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Alexandrie vue des terrasses.
gypte; ses deux ports sont les seuls que l'Egypte possède ; c'est là aussi que le vice-roi a établi son arsenal ; il a de plus ouvert un canal navigable, dit canal Mahmoudyeh, pour remplacer la branche du Nil comblée par les atterrissements; et depuis lors tout le commerce de l'Egypte s'est concentré dans Alexandrie, dont la population actuellement dépasse 60,000 âmes. Il y a un quartier bâti à l’européenne et où logent les principaux consuls. Alexandrie a plusieurs forts, dont deux ont été construits par l'armée française, Les environs de cette ville sont couverts, jusqu’à 2 lieues à la ronde, d'immenses ruines qui attestent les merveilles de cette antique cité fondée par Alexandre-le-Grand, et où depuis régnèrent les Ptolémée et Cléopâtre. Les principaux établissements publics sont l'arsenal, les magnifiques palais du vice-roi et les mosquées. ?
En suivant la côte à l'est d'Alexandrie, on rencontre Aboukir, l'antique Busiris, lieu qui réveille un souvenir de deuil et de gloire à la fois dans toute âme française. Plus à l'est encore est Rosette, sur la rive gauche de la branche occidentale du Nil, à une lieue et demie de la mer. On se rend à Roselte, soit par terre en longeant le rivage, soit par le Boghâz, dangereux passage qui obstrue l'embouchure du Nil. Rosette est appelée Raschid par les Arabes, qui altribuent sa fondation au fameux calife Haroun-el-Raschid, Cette ville,
renommée par ses rizières, compte environ 45,000 habitants.
Sur la rive orientale de la branche du Nil qui portait autrefois le nom de Phatnitique, on trouve à 2 lieues de la mer et à une demi-lieue du lac Menzaleh, la ville de Damielte, par 310 25° 43” lat. N., 290 2% 45” long. E. Elle n'occupe pas le même emplacement que la ville dont s'empara saint Louis en 1249. Lorsque ce prince la rendit aux musulmans pour prix de sa liberté, ceux-ci la détruisirent, et allèrent, dit M. Clot-Bey, élever 2 lieues plus loin une nouvelle cité, qui est la ville actuelle et qui compte environ 30,000 habitants. Damiette est l’entrepôt du riz de l'Egypte, dont elle fait avec la Syrie un commerce important. Sur la rive droite de la branche de Damiette et à environ 12 lieues de celle ville est Mansourah, lieu illustré par l'échec de saint Louis.
En remontant le Nil, on trouve, dans une plaine sablonneuse, à 800 mètres de la rive droite du fleuve, à 5 lieues et demie du sommet du Delta et au pied des derniers mamelons du Mokattam, le Caire (1), capitale de l'Egypte, située par 300 2’ 21” lat. N., 280 58° 30” long. E. La ville principale, appelée Grand-Caire, est
(1) EL Kaberah, la victorieuse, que les Arabes nomment Misr, comme ont été appelées en Orient les capitales successives de l'Egypte. A. M
CLOT-BEY
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Rue du Caire,
placée entre le bourg de Boulaq, qui lui sert de port au nord, etle Vieux-Caire, qui lui sert de port au sudest de l’île Raoudah. Cette capitale, peuplée de 300,000 habit., contient plus de 50 quartiers, de 400 mosquées et de 30,000 maisons ; elle a plus de 70 portes, dont quelques-unes sont intérieures. Ses rues, comme celles de toutes les villes musulmanes, sont tortueuses et coupées par des ruelles. Il ÿ a quatre places principales, dont l’une, dite l'Esbekyeh, égale l'intérieur du Champde-Mars à Paris, et où l’on voit la maison qui fut habitée, pendant l'expédition, par le général Bonaparte. A l'époque de l’inondation, ces places sont submergées, excepté celle de l'Esbekyeh, qui vient d’être exhaussée, nivelée, plantée d'arbres et entourée d’un canal. Les bazars sont dans le centre de la ville, et il y en a de très remarquables. Il y a 4,300 okels, 1,200 cafés, 300 citernes et 70 bains. Les trois cimetières les plus étendus, ou villes des tombeaux, ainsi que les appellent les Arabes, sont hors du Caire, Il n’y avait autrefois au Caire, comme hôpital, que le Moristan; il en existe aujourd'hui plusieurs et parfaitement tenus. On remarque dans l'intérieur de la ville plusieurs édifices consacrés à l’enseignement, et de très beaux palais. La citadelle est au midi, sur la dernière hauteur du Mokattam; le vice-roi y réside lorsqu'il vient au Caire. — Boulaq , faubourg du Caire, au nord, n’en est séparé que par une plaine
de peu d'étendue, et il repose au bord du Nil.
La principale ville du FayoumestMedinet-el-Fayoum, à l'entrée de cette riche province, avec 12,000 habitants. Syout, capitale de la haute Egypte, par 270 13° 14” lat. N. et 280 23° 17° long. E., a des environs magnifiques ; elle occupe l'emplacement de l'ancienne Lycopolis, à un quart de lieue du Nil. Girgeh, par 260 22’ 20” Jat. N., 290 34 51” long. E , s'élève près des ruines de Ptolémais, sur la rive gauche du Nil. Après le Caire et Alexandrie, Girgeh est la plus grande ville de l'Egypte ; elle compte 12,000 âmes. Keneh, la Cœnopolis des anciens, par 260 11° 10” lat. N., 300 24° 30” long. E., sur la rive droite du Nil, a de 8 à 10,000 âmes; elle sert de halle aux caravanes qui se rendent à Ja Mecque ou en reviennent par Kosseyr. Esné, sur Ja rive gauche du Nil, a un grand marché de chameaux. Assouan , ou Syène, par 240 8° 6” lat. N., 300 34° 39” long. E., ville de 4,000 habitants, est la dernière que l'on rencontre en Egypte du côté de la Nubie, près de la petite île d'Eléphantine et celle de Philæ, qui estun peu au-dessus de la cataracte. Suez, l'antique Arsinoé, par 290 59° 6” lat. N., 300 15° 5” long. E., avec environ 1,500 âmes, est devenue comme l'avant-poste des Indes, depuis l'établissement des diligences eulre cette ville et le Caire. Enfin Kosseyr, avec 1,200 habitants, est un petit port sur la mer Rouge et l’une desstations des paquebots anglais.
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Sous le rapport des religions, la musulmane est celle qui domine en Egypte, avec une grande tolérance pour les autres cultes, principalement à l'égard des chrétiens. les Juifs sont très méprisés; cependant Méhémet-Ali les a émancipés des avanies qu'ils subissaient avant ce prince. Le rite cophte est exclusivement limité à l'Egypte. Musulmans, juifs, chrétiens voient leurs ministres appelés par le vice-roi aux prières publiques, dans l'île Raoudah, près du Mekyas, pour saluer la crue du Nil. .
Les lois musulmanes appliquées à l'Egypte ont pour base le Koran. La loi civile fixe l'époque de la majorité à l’âge de puberté : pour l’homme à 12 ans, et pour la femme à 9, si elle est nubile; dans tous les cas, les deux sexes sont majeurs à 45 ans. La loi limite à 4 le nombre des épouses lévitimes; celui des concubines ou esclaves n’est pas délerminé. Le divorce est admis et dépend du mari. L'adultère qui n'est pas marié est fustigé; s'il est marié, on le lapide. Les kadys rendent la justice, ayant sous eux les cheiks, les mouftys, docteurs de la loi, et les naïbs, espèces de substituts. Le lieu où se rendent les jugements rappelle Weh/emé. Le vice-roi, ne pouvant rien changer à la justice civile, a borné ses réformes à la justice militaire, et a mis en pratique, dans son armée, le code militaire français.
Le chapitre du livre de M. Clot-Beÿ sur les mœurs et usages est rempli d'intérêt; l'auteur fait bien conpailre les classes sociales de l'Egypte, depuis les ulemas ou hommes de la loi et de la religion, jusqu'aux fellahs ou paysans. Il marque les distinclions tranchées qui existent entre les Turcs et les Arabes, et indique les réformes introduites avec tant de sagesse et de succès par Méhémet-Ali. Une seule mesure est généralement blâmée par les hommes éclairés : c'est l'abolition de la prostitution ; elle a produit un effet déplorable, dit l'auteur, en faisant faire des progrès à un vice plus honteux, plus dégoûtant que le libertinage, la pédérastie ; el il paraît que le gouvernement égypuen songe à tolérer de nouveau les femmes publiques.
L'Egypte est loujouis le pays qui fournit exclusive ment aux harems les eunuques, ces êtres mutilés, dont l'usage remonte à Sémiramis. Cette coutume barbare, compagne obligée de la polygamie, est générale en Orient, mais surtout en Afrique, et plus encore en Egypte. Syout et Girgeh sont les seules viles où s'accomplit Ja castration, et les opérateurs sont des prêtres cophies ; le village de Zawy-el-Dÿr, près de Syout, est la métropole des mutilateurs ; 300 eunuques environ sortent annuellement de leurs mains. Leurs victimes sont de jeunes nègres de 6 à 9 ans, amenés par les carayanes du Sennar et du Darfour; on les vend d ordipaire, dit M. Clot-Bey, suivant les chances de vie ou les qualités qu'ils possèdent, de 4,500 à 3,000 piastres, c'est-à-dire de 325 à 650 francs.
En Egypte, la population des deux sexes élant à peu près balancée, la plupart des Egypliens, surtout de la classe moyenne, n'ont qu’une seule femme, et la polygamie n’est pratiquée que dans les classes opulentes. Les divorces sont nombreux, et lon voit même des Égyptiens qui ont divorcé plus de cinquante fois : c'est jà une exception ; mais ceux qui ont répudié 10, 12 et jusqu'à 20 femmes sont la généralité. 7
Nous avons dit que Méhémet-Ali a divisé l'Egypte en sept gouvernements principaux, à la tète desquels il a placé des intendantis , appelés moudyrs; que ces gouvernements, dont deux sont formés par la haute Egypte, un par la moyenne el quatre par la basse, sont divisés eux-mêmes en départements, qui se subdivisent à leur tour en cantons. Les chefs des départements se nomment mâmours, mot qui signifie à peu près substitut. Les chfs de cantons s appellent nazis. Le canton embrasse dans sa circonscriplion plusieurs villages, qui ont pour premier magistrat une espece de maire, nommé cheik-el-beled. |
Celui-ci a action directe sur les fellahs, qui ont recours à ses décisions dans leurs démêlés ; il répond du paiement des contributions; il surveille les travail-
leurs, et punit les administrés si les ordres du gouvernement ne sont pas exécutés par eux : C'est presque le maire et le juge de paix tout à la fois, indépendamment du kady, chargé de rendre la justice. Le mâmour détermine les travaux de l’agriculture; il fait les levées d'hommes pour le service militaire : c'est le préfet. Le moudyr veille à l'exécution des ordres du vice-roi et des décrets du conseil ; il soigne l'entretien des canaux, des ponts et des digues, en faisant sa tournée dans les départements : c'est. le gouverneur, Les moudyrs sont Turcs, les mâmours Arabes ou chréliens, et les cheiks-el-beled indigènes.
Outre les cheiks-el-beled, il y a dans chaque village un chef de culture, arpenteur, appelé khoïy; un séraf ou percepteur des impôts, et un chahed ou délégué du kady, chargé de rendre la justice et faisant office de nolaire pour passer les actes publics.
Ces fonctionnaires ont des traitements, des uniformes et des insignes particuliers : les cheiks ont une décoration en argent, les nazirs une en or, les mâmours une en diamants, et les moudyrs sont des beys, des colonels ou généraux, ou des pachas, qui portent l'uniforme affecté à leur dignité,
Il y a des gouverneurs spéciaux appelés zabits, affectés aux détails de la police, au Caire, à Damiette, à Roselte et Alexandrie. Des agents de police font leurs patrouilles la nuit, en interpellant les passants par cette exclamation : « Qui est là (Kim douro) ?» à laquelle on répond : « Citoyen (Hbn-el-beled, enfant du pays). » Alors la garde de nuit crie encore : « Atteste l'unité de Dieu » (Ouakhid AAA «ll n’y a de Dieu que Dieu (La ilahillah Allah },» fait la personre interrogée. Les chrétiens comme les musulmans sont tenus de prononcer cette formule.
Le gouvernement rémunère ses agents et l’armée au moyen des revenus que procurent l'impôt terrilorial , l'impôt personnel et les douanes,
L'armée égyptienne a été organisée à l'européenne par le colonel Sèves, aujourd'hui major général sous le titre de Soliman-Pacha. Les colonels et les généraux de brigade ont le titre de beys, les généraux de division celui de pachas, et le général en chef celui de séraskier,
SELIM BIMBACHI ‘ (1840-1841.)