VOYAGES A LA RECHERCHE DES SOURCES EU BAHR-EL-ABIAD OÙ NIL BLANC
F PRELIMIMAIRE. À
Les deux voyages dont nous allons rendre compte furent entrepris, le premier en 1840, et le second en 1841, d'après les ordres de Méhémet-Ali, vice-roi d'Egypte, qui confia l'expédition à Sélim Bimbachi, capitaine de frégate. La relation officielle a été communiquée à la Société de géographie, en 1842, par M. Jomard, membre de l'Institut, à qui Artin - Bey, premier secré‘?'25 de Son Allesse, en avait adressé la
LD
SÉLIM BIMBACHI, 11
mo
traduction francaise. Cette expédition, un des premiers fruits de la nouvelle civilisation introduite sur les bords inférieurs du Nil depuis un quart de siècle, mérite de fixer l'attention des personnes éclairées, quelque incomplets d'ailleurs qu'en soient les résullals, Nous donnerons seulement un extrait de la relation, en laissant, le plus qu'il nous sera possible, parler le voyageur égyptien qui a dirigé l'entreprise.
ALBERT-MONTEÉMONT.
PREMIER VOYAGE
Le 9 de ramadän, année 1955 de l'hégire (16 novembre 1839), en vertu d'un ordre supérieur , 400 hommes , tirés des régiments d’infanterie cantonnés au Sennaar, nous furent confiés. On nous accorda également cinq dahab yéh ou barques venues d'Egypte, et armées chacune de deux pièces de canon; trois autres nous furent données du Senpaar, ainsi que
deux qyasèh et quinze canots munis de huit mois de:
provisions, et suffisamment de munilions de guerre.
Après avoir urdonné et régularisé le service, moi et Suleiman-Kachef nous descendimes dans uue dahabyéh, le Français [brahim-Effendi (4) dans une autre, et ainsi de suite, le poste de chacun ayant été désigné.
. D'après un ordre de Son Allesse , il m'a été enjoint de prendre avec moi, dansle cas où il en témoignerait le désir, le nommé Ahd-el-Kérim-Effendi, agent du gouvernement anglais (2); mais il me prévint, deux jours avant notre départ, qu'il était dans l'intention de faire le voyage par terre, habillé en Tagrair (3), ce qui fut consigné dans le journal. Le samedi 9, nous parlîmes de Khartoum.
Le rivage de cette partie est garni de quelques arbres , et abité par les deux qabylèh ou tribus Omdourmân et Fetqäb, dont les habitants s'occupent d'agriculture, Le soir, nous nous arrêlâmes dans un endroit nommé Kelkéléh. Le 10 ramadän 1955, on à passé deux heures et demie à communiquer les ordres nécessaires aux officiers, à leur apprendre les signaux dont on aurait besoin pour s'entendre d'une barque à l'autre; après quoi on s'est mis en route. En naviguant, on a rencontré du côté de lorient la tribu de Fitkhab (4), et du côté de l'occident celle de Djoumahyéh ; plus loin, à environ 5 milles de distance, on vit la montagne de Mandharah; puis, sur le bord du fleuve, celle de Adhly ; à 10 heures, sur le bord occidental du fleuve, celle de Bariméh, et derrière celle-ci on voyait deux autres pelites montagnes nommées Barmil et Badiléh. Les deux rives sont habitées par la tribu Moussa-Makbouléh: ces lieux sont remplis de broussailles. Nous rencontrâmes dans celte journée sept îles ; nous ayons passé la nuit à Cheikh-Moussa- Makbouléh.
Le 11, nous vimes Ja tribu de Moussa-Makbouléh et quelques arbres de santhe (sounnt?), et de distance à autre quelque peu de broussailles; sur la rive orienlale, dans quelques endroits, les rives sont escarpées. Vers le soir, Suleiman-Kachef ayant envoyé quatre bœufs, on les a distribués aux troupes, et nous avons passé la nuit à Kolèh-Mab. |
1) M. Thibaut.
2) Un indigène.
3) Peut-être Fagvyr.
4) Sans doute la même tribu que celle de Fetqàb.
Le 12, nous nous mimes en marche. Sur la rive occidentale on voit quelques arbres de santbe el des îles entièrement couvertes d'arbres de santhe, à l'exception de l'île de Salyah, qui pendant les basses eaux du Nil est cultivée. Nous arrivâmes au pelit chantier de barques qui se trouve sur la rive orientale du fleuve, Pendant que nous étions à Khartoum, nous avions pris une centaine de fers de lance sans manches; nous fimes faire les manches dans cet arsenal, et pour cette raison nous nous sommes arrêtés dans ce lieu; dans la direction S.-0. se trouvait la tribu de Hassnyèh.
Le 13, nous vimes la montagne d’Arachqoul qui se trouve à une distance d'environ 9 milles de la rive occidentale du fleuve; les six îles que nous avons franchies sont, ainsi que les deux rives du fleuve, couvertes d'arbres de santhe. La rive occidentale est escarpée en quelques endroits et cullivée en d’autres. Les deux rives sont habitées par la tribu de Hassuyèh; dans celte journée, Suleiman-Kachef nous ayant envoyé quatre bœufs, lés soldats en firent leur dîner. Nous avons passé la nuit au lieu nommé Chabbachab (1) qui se trouve sur la rive orientale du fleuve.
Le 14, nous trouvons les deux rives du fleuve couverles de mimosas. J'ai rencontré un Schlouk monté sur, une barque conduite par dix marins; ledit Hendjazy vint à notre rencontre avec un Schlouk. Je Jui demandai alors où était le cheik des Schlouks ; dans sa réponse il m'apprit qu'il se trouvait à l'île Lakdaauthyèh, près la cabane du cheik Akhmet; je lui dis : « Nous ne sommes pas venus ici pour faire du mal à personne ; nous voulons seulement trouver la source du Nil Blanc; que l'on n'ait aucune crainte de nous: nous continuerons notre roule vers le but désiré. Son
- Altesse notre maitre nous a ordonné de faire du-bois
et de donner des cadeaux à loutes les tribus qui viendraient nous voir. » J'ai envoyé deux individus avec deux Schlouks vers le cheik des Schlouks, et j'ai retenu la barque du Schlouk avec huit marins comme ôtages, Du côté de l'occident se trouve la tribu de Hassnyèh, Nous jetâmes l'ancre au milieu du fleuve, où nous passâmes la nuit.
Le 15, sont revenus les deux individus envoyés au cheik des Schlouks ; ils nous ont annoncé que le cheik Hydriss, ainsi que lous ses Schlouks, s'était mis en fuite, et comme nous devions prendre le cheik Elias pour guide, ainsi que Suleiman-Kachef l'avait précédemment annoncé au pacha, gouverneur de Soudan, ledit cheik ne s'étant pas trouvé dans sa cabane, nous envoyâämes un exprès pour le chercher à Dharyèh, où il s'était transporté.
Le 46 est arrivé le cheik Elias Akhmet, et nous lui annonçâmes qu’il devait parlir avec nous. Dans sa réponse il nous a dit qu'il ne connaissait pas la langue des Schlouks, mais qu'un de ses parents qui se trouve dans le Dharyèh, nommé Hidhoun, connaissant la langue des Schlouks , serait plus convenable pour accompagner l'expédition. Ayant approuvé son avis, nous envoyâmes quelqu'un pour chercher Hidhoun. Le lendemain, lundi, notre envoyé revint et nous annonça qu'il ne l'avait pas trouvé; alors nous envoyàmes le cheik avec deux soldats pour amener Hidhoun. La journée élart très avancée, nous passâmes la nuit dans ce même lieu.
Le 20, nous nous sommes mis en route. Les deux rives du fleuve ainsi que les îles sont couveries de mimosas ; l'île de Habah est plus longue que les autres. À ces iles commence la patrie des Schlouks; ils n’ont d'autres occupalions que la chasse aux hippopotames et aüx erocndiles. Cependant, l'été, Ja tribu des Bakharahs (2) venant habiter le voisinage du fleuve, les Schlouks leur font souvent la guerre, et s'emparent de leurs bestiaux. Le caractère belliqueux des Schlouks et les avantages qu'ils remportent sur leurs ennemis tiennent à ce qu'ils sont bons nageurs et
(4) Chebeché.
(2) Boukharas,
qu'ils possèdent une grande quantité de petites barques. Après le coucher du soleil, nous jetâmes l'ancre au milieu du fleuve en face de l'île de Chawal.
Le 24, sur la rive orientale, nous vimes à une distance de 6 milles la montagne nommée Naufhour (1), et dans l'île de Mossrhann (2) se trouvaient quelques hippopotames à la suile les uns des autres ; sur la rive occidentale s'est montrée la tribu de Bakharah qui faisait paître ses bœufs. Ensuite nous vîimes l'île de Dzélath (3), qui contenait une quantité considérable d'hippopotames.
Le 25, sur la rive orientale, à une distance assez considérable, on aperçut la tribu de Bakharah; sur la rive occidentale commencent les habitations de la tribu de Dinnkhah (4). Pour renouveler notre provision de bois, nous approchâmes de la rive orientale, après quoi je fis ranger la petite flotlille sur deux files ; je fis jeter l'ancre. Sur les deux rives se trouvaient quelques mimosas, peu de tamarins et des forêls composées de différents arbres. Sur la rive orientale nous aperçûmes de distance à autre quelques familles de la tribu de Dinkhah et quelques éléphants.
Le 27, sur la rive occidentale du fleuve, nous nous rendimes à un endroit couvert de broussailles; nous y passâmes la nuit. »
Le 28, nous nous sommes mis en route, et après une marche d'une heure nous vîmes sur la rive occidentale plus de trois cents individus armés, appartenant à la tribu de Bakharah.
Sur les deux rives du fleuve on voit quelques mimosas et un peu de tamarin, sur la rive occidentale habite la tribu des Bakharah et se trouve le gouvernement de Kordofan. La rive orientale est habitée par la tribu des Dinnkah. Ces deux tribus, pendant l'été, habitent les rives du fleuve, et pendant l'hiver se relirent dans la province de Dharhah (5). Le fleuve est bordé de broussailles.
Le 29, nous aperçûmes la montagne appelée Taffahfam (6), à une distance de 2 milles du fleuve, et qui est bordée de palmiers. Sur la rive occidentale se trouvaient les cabanes des Schlouks, et quelques îles. Dès que les Schlouks nous eurent aperçus, ils prirent la fuile et furent se cacher dans les forêts et les broussailles environnantes, en laissant sur la place leurs volailles et leurs bestiaux. Comme nous avions pour but de rassurer ces gens et de les rappeler à nous en d’autres occasions, on ne toucha à rien de ce qui leur appartenait. D'autres fois nous voyions quelques hommes et des enfants, mais on n’apercevait point leurs bestiaux ; il paraîtrait qu'ils les transportaient en d’autres lieux. En toute occasion ces gens n’ont pas manqué de fuir notre présence; ils avaient pour habitude d'allumer des feux de distance à autre, pour s’avertir d’un danger imminent. Les deux rives du fleuve et quelques îles contenaient un peu de tamarin et des forêts composées de divers arbres. Plus loin , les deux rives, ainsi que les iles, sont couvertes de broussailles. Nous jetâmes l'ancre au milieu du fleuve pour y passer la nuit.
Le 4er chawal, nous voyons les deux bords de la rivière couverts de broussailles. Les barques n'ayant pas pu approcher du bord, on a fait la prière au milieu du fleuve; après avoir fait la prière, nous nous mimes en route. Sur la rive occidentale, les Schlouks avaient abandonné leurs habitations, el comme ils venaient de les quitter nouvellement, sans emmener leurs bestiaux, ils étaientcachés dans les broussaiiles. On voyait, à un mille de nous, sur une même ligne , 40 à 50 villages où démeuraient ces Schlouks. La construction de leurs cabanes avait une forme conique; la partie
1) Nefour.
2) Mousran.
3) Zelaf.
4) C'est le pays connu sous le nom de Dinka ou Denke. 5) Dharyeh.
( ( ( ( ) Ou Taffafam.
inférieure jusqu'à la moitié était en terre, et le reste jusqu'en haut en broussailles. Quoiqu'on vît de temps à autre quelques individus, nous n'avons cependant aperçu aucuns bestiaux. Quand nous sommes arrivés à Ja hauteur de ces villages, nous avons vu près du rivage quatre Schlouks; notre drogman, Hydhoun, leur a adressé la parole, en leur disant de ne pas avoir peur, et que notre intention n'était pas de leur faire du mal, et il leur a envoyé une petite embarcation ; leur cheik nous a apporté deux dents d’éléphant pour cadeau.
La tribu des Dimmab étant près de là, nous leur avons dit d'envoyer un homme à leur cheik. Aussitôt ce cheik sorti, nous avons vu à l'instant même les Schlouks rentrer dans leurs cabanes, avec leurs femmes, leurs enfants et leurs bestiaux. Comme ils nous avaient déclaré que les principaux chefs de ces villages devaient venir nous voir le lendemain, en conséquence nous nous sommes retirés au milieu de la rivière, et nous avons jelé l'ancre,
Le 2, de bon malin, nous avons vu sur le rivage dix cheiks de Schlouks, qui sont venus sur notre dahabyéh, que nous avions envoyée. Ayant reconnu que cinq étaient les principaux, nous leur avons donné des habillements, des sonnetles et des verreries, etaux autres cinq seulement des verreries. Voyant qu'ils étaient enchantés de cette réception, nous leur avons assuré qu'ils pouvaient être parfaitement tranquilles, et que nous avions l’ordre de Son Altesse de bien traiter tous ceux qui ne meltraient pas d’obstacle à notre marche , et de leur donner des cadeaux, ajoutant qu'ils devaient avertir le plus tôt possible leur méki de l'assurance que nous venions de leur donner. Aussitôt qu'ils furent partis, nous vimes paraître 2,000 Schlouks tous nus et armés, chacun portant un bracelet en dents d'éléphant, ou en fer, ou en bronze. Les femmes et les hommes avaient quatre dénts du devant de la mâchoire inférieure arrachées ; les femmes portaient une fourrure noire, et aux pieds un bracelet en fer; les Schlouks portaient au bout de leur lance une gerbe de plumes d'autruche comme ornement. Il est d’usage que les malades et les célibataires se couchent dans des cendres et la fiente des animaux ; par conséquent leur figure est colorée par ces ingrédients. Ils font la prière devant un arbre entouré de roseaux, auquel on suspend des peaux avec des plumes. Dans ces villages se trouvent beaucoup de vaches, de chevaux, de moutons et de poulets ; ils ont aussi des chiens ; leur culture est du dourrah, du sésame, du mais, des haricots el du tabac. Ils nous ont apporté pour les soldats, à titre d’hospitalité, quatre bœufs, six moutons et deux dents d’éléphant. Le rivage est couvert de mimosas, de différents arbres et de broussailles. Nous jetâmes l'ancre au milieu du fleuve pour y passer la nuil.
Le 3, nous avons quitté cet endroit en prenant avec nous deux Schlouks pour guides. Chemin faisant, nous avons vu les habitations de ces Schlouks. Nous avons aussi vu plusieurs de leurs barques et quelques individus. Après avoir fait une route de 8 milles vers l’est, nous sommes entrés dans un golfe. Du côté de l'occident, nous avons vu onze hameaux de Schlouks-Ményaq; il y avait là des palmiers qui donnent le fruit domm (dommiers\; sur les deux rives on voyait des tamarins et parfois des mimosas, et sur Je rivage des broussailles. Du côté de l'occident est le hameau de Cheik-Tchak. Vis-à-vis, on voit une trentaine de hameaux, des tamarins et d’autres arbres de différentes espèces , el du côté de l'ouest et loin du rivage , on voyait les habitations des Dinnkbah. Pendant l'été, celle peuplade vient habiter près du rivage. Du côté de l'occident, on ne voit que des peuplades de Schlouks. Nous jetâmes l'ancre en cet endroit pour y passer la nuit.
Le 6, nous sommes arrivés au hameau nommé Dimak, où réside le méki. Nous avons vu, sur la rive occidentale du fleuve, Suleïman, un des cheiks, avec
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