magasin et l'autre de dortoir pour les domestiques. Toutes ces constructions, comme

aussi la barrière qui lésenvironnait, étaient circulaires. Le propriétaire lui-même et sa famille habitaient la grande maison. L'appartement intérieur, qui constituait le ceutre ou corps principal de l'habitation, avait environ neuf pieds de haut el autant de diamètre, Le toit, recouvert avec de longues herbes, dépassait la muraille de quatre pieds ; et les solives qui le formaient étaient soutenues à cinq pieds d'élévation du sol par des piliers de bois mal équarris, mais dont l'écorce avait été entièrement arrachée. Ces piliers élaient retenus en bas par un petit mur épais de six pouces et soigneusement bâli avec un mélange de sable ou de terre grasse et defiente d'animaux, de sorte qu'il y avait du côté de la facade une espèce de portique sous lequel la famille se tenait généralement assise pendant tout le jour et une partie de la soirée. Trois jeunes filles, qui alors s’y trouvaient, étaient occupées à broyer et à préparer de l'ocre rouge pour s'en peindre le corps. Cettesubstance néanmoinsestprincipalement employée par les hommes. À une des extrémités du portique on avait creusé dans la terre un trou, lequel entouré d’un rebord qui le rendait plus spacieux était destiné à recevoir du feu dans les occasions où la fraîcheur de l'air nécessitait qu'on en allumât. Aucun des trois bâtiments n'avait de fenêtre ni même de trou qui admissent la lumière dans la pièce intérieure ; la porte, large à peine de dix-huit pouces et haute de cinq pieds, était la seule ouverture. La barrière, quiressemblait plutôt à un mur qu'à une haie, ceignait la Lotalité des bâtiments à une distance de. sept piéds, et était ferinée par de gros pieux fichés perpendiculairement dans le sol ‘et fortement altachés ensemble. La cour de devant, dans laquelle nous étions assemblés, était séparée de celle de derrière par une barrière transversale et pareille. Le fond de la maison, qui correspondait au portique, était oceupé par des espèces de si/os larges de trois pieds, profonds de quatre ou cinq, et dépassant la surface du sol de six à douze pouces, où le propriétaire renfermait son grain et ses différentes provisions.

Le 23, dans la matinée, je gravis la chaîne de collines rocailleuses qui borde la partie méridionale de Litakou, afin de dessiner à vue d'œil d'oiseau cette ville tout entière. Je fus accompagné dans ma promenade par Mattivi et plusieurs grands personnages. Quand j'eus trouvé un endroit convenable et qu'ils me virent à l'ouvrage, ils s'assireut aulour de moi et épièrent {ous mes gesles avec une vive curiosité, mais qui, toutefois, au lieu d'indiquer un désir d'apprendre l'art que je pratiquais devant eux, provenailtsimplement de la nouveauté du spectacle,

Lorsque j'eus terminé mon dessin, et que nous reprimes lé chemin de la ville, nous trouvâämes au bas de la colline l’enclos de Serrakulu. Comme nous passions devant la porte de la haie circulaire, au milieu de laquelle il s'était lui-même assis, 1] nous apercçut, se

Jeva , et vint me rappeler que je lui avais promis quel-

ques jours auparavant de lui rendre visite.

Le 24, j'allai rendre visite au scul forgeron qui jusqu’alors s'était établi à Litakou. L'homme à qui mes gens n'hésilaient pas à donner ce litre avait appris ce qu'il savait de son état chez les nations du nord-est; et, quoiqu'il ne fül encore: qu'un commençant, qu'un ouvrier très imparfait, il était néanmoins accablé d'ouvrage ; ses concitoyens lui en donnaient beaucoup plus qu'il n’en pouvait faire, bien qu'il se levât chaquejour avant le soleil et travaillât jusqu au soir.

Je passai encore à Litakou une dizaine de jours qui, sans être marqués par aucun événement très remarquable, me servirent néanmoins à mieux connaître les mœurs ét les usages des habitau's.

Détails sur Litakou. Mœuis et usages,

La ville de Litakou estsituée per 270 6° 44” de latitude sud, et par 240 3927 de I: gitudecst, méridien de Greenwich. Elle est distante de la ville du Cap d'en-

viron neuf cent soixante-douze milles par la route qui suit la direction du nord-est. La côte dela mer qui en est la plus voisine est, d’après les cartes les plus récentes, celle qui a nom : Côte de Natal, et qui s'étend du côté oriental de l'Afrique. Cette distance , si on Ja parcouraitréellement, ne serailsans doute pas moindre de sept cent milles, puisque la baie’ Algoa, partie de la mer la moins éloignée du côté méridional, se trouve elle-même à sept cent cinquante milles de marche, L'embouchure du Gariep, qui est le point le plus rap-

roché de Litakou sur la côte occidentale, paraîl équint avec la baie Algoa.

La capitale des Bachapins n’a pointtoujours occupé l'emplacement qu'elle occupe aujourd’hui. Elle a trois ou quatre fois changé de position , de sorte qu’on ne sait trop si le peuple qui l'habite doit être regardé comme une tribu errante, ou comme une nation qui s'est définilivement fixée. Cependant, à voir le soin avec lequel sont construites leurs habitations, on incline à penser que les Bachapins se tiennent encore sur la ligne de démarcation qui sépare le vie agricole ou stalionnaire de la vie nomade. La ville actuelle a du sud au nord plus d'un mille et demi de longueur, et deux milles de l’est à l'ouest. Elle a été bâtie sans aucune régularité; aussi ne peut-on y distinguer ni rues ni places. Chaque individu a primilivement établi sa demeure où bon lui a semblé; mais, aujourd'hui, lorsqu'un Bachapin qui résidait à une autre station vient fixer sa résidence dans la ville, il est obligé de prévenir le chef du lieu qu'il a choisi ; et ce dernier s’y transporie avec son conseil, l’examine, en approuve le choix, ou commande au nouveau venu d'aller s'établir ailleurs dans un quartier qu'il lui désigne. Une permission du même genre est nécessaire avant qu'aucune personne prenue possession d'une source, et fasse usage des prairies quil'environnent ; mais, aussilongtemps qu'il plaît ensuite à l'occupant d'y demeurer, jamais on ne vient lui chercher querelle ou lui disputer son droit, et, pour jouir à perpétuité d'un telprivilége, il n’a besoin que de solliciter d’abord l'autorisation de la jouissance. Le nombre des habitations de Litakou peut s'élever à huit cents, et celui des habitants à cinq mille.

Les principaux personnages sont toujours enterrés dans des enclos servant de lieu de réunion, ou dans les parcs à bestiaux. Les autres habitants ont en général coutume de donner la sépulture à leurs morts en dehors de la ville ; mais j'avoue que je ne saurais rien dire de leurs cérémonies funèbres, au cas où ils en observent, car je n'ai jamais eu, par un hasard singulier, l’occasion d'assister à un de leurs enterrements. D'autre part, il est certain que les Bachapins sont jaloux de cacher aux yeux de tous les places où ils confient à Ja terre les restes de leurs parents et de leurs amis, ou que du moins ils ne désirent nullement perpétuer ici-bas le souvenir des personnes qui leur ont été chères, en plaçant sur leur tombe quelque signe extérieur, puisque je n'ai nulle part aperçu rien de semblable. Au contraire, j'ai plus d’une fois entendu dire qu’ils abandonnent souvent les cadavres au milieu des plaines, afin que les hyènes et les vautours puissent les y dévorer.

Comme les pâturages qui environnent immédiatement la ville ne sont pas assez vastes pour nourrir tous les bestiaux qui appartiennent aux habitants, ceuxci n’en conservent près d'eux que le nombre strictement nécessaire à leurs besoins ; les autres sont envoyés à plus ou moins de distance et confiés aux soins, tantôt de serviteurs et de bergers, tantôt des plus jeunes membres de la famille qui, une ou deux fois par semaine, selon l'éloignement de la ville, apportent le lait à leurs maîtres ou à leurs parents. Ce lait, contenu pendant plusieurs jours dans des sacs de cuir, y change bientôt de nature, et quand il arrive à sa destination il est ordinairement devenu ce qu'on appelle caillé. Souvent aussi le remuement qu'il reçoit dans le cours du voyage produit dans les sacs de petits grumeaux de

beurre ; et c'est le seul moyen qu'ils connaissent de fabriquer cette substance. Les seuls bestiaux qui restent aux environs de la ville sont quelques vaches destinées à fournir du lait doux aux personnes qui le préfèrent, quelques bœufs de somme, et quelques chèyres.

Les Bachapins possédaient peu de moutons. Ils possédait des chiens, mais de petile taille, et qui ne paraissent doués d'aucune qualité précieuse. Ces animaux sont en général maigres et décharnés, car leurs maîtres mangent eux-mêmes les intestins qu'ils devraient leur abandonner pour nourriture. Les pauvres bêtes ne mangent jamais au-delà de ce qui est strietement indispensable pour qu’elles ne meurent pas de faim, car on ne leur donne que des os, et encore que la partie des os trop dure pour êlre rongée par les naturels. L’hydrophobie est tout-à-fait inconnue, non-seulement dans ces régions, mais aussi dans toute la partie la plus méridionale de l'Afrique. Même dans la colonie du Cap, ce mal affreux est si rare que je n'ai pas oui dire qu’il s'y fût manifesté une seule fois pendant mes cinq années de séjour dans cette division du globe Les Bachapins n’ont à la leltre aucun cheval; etilen est de même des autres nations Bichuana, ainsi que des Bosjesmans, et je crois, detoute la race hottentole, à l'exception des Hottentots proprement dits. Ils ne connaissent non plus ni le chat ni aucun autre animal domestique, et ne se doutent pas qu'on puisse élever des volailles, dompter des bêtes féroces ou apprivoiser des oiseaux.

Il est inutile de parler ici en détail du climat de Litakou, car il ne diffère de celui de Klaarwater que par une élévation un peu plus grande de la température. Durant les trois mois de juillet, d'août et de septembre, que j'ai passés, soit dans la ville, soit dans la contrée qui l'environne sur un rayon de vingt-cinq milles, le thermomètre de Fahreuheit s’est toujours maintenu entre 69 et 77°. L'air quoique très chaud en été, et souvent très froid en hiver, doit être néanmoins regardé comme extrêmement salubre, puisque je n'ai jamais entendu les habitants se plaindre d'aucune maladie régnante qu'on pût lui attribuer. En effet, la sécheresse de l'atmosphère pendant la plus grande partie del’année, la nature dela contrée qui est plate, nue et découverte, enfin l'aridité générale du sol, tout concourt à éloigner les maux auxquels sont sujets les pays d'un genre opposé. La vue aux alentours de Litakou se promène en général sur une région où le pinceau ne trouverait à reproduire sur la toile presque rien de ce que les artistes d'Europe entendent par le mot pittoresque. Cette région a cependant des beautés qui lui sont propres, mais qui proviennent plutôt des effets de l'optique que de la richesse du paysage et de la conformation romantique des lieux.

Dès que commence la saison pluvieuse, la terre dans le voisinage de la ville est aussitôt convertie en de nombreuses plantations de blés, de fèveset de melons d'eau, qui de même que les constructions de tout genre ne sont l'ouvrage que de mains féminines. Mais, sauf les champs en culture et les habitations, aucune trace de travail humain n'est visible dans aucune partie de la contrée ; aucune route, aucun sentier, sauf ceux que les allées et les venues ont frayés par hasard, ne se rencontrent ni dans la ville ni dans les alentours : l'industrie des habitants ne dépasse jamais la palissade qui environne leur ‘lemeure.…..

Les Bachapins ne formeut eux-mêmes qu'une des plus petites tribus de la nombreuse nation qui porte le nom de Bichuana.… Les auires tribus principales, s’il en faut croire le peuple qui habite Litakou, sont: à l'est de cette ville, les Tammakas on Batammakas, que les Hotteutots de Klaarwater appellent Aoode-Kaffers, c'est-à-dire Ca/res-Rouges ; leurs demeures ressemblent beaucoup, dit-on, à celles des Koras, et leur capitale est fort peu considérable : plus à l’est, les Kojas ou Lukojas, qui sont peu connus: au nord-est, les

BURCHELL. 29 ue en in nes

Barolongs qui forment deux peuplades séparées ; la plus voisine est celle des Marruwannas qui stationnent sur la rivière Molappo ou Maloppo, et la plus éloignée celle des Maïbus : les Nuakketsies dont la ville, plus grande que Litakou, est située sur une montagne, et dont la contrée produit du cuivre qu'ils manufacturent: les Morutzies, dans une direction plus orientale que les précédents : au-delà des Morutzies, coule une vaste rivière qui vient du sud-est, et qui probablement décharge ses eaux dans la baie Delagoa ; elle porte le nom de Makatta, et la tribu qui demeure de l’autre côlé celui de Bakakattas : les Makwiin ou Bamakwiin forment une nombreuse tribu, la plus septentrionale dont j'aie pu obtenir connaissance, el se livrent à quelques arts qui annoncent plus de civilisation. Les Karrikarris ou Bakarrikarris résident à l’est de ces derniers, mais à une énorme distance, et au nord-ouest de Litakou : enfin les Bamuchars et les Mokarraquas habitent la ville de Patani et la contrée voisine à l'ouest.

Chez les Bachapins, dont il va être ci-après exclusivement question, le titre et l'autorité de chef se transmettent par héritage du père au fils aîné. Les frères et autres parents de celui-ci participent plus ou moins à son autorité, mais ne paraissent jamais chercher à entraver l'exercice de son pouvoir absolu. Ce pouvoir est tempéré, toutefois, et en quelque sorte dirigé par les opinions des printipaux personnages de la tribu, que le chef rassemble souvent pour leur demander conseil ; mais les naturels m'ont donné à entendre que lors même qu'il est exercé sans contrôle on y obéit encore sans hésitation. Ainsi, quand un événement imprévu nécessite qu'une armée se mette en campagne, le chef ordonne aux habitants de prendre les armes ; et aussitôt, tous les hommes , ou ceux du moins qu'il a désignés, sont prêts à partir et à exécuter les ordres quelconques qu'il leur donne. Il n’y a pas, m'a-t-on assuré, mémoire d'un seul acte de désobéissance.

D'ailleurs les Bachapins ignorent complétement ce que c’est qu'un régiment, qu'un corps d'hommes s’exerçant au seul métier des armes, qu’une armée permanente. Chaque individu mâle de la nation est accoutumé dès sa jeunesse à se servir de la hassagay, et il ne quitte jamais sa demeure sans prendre à la main une ou plusieurs armes de cette espèce. C’est une habitude que le genre de vie d'un Bichuana rend doublement nécessaire, d'abord pour sa défense personnelle contre les maraudeurs d’une tribu hostile, ensuite pour être à même d'envoyer la mort au gibier que le hasard peut amener sur son passage. Chaque homme est donc d'autant plus soldat, que toute la nation est également prête à la guerre, également instruite des moyens de la faire. Parmi eux la guerre consiste plutêt à surprendre traîtreusement l'ennemi et à lui voler ses bestiaux, qu'à descendre courageusement dans Ia plaine et à livrer un combat régulier. Mais si de ces misérables exploits il ne résulte pour les batailleurs ni honneur ni gloire, dans le sens que les Européens donnent à ces mots, des ruisseaux de sang humain ne teignent jamais non plus leur champ de bataille ; et, dans leur iumilité, ils se vantent autant d'avoir tué dix hommes en une seule rencontre, que des nations civilisées d’en avoir exterminé six mille. D'autre part, cependant, ils regardent comme un honneur insigne de ravir le jour à un ennemi dans de telles expéditions, par quelque moyen qu'ils y parviennent ; et, comme témoignage d'une pareille action, il leur est permis de se faire sur la cuisse une longue cicatrice qu'ils rendent indélébile et bleuâtre, en frottant la blessure lorsqu'elle est fraiche avec des cendres de bois. J'ai souvent vu des Bachapins qui avaient des cicatrices de ce genre, et quelquefoisj'en aicompté jusqu'à six sur la cuisse d'un même individu. Mais, en somme, c’est plutôt encore à emmener d'immenses troupeaux qu'ils songent, qu’à massacrer un grand nombre de leurs adversaires. En de certaines occasions aussi, ils ramènent quelques captifs qu'ils gardent ensuite près d'eux comme serviteurs ; et

comme ceux-ci la plupart du temps sont aussi bien traités que les Bachapins de la classe. inférieure, et que peut-être ils le seraient s'ils étaient restés dans leur pays, ils ne saisissent que rarement, m'a-t-on dit, l’occasion de s'enfuir pour y retourner. Je n'ai jamais vu qu'aucun signe extérieur les distinguât des autres habitants ; et puisque leurs maîtres ne les vendent pas, mais sont toujours prêts à leur rendre la liberté, moyennant une légère rançon, ils ne doivent être regardés,ce me semble, que comme prisonniers de guerre, non comme esclaves.

Le seul commerce auquel se livrent les Bachapins est, par suite des nombreux éléphants qui fréquentent leur pays, celui de l’ivoire.

En ce qui concerne leur législation, certaines coutumes sanclionnées par le temps paraissent avoir chez eux force de lois; mais ma résidence à Litakou a duré trop peu, et ma connaissance de la langue était trop imparfaite pour que je puisse dire précisément en quoi consistent ces coutumes. J'ai toutefois reconnu que la nation était divisée en deux classes, l’une riche et l'autre pauvre, l’une composée degens qui font métier de servir, et l’autre d'individus qui, se faisant servir par les premiers, ne leur donnent pour tout salaire qu'une petite quantité de nourriture, et les obligent, pour ne pas mourir de faim, à chasser ou à chercher des racines sauvages. Ce qu'il y a de pire, c'est que les pauvres, et si j'en juge par les apparences, ils sont nombreux, resteront toujours pauvres ; car les riches ne leur fournissent jamais les moyens de s'enrichir à leur tour. Les Bachapins de la classe du peuple qui ne veulent pas avoir de maître, ou qui n’en peuvent trouver un, sont d'une maigreur effrayante ; car jamais leurs compatriotes plus fortunés ne viennent à leur secours, bien différents en cela des Hottentols qui tous se montrent les uns envers les autres charitables et hospitaliers.

Lorsqu'un crime n'est pas de nature capitale, le chef et ses représentants, à moins qu'ils n'en souffrent eux-mêmes, ne sont jamais bien empressés d'en connaître ; ou bien, s'ils jugent convenable d'intervenir, c'est pour ramener autant que possible la bonne intelligence entre l'offenseur et l’offensé. Mattivi, par exemple, m'a souvent répété qu'il lui répugnait toujours de condamner un de ses sujets à une peine sévère. Si cependant le délit semble aux juges avoir trop de gravité, la justice a son cours ordinaire, et alors elle est souvent d’une exirême sévérité. C’est ainsi que trois semaines avant mon arrivée à Litakou, un homme pour avoir tué ensecretun des bœufs du chef avait été jugé digne de mort et impitoyablement exécuté. Voici de quelle manière l'exécution avait eu lieu ; car, si barbare qu'elle soit, les naturels n’en faisaient pas mystère : le criminel qui avait pris la fuite avait été rattrapé, ramené en ville; et là, renfermé dans sa propre maison à laquelle on avait mis le feu, une troupe d'hommes armés, crainte qu'il ne s'échappät, s'était tenue à l'entour jusqu à ce que le bâtiment et ce pauvre diable fussent ensemble devenus la proie des flammes. Quant au mode du gouvernement, on peut dire qu'il est palriarcal, puisque le chef de la communauté ne se distingue par aucune marque extérieure des simples ciloyens, et que ceux-ci peuvent toujours l'approcher comme un égal.

La superstition des Bachapins, car elle ne mérite pas le nom de religion, est de l'espèce la plus absurde, et dénote bien le triste élat-de leur intelligence ; ils n'ont aucun culte apparent, aucun genre de dévotion, aucune idée fixe d’une divinité suprème et bienfaisante, ni d'un grand et premier créateur de toutes choses. Ceux que j'interrogeai m'assurèrent que le monde s'était créé lui-même, et que les arbres, les plantes, poussaient parce qu'il leur plaisait de pousser. Quoiqu'ils n’adorent pas de Dieu bon, ils en craignent un mauvais qu'ils nomment Mulümo, c'est-à-dire Diable, d’après la traduction de mon interprète, el sont prêts à expliquer par l'intervention de sa funeste puissance

tout ce qui leur arrive contrairement à leurs désirs. Le principal objet de-leur superstition semble donc êlre ce méchant esprit, et ils se figurent pouvoir, par les plus ridicules cérémonies, par de puériles précautions, non-seulement préserver leurs personnes el leurs affaires de son influènce, mais encore la diriger contre celle de leurs ennemis. C’est ainsi qu'ils portent à leur cou des amulettes de différentes sortes. Puis, la plupart de leurs stupides pratiques ont rapport à leurs champs de blé : ils imaginent qu’elles peuvent leur faire obtenir une abondante moisson, et même sont indispensables pour déterminer la pluie à tomber en quantité suffisante. Pendant que le grain pousse ou qu'il est encore sur la terre bien que coupé, il est expressément défendu, par une loi que personne ne songe à enfreindre, de tuer certains animaux , et le commerce de l'ivoire est également prohibé. La foi aux présages bons et mauvais est aussi, par une conséquence loute naturelle, une de leurs folies ; tandis que la sorcellerie forme l'article principal de leur croyance ; mais, chose assez bizarre, il n'y a chez eux que des sorciers ; les femmes ne leur semblent pas aptes à être sorcières.

Si maintenant nous examinons la moralité des Bachapins nous trouverons que, malgré leur état de dé: gradation, ils possèdent cependant quelques vertus, et que sous plusieurs rapports ils peuvent servir d'exemples à des peuples civilisés. Par exemple, ils vivent les uns avec les autres en parfaite sociélé. Pendant toute la durée de mon séjour dans leur ville et de mes voyages à travers leur contrée, je n'ai jamais vu deux hommes se quereller ouvertement, jamais entendu l'un adresser des injures à l'autre, ni rencontré personne de cette tribu en élat d'ivresse par suile de boisson. Tous possèdent un caractère parfaitement égal, c'est-à-dire un émpire admirable sur leurs passions. J'ai rarement observé chez eux d'autre expression de déplaisir qu'un changement de visage, qu'un ton de voix plus bas, qu'un air plus réfléchi ; de sorte que si je m'en rapportais à mes seules observations, je serais tenté de conclure qu'ils ne s’'abandonnent en aucune occasion à des aceès de violente colère. Hs possèdent en outre un grand fonds de sensibilité, et sont toujours prêts à rendre personnellement service. Dans le premier cas, c’est, j'imagine, l'expression naïve de leurs sentiments ; mais je ne puis assurer que dans le secours ils cèdent en eflet à une impulsion de désintéressement. ,

Leurs femmes me paraissent avoir droit à toute sorte d'éloges pour leur modestie exemplaire et leur conduite irréprochable. Elles sont, dit-on, presque généralement fidèles à leurs maris ; et pour qu'elles leur soient aussi obéissantes, les hommes ont pris la sage précaution d'établir une loi qui permet à l'époux de mettre sa compagne à mort pour cerlains crimes, et même pour la simple offense d'avoir levé la main sur lui, s'il veut se donner la peine de déclarer qu'elle l’a fait avec une intention de meurtre ; tandis qu’il jouit en même temps pour sa part du privilége de com mettre avee impunité des délits semblables. Mais aucun mari, à ma connaissance, n'usa jamais de loute la rigueur de sa prérogative. 4

Les Bacliapins ne connaissent pas de plaisir plus graud que celui de causer; aussi passent-ils en conversalion la majeure partie de leur temps. Ils se rencontrent rarement les uns les autres sans s'arrêter à babiller ; et lorsqu'ils voyagent dans leur pays, ils se détournent souvent de leur route, à une distance considérable, pour aller demander des nouvelles à un de leurscompatriotes ou lui en apprendre. Quand ils écoutent quelqu'un raconter ce qu'il a vu ou fait, ils se tiennentimmobiles près de lui sans jamais l'interrompre, si ce n'est pour approuver sa narralion en laissant par intervalle je mot oi lomber de leurs lèvres ou en répétant de temps à autre les deux ou trois derniers mots d'une phrase. C'est une manière naturelle de montrer poliment qu'on prête à la personne qui parlé ün degré convenable d'attention.

Les hommes de ectte tribu sont actifs, et, quand l'aecasion l'exige, se soumettent courageusement aux fatigues d'une longue marche. Beaucoup s'en faut qu'ils soient paresseux, quoiqu'ils aient pourtant dévolu aux femmes plusieurs des travaux les plus rudes ; mais ils ont gardé pour eux-mêmes taus ceux qui nécessi+ tent le plus d'activité. Le mérite d’un homme s’estime principalement d'après l'étendue des occupations auxquelles il se livre; on ne peut faire de lui un plus grand éloge qu’en disant que c'est un homme qui s'occupe, Celui au contraire que l'on voit rarement chasser, préparer des peaux pour vêlements, on coudre des kobos, passe pour un membre indigne de la société. Dèssa plus tendre enfance, chaque individu sansaucune exception est habitué à tous les travaux dont il convient qu'un naturel du pays sache s'acquitter, Ainsi le soin de mener les troupeaux paître est toujours confié aux jeunes garcons sous la surveillance de quelques bergers plus vieux. L'obéissance filiale est rigoureusement exigée par les pères : et ceux-ci, m'a-t-on dit, plutôt que de laisser leur fils leur manquer, n'hésitent jamais à recourir au bâton.

Les Bachapins'évilent avec un soin extrême de rece. voir la pluie, car.elle détériore le cuir de leurs mant@#aux, et leur donne un surcroît de peine en les obligeant à les frotter sans cesse pendant qu'il sèche pour qu'il ne durcisse pas. Si ardemment qu'ils désirent et souhaitent l'eau du cie} tandis que leur blé pousse, ilssemblentéprouverunerépugnance naturelle à être eux-mêmes mouillés, La sensation que leur causent les gouttes de pluie lorsqu'elles tombent sur leurs peaux est, prétendent-ils, horriblement désagréable, et provient sans doule de la continuelle irritation de leur système nerveux sur laquelle influe considérablement l'excessive aridité de l'atmosphère du pays.

Considérés en général, les Bachapins sont une race d'hommes timides ; mais au manque de courage ils suppléent par la ruse. Il serait injuste cependant de leur faire une répulation de traîtres et de perfides. Tout ce qu'on leur peut reproch:r, e’'est d'employer l'astuce et la mauvaise foi pour parvenir à leurs fins parliculières, Quant à la véritable bravoure, on peut sans crainte de calomuie dire qu'elle est totalement inconnue dans la contrée, et que sans doute Ja tribu entière fuirait avec précipitation devant une poignée de gens intrépides et résolus; ou si elle osait tenter une attaque contre eux, ce ne pourrait être que de nuit et à la faveur d'üine embuscade, Si erroné, si partial que soit leur jugement sur divers sujels, on doit admirer la candeur naïve avec laquelle ils avouent que les blanes leur sont infiniment supérieurs, nonseulement sous le rapport des arts et des usages, mais encore sous celui de la capacité intellectuelle. A vrai dire, leur intelligence pour certaines choses est fort bornée. Par exemple ils ne peuvent compter verbale ment au-delà de dix, ou du moins n'essaient jamais de le faire, Tout nombre supérieur à celui-là ils le désignent par un seul et même mot, éntsintsi; et quand il s'agit d'une quantité extraordinairement grande, par celui de intsin(si-lisum , c'est-à-dire une multitude de fois dix, Ont-ils à dénombrer un vaste troupeau ? ils divisent en dizaines les bêtes qui le composent, el ainsi parviennent avec assez d'exactitude au but qu'ils se sont proposé. Mais quand ils veulent simplement s'assurer si un troupeau qu'ils connaissent est au complet, ils n'ont pas besoin de recourir au système de Ja puméralion : telle est la merveilluese étendue de leur mémoire que, disent-ils, pour vérifier qu'aucun animal ne manque, ils s'en remettent uniquement à Ja connaissance qu'ils ont des couleurs, des signes particuliers, de la taille et de la mine de chaque animal,

Les Bachapins sont des hommes bien faits, et généralement hauts de six pieds. Quoiqu'ils aient l'air robuste, ils ont cependant moins de vigueur musculaire que les Européens. Comme ils voyagent toujours à pied et qu'ils augmentent ainsi la force des muscles qui servent à marcher, ils sont capables d'accomplir

de très longues courses avec comparativement peu de fatigue. Par la même raison , ils acquièrent au moyen d'un exercice constant la puissance de lancer la hassagay à une assez grande distance. Les femmes , dont l'extérieur diffère tout-à fait de celui des hommes, ne se distinguent ni par l'élégance de leurs proportions ni par la beauté de leurs formes. Outre leur grande infériorité en taille, la mode grotesque de leurs vêtements, à l'exception du kobo, ajoute encore à leur tournure lourde et épaisse; celles en particulier qui sont plus petites ressemblent totalement à un paquet de peaux. Elles portent d'ailleurs le même costume que les Hottentotes ; seulement leurs jambes, du pied à la cheville, sont d'ordinaire recouvertes de grosses bandes de cuir, non par manière d'ornement, car ainsi ornées elles paraissent encore plus disgracieuses, mais pour qu'ellessoient garanties des buissons épineux et des inconvénients de pareil genre qui se rencontrent à chaque pas dans les plaines autour de Litakou. Ces femmes m'ont paru posséder un grand fonds de douceur et de bonté naturelles. Dans leur jeunesse elles sont vives et gaies ; mais à mesure qu'elles avancent en âge, les laborieux devoirs de leur état et la complète soumission à laquelle il les condamne les rendent plus calmes el plus soucieuses. En somme , il n’exisle pas de différence notoire entre leur caractère général etcelui u’on trouve communément chez la partie féminine es autres nations ; ici, comme dans les contrées qui ont subi l'influence de la civilisation, elles ont un naturel plus doux que l’autre sexe, un penchant plus marqué aux occupalions domestiques, et une tendresse plus affectueuse pour leurs enfants.

Il est rare de voir en public des hommes et des femmes faire compagnie. Le genre de leurs travaux est tout-à-fait différent. Les hommes chassent, combattent ou pillent, préparent des peaux, cousent des Yêlements, même ceux des femines ; fabriquent divers oulils, tels. que haches et couteaux ; traient les vaches, mènent paître les bestiaux; enfin exéecutent tous les ouvrages pour lesquels le secours des bœufs est nécessaire. Les femmes, de leur côté, bâtissent les maisons, plantent et récolteut le grain, vont chercher l'eau et le Pois, et apprêtent les aliments. En aucune circonstance les hommes n’aident les femmes, lors même qu'il s’agit de la besogne la plus rude. II ne faut cependant pas conclure de ces remarques qu'il n'existe entre eux aucune affection mutuelle; celte conclusion est Lrop peu naturelle pour être vraie, mais l'attachement des époux l’un envers l'autre m'a semblé ne pas ayoir celte délicatesse qui en fait le charme principal. Ainsi ne s'étonnera-l-on pas que la plupart des ma- .riages aient lieu sans que les inclinations de la future soient le moins du monde consultées. Le plus souveut les jeunes filles sont promises dès leur enfance. C'est une espèce de marché que le prétendant fait avec le

père et la mère, auxquels il en paie le prix. L’époux

achète réellement sa femme, et par cette raison il la considère en général comme une servante qu'il a prise pour bâtir sa maison et préparer sa nourriture. Il y a donc peu de différence entre une pareille épouse et une simple esclave. Quand même une fille parvient à l'âge nubile ayant qu'un mari se présente pour elle, ses parents ont encore le droit de la vendre. C'est un prix que l'on regarde comme élevé que dix bœufs pour une femme. Mais le cours ordinaire de cette marchandise, vu la pauvreté du plus grand nombre des Bachapins, se maintient au-dessous de cinq bœufs; et comme il est peu d'individus de la classe inférieure possédant plus que le manteau qui les couvre, une compagne serait trop chère pour eux si elle leur coûtait seulement une chèvre. D'après les renseignements que j'ai recueillis à cet égard, il n'y a dans toute la tribu qu'une douzaine de célibataires ; circonstance assez bi- Zarre, mais qui ne doit paraître telle qu'aux gens qui ont élé élevés dans un pays civilisé où l'état artificiel de la société rend le mariage une affaire de tête plutôt que de cœur, et où les calculs de la prudence empê-

chent souvent tout-à-fait qu'on se marie, Du reste , je ne sache pas que les mariages de celte tribu soient accompagnés d'aucune cérémonie spéciale.

Les Bachapines qui sont de race pure ne peuvent passer pour belles; tout ce qu'on peut dire à leur avanlage, c'est que dans leur jeunesse elles n'ont pas les traits déplaisants. Celles d'origine Kora peuvent à la rigueur être quelquefois trouvées passablement jolies, et dans un âge plus avancé conservent souvent une meilleure mine que les autres. Le nombre des Bachapins qui prennent leurs femmes chez les Koras est assez considérable. Ce semble êlre la coutume dominante parmi les gens assez riches pour les payer; tandis qu'en même temps les pères et mères Koras préfèrent des maris étrangers pour leurs filles, parce que les Bachapins les leur paient dix bœufs, ce qui est plus qu’elles n’en peuvent trouver parmi leurs compatriotes. D'autre part, les Koras, comme pour conlre-balancer celte irrégularité, font des choix aussi peu patriotiques et viennent souyent chercher leurs compagnes chez les Bachapins.

La coquetterie existe à Litakou aussi bien -qu'ailleurs ; elle y suit les mêmes règles générales que dans les antres contrées , et d'ordinaire elle y est d'autant plus ou moins grande chez les femmes, que chacune d'elles a élé moins bien partagée du côté des avantages physiques. Je me suis souvent amusé des différents effets produils par mon miroir sur une troupe de jeunes dames. Celles qui étaient jolies restaient quelque temps à se considérer le sourire sur les lèvres, tandis que celles qui avaient été moins favorisées de la nature détournaient la tête dès le premier coup d'œil et ne

ouvaient empêcher que leur physionomie ne trahît

eur désappointement. Mais toutes ressentent cet amour

général de la parure, qui non-seulement est nalurel à leur sexe, mais dont l'absence totale, plus spécialement chez les jeunes, peut même être regardé comme l'indice d’une infraction à la règle commune. Quelquefois, lorsqu'elles veulent rendre leurs charmes plus altrayants, elles s'étendent sur les joues, le front, ou le nez, des plaques d’ocre rouge mêlées de graisse. En outre elles portent des pendants d'oreilles, des bracelets, des colliers, et toutes les espèces d’ornements qu'elles peuvent fabriquer avec des grains de verre, de porcelaine ou de métal.

L'habillement ordinaire des hommes ne se compose que de trois parties, de quatre au plus. Les trois premières sont : un manteau, un jackal, et des sandales ; la quatrième, d'un usage assez rare, est un bonnet de fourrure ou de cuir, lequel serre étroitement la tête, Comme parure, les gens riches se surchargent les bras, le cou, la tête et les jambes de bracelets en ivoire, en métal ou en cordes tressées; de colliers dans tous les genres, d'os et de queues d'animaux, enfin de boutons que d’ailleurs ils n'emploient jamais pour attacher leurs vêtements. Les naturels de la tribu en général, Jorsqu'ils ne sont pas armés, tiennent à la main une espèce de canne longue de cinq pieds, et qui a même grosseur qu'une hassagay, mais ils ne s'en servent jamais pour se soutenir ni pour s'aider à marcher. D'ordinaire aussi, on voit suspendus à leur cou un couteau à gaine, un pelit sac dans lequel ils enferment leur tabac, un sifflet d'ivoire ou de bois, el une grande aiguille qu'on

ourrait appeler une alène, car j'ai déjà dit qu aux

ommes seuls appartenait le privilége de coudre, La vraie couleur de leur peau qui est noire, quoique beaucoup plus claire que celle des nègres de Guinée, est habituellement recouverte d'une couche si épaisse d'ocre rouge et de sibilo, qu'il est fort rare de voir au naturel le teint d'un Bachapin. Dans les temps chauds ils portent quelquefois une ombrelle faite de plumes d'autruche, fixées autour d’un petit morceau circulaire de cuir fort dur, et à travers lequel passe un long bâton qui forme le manche. Les courtes plumes noires qui garnissent les ailes et le COrps du même oiseau s'emploient à un usage bien différent, quoique non moins utile. On en revêt sur une longueur de trois pieds

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environ une perche haule de six, laquelle rend souvent aux indigènes un important service lorsqu'ils chassent ou qu'ils attaquent lesanimaux sauvages les plus grands et les plus féroces. Si un de ces animaux, parce qu'ils se seront trop approchés de lui, s'élance tout d'un coup contre eux, leur seule chance de salut est de planter en terre la perche en question et de prendre la fuite. Comme cet appareil se porte toujours de manière à être fort visible, la bête en la voyant debout devant elle s'imagine que c’est l'homme lui-même et l'accable de toute sa fureur. Par ce stratagème le chasseur a le loisir ou de gagner un lieu sûr ou d'attendre que ses compagnons le rejoignent.

L'aridité de l'atmosphère, jointe à un régime simple et frugal, fait que la liste des maladies auxquelles sont sujets les Bachapins est extrêmement courte. La petite vérole, je crois l'avoir déjà remarqué, a une ou deux fois fait invasion dans le pays; mais je n'ai jamais vu chez eux le moindre symptôme d’éléphantiasis ni d'aucune autre variété de lèpre, bien que d'indubitables preuves de ces terribles maladies puissent être observées parmi toutes les tribus plus méridionales. Ils sont à vrai dire quelquefois visités par l'ophthalmie; mais un seul cas de cécité s’est offert à mes observations, et je n'ai nulle part rencontré de boiteux ni de gens difformes. On trouve dans leur nombre des hommes qui professent l'art de guérir, mais je n’ai pas eu l'occasion de vérifier s'ils possédaient réellement aucune connaissance médicale, car toutes les réponses qu'il m'a été possible d'obtenir aux différentes questions que je leur ai plusieurs fois adressées sur ce sujet n’ont servi qu'à me démontrer que la médecine était chez eux presque au niveau de la religion. Leurs médecins semblent avoir plus de confiance dans des charmes et des amulettes que dans la vertu d'aucune drogue; et les plantes que l'on m'a indiquées comme médicinales sont d'ordinaire, d'après les renseignements que j'ai recueillis, employées de telle sorte que leur efficacité, si elles n'en sont pas tout-à-fail dépourvues, peut à peine être mise en action. Ils ont cependant quelques règles, qui, quoique maintenant suivies comme coutumes, ont sans doute été adoptées jadis par de plus habiles observateurs. Ainsi, leur mode d'arrêter les progrès du poison dans les blessures qui proviennent des flèches des Bosjesmans n'est pas déraisonnable, quoique passablement grossier. Ce mode consiste à scarifier les chairs qui entourent la blessure par de longues et profondes entailles. Or, évidemment, et soit qu'ils le sachent, soit qu'ils l'ignorent, en coupant les veines qui passent à l'endroit de la plaie ils interceptent la circulation du sang à travers celte partie du corps, et empêchent le poison de s'étendre. Il est probable qu'ils coupent aussi les chairs immédiatement en\ironnantes; mais ce n’est qu'une supposition. Dans tous les cas, une telle méthode ne peut être employée avec succès que si Ja flèche n’a pu pénétrer très avant. D'ailleurs, ni les Bichuanas, ni les Bosjesmans, n'empoisonnent leurs hassagays : aussi les blessures faites par ces armes se guérissent-elles par la simple application d'un onguent composé de graisse et de charbon en poudre.

L'agriculture des Bachapins est on ne peut plus simple, et confiée exclusivement, comme j'en ai déjà fait la remarque, aux soins des femmes. Pour disposer la terre à recevoir Ja semence, elles la remuent à une profondeur d'environ quatre pouces avec une sorte de

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