‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 167 sur 179 · VOYAGE EN ÉGYPTE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN ÉGYPTE

QUELQUES MOTS PRÉLIMINAIRES

L'Egypte, ce foyer de tant de magiques souvenirs, où naquit la civilisation du monde, et qui végétait depuis des siècles dans un profond oubli lorsque l’expédition française de 1798 vint l’en tirer avec tant d’éclat, semble aujourd'hui sortir comme par enchantement de ses vieilles ruines, et inspirer à l'Occident un intérêt pour ainsi dire populaire. Ce ne fut point seulement par la puissance du glaive que les guerriers français y imprimèrent leurs traces; les savants dont Bonaparte avait pris soin de s’entourer, comme chef d'expédition , y développèrent aussi la force du génie, et en rapportèrent une encyclopédie de découvertes et d'observations précieuses, grand ouvrage qui n’esi pas une des moindres gloires de notre beau pays.

Celui de ces savants qui, sous ce rapport, a rendu le plus de services à l'Egypte, est un des vénérables membres de cette même expédition française; celui par la persévérance duquel nous avons pu, quoique tardivement, à ses yeux comme aux nôlres, jouir enfin du plus beau titre scientifique des temps modernes : c’est M. Jomard , membre de l'Institut, l’un des

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conservateurs de la Bibliothèque impériale. Cet érudit aussi modeste que profond, qui est devenu le Jenner français, en ce sens qu'il a importé d'Angleterre et mis en usage dans son pays le vaccin moral pour détruire l'ignorance, comme l'Anglais Jenner avait trouvé et mis en pratique le vaccin médical destiné à combattre ou prévenir la petite-vérole ; ce vétéran de l'Institut d'Egypte , qui, nous le répétons , a le plus, avec les De Gerando, concouru à nationaliser chez nous l'instruction mutuelle du peuple : ce digne compagnon de Monge et de Berthollet, en même temps qu'à force de veilles et de luttes obstinées, sous la Restauration, il mettait au jour le grand travail de la commission d'Egypte, ne cessait pas, dans le noble rêve de sa philanthropie, de s'occuper des plus sûrs moyens de faire revivre en Orient les lumières qui en étaient sorties et dont jouit l'Occident. C’est, en effet, par lui ou par son entremise libre et désintéressée, que de jeunes Egyptiens, arrivés à Paris, ont puisé dans cette capitale de la civilisation européenne les trésors précieux des diverses branches de connaissances, afin de les reporter et les faire refleurir dans leur propre patrie.

Ainsi, cet argonaute de la science, après avoir désaltéré son esprit généreux aux sources mêmes de l’antique savoir, était, par la publication du magnifique ouvrage sur l'expédition d'Egypte, revenu, en quelque sorte, en doter la France, et il a ensuite réussi à rendre à l'Egypte le dépôt agrandi qu'il en avait tiré. Ainsi ce bieufaiteur de la classe populaire, ou plutôt, comme nous l'avons dit, ce Jenner de l’enseignement mutuel, a su encore enrichir la Bibliothèque impériale u’une de ses sections les plus importantes, c'est-à-dire du musée géographique ou cabinet des cartes et plans, qui manquait à ce vasle monument de l'intelligence humaine, Voilà quatre belles phases de la vie de M. Jomard : honneur à luil honneur à son savoir et à son noble cœur ! Il pourra dire avec le poète : Non omnis moriar (1).

Donnons maintenant l'analyse du travail que M. le docteur Clot-Bey a récemment publié sur l'Egypte, en le restreignant à ce qui concerne la géographie el les mœurs où usages, el encadrons dans notre analyse les autres documents nouveaux que nous avons pu recueillir ailleurs sur la même contrée.

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