‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 168 sur 179 · APERÇU GÉOGRAPHIQUE OU PHYSIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU GÉOGRAPHIQUE OU PHYSIQUE

F L'Egypte est siluée par 240 — 320 lat. N., el 280 — 340 long. E. Elle est bornée, au nord, par la Méditerranée, sur laquelle elle développe une ligne littorale de 70 lieues, à l'ouest, par les monts libyques; à l'est, par les monts arabiques et la mer Rouge; et au sud, par la Nubie., L'Egyple n'est, à proprement parler, qu'une étroite vallée dont le Nil est l'artère, et qui suit toutes les sinuosités du fleuve. Les deux chaînes des monts libyques et des monts arabiques étreignent celte vallée dans loute sa longueur jusqu’à la hauteur du Caire, où, cessant d'être parallèles, elles s’éloignent l'une de l'autre et se dirigent, l’une vers le nord-est, l'autre vers le nord-ouest, et vont, celle-ci finir à la Méditerranée, et celle-là joindre les monts de l'Arabie-Pétrée et de la Syrie au point où aboutissent l'isthme et le golfe de Suez.

Ainsi bornée, l'Egypte a environ 220 lieues de longueur du nord au sud, et 420 dans sa plus grande largeur. Sa superficie est de 1,700 lieues carrées, dont 245 pour la haute, 255 pour la moyenne, et le reste

(1) Je ne mourrai pas tout entier, Horace, liv. 111, ode xxx,

pour la basse Egypte. Il y a environ 1,000 lieues carrées de terres cultivables.

En général, les vallées qu'arrasent les grands fleuves ont une sorte de lit ou berceau dans le fond duquel s’écoulent les ondes; le contraire existe en Egypte, c'est-à-dire que les rives du Nil sont plus élevées que le reste du sol, qui descend en une pente appréciable, dit M. Clot-Bey, à mesure que l'on s'éloigne du Nil. Celte disposition du terrain permet au fleuve de s'étendre facilement au moment qu'il déborde, et de couvrir tout le pays cultivé.

La nature, dit l’auteur, semble avoir placé les montagnes qui longent l'Egypte pour la garantir de l'envahissement des sables des déserts qui s'étendent à l'ouest. Les montagnes de l'est sont plus rapprochées du fleuve, et même souvent elles en forment les rives. C'est dans cette chaîne que se trouve le Mokatlam, dans le voisinage du Caire: La chaîne libyque est généralement plus basse que l'arabique. A l'est du Mokattam, cette dernière chaine, qui se dirige sur la mer Rouge et l'isthme de Suez, va toujours en s’élevant, tandis que la chaîne libyenne, au contraire, s'incline sans cesse à parlir de la hauteur du Caire.

Sous le rapport du climat, l'Egypte est assez échauffée, surtout depuis le mois de février jusqu à celui de novembre; cette chaleur vient: 40 du voisinage du tropique, et 20 du peu d'élévation du terrain au-dessus du niveau de la mer. Il en résulte seulement deux saisons : le printemps ou la fraîcheur, qui dure de décembre à février, et l’été ou la chaleur, qui dure tout le reste de l’année. Dans le della qui avoisine la mer, le thermomètre indique en hiver de 42 à 440 au-dessus de zéro, et en été de 24 à 28; mais la chaleur augmente à mesure qu'on se rapproche de l'équateur, et, en effet, à Assouan, limite entre la Libye et l'Egypte, le thermomètre monte à 38. La transition du jour à la nuit en Egypte est beaucoup plus tranchée que partout ailleurs. Un vent du nord diminue la chaleur ; il s'élève ordinairement au coucher du soleil, et la température dans la nuit donne toujours de 8 à 12 de moins que dans le jour : aussi les nuits en Egypte sont-elles fort supportables, en même temps que le ciel est d'une extrême sérénité,

M. Clot-Bey explique le mirage d'une manière concluante et lucide : c'est, dit-il, la chaleur de la tempéralure qui, en agissant sur la surface plane du sol de la basse Egypte, donne naissance à ce phénomène, C'est lorsque le sol a été suffisamment échauffé par la présence du soleil que le mirage se produit. Alors le terrain semble terminé à une lieue environ par une inondation générale; les villages au-delà de cette distance paraissent des îles situées au milieu d'un jac dont l'eau fantastique réfléchit chaque objet; mais à mesure que l'on s'approche du village, le bord de l'eau apparente s'éloigne et disparaît, pour se reproduire ensuite un peu plus loin.

Parmi les vents d'Egypte, il faut citer le kamsin, vent violent du sud, dont le nom arabe signifie cinquante, mot qui lui a été donné à cause du nombre de jours pendant lesquels il souffle, Les Arabes lui ont aussi donné le nom de simoun, qui signifie poison, C'est vers l'équinoxe qu'il se lève, et alors le ciel revêt une teinte rougeâtre, l'atmosphère n'est plus qu'uue immense nuée de poussière, la chaleur devient excessive et desséchante, parfois ce vent est si violent, qu'il engloutit des caravanes entières,

En Egypte les rosées sont rares en hiver, et très abondantes en élé; il en est une que les Egyptiens appelleut notka, qui tombe vers la mi juin et qui purifie l'air. Quoi qu'on en dise, il pleut dans cette contrée, surtout dans la bassé Egypte, où d'octobre à mars il y a peu de semaines sans pluies; néanmoins, elles sont extrêmement rares dans la haute Egypte, et ny apparaissent qu'à de longs intervalles,

M. Clot-Bey a consacré au Nil un assez long chapitre, tout rempli d'intérêt. Il passe en revue les différents noms donnés à ce fleuve, et les honneurs que

CLOT-BEY

lui rendaient les anciens Egyptiens ; il parle des sources du Nil, jusqu'à ce jour encore douteuses; il décrit les deux principaux bras du fleuve, le Taccazé ou Nil Bleu et le Bar-el-Abiad; ce dernier bras est évidemment le véritable Nil, dont la source paraîl cachée dans les montagnes de la Lune. L'auteur expose les débordements périodiques du Nil, qui alors baigne les pieds de presque loutes les villes et les principaux villages. Comme tous les fleuves intertropicaux, le Nil grossit vers le solstice d'été, et l'on pense que ses crues proviennent des orages formés par les vapeurs de l'océan Indien, poussées vers l'Abyssinie par un vent du sud-est, et retenues dans cette région par la haute chaîne de montagnes, où elles tombent en pluie.

En décrivant le cours du Nil, M. Clot-Bey en indique les points les plus remarquables. La pente du terrain où roule le fleuve depuis Assouan jusqu'à la mer est, dit-il, peu. considérable. À 250 lieues de son embouchure et à 5 lieues au-dessus d'Assouan, ilest élevé de 543 pieds au-dessus de la Méditer= ranée ; à Thèbes, 180 lieues au-dessus de l'embouchure, cetle élévation est de 357 pieds; à Syout, 125 lieues de la mer, elle est de 287 pieds ; et au Caire, c'est-à-dire à 50 lieues de la mer, celte élévalion dans les hautes eaux n’est plus que d'environ 40 pieds. Le Nil parcourt 3 milles à l'heure dans sa crue, et 2 milles dans les basses eaux. Il y a au Caire un nilomètre, appelé mekiyas, mot qui veut dire instrument de mesure ; c'est une colonne de marbre blanc, élevée dans la petite ile de Raoudah, au centre d'un puits carré dans lequel une ouverture est pratiquée aux eaux du Nil et dont on peut atteindre le fond, au moyen d'escaliers établis sur ses parois. Cette colonne, taillée à 8 pans, est graduée en 16 divisions que l’on nomme coudées, etla coudée équivaut à 0,540 millimètres. Le mekyas est déjà d'une fondation ancienne, puisqu”il remonte à l'an 97 de l'hégire, 525 de J.-C. Le fleuve ne descend presque jamais au-dessous de la troisième coudée, et il doit monter d'environ trente doigts audessus de la seizième, c'est-à-dire couvrir le chapiteau, pour annoncer le plus haut point d'abondance. Dans les grandes inondations, les eaux atteignent quelque: fois le désert,

M. Clot-Bey assure que l'eau du Nil est très potable, très légère, et ne dérange jamais l'exercice des fonctions digestives ; les anciens atlribuaient même à cette eau la vertu de rendre les femmes fécondes, et Bérénice, mariée à Antiochus, roi de Syrie, avait fait de l'eau du Nil sa boisson exclusive, que son père Ptolémée-Philadelphe lui envoyait par des courriers expédiés d'Alexandrie.

L'Egypte à dix lacs, dont sept communiquent avec a Méditerranée ; les principaux sont : 4° le lac Maréotis, près d'Alexandrie , alimenté jadis par les eaux de la mer, et aujourd'hui seulement par les eaux pluviales et le trop-plein du canal Mahmoudyeh qui fait communiquer les eaux du port d'Alexandrie avec celles du Nil, au-dessous du Caire: 20 le lac Menzaleh, qui s'étend depuis Damiette jusqu'aux ruines de Péluse; 3° le lac Amer, situé vers le milieu de l’isthme de Suez; 4° Je lac Mæris, qui occupe le fond d'une large vallée crrculaire formée par la chaîne libyque, à la hauteur de la moyenne Egypte, lac qui se lie à Ja vallée du fleuve Sans-Eau, voisine des lacs Natron.

Après cet aperçu physique de l'Egypte, M. Clot-Bey passe en revue les productions où richesses des trois règnes : minéral, végétal et animal. Il décrit avec soin les végétaux indigènes et les végélaux exotiques, les animaux particuliers à la contrée et ceux qui y ont été importés; les merveilleux jardins créés par le vice-roi et son fils Ibrahim-Pacha ; les arbres des forêts, c’està-dire p'incipalement les dattiers, rangés au nombre des arbres indigènes, avec les gommiers, les acacias, les cyprès et les tamarins. Quant aux animaux, il eite parmi les animaux domestiques le cheval, l'âne, le droinadaire, le mulet, la chèvre, le chat; parmi les quadrupèdes sauvages : le loup, le renard, le chacal, la

hyène, le sanglier, l'hippopotame, la gazelle; parmi Jes oiseaux domestiques, la poule et le pigeon , parmi les oiseaux savages : le vautour, l'aigle, la chouette, le hibou, la tourterelle, ele.; enfin, parmi les reptiles: le crocodile, la tortue, la vipère, la couleuvre, ete. Tous les détails qu'il donne à cet égard sont d'un haut intérêt pour les savants et les hommes spéciaux.

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