RIT
logue à la pomme de terre, a le goût plus fin et plus agréable, etc.
Les productions animales ne sont pas moins abondantes aux Mariannes que les végétaux. Cependant il n’y existait jadis aucun grand quadrupède; les Espagnols y ont successivement introduit le cerf, le bœuf, le porc, la chèvre, le cheval et l'âne, ainsi que le chien. Les rats et les souris paraissent être les seuls quadrupèdes indigènes ; ils sont très nombreux et très nuisibles ; toutes les îles Mariannes en sont empestées. Par mi les oiseaux, on distingue la colombe, le corbeau, le héron, la poule apportée de Manille, le dindon apporté d'Amérique, le grimpereau, etc. Les rivages de la mer sont fertiles en poissons.
Les Mariannais sont de couleur basanée; ils ont les cheveux noirs et lisses. Ils se distinguent par beaucoup d'embonpoint et des formes athlétiques ; ils sont excellents nageurs et plongeurs très habiles. Les garçons se marient vers quinze ans et les filles à douze. Les femmes sont très fécondes et les accouchements faciles. La lèpre afflige souvent les Mariannais ; les femmes toutelois y sont moins sujettes que les hommes.
Ces insulaires vivent d'une manière frugale : le riz, le maïs, le coco, le poisson, le porc ou le cerf cnmnosent leur nourriture habituelle. Les hommes font quelquefois abus d’eau-de-vie de coco. Les convives mangent accroupis et assis sur leurs talons; on sert les
mets dans de simples feuilles de bananier, et les doigts tiennent lieu de fourchettes. On fait par jour trois repas. à
Les indigènes vont presque Entièrement nus, car le langouti “1 léger manteau jelé sûr leurs épaules est bien plus un oruement qu'un vétément, On se vêt da: vantage dans les villes, et les ornémenls et Jà parure n'y sont point épargnés. L'ornement dés maisühs est aussi en raison de l'opulence des propriéiaires; of y dort habituellement neuf ou dix heures de suite, Nul habitant de Guam ne sort sans être muni de süh briquet et de ses cigarres, car l'usage de fumer est ici général. |
Deux mois furent emjlôoyés par M. de Freyeinet à recueillir des observations et à fairé des expériënces scientifiques pour l'objet principal dé l'expédition, Dès qu'elles furent accomplies , il mit à la vôile pour les îles Sandwich, où il allerrit, le 5 août 1849, sûr l'ile d'Owyhée, et mouilla trois jours après dans là baie de Karakakoua. I avait coupé, le 18 juin, l’anti-méridien de Paris, c'est-à-dire que ce jour-là on éut inidi à bord, tandis qu'en France, le même jour, on n6 comptait que minuit, Tamehameha, Foi des îles Sandwich, venait de mourir, son palais élait réduit en cendres, la presque totalité des cochoï8 de l'Île avait été égorgée à l’occasion de ses obsèques, selon l'usage du pays; ce fut un véritable contré-temps pour 16 ravitaillément de la corveite. Rio-Rio, fils aîné du roi, venait d'être élevé au trône, et tous lés chefs lui 4vaiënt prêté serment d’obéissance. Le jeute prince vint à bord de /’Uranie, et M. de Freycinet put éhsuite obleñit les approvisionnements pour l'équipage.
Le capitaine français offrit des présents aux principaux dignitaires de l'île. Près du roi il trouva un Français nommé Rives qui servit d'interprète. La maison du prince n'était qu'une case de dix à douze pieds de long sur une largeur un peu moindre : le sol en était tapissé de natles, Suivant l'usage du pays. On y goû-
tait une extrême fraîcheur, malgré l'ardeur suffocante -
du soleil au dehors.
Après avoir visité trois des pgincipales îles Sandwich, le capitaine de /’Uranie à formé un ensemble de ses diverses remarques, eten voici à peu près la substance :
L'archipel des Sandwiéh, nom qui leur fut donné par le capitaine Cook, en l'honneur d'un lord de l'a mirauté anglaise, se compose de huit grandes îles et de Lrois îlots. Le groupe entier se trouve placé, presque exactement sous le tropique du Cancer, par 19 et 220 de latitude nord, et 156 et 1620 de longitude ouest, La plus grande et la plus orientale de ces îles est celle d'Owyhée, dont la surface est de trois mille quatre cent quarante-deux milles marins carrés. A l'ouest se trouve l'île Mowi, plus loin au nord l'ile Mo- “rotoi, puis au nord-ouest l'Île Wahou. La surface entière du groupe est de einq mille quatre-vingt-dixhuit milles marins carrés. Toutes ces Îles sont fort élevées, notamment celle d'Owyhée, dont la montagne la plus remarquable est celle de Mowna-Roa ( mot qui veut dire montagne étendue); le sommet én est couvertde neiges perpétuelles, et n'a pas moins de quatre mille huit cent trente-huit mètres au-dessus du niveau de la mer. Un autre sommet voisin de celui-là dépasse cinq mille quatre cent quatre-vingt-six mètres; il s'appelle Mowna-Kaah (mot qui signifie montagne blanche ou mont blanc), par la raison sans doule qu'il est aussi couvert de neiges éternelles.
La côte orientale d'Owyhée est mieux arrosée que la côte occidentale. La rivière d'Onorourou dans l'ile Mowi est assez remarquable; le port auquel elle a donné son nom est le rendéz-vous des vaisseaux européens qui y trouvent un facile abri et des ressources abondantes pour lé ravitaillement.
Les Îles Sandwich présentent une assez grande ferlilité; mais ce n'est pas là plus étendue qui est Ja plus féconde, parce qu'elle a beaucoup de volcans dans sa parlie occidentale.
Les Sandwichiens se nourrissent de cannes à sucre,
de bananes, de pastèques, de melons, de la racine du taro et de poisson. Les mets sont servis sur des naltes élendues par terre et autour desquelles les convives s'accroupissent pour manger sans fouchette ni cuiller, chacun lrémpant son doigt dans la bouillie, et le portant ainsi à la bouche. L'eau est la boisson ordinaire dés hommes et dés femmes; cependant ils savent tirer de la racine d'ava une liqueur enivrante, et d’ailleurs ils ont appris des Européens à fabriquer l'eau-de-vie de coco ou de canne à suere. Le seul assaisonnement du poisson cru est l'eau de mer,
La population des îles Sandwich était, en 1895, d'environ Cént quarante-un mille habitants, dont quatrevingt-cinq mille pour Owyhée, vingt mille pour Mowi, vingt Mille pour Wagou, dix mille pour Atouaï, etc. La population blanche est encore peu considérable; il en est de même des métis.
Les Sandwichiens sont doux et inoffensifs ; cependant ils se souillent encore du crime d'infanticide. Le père et la mère ont jei le droit de faire périr les fruits de leur union, et ils consomment souvent ce crime avec un horrible sang-froid. Les femmes ne craignent pas non plus de se faire avorter ; on en voit même qui élranglent leus nouveau-nés, ou les enterrent vivants, parfois à côté de leur couche, sans montrer ni pitié ni remords. Celle abominable pratique détruitannuellement plus de là moilié des enfatits, sous le prétexte d'éviter une surcharge dé bouches à hourrir. 11 ne paraît pas toutefois que les Sandwichiens soient anthropophages.
Ces insulaires sont pleins de bienveillance envers l'étranger, Dans tous les lieux où les Français entrèrent pendant leurs courses, on S'empressait de leur offrir, dit M. de Freycinét, une des plus belles filles de la maison, Comte ailleurs on invite à accepter du vin ou du café; les paroles d'usagé en pareil cas étaient proférées à l'en vi par les hommes, les femmes et les enfants; on eût dit qu'ils Craignaient de n'être pas compris. Tout cela élail pour obtenir en retour un petit cadeau, La jalousie, au reste, ne paraît pas ici exercer d'empire sur l'esprit des maris, non plus que sur celui dés amants.
Les Sandwichiens aitnent beaucoup à se réunir pour causer ensemble; les femmes se plaisent alors à se coucher sur le ventre pour être plus à leur aise, On sait qu'elles ne mangent pas avec les hommes, mais elles peuvent en partager la conversation. Le baiser de politessese donne en s'entourant mutuellement le corps avec les bras, et l'on fait {oucher de son nez le nez de son ami, de manière que les lèvres s'appliquent simplement l’une contre l’autre sans faire toutefois le moindre mouvement. Pour fêter le retour d'un ami ou d'un chef, on verse des pleurs simulés ou réels, et aux pleurs succèdent des chansôns. - Le
Le labou est une espèce d'interdiction ou probibilion de certaines choses ; l'éenfreindre, c'est éncourir la mort. Les temples, les idoles, les noms mêmes du roi et de leurs propriétés, une action quelconque dont on juge à propos que cérlaines personnés s'absliennent, toul cela peut être taboué par le rot ou les prêtres, Des
iquels garnis d’un mor eau d'étoffe AA marquent es limites d’un tabou. ke |
Les lieux de refuge des Sandwichiens offrent un asile inviolable au fugitif. Là le meurtrier, l'homme qui a rompu le tabou, le voleur, trouvent protection et sûreté pour le temps qu'ils y demeurent. C'est Ià aussi que lés femmes, les enfants se réfugient lorsque les hommes vont à la guerre.
Un signe de deuil fort répandu consiste à se tondre la tête chacun à sa manière et suivant son caprice,
Depuis la fin de 1819, le culte des idoles a été aboli dans la plupart des îles Sandwich, et les missionnaires américains se sont empressés d'y établir le christianisme. Des missionnaires français y arrivèrent aussi en 1827, Cest un fait digne de remarque qu'un peuple qui avait lant de foi à sa religion et à ses prètres, y ait, eu général, renoncé si facilement pour adopter une religion nouvelle : il est vrai que le christianisme le
débarrassait de bien des tyrannies et de bien des atrocités, surlont des sacrificeshumains. Les missionnaires se sont élablis à Wahou, en 1820, et, assurés de l'appui des chefs, ils ont continué avec confiance l'exécution de leurs pieux desseins. Ils se sont rapidement familiarisés avec la langue du pays, et, en 1822, ils avaient déjà bon nombre de livres imprimés en cette langue. Il paraît que les efforts de ces pieux Argonautes de l'Evangile ne tendent pas à y abrutir le peuple en l'éclairant comme leurs frères à Taïti.
JL ne faudrait pas croire cependant qu'ils eussent entièrement réussi dans leurs projets; plusieurs îles du groupe renferment encore de nombreux adhérents à la foi primitive. En résultat, il semble que le chrislianisme n'a été favorisé par les grands que comme un moyen de retenir plus facilementsous le joug les classes inférieures du peuple. Les femmes ont embrassé la foi nouvelle avec le plus de prédilection, parce qu'elles peuvent maintenant manger de la viande de porc; tandis qu'auparavant elles étaient réduites à celle de chien, et privées toujours de la présence des hommes, avec qui elles ne craignent plus aujourd’hui de s'asseoir à la même lable.
Le luxe a fait de grands progrès aux îles Sandwich, et surtout à Wahou. Les plus basses classes du peuple commencent à adopter divers articles de la parure européenne; les femmes recherchent la variété dans le costume, en prenant modèle sur la reine; elles tourmentent leurs maris ou leurs amants pour avoir toutes sorles de colifichels, et rien ne leur coûte pour obtenir ce qu'elles désirent : aussi les marchands doublent-ils promptement leurs bénéfices. Le capitaine russe Kotzebue rapporte qu'en 1826 il a vu lui-même de jeunes filles payer deux dollars espagnols un pelit collier de grains de verre qui ne valait pas deux sous. Le dimanche, les habitants de Wahou qui vont à l'église sont ads de tout ce qu'ils peuvent se procurer de plus
eau, et si le tableau de ces mascarades n’est pas aussi amusant qu'à Taïti, il est du moins assez comique. Au reste, les conversions deviennent plus rares à mesure que les persécutions augmentent, et on ne semble pas les épargner, grâce aux honteuses manœuvres des convértisseurs.
Lesinsulaires de Wahou aiment passionnément le jeu de maïta, sorte d'exercice propre au développement du corps. Ils aiment aussi le jeu nommé horoua, qui a de l’analogie avec nos montagnes russes, Ils passunt le milieu du jour à dormir ou à manger, et se promènent peu. La natalion est un de leurs plaisirs favoris : hommes, femmes et enfants y déploient beaucoup d’aisance et d'habileté; on les prendrait pour de vrais amphibies. 11 semble que ce soit pour eux plutôt un besoin qu'un amusement. Rien de plus intéressant que de les voir se livrer à l'exercice qu'ilsappellent hénalou, c'est-à-dire monter les vagues; cet exercice, qui pour d’autres est effrayant, n'est pour eux qu'un
jeu. ,
Les mêmes insulaires aiment beaucoup la danse, et les femmes y remplissent tous les principaux rôles. Maïs ce n'est point par la souplesse du jarret et par des cabrioles que l'on passe pour habile dans cet exercice, le grand talent est de gesticuler en chantant. Ces danses sont très lascives, et toujours, je le répète, exécutées par des femmes, jamais par des hommes. Les chansons également sont pour la plupart très obscènes.
Un voyageur anglais déerit ainsi les cérémonies funèbres qui sont encore en usage dans quelques-unes des îles Sandwich.
Lorsqu'un chef vient à mourir, une foule d'insulaires Se rassemblent devant la maison du défunt, et se forment en carré, tandis qu'un home, coiffé d'un bonnet de p'umes rouges, s'avance de l'intérieur dé la maison, et meltant la tête hors de la porte, pousse de temps en temps des cris lamentables, qu'il accompagne de grimaces et de contorsions bizarres.
Une large natte est étendue par terre dans le carré; deux hommes et treize femmes viennent s'y asseoir
sur trois rangs. Les mains et le cou des femmes sont ornés de plumes, et leurs épaules couvertes de larges feuilles. A l’un des coins du carré paraissent six enfants, portant de petites bannières blanches. Le corps du défunt est déposé dans une petite hutle, construite pour cet usage. On donne le signal de la cérémonie. Alors tous les assistants, accroupis sur leurs talons, entonnent un chant mélancolique, en agitant leurs corps et leurs bras en cadence. Les femmes du mort, assises à sa porte, répondent à ces chants par des lamenlalions et des cris.
Ces cérémonies préparatoires durent toute la journée. Ce n’est qu'à la nuit close que le corps est enlevé avec beaucoup de mystère; et l'on a grand soin d'éviter les regards des étrangers. L'auteur de la relation dont tous ses détails sont lirés, témoin d’une de ces solennités, s’aperçut que sa présence empêchait de la terminer ; il se retira discrètement. A peine élait-il hors de vue, qu'il entendit l'air retentir de gémissements, ou plutôt de hurlements lugubres. Quelques heures après, il rencontra plusieurs personnes qui revenaient des funérailles; elles avaient la partie inférieure du visage entièrement peinte en noir. Il les interrogea pour savoir quelles avaient été les dernières pratiques de la cérémonie, et en quel lieu on avait déposé le défunt? Pour toute réponse on lui dit : « Son esprit est allé à l'Eatova. » Il comprit qu'il s'agissait du séjour des âmes. Quant à la demeure des dépouilles mortelles, aucun voyageur n'a pu la découvrir.
Les Sandwichiens sont eu général grands et bien faits ; leur couleur est d'un brun foncé, et leur figure agréable. Is ont le front haut, les yeux grands, noirs et vifs, la bouche grande, avec la lèvre supérieure un peu earrée. La barbe est rare chez les jeunes gens, mais commune chez les vieillards. Les femmes ont de irès belles formes. Rien de plus gracieux que leurs épaules et leur sein, qui conserve jusque dans un âge. avancé uné fermelé bien rare en Europe. Elles sont nubiles de très bonne heure, et malheureusement se prostituent dès l'enfance. Cette prostitution se continue jusque dans un âge avancé ; elle est encore aussi générale que du temps de Cook. A peine un vaisseau d'Europe aborde-t-il aux îles Sandwich, qu'il est as-sailli par des bandes de jeunes femmes arrivant dans des pirogues ou à la nage, et bientôt la santé de l'équipage en ressent l'effet. Le mélange du sang européen produit des mulâtres qui ont le teint jaune très clair.
Les pirogues ont le font iei composé d’un arbre creusé et pointu vers les deux bouts; il est rehaussé par deux planches munies d'un bâlancier. Les pagaies ont la pèle arrondie. Ces pirogues sont remarquables pour la perfection du travail. |
La langue des habitants dés îles Sandwich est douce et harmonieuse, à cause du grand nombre de voyelles et du peu de consonnes qu'elle emploie. Elle ést, en outre, par sa simplicité, très facile à apprendre. Cette langue est à peu près la même que celle des îles du Grand-Océan, ét un Sandwichien peut comprendre ét ètre compris aux îles Noukahiva et à Taïti comme chez lui.
Depuis que Tamehameha, le Napoléon des îles Sandwich, est parvenu à réunir toutes les îles sous sa domination, le gouvernement est devenu féodal, c’est: àdire que tous les chefs qui possèdent, soit desîles enlières, soit des portions d'îles, relèvent du souverain, qui demeure à Wahou, Toutefois, ce pouvoir ne paraît pas encore bien stable; les chefs, jadis monarques eux-mêmes, supportent avec peine le joug d'un seul ; et d'un autre côté les missionnaires européens ne contribuent pas peu à maintenir ici des mésinlelligences suivant le besoin de leurs intérêts privés.
L'archipel des Sandwich, auquel Dumont d'Urville a reslitué le nom d'Harvaï, que lui donnent les natrrels, et dont la principale île, celle d'Hawaï, autrement appelée par les Anglais Owyhée, a quatre-vingts milles de long sur soixante-dix-huil de large, avec le tiers de la population du groupe, qui compte en tout cent trente
mille habitants, a depuis longtemps fixé l’attention de l’un et de l’autre hémisphère; près de mille étrangers, principalement Anglais et nord-Américains, sont maintenant (1852) établis à Wahou, l’une des plus intéressantes de ces îles. Pendant l’année 1832, le nombre des naviresétrangers qui ont touché à cette île était de cent cinquante-cinq. Si le commerce avec la Chine devenait libre, cet archipel acquerrait une grande importance ; il est convenablement placé pour un dépôt des marchandises de l'Inde et de la Chine qui serait destiné aux Etats-Unis d'Amérique. Alors le commerce de ces îles cesserait d'être monopolisé par quelques individus, et il pourrait même refluer jusque vers la Californie, le Pérou et le Chili.
Mais reprenons le fil de la relation de /'Uranie. La corvette quitta les îles Sandwich, le 30 août 1819, pour se diriger vers le port Jackson, dans la Nouvelle-Galles du Sud, côte orientale de la Nouvelle-Hollarde ou Australie. On coupa l'équateur, le 7 octobre; le 19,on aperçut les îles du Danger, que Byron découvrit le 21 juin 1766 par 100 45’ de latitude sud, 1690 28’ de longitude ouest de Greenwich, et M. de Freycinet rectifia la position géographique de cesîles, situées au nord de l'archipel Hamoa ou des Navigateurs. Deux jours après, élant à l’est de ce dernier archipel, l'Uranie découvrit un îlot qui n'était point marqué sur les cartes, et que M. de Freycinet appela île Rose, du nom de baptème de son épouse. C'est à peu près la seule et véritable découverte qui appartienne en propre et exclusivement à l'expédition de l'Uranie. On vit ensuite l'île Pyltstaart, la plus méridionale des îles Tonga ou des Anis, et située près du tropique du Capricorne. Après cette dernière île on aiteignit lesîles Howe, situées par 319 de latitude sud, et 1500 de longitude est, à l’orient et en face du port Macquarie de la Nouvelle-Galles du Sud, et la corvette mouilla au port Jackson, dans la baie Botanique, le 48 novembre 1819. Elle y resta jusqu'au 25 décembre suivant, intervalle qui fut employé, comme dans les précédentes relâches, à des travaux scientifiques. M. de Freycinet se loue à cet égard des facilités que lui procura le gouverneur de la colonie anglaise, alors M. Macquarie.
‘ En quittant le port Jackson, l’Uranie fut dirigée pour passer entre la terre de Van-Diémen et la Nouvelle-Zélande. Le 7 janvier 1820, l'extrémité méridionale de la Nouvelle-Zélande fut doublée à vue des îles Campbell, situées par 830 de latitude sud, et 1660 de longitude est. De ces parages la corvette s’avança vers l’est, c'est-à-dire vers les côtes méridionales de Ja Terre de Feu. Le 5 février, elle les apercut dans le voisinage du cap de Ja Désolation. Le temps alors était affreux, comme les rivages qui s’offraient à la vue, et l’impossibilité d'atteindre le hâvre de Noël obligea le vaisseau de faire routeen doublant le cap Horn pour aller chercher la baie du Bon-Succès dans le détroit de Le Maire ; mais à peine l'ancre y était-elle tombée, qu'un ouragan terrible fit dériver le bâtiment; il fallut couper le câble et sortir en toute hâte pour gagner les îles Malouines ou Falkland, qu’on atteignit, le 44 février, en touchant à la baie Francaise, où Bougainville avait établi sa colonie, en 1766. Malheureusement la corvette donna sur une roche sous-marine qui lui fit une crevasse et laissa l'entrée à une voie d’eau. Il fallut promptement jeter les embarcations à la mer, et la corvette échoua sur la plage, au fond de la baie Pernetti, le 45, à trois heures du matin. Ce désastre n'entraîna cependant la perte de personne ; tous les travaux et tous les instruments de l'expédition furent sauvés; l'expédition elle-même était finie, pour ainsi dire, car il n’y avait plus à vérifier que quelques instruments.
. Après la perte de l’Uranie, il ne restait à M. de Freycinet que la ressource d'envoyer sa chaloupe au Riode-la-Plata pour y chercher du secours, quand un incident inespéré vint changer tout-à-coup sa situation, Un navire américain, que de fortes avaries amenaient dans la même baie, se chargea de transporter à Rio-Janeiro l'équipage de la corvette, ses vivres et les produits
de l'expédition. Tout fut prêt pour le départ, le 27 avril 1820 ; on fit voile aussitôt pour les côtes du Brésil, où l'on toucha vers la mi-juin à Rio-Janeiro. Après une relâche dans ce port jusque vers la mi-septembre, le bâtiment américain fut acheté par M. de Freycinet, qui le pavoisa sous le nom de la Physicienne, et l'expédition rentra au Hâvre, le 13 novembre 1820.
Le voyage de M. le capitaine Duperrey, sur la corvette la Coquille, a eu d'importants résultats pour les sciences et la navigation; il a fait disparaître d'abord la grande confusion qui existait auparavant dans les noms de beaucoup d'archipels où îles de l'océan Pacifique, en assignant à chaque point sa véritable position, et eu restituant à chaque navigateur ses propres découvertes. Il a donné ensuite la solulion des divers phénomènes qu'éprouve le fluide appelé magnétisme terrestre, et c’est la première fois qu’on aura vu des notions précises à cet égard. M. Duperrey à tracé une carte de l'équateur magnétique, c’est-à-dire cette courbe le long de laquelle l'aiguille aimantée se place horizontalement, et déterminé l'intensité moyenne des deux hémisphères, en distribuant ce même fluide à l'aide de théorèmes qui élèvent l'illustre voyageur au rang des premiers physiciens de notre époque. D'un autre côté, son expédition n’a pas élé non plus stérile en découvertes, Comme on le verra dans l'analyse que nous allons offrir de cette expédition autour du monde.
La corvette la Coquille, bâtiment à trois mâts, ne tirant que douze ou treize pieds d’eau, adapté à l’objet du voyage, pourvu de tous les articles indispensables à une exploration de long cours, avec un matériel entièrement neuf, des caisses en fer pour renfermer des biscuits et des légumes, un alambic de trente litres devant servir à la distillation de l’eau de mer dans les cas imprévus; un four assez grand pour donner tous les jours du pain frais à l'équipage; une quantité suffisante d'articles d'échange pour avoir des rafraîchissements dans les contrées sauvages; enfin tous les instruments scientifiques indispensables pour les expériences qui allaient s'opérer ; la Coquille, disons-nous, avec quinze mois de vivres de campagne, leva l'ancre par une belle matinée, le 11 août 1822, et sortit de la rade de Toulon pour se diriger vers le détroit de Gibraltar, qu’elle franchit, le 20, sans s'y arrêter. Elle arriva, le 28, à Ténériffe, l’une des îles Canaries.
On fit route, le 4er septembre 1822, dans la vue de reconnaître les îles du cap Vert. Le 2, on était en calme devant l’île de Gomère; on découvrait encore le pic de Ténériffe, qui, entièrement dégagé de nuages, se présentait aux regards dans toute sa majesté, en élevant sa tête dans les cieux, sur un fondd’azur éclatant. Le 8, on arriva devant l’île Saint-Antoine, l’une des iles du cap Vert.On en détermina la position, du moinsla pointe nord, par 470 44° 5” delatitude nord et 270 35° 22” de longitude ouest. La corvette se dirigea de ce point vers l'ile Brava, qui est située à 36 minutes de degré de Saint-Antoine, et dépendant du même archipel. Le 42, on était à cinquante lieues au sud de Santiago, et à plus de cent quarante lieues de la côte d'Afrique. À cette distance on rencontra l’hirondelle des cheminées et une tourterelle, qui, égarées sur l'océan Atlantique,
DUPERREY. 21 mm
vinrent voltiger autour de la corvette, dans l'espoir d'y trouver un asile, lorsque ces deux oiseaux n'y rencontrèrent que la balle meurtrière d'un fusil.
Bientôt, par une brise fraîche et un temps magnifique, et sous l'éclat du jour, la corvette franchit l’équateur. L’équipage s'empressa de célébrer, avec les immersions et libations d'usage, son entrée de l'hémisphère boréal dans l'hémisphère austral. Ce fut un véritable jour de fête, et les chants et les danses se prolongèrent encore bien avant dans la nuit. Dans ce passage de la ligne équinoxiale on vitbeaucoup de tortues, de poissons volants et de bonites, qui jouaient sur les flots; des milliers de mollusques animaient les vastessolitudes de la plaine liquide, et formaient à toute heure des sujets de distractions inconnues à l'homme sédentaire. La phosphorescence de l'Océan qui, entre les tropiques, excite l'admiration du navigateur le plus froid, devint, à son tour, un motif d'attention et de charme. On attrapa quelques-uns de ces animaux microscopiques, dont l'éclat rejaillit sur la surface des mers, et qui disparaissaient comme l'étincelle en passant de l'obscurité profonde dans la splendeur de la lumière : c'était, sans contredit, un des plus beaux spectacles que ces parages pussent offrir à la vue.
Le 28, on vit soudain planer sur les mâts du navire l'oiseau messager des tropiques , étalant son plumage aussi blanc que la neige, et faisant ouir son cri aigre et aussi monotone que celui de la mauve. On se trouvait alors par 60 30° de latitude sud, et l'équipage considéra la visite dn gracieux et rapide Phaëton comme un augure heureux pour la navigation. Le temps se maintint, en effet, constamment favorable, et M. Duperrey sut le mettre à profit pour ses travaux scientifiques. 11 découvrit un point de l'équateur magnétique par 12027 11” de latitude sud, et 260 53 de longitude ouest. Le 6 octobre, il aperçut les îlots de Martin-Vaz et de la Trinidad, situés, les premiers, par 20° 27° 42” de latitude sud, et 310 12°58"” de longitude ouest; le second, par 200 30° 32” de latitude sud, et 310 40° 57° de longitude ouest. Ces îlots sont des rochers élevés et nus. Celui que l’on appelle lle de la Trinidad est une terre haute, que l’on aperçoit, par un temps clair, à dix-huit lieues de distance ; cette île offre seulement quelques arbustes vers la partie méridionale, et quelques mornes, dont l’un s'appelle le Monument et l'autre le Pain de sucre. La distance entre les îlots de Martin-Vaz et la Trinidad est d'environ neuf lieues. On avait supposé qu'il existait aussi vers le même parage une autre île, sous le nom d’Ascençao; mais on a depuis reconnu que la Trinidad et l'Ascençao ne sont qu'une même île.
En s’éloignant des îlots de Marlin-Vaz et de la Trinidad, M. le capitaine Duperrey alla faire une relâche à l'île Sainte Catherine, sur la côte du Brésil. On l'apercut, le 16 octobre, couronnée de ses épaisses forêts et parée de sa luxuriante verdure. On y mouilla le même jour et l'on y demeura jusqu'au 30.
M. Duperrey consacre un chapitre de son ouvrage à Ja baie de Sainte-Catherine et aux productions comme aux habitants de cette île, qu’un immense canal sépare du continent : canal très resserré, du reste, vers le milieu de sa longueur par les terres des pointes opposées. La baie dont il s’agit est défendue par quelques fortifications, notamment par une forteresse bâtie sur la petite île Anhatomirim, située par 25° 25 32” de latitude sud, et 54° 1’ 14” de longitude ouest. L'île Sainte-Catherine a trente milles d’étendue du nord au sud, et à quatre à huit milles de largeur. C’est un composé de monlagnes, de plaines et de marais; elle est arrosée par un bon nombre de rivières ; le sol offre une grande variété de plantes et de fleurs, et produit principalement du maïs, du manioc et du riz. Parmi les animaux domestiques on rencontre de grands trou-
eaux de bœufs et de vaches. Les rivages de la mer et
e lit des rivières fournissent des poissons excellents. Nossa-Senhora-do-Desterro , pPpiale de l'île, sur la côte occidentale, a plusieurs belles rues arrosées par
des ruisseaux , et compte environ six mille habitants ; mais l'île entière en contient dix-huit mille, qu’on distingue en trois classes : les mulâtres, les blancs et les noirs : ces derniers sont presque tous esclaves.
Le 30 octobre, la corvette la Coquille sortit de la
baie de Sainte-Catherine, et fit voile pour les îles Malouines. À quarante milles environ, dans le sud-est, elle rencontra un grand espace de mer rougeâtre, couvert comme d'une poussière impalpable, au milieu de laquelle nageaient de petits globules de couleur rouge : c'étaient les œufs des myriades d'animalcules, imprimant à la surface des eaux ces teintes sanguinolentes, qui ont fait donner à diverses parties de mer le nom de mer Rouge ou mer de Sang.
M. Duperrey fait observer que ces petits crustacés se montrent dans certaines saisons sur les côtes du Chili et du Pérou, dans le voisinage du cap de Bonne- Espérance, de la Nouvelle-Hollande, des îles Moluques et dans quelques golfes , tels que ceux d'Arabie et de Californie, qui sans doute leur doivent les dénominations de mer Rouge et mer Vermeille; mais il paraît que l’on en découvre en plus grande abondance dans la partie de l'océan Atlantique qui baigne les côtes de l'Amérique méridionale , entre le tropique du Capricorne et le 48e degré de latitude sud, vers l'embouchure du Rio-de-la-Plata et le long des côtes Magellaniques.
Occupée de ces phénomènes aquatiques, l'expédition française, en continuant sa navigation vers le sud, arriva devant les îles Malouines, le 15 novembre 1822. Après en avoir reconnu l'île Soledad ou île Conti, on mouilla, le 20, au hâvre Saint-Louis, situé au fond de la baie Francaise, ainsi nommée par Bougainville, et située du côté oriental de la même ile Soledad ; baïe que les Espagnols nomment également Soledad et que les Anglais ont appelée Berkeiey-Sound.
Un séjour d'environ un mois sur cette île permit à l'expédition française d'en explorer l'intérieur et de recueillir sur l'archipel entier une foule de détails géographiques et autres dont nous offrons la substance.
Les iles Malouines, tour-à-tour nommées iles de la Vierge, d'Hawkins, Falkland ou de la Soledad, se composent de deux îles principales, la Soledad et Falkland, autour desquelles sont groupés une centaine d'ilots. Elles se trouvent à soixante-quinze lieues de là terre des Etats, et cent quarante du cap Horn ; les deux îles principales, Falkland et Soledad, sont séparées par un Canal auquel les Espagnols ont donné le nom de San-Carlos. Le hâvre de Saint-Louis est situé sur l’île Soledad, par 510 31° 48” de latitude sud, et 60° 34 31” de longitude. L’étendue du groupe n’a pas moins de quarante lieues de longueur. La surface est formée de montagnes peu élevées, de collines onduleuses ou de vastes plaines ; cette surface est entiérement rase, et nul arbrisseau , dans l’île de la Soledad du moins, ne vient récréer la vue et rompre la monotonie du tableau : partout ici règne une solitude, et c'est à cause de cela, sans doute, que les Espagnols ont donné à l’île orientale le nom de Soledad. Elle a soixante-dix-huit milles du nord-est au sud-ouest, et quarante-cinq dans sa plus grande largeur. Sa rivale, c’est-à-dire l'ile Falkland, a cent milles de l’est à l’ouest, et soixante-dixhuit du nord au sud.
L'homme a déserté les rivages de cet archipel, ou n’y vient qu’en passant. Aussi, quelques animaux sont restés les seuls maitres de ces îles australes et s'y sont propagés dans une paix profonde. Les bestiaux apportés par les Européens y sont redevenus sauvages ; on y trouve des oiseaux en quantité innombrable. Les rivières y sont Lrès poissonneuses, et le port Saint-Louis est une excellente relâche pour les navigateurs , par les secours et provisions qu'ils sont assurés d'y trouver.
Les îles Malouines sont une sorte de lerre promise pour les chasseurs ; ils n’ont, en fait de gibier, que l'embarras du choix. Ce gibier, sans défiance, ne s'éloigue que lorsqu'on vient à le toucher. On peut tuer ainsi une grande quantité d'oiseaux, de lapins et de co-
chons sauvages. Les oiseaux de proie sont d’une telle audace, qu'ils arrachent du chasseur les volatiles que le plomb mortel a frappés. Les nigauds, espèce de cormorans très mullipliés, et dont le nom indique assez la stupidité, se laissent tuer un à un sans que leurs compagnons prennent leur vol, et paraissent avoir la conscience du danger auquel ils sunt exposés.
Ces rivages sont principalement peuplés d'oiseaux palmipèdes, dont les légions s'y multiplient depuis des siècles, malgré leurs ennemis actifs et voraces, parmi lesquels il faut citer le vautour, qui exhale une odeur horriblément infecte, pour attesler son goût déprayé des cadavres. Le busard, autre espèce vorace des Malouines, se tient sur les dunes sablonneuses ; il est sans cesse au guel, et dès qu'il aperçoit un oiseau, il fond sur lui avec la rapidité de l'éclair. Le passereau se montre aux iles Malouines, comme au cap Horn et aux îles Shetland. La grive habite les lieux où croissent de petits arbrisseaux, sous lesquels elle niche, el dont les baies servent à sa nourriture. Cet oiseau ne fuit point l'approche de l'homme, maïs va sans crainte se percher à quelques pas de lui sur des mottes de gommier, L'élourneau dés Malouines a cela de remarquable, que plus il est rapproché des latitudes tempérées, plus ses brillantes couleurs s'affaiblissent. Les échassiers abondent sur les rochers.
Le premier explorateur des Malouines fut Davis, le même qui a donné son nom au détroit qui sépare le Groënland du Labrador ; compagnon de voyage de Cavendish , il fut jeté par un coup de vent sur ces îles, qu'il apercut le 12 août 1592,
C'est donc à ces coups de vent que l’on a dû la découverte des Malouines : l'amiral hollandais Simon de Cordes yeut un de ses bâtiments poussé en 1599; Schouten et Le Maire, en 1615, virent cel archipel, et Beauchesne Gouin en eut connaissance en 1601. John Strong les explora le premier, en 1690, en traversant le canal de sept à douze milles de large qui partage les îles principales, et auquel il donna le nom de Falkland, que lès Espagnols changèrent depuis en celui de San-Carlos, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Cependant les Malouines etaient encore peu connues, lorsqu'en 1764 Bougainville alla y former un établissement, qu'il fallut trois ans après céder aux Espagnols.
Le manque de bois sur ces îles serait un grand obstacle aux relâches des bâtiments si la tourbe n’y était abondante. L'île Ship en renferme des couches inépuisables, el au besoin cette tourbe peut très bien remplacer le charbon.
Un des îlots, qui a été appelé New-Island, est devenu célèbre par le séjour Solitaire d'un capitaine baleinier américain, nommé Barnard. 1 s'y frouvait au commencement de 181%, avec son navire, lorsqu'il rencontra sur la côte méridionale l'équipage d'un hâtiment anglais naufragé, composé de {rente personnes, hommes et femmes. 11 les prit généreusement à son bord, et quoique les Etats-Unis d'Amérique fussent alors en guerre avec la Grande Bretagne, il promit à ces nanfragés de les déposer sur les côtes du Brésil, en opérant son retour dans sa patrie. Pour subvenir au complément de provisions devenu nécessaire, on allait souvent à Ja chasse. Un jour que le capitaine Barvard, avec quatre de ses hommes, faisait une excursion dans l'intérieur à cel effet, les Anglais coupèrent le câble, et, sans pitié pour leur libérateur, s'éloiguèrent du rivage, emmeénant Je navire à Rio-Janeiro. L'officier américain ne revint de la chasse que pour apercevoir de loin son navire voguant à pleine voile sur l'Océan. I resta dans l'île avec ses quatre compagnons sans aucune espèce de secours, car les ingrats qu'il avait arrachés à la mortne lui avaient rien laissé. Heureusement qu'à son arrivée il avait planté des palates, et qu'un chien lui était demeuré. Le fidèle animal prenait de (emps en temps quelques cochous sauvages. Les peaux de phoques servirent de vêtement. Barnard, avec le secours de ses Compagnons ; parvint aussi à
élever une maison en pierre, qui existe ençore. Mais pour comble de malheur, les quatre matelots, qu'il avait toujours traités avec douceur, coneurent un jour le projet d'enlever l’unique embarcation qu'il possédait, et ils l'abandonnèrent seul désormais sur ce rivage : l'espérance le soutint ; il passait son temps à préparer des peaux de phoques, et à recueillir des provisions. Une ou deux fois par jour, il gravissait sur les rochers pour contempler la mer et chercher de l'œil quelque navire ; mais sans cesse il redescendait déçu et accablé de tristesse. Après quelques mois d'absence , les malelots qui n'avaient pu réussir à s'évader revin: rent à lui et il leur pardonna, Bientôt l'un d'eux osa comploter sa mort; mais par bonheur le projet fut déjoué. Barnard exila cet homme sur une petite île en lui donnant encore des provisions. Enfin, le repentir gagna le misérable, et Barnard ne trouva plus que des compagnons obéissants dans les quatre matelots qui partageaient sa destinée. Ils véeurent ainsi de gibier et de racines jusqu'à la fin de 4815, où, après deux ans de solitude et de souffrance, le nouveau Robinson Crusoé fut pris à bord avec ses compagnons, par in baleinier anglais qui les ramena dans leur pays.
Le 16 décembre 1822, l'expédition à bord de la corvelte la Coguille, ayant terminé ses travaux sur les îles Malouines, sortit de la baie Française, alla chercher la position du rocher de l’Aïgle, sans pouvoir le découvrir, aperçut, le 28, la terre des Etats , et doubla, le 29, le cap Saint-Jean, situé par 540 47 10” de lalitude sud, et 67° 8’ 20” de longitude ouest, extrémité orientale de cette terre aux monts élevés, abruples, aux rochers crevassés, noirs, dépouillés, et aux sommets couronnés de neiges éternelles, dont la blancheur éblouissante réfléchissait les rayons du soleil qui éclairait la base de ces rocs où la mer venait briser le courroux de ses flots. Il paraît que la terre des Etats, dont les côtes sont si tristes, est, dans l'intérieur, eouverte de belles forêts et arrosée par de nombreux ruisseaux, Les bois sont accessibles ; mais les montagnes présentent des flancs trop escarpés pour qu'il soit facile de les explorer. Il existe une belle rade à peu de distance de celles des îles du Nouvel-An. On y trouve quelques loutres et des phoques en grand nombre.
En s'éloignant de la terre des Etats, la corvette, franchissant le détroit de Le Maire qui sépare celte île de la Terre de Feu, coupa le méridien du cap Horn, le 31 décembre, par 57° 40° de latitude sud ; et, le 6 janvier 1823, elle courait au nord vers la côte du Chili, ayant ainsi opéré sans obstacle un passage que l'amiral Anson avait dépeint sous des couleurs si sombres, et qui ne présente que les contrariélés ordinaires à toutes les hautes latitudes, passage qui paraît même s'effec tuer avec plus de facilité dans les mois d'hiver qui, pour le cap Horn, sont ceux de juin, juillet et août, que dans toute autre saison de l'année.
Dès que la Coquille eut dépassé la côte occidentale de la Terre de Feu, elle trouva des vents et des courants sud-ouest qui accélérèrent sa roule le long dela côte occidentale de l'Amérique du Sud, et, le 19janvier, élle arriva en vue des îles de la Mocha et de Santa- Maria, dont on a coutume de prendre connaissance pour se rendre à la Conception, l'un des ports du Chili,
Le milieu de l'ile de la Mocha se trouve placé par 38° 20° 30° de latitude sud, et 760 21° 55” de longitude ouest. Celte île, située à environ quinze milles de dis stance du continent, a vingt-quatre milles de tour, est d'une hauteur moyenne, et se compose d'un groupe de monts qui, partant du centre, s'abäissent rapidement vers la mer. La côte septentrionale présente un assez bon mouillage; c'est le lieu habituel de relâche des balciniers et des pêcheurs de phoques. On y rencontre de beaux chevaux el des cochons sauvages dont la viande passe pour être excellente. On y trouve égales ment une eau pure et limpide qui jaillit de plusieurs sources, divers légumes et quelques fruits européens,
L'ile Santa-Maria est basse, éntourée de récifs, et présente, du côté du continent, un bon mouillage aux
baleiniers qui viennent y établir le centre de leurs péches. On peut s'y procurer du bois et de l'eau excellente. Cette île est située par 370 6° 40” de latitude sud, et 75° 57° 30°” de longitude ouest.
Le 20 janvier, la Coquille fut en vue de la Conception, dont la baie se révèle par deux montagnes placées à l'embouchure de la rivière Biobio, el qui, sans doute à cause de leur forme arrondie, ont reçu la dénomination de Mamelles. On reconnut ensuite le petit ‘ae Saint-Vincent et la presqu'île de Talcahuano, aquelle forme la partie occidentale de ladite baie, où se voit également l'île Quiriquina. La corvette alla jeter l'ancre devant le village de Talcahuano, qui était alors pour ainsi dire en combustion, à cause des révolutions politiques du Chili.
Au sud-est de Talcahuano, sur la rive droite du Biobio, et à trois milles de l'emhonchure de cette rivière dans l'océan Pacifique, repose la ville de la Conception, que plusieurs voyageurs nomment aussi la Motcha. Ce n'est, à proprement parler, qu'une grande bourgade, sans édifice remarquable, sans barrières, ni
orles, ni fortifications autres que celles de la nature ; a plupart de ses rues sont désertes ou ruinées, les maisons n'offrent qu'un seul étage, vu la fréquence des tremblements de terre; elles sont entourées de jardins clos de murs. Toutes les rues sont tirées au cordeau et se coupent à angles droits, ce qui forme pour leur ensemble un carré allongé, parfaitement régulier. L'intérieur des appartements est mal orné. L'hôtel du gouvernement et la cathédrale sont un peu plus apparents que le reste de la ville, dont la population, en 1823, élait de dix mille âmes. Cette ville est bâtie dans une plaine unie, entourée de montagnes.
La rivière de Biobio est la limite naturelle des possessions de la république chilienne et du territoire des Araucanos, Indiens hardis, audacieux et entreprenants, dont les chefs portent le nom de caciques. Dans la guerre, leur cruauté est insatiable. Ils montent et domptent les chevaux sauvages avec une adresse infinie; ils sont tellement agiles que souvent, lorsqu'ils s'avancent pour combattre, ils sont, la lance à la main, placés le long des flancs de leur eoursier; mais bientôt remontant sur le dos à l’aide d'une de leurs jambes, ils fondent sur l'ennemi et le blessent rapidement. Leurs femmes les suivent à la guerre, ramassent le butin, sellent et brident les chevaux. Le lasso ou corde de cuir pour prendre les animaux à la course est par eux jelé avec une dextérité merveilleuse. Ces sauvages ont la face rébarbative et le teint cuivré; cet He féroce contraste avec la douce physionomie du Chi-
ien.. .
L'Araucanos ressemble à une furie quand les feux de l'amour ont embrasé son cœur ; toute résistance est vaine ; il Jui faut assouvir sa délirante passion. A la Conception, un fils de cacique, dans un bal où il avait de admis, devenu soudain éperdûment amoureux de à fille d'un officier de l'armée chilienne, la demanda Sur l'heure en mariage. Le père, ne voulant pas contrarier le penchant de sa fille, la laissa libre de prononcer; celle-ci poussa un cri d'effroi à cetle déclaration inopinée, et cependant n'osa point refuser d'une manière positive. Comme elle balancçait, l’Arau- Canos jura qu'il viendrait l'enlever avec ses guerriers, en meltant à feu et à sang le pays. Cette menace qu'il aurait accomplie détermina Ja demoiselle à céder au désir de ce farouche amant : elle préserva ainsi de nou- Yeaux désastres sa ville nalale et ses compatriotes, auxquels plus tard elle fut dans le cas de rendre plus d'un important service, en adoucissant la captivité des prisonniers faits dans les combats partiels, car elle all parvenue à inspirer de l'humaniié à son barbare poux.
La Conception, comme tout le Chili en général, offrant une température douce et uniforme, passe pour une contrée fort salubre. Les Chiliens aiment beaucoup les plaisirs ; les grâces que les belles Chiliennes déploient dans leurs danses les enivrent de volupté.
Malheureusement le goût de fumer désenchante l’Européen, qui voit à la bouche de ces jeunes Armides pendre un cigarre ou une chique de maté ou d'herbe du Paraguay qui contribue à détruire l'émail des dents. D'un autre côté, la syphilis et la gale n’exercent ici que trap bien leur funeste et dégoûtant empire sur la majeure partie des habitants.
Après un accueil distingué et cordial de la part des autorités et des habitants de la Conception, la corvette la Coquille mit sous voile de Talcahuano, le 43 février 1823, et prit sa route vers le Pérou. Le 23, on reconnut la baie de Pisco, ensuite l'île San-Gallan, par 130 49° 30” de latitude sud, et 78° 55° 25" de longitude ouest, point d'atterrissage pour les navires qui vont à Lima, île escarpée et généralement dépourvue de végétation, étendue d'environ deux milles dans toutes les dimensions, et offrant deux plateaux élevés. Les îles Ballesta et Ghincha, situées dans le voisinage de l'île San-Gallan, forment deux petits groupes à l’entrée de la Baie de Pisee, et n'ont de remarquable qu'une couche prodigieusement épaisse d'excréments déposés par la multitude inngmbrable d'oiseaux de mer auxquels ees îles servent de refuge pendant la nuit, fiente que les Péruyiens emploient comme engrais, sous lé nom de guanoe, dans la culture du maïs.
En prolongeant la côte du Pérou, la corvette aperçut, le 25 février, les îles Pachacamae, ainsi que le Moro- Solar, situés à environ dix milles dans le sud de Lima ; elle contourna ensuile la partie septentrionale de l'ile Lorenzo pour aller, le 26, mouiller dans la baie de Callao, port de Lima, eette belle capitale du Pérou, sur les clochers de Jaguelle flottait alors le pavillon de l'indépendance.
La Coquille ne resta que peu de jours dans ce port: elle en reparlit le 4 mars 1823, et fit route vers Payla en se tenant à distance de la côte. Le 9, elle reconnut l'anse de Sechura, dont l'ouverture s'étend du sud au nord depuis la pointe de la Aguja jusqu'à la petite île Lobes, située dans l'euest de la sitla de Payta. L'île Lobos a environ deux tiers de mille du nord-ouest au sud-est, et se trouve à peu près à la même distance du rivage. Le canal qui la sépare de la côte est rempli de roches à fleur d'eau qui en rendent le passage impraticable aux navires.
Payta, dont les environs présentent un caractère tout particulier, est une bourgade placée à l'extrémité septentrionale du Pérou, par 5° 6° 4” de latitude sud, et 83° 32°.28” de longitude ouest. Ce point de la côte n'a qu'une faible importance militaire, mais c'est de là que partirent Mendana et Fernand de Quiros, en 1595, pour leur second voyage de découyertes. dans les mers du Sud. La baie de Payta n'a qu'un pétit golfe, qui présente un mouillage sûr ; quelques navires baleiniers ou contrebandiers sont les seuls qui viennent jeter l'ancre sur ee point qui n'offre aucune ressource. La bourgade est composée en grande partie de cabanes en terre, élevées dans un profond ravin sur le bord de la mer, et dominées par un immense plateau qui s'affaisse un peu vers le nord, L'aspect du terrain est affreux ; il rappelle les déserts d'Afrique, avec celte différence qu'ils offrent encore par-ci par-là quelques bouquets de palmiers; Landis qu'aux alentours de Payta, l'œil ne découvre qu'une vasle plaine brûlée, où se montrent rarement sur les sables quelques herbes desséchées. A l'horizon au sud an découvre une chaîne de petites montagnes complétement vues, et au pied de laquelle on se dirige pour arriver à Piura, ville à quatorze lieues de Payta, disiance entièrement occupée par des sables. Payla enfin n'a ni végétaux, ni eau douce, et l'on tire ces deux articles dy village de Colon, situé au nord, et qui présente dans ses environs quelques chélifs arbrisseaux ; ee village, qui du reste ne se compose que de cabanes construites en terre ou en bambous, està deux lieues de Payta, L'eau se transporle dans de grandes calebasses à d'osd'ânes. Il existe un peu plus loin au nord une pelite rivière, le Rio-del-Chira, qui va se perdre dans les marécages.
Idoles trouvées sur l’île Rawak.
La chaleur est ici très grande à trois heures du soir. Durant le séjour de la corvelte, du 10 au 22 mars, le mercure atteignit jusqu’à 48° centigrades.
La mer paraît avoir récemment recouvert le sol de Payta, qui est tertiaire, el composé de bancs épais de débris fossiles.
En résumé, les sables qui environnent Payta sont brûlants comme ceux du Sahara ou grand désert d’Afrique ; nulle rosée bienfaisante analogue au garna des côtes de Lima ne les rafraîchit, et les brumes épaisses qui s'élèvent de la mer passent au-dessus sans s'y va-
oriser, car elles ne sont précipitées en pluies que sur es forêts des Andes. L'atmosphère de Payta, fait observer M. Lesson, est trop raréfiée pour permettre à l'humidité, maintenue dans ses couches supérieures, de se faire ressentir aux couches inférieures, et par suite pour aider la végétation à s'établir et à se propager. 11 pleut un peu en hiver, et la surface du pays se couvre alors comme par enchantement de verdure; mais à peine les pluies ont-elles cessé que la pelouse magique de la veille disparaît, desséchée par les feux dévorants du soleil.
La corvelle quitta ces parages inhospitaliers, le 22 mars, et fit route au sud-ouest, dans l'intention de découvrir le Trépied, petit groupe d'îles que les cartes anciennes placent par 180 de latitude sud, et 1000 de
longitude ouest. Le 4er avril 1823, on était sur le parallèle de ce groupe, mais on ne put l'apercevoir.
L'expédition fut plus favorisée dans l'archipel Dangereux : le 22 avril, elle découvrit une île basse bien boisée et bordée de roches dans toute son étendue. Après l'avoir parfaitement reconnue, M. Duperrey lui donna le nom d'ile Clermont-Tonnerre, en l'honneur du ministre de la marine française de cette époque. Cette île est la plus orientale de l'archipel Dangereux : sa direction est est-sud-ouest et ouest-sud-ouest, sur une étendue de douze milles en longueur et de trois milles en largeur. Sa partie nord forme une chaussée circulaire non interrompue, bordée d’une belle plage de sable, et d'une végélalion dans laquelle le cocotier se fait plus particulièrement remarquer. La portion du sud n'offre qu'un banc couvert de rochers et de pelits îlots, et il existe un lagon entre ce banc et l'île proprement dite. Un mémoire de M. Duperrey, qui a bien voulu nous permettre d'y puiser ces détails, en l'absence de l'historique de son voyage dont la partie imprimée s'arrête au Chili, donne Ja position de l'île Clermont-Tonnerre par 480 28’ 10° de latitude sud, e11380 46° 50” de longilude ouest. | dé
Le 22 avril, M. Duperrey détermina la position de l'île Serles, découverte, en 4797, par le capitaine Wilson, dans son Missionary Voyage, et qui est évidemment la même que l'île aperçue, le 27 juin 1822, par le
Une ou deux fois par jour, il gravissait sur les rochers pour contempler la mer...
capitaine John Bell. Cette même île Serles est située par 110 20° 40” de latitude sud, et 39° 18° 40° de longitude ouest.
Le 24 avril, la corvette prolongea la partie septentrionale d'une île basse qui avait été aperçue la veille au coucher du soleil, et qui parut en tout semblable à l’île Clermont-Tonnerre; elle avait aussi un lagon et quelques habitants. Elle est située par 170 49” de latitude sud, et 1400 42’ 50” de longitude ouest. Evidemment l’île basse découverte, en 1822, par le capitaine David Clerk, et une autre île précédemment vue par le capitaine espagnol Bonecheo, en 1772, sont les mêmes que l'île de M. Duperrey, qui pour cette raison lui a conservé le nom de Narcisse, imposé par le navigateur espagnol, comme premier découvreur.
A côté de cette île s'en trouvent deux autres, que le capitaine Humphrey découvrit en 1822, et auxquelles M. Duperrey a donné les noms de Æ/umphrey, en l'honneur du capitaine, et Good-Hope, nom du bâtiment qu'il montait.
Le 26, la Coquille découvrit une nouvelle île par 170 54 40” de latitude sud, et 1430 15° de longitude ouest. Celte île avait été aperçue en 1819, et nommée Moller par le capitaine russe Bellingshausen. Elle n'est pas peuplée ; elle a du nord-est au sud-est environ quinze milles, et elle contourne aussi un immense lagon dans lequel il paraît que l’on peut pénétrer par
le côté occidental. Sa végétation est magnifique, mais toute sa partie méridionale paraît être un chapelet de rochers et d'ilots placés sur un récif circulaire non interrompu. !
Le soir du même jour, 26 avril, M. Duperrey apercut l’île de /a Harpe, ainsi nommée par Bougainville. Sa partie nord-ouest n'est qu'à dix milles de la partie sud-estce l'île Moller, et son aspect est le même.
M. Duperrey découvrit dans la matinée du 28 une île semblable aux précédentes, et qu'il nomma Lostange, en l'honneur d'un officier général de marine du même nom; elle giît par 18° 43’ de latitude sud, et 1440 16’ 30°” de longitude ouest. )
Le à mai 14893, il reconnut l'île haute d'Osnabruck, que Bougainville avait nommé le pic de la Boudeuse, qui était le nom de son vaisseau, île que les Taïliens appellent Maïtha; elle est située par 170 53° 5°” de latitude sud, et 4500 25° 24” de longitude ouest.
Le 5 mai, {a Coquille aperçut l'île enchanteresse de Taïti; elle alteignit la pointe Vénus à quatre heures du soir, et alla mouiller dans la baie de Malavae, auprès de l'établissement des missionnaires évangéliques, par 170 29° 21” de latitude sud, et 451° 49° 18” de longitude ouest. NET AU l
En débarquant à Taïti l'expédition française trouva en pleine vigueur un nouvel ordre de choses : les faux dieux avaient disparu, le culte d'Oro, qui exigeait tou-
2 PRET ON + a jé ie Rain ua
jours des sacrifices humains, était aboli; les Taitiens, qui auparavant professaient déjà le dogme de l'immortalité de l'âme, venaient d'épurer leurs idées à cet égard au flambeau du christianisme; les étoiles n'étaient plus les enfants du soleil et de la lune, le soleil était redevenu lui-même une simple étoile, et la lune un petit satellite voyageant avec la planète de la terre autour du soleil. Le dieu Eatoua n'avait plus le pouvoir de renverser à son gré pendant la nuit les mon tagnes, d'entasser les rochers et de combler les rivières ; ce n’était plus lui qui inspirait les songes : il avait été remplacé par l'ange Gabriel. Les morais ou cimetières venaient d'être bénits par les missionnaires, et les offrandes en poissons, chiens et porcs, avaient entièrement cessé, après seize années de guerres désastreuses que les partisans de la religion chrétienne eurent à soutenir pour triompher des idoles.
La relation imprimée du voyage de l« Coquille s'arrêtant, à l’époque où nous écrivons, à la relâche au Chili, nous devons, pour combler de notre mieux cette lacune importante, puiser à différentes sources, indépendamment du mémoire dont nous avons parlé plus haut et que nous devons à l'extrême obliseance de M. Duperrey.
Néanmoins en ce qui concerne Taïili, nous nous dispenserons de plus amples détails, puisque nous ne pourrions que répêter ceux des relations plus récentes de Kotzebue et de Beechey. Nous allons done nous éloigner de cette île justement célèbre, aujourd hui le foyer de la civilisation polynésienne, et suivre {a Coquille dans sa traversée de Taïli à l'île Borabora, située par 460 30° 4” de latitude sud, et 154° 5° 56° de longitude ouest.
La corvetie y arriva le 25 mai 4823, et aussitôt l'on dressa le plan topographique de eette ile. Le 9 juin,
toutes les recherches et la géographie de Borabora et :
des îles voisines étant terminées, la corvelte partit pour la Nouvelle-Irlande. Dans les premiers jours de celle traversée, elle prit connaissance des îles Sauvage el Eoa; mais contrariée par les vents, elle ne put découvrir les îles Santa-Cruz que dans la journée du 2 août, Le 9, on releva l'île Bougainville, et l'on raugea la partie occidentale de l’île Bouka.
L'ile Bougainville, ainsi nommée en Fhonneur du navigateur français qui la découvrit en 4767, est baule, montueuse, avec de larges ravins sur ses bords ; elle est séparée par un étroit canal de l'île Bouka, qui est située par 5° 14° de latitude sud, et 1520 14 30° de longitude ouest, île dont la surface uniforme paraît à l'œil comme un vaste plateau assez élevé. L'aspect de celte dernière île est agréable, une riche verdure l’embellit de toutes parts; et des arbres majestueux, et surtout des cocotiers. la couronnent.
Ses habitants vont absolument nus; ils ont quelques pirogues, et des flèches en roseaux, à pointe de bois très dur. Ses naturels sont les Papouas, hauts de cinq pieds trois à quatre pouces, ayant la peau d'un brunjaunâtre, les cheveux longs et frisés, et une corde qui leur entoure le ventre vis-à-vis du nombril.
La corvelle la Coquille se rendit de l'île Bouka au port Praslin, situé par 4 49° 48” de latitude sud, et 1500 28° 29” de longitude ouest sur l'ile Tombara, dépendante du groupe de la Nouvelle-Irlande, Ce nom de port Praslin lui fut donné par Bougainville, en l'honneur d'un ministre de la marine, qui ordonna le premier voyage autour du monde qu'aient exécuté les Français. Ce port est parfaitement abrité de toutes parts et protégé par une ceinture de montagnes. Un Canal de six milles marins sépare le port Praslin de l'anse aux Anglais.
Les arbres qui couvrent ce point de la côte sont conslament euveloppés de vapeurs. L'ancrage est sûr et commode, la mer unie comme une glace. De vasles forêts couvrent l'ile en lotalité et retiennent dans l'intérieur une humidité défendue des rayons da soleil par des dômes épais de verdure. A midi, la chaleur woyenne est de 26° du thermomètre centigrade, Les
orages sont fréquents ; ils se forment en un clin d'œil et se dissipent de même. Une végétation active et vigoureuse couvre le littoral et ne cesse que là où la mer lui dispute la possession du sol. D'éclatants papillons se croisent en tous sens sous des dômes de verdure ; mais de froids reptiles se logent aussi sous les écorces crevassées des arbres qui tombent en vétusté.
Les rivages du port Praslin sont parcourus par un grand nombre de sources qui descendent des montagnes, entre autres la source appelée cascade de Bougainville. Dans le voisinage et au milieu de cette ver dure éblouissante, on est souvent incommodé par la morsure de grosses fourmis très communes en ce lieu. Il y a une grande variété d'oiseaux; mais ce qui frappe l'étranger est le cri d'un corbeau, analogue à l’aboiement d'un chien.
Une île vaste comme Ja Nouvelle-frlande proprement dite nourrit sans doute plusieurs espèces de grands animaux ; mais les Français n'apercurent guère que les cochons et le couscou blane, dont les nalurels estiment beaucoup la chair : la baie abonde en poissons excellents.
Les Nouveaux-frlandais ont la peau noire, une taille de cinq pieds un à deux pouces, une épaisse chevelure laineuse, retombant sur les épaules en mèches très frisées et disposées comme en tirebouchons. Les vieillards conservent leur barbe dans toute sa longueur. Ces naturels ont les dents corrodées par l’usage de manger du bétel ; ils se frottent la peau avec de l'huile, ce qui lui donne une douceur veloutée. Tous vont entièrement nus, et laissent voir la villosité de leurs membres. Ils ignorent le procédé de la circoncision. Ces nalurels sont peu confiants et se distinguent par leur perfidie et leur penchant au vol. Le tatouage leur est inconnu; mais ils se percent la élaison du nez pour y suspendre des ornements, comme nn bâtonnet en os ou en bois. Les lobes des oreilles sont également troués pour y loger des rouleaux de cuir ou des couteaux.
L'industrie des Nouveaux-Irlandais n'est point variée. Des hommes qui vont nus et qui ne sentent point la nécessité du moindre voile pour se vêtir n’ont besoin que de satisfaire leur pure animalité. Cependant ils se sont eréé de nombreux moyens d'attaque et de défense, car souvent ils se font la guerre entre eux, comme un besoin de destruction inbérent à leur barbarie. La plus meurtrière de leurs armes est le cassetôle ou le silla, large massue en bois rouge très dur, assommoir après lequel vient la sagaie, sorte de longue pique effilée et pointue. Pour paraître plus formidables, ils se mettent dans la bouche des toulïes de fibres entortillées, qui imitent grossièrement des moustaches épaisses et volumineuses. Ils ont aussi des panaches de toutes couleurs.
Ces naturels cachent avee soin leurs femmes ; ils paraissent avoir conservé des traditions musulmanes au milieu de leurs idées païennes. Ils ont chacun plusieurs épouses el semblent en être fort jaloux.
La construction de leurs pirogues est assez soignée; ils y emploient le fer, métal qu'ils préfèrent à tout dans leurs échanges. Ces pirogues sont étroites, mais svelles et légères ; elles peuvent recevoir sept ou huit hommes. Une grande pirogue peut contenir environ quarante combattants.
Le 21 août, la Coquille fit voile du port Praslin pour l'île Waigiou, en passant entre la Nouvelle-Irlande et l'ile Amacala, nommée {le York par Carteret. On fixa exactement plusieurs points remarquables, tels que le cap Saint-Georges, le hâvre Carteret, le port Hunter, situé à la partie nord-est de lîle Amacata, les trois sommets du cap Stéphens de la Nouvelle-Bretagne, connus sous le nom de la Mère et les deux Filles. Des relèvements furent pris, le 23, sur l'île Sandwich, et les journées des 26, 27 et 28 furent consacrées à la géographie des îles découvertes, en 1616, par Schouten, au nord-est de la Nouvelle-Guinée. Le 30, par un temps magnifique, on parcourut vainement le parallèle des
îles Stéphens de Carteret : on ne put les trouver. M. Duperrey pense qu'elles n'existent pas, et que Carteret n'a eu connaissance que desîles de la Providence de Dambpier. Il est d’ailleurs certain que les îles Freewill, vuës par ce navigateur, sont les îles David.
Le 3 septembre, on apercut la côte de la Nouvelle- Guinée. Le 6, la corvette donna dans le hâvre d'Offack, situé par 49 47 de latitude sud, et 1280 22 39” de longitude ouest, à la partie septentrionale de l'île Waigiou, et fut amarrée aux arbres du rivage. MM. d'Urville et de Blosseville découvrirent une baie méridionale qui recut le nom de Crusol, en l'honneur du ministre de la marine.
Le 46, on partit pour l'île Caïeli ou île Bourou, en
complétant dans le trajet, qui dura sept jours, la recannaissance des îles Iné, Vayag, Syang, Joyi et Guebé, et en reclifiant les positions des îles Gag, Boo, Pisang, Lawn et Kakek, que l'on rencontre lorsque l'on se dirige sur le détroit de Bourou.
À peine eut-on jeté l'ancre à Caïeli, par 30 22° 33° de latitude sud, et 4240 45° 59°” de longitude ouest, que le résident hollandais, malgré la défense de son gouvernement de ne recevoir aucun bâtiment étranger dans ce port, apprenant le but scientifique de l’expédition française, lui accorda toute facilité pour relâcher indistinetement dans toutes les possessions bataves.
Une brise favorable permit à la corvette de quitter Caïeli le 1er octobre, et la conduisit à Amboine, où elle mouilla, le 4 au soir, par 30 41” 41” de latitude sud, et 1250 50° 51” de longitude ouest. Elle reprit bientôt la mer pour reconnaître la position géographique des îles du Volcan, Dog, Wetter, Babi, Cambi, Ombai et Penter ; ensuite elle vit les îles Savu et Timor, et entreprit la traversée d'Amboine au port Jackson par le eôté oceidental de la Nouvelle-Hollande, et en doublant par le côté sud Ja terre de Van-Diémen. Ce trajet, que les vents contraires ne permirent pas de rendre fructueux pour la science, fut aceompli le 17 janvier 1824, jour auquel la Coquitle entra dans la baie de Sydney, autrement dite Botany-Bay.
Ici on dut reprendre la date d'Europe, ear on comptait quatorze heures de moins que les habitants de eette colonie britannique. M. Duperrey détermina la position du fort Macquarie à Sydney par 339 51° 40” de latitude sud, et 1480 50° 8” de longitude est.
Le 20 mars 1824, la Coquille appareilla de la rade du port Jackson pour se diriger vers la pointe septentrionale de la Nouvelle-Zélande, dont, le 2 avril suivant, elle reconnut la situation au eap Knuekle sur l'entrée de la baie Oudoudou (1), par 340 50° de latitude sud, et 1710 7 de longitude est. À peine eut-on jeté l'ancre, que des pirogues chargées de plus de quatre cents naturels entourèrent la corvette. Le chef supérieur de FHippah vint offrir ses services, que l'on aecepta, ce qui inspira sur-le-champ une grande confiance aux naturels, en les décidant à venir tous les jours sans armes à bord de la Coquille, et à servir avec empressement d'escortes aux officiers durant leurs excursions dans l'intérieur.
Le 4 avril, M. Duperrey fit établir un observatoire sur le milieu de la plage Tangala-Maté, par 35° 45° 16" de latitude sud, et 1719 51° 6” de longitude est, au pied de l'Hippah de Kolakava, précisément dans le lieu où le capitaine Marion fut assassiné en 1772, el à peu de distance de la rivière de Kidikidi, sur laquelle est situé l'établissement des missionnaires évangéliques.
Dès l'arrivée de la corvette, le ehef de l'Hippah de Kidikidi vint faire visite à M. Duperrey, accompagné des principaux guerriers de sa tribu et d’un autre chef avec lequel il partage l'autorité souveraine dans la baie des îles. Les habitants de cette baie paraissent avoir du respect pour les missionnaires, mais ils n'en adoptent pas les principes, et ils n’ont encore opéré aucun €hangement bien sensible dans leurs mœurs et dans leur caractère. Leur superstition sanguinaire et l'état d'hos-
4) Ile Lauriston. A. M.
tilité dans lequel ils se complaisent ne les engagent à puiser dans nos arts que les moyens de s’entre détruire plus facilement: aussi la poudre et les armes à feu sontils les principaux articles qu'ils demandent en échange des productions de leur sol, et les Européens ne doivent qu'à ces sortes d'échanges la sécurité qu'ils trouvent sur ces rivages habités par des cannibales.
D'après les renseignements recueillis par MM, de Blosseville et Lesson, les naturels de la Nouvelle-Zélande sont d’une taille moyenne, bien constitués, grands et robustes, de couleur plus foncée que celle des mulâtres, et la teinte différente par les dessins qu'ils se font sur la peau. Leur physionomie est remarquable par son expression; elle est rarement franche et ouverte, et d'ordinaire les traits respirent une sombre férocité. Les dents sont du plus bel émail, petites et rangées avec beaucoup de régularité, La chevelure est longue, rude et noire, habituellement saupoudrée avec de la poussière d’ocre. La plupart de ces naturels conservent la barbe longue et flattante sur la poitrine. Les jeunes gens sont longtemps imberbes ; ils se distinguent par des mouvements agiles et dispos, mais ils ont les jarrets de bonne heure engorgés par l'usage de s’accroupir sur les talons.
Les femmes sont généralement petiles, quoique fortes et robustes. Elles considèrent le tatouage comme la prérogative de la noblesse. Les femmes mariées ont une taille plus haute que les filles esclaves, à cause, sans doute, de la prostitution à laquelle ces dernières sont condamnées dès qu'elles deviennent nubiles. En général les filles nobles ont les traits masculins, de grosses lèvres, la bouche large, le corps malpropre et imprégné d'odeur de poisson ou de phoque; mais elles rachètent ces désavantages par la blancheur de lears dents et par des yeux noirs remplis de feu et pleins d'expression. Les jeunes Zélandaises, dont l'heureuse ignorance ne connaît point l'usage des corsets, ont les orbes de la poitrine aussi durs que le marbre, et qui, malgré leur volume, conservent longtemps leur élastieité et leur reetitude.
Les hommes et les femmes des côtes sont d'excellents nageurs, mais ce n’est que par nécessité, et rarement par plaisir, qu'ils se jeltent à l'eau. Dans ce cas, les femmes conservent les pagnes de phormium ou lin, qui leur ceignent les reins; elles ne les quitlent pas, même pour le sommeil : elles n'en changent que lorsque ces pagnes sont entièrement usées.
Il ne faut pas attendre de ces sauvages la franchise et abandon des heureux insulaires taïliens. En effet, ces hommes, ainsi que nous l'avans déjà dit, sont traitres, dissimulés, vindicatifs, el ils poussent ces vices à lextrème. Les plus grands bicufaits, el l'amitié la plus longue, ne peuvent oblenir grâce auprès d'eux pour l'offense irréfléchie d'un woment : ils sont eannibales dans toute l'étendue du mot, et ont soin d'en faire un mystère ; ils expliquent complaisamment leurs odieuses pratiques. Menteurs et voleurs, ils vivent dans une défiance continuelle. Leur perversité est poussée si loin, que l'idée du erime leur paraît étrangère. Si un chef dérobe quelque chose à un autre chef, la guerre éclate aussitôt entre les deux tribus; mais si le Jarein n’est commis que sur un homme du peuple, celui-ci ne peut se dédommager que sur des individus de son rang: il n'a aucun recours contre un voleur illustre. La guerre est au surplus la passion dominante de ces peuplades avides de pillage; et c’est à leur système de destruction qu'il faut attribuer la population si peu considérable de leur pays.
Ils ont pour armes une grande pique, longue de vingt à (rente pieds, une autre de dix à quatorze, et le patlou-patlou, qui est pour tous les naturels de Ja Nouvelle-Zélande ee que le couteau et le poignard sont pour les [aliens et les Espagnols.
Les enfants sont très gais, se lémoignent beaucoup d'amitié, et déploient dans leur exercices une grande agilité. Les jeunes gens ne s int répulés hommes fails que quand ils ont atteint Fâge de vingt ans: alors, s'ils
ont appris à manier la lance et le pattou-pattou, et s'ils “ont une cerlaine corpulence, on les tatoue entièrement, et ils sont proclamés guerriers,
Ici la polygamie est permise : en l'absence de leurs époux, les femmes prodiguent leurs faveurs sans au-
cune distinction; le mari se trouve même flatté de
toutes les attentions qu'un blanc veut avoir pour sa femme. D'un autre côlé, la vieillesse est l’objet d'un respect général.
Chasser, pêcher, bâtir, voilà les occupations habituelles des hommes. Ils ne portent jamais de fardeaux, ce sont les femmes qui en sont chargées. Ils se procurent du feu en frottant vivement un bâton pointu dans une rainure du même bois, dont la poussière s’enflamme en un instant,
Leurs pirogues sont bien construites et décorées de sculptures. Les pirogues de guerre ont de soixante-dix à cent pieds de longueur : c’est aussi le nombre des combattants et des rameurs ; elles marchent avec une promptitude extraordinaire. La plupart des embarcations sont creusées dans un seul tronc d'arbre.
Les cabanes des Nouveaux-Zélandais sont petites et basses, et leurs villages ou hippahs se trouvent toujours sur des collines ou des lieux escarpés ou d'un difficile accès, afin de n’être point saccagés par surprise. Ces cabanes sont des gîtes où l’on ne peut pénétrer qu’en se traînant sur les genoux ou sur les mains, et les familles qu’elles abritent dorment pêle-mêle sur la paille et dans un espace très resserré, où la respiration de plusieurs individus entretient aisément la chaleur nécessaire pour combattre le froid du dehors.
L'industrie la plus perfectionnée des Nouveaux-Zélandais est la fabrication des étoffes et des paillassons, ainsi que les sacs en joncs où sont renfermées les provisions diverses. Les étoffes sont tissées de phormium, cette plante si utile qui pousse généralement près de la mer et dans les plaines basses et marécageuses ; sa tige atteint quelquefois quatorze pieds de haut, mais la longueur des feuilles est rarement de plus de dix ou douze. La partie inférieure de la plante auprès des racines, qui pénètrent à deux pieds dans la terre, est extrêmement amère. Les femmes s'en servent lorsqu'elles veulent sevrer leurs enfants, en frottant avec le suc l’extrémité de leur sein.
La Nouvelle-Zélande, sans être placée sous de hautes latitudes, subit pourtant l'influence d’une température rigoureuse, par les vents furieux qui soufflent une grande partie de l’année et par la neige qui couvre les hauteurs : aussi les habitants font-ils des provisions d'hiver. La base de leur nourriture est la racine ligneuse d'une fougère qui croît dans les plaines. Les mets accessoires sont le poisson, le cochon, et plus souvent le chien : l’eau pure est la boisson habituelle.
Les Nouveaux-Zélandais ont un chant monotone et grave qui se compose de notes gutturales, lentes et entrecoupées; il est toujours accompagné de mouvements d'yeux et de gestes mesurés très significalifs. Leur danse est une pantomime dans laquelle les acteurs changent rarement de place, et qui consiste en mouvements des membres exécutés avec une grande précision. Le seul instrument de musique est une flûte en bois assez bien travaillée.
La religion des Nouveaux-Zélandais est un paganisme idolâtre. Ils ont un puissant dieu nommé #{ua, ou maître du monde; les autres divinités lui sont subordonnées. Chaque naturel a son atua, ou espèce d'ange gardien. Les prêtres se nomment arikis, et leurs femmes remplissent les fonctions de prêtresses. On à une ferme croyance aux songes, et toutes les affaires se décident par les prêtres, seuls chargés d’interpréter les volontés célestes, Naissances, mariages, morts et jusqu'aux féslins sacrés de chair humaine, tout est accompagné de cérémonies religieuses.
Les mariages se font par achats; le futur doit offrir des présents à la famille de la fiancée. Les gens du peuple n'ont guère qu'une femme; mais les riches en ont plusieurs. L'adultère est sévèrement puni lorsqu'il
n’est point approuvé par le mari; il est vrai qu'on peut le gagner par des présents. Quant aux filles, elles sont maîtresses de leurs personnes et libres de faire autant d'heureux qu’il leur plaît.
Les jeunes filles esclaves, au contraire, sont vouées par leurs propriétaires à la prostitution, et les chefs eux-mêmes en tirent souvent un gros revenu.
Chaque tribu des Nouveaux-Zélandais forme une sorte de république, et chaque district est régi par un chef direct, dont le titre n’est reconnu qu’à la guerre. Dans son village, il n'a aucun pouvoir particulier ni aucun ordre à donner ; seulement il ne fait rien et il a droit à une dîme sur les provisions des autres familles. Ordinairement on nomme chef celui qui est réputé le plus brave. Les prisonniers de guerre sont toujours dévorés après qu'on leur a coupé la tête, laquelle demeure au chef victorieux, qui la conserve comme un trophée. Les tribus séjournent sur le champ de carnage tant qu'elles ont de la chair humaine pour s’en nourrir; on s’y livre à la joie la plus épouvantable. Les chefs envoient à leurs familles des pièces du festin.
Si l'éloignement ne permet pas que ces morceaux arrivent sans être corrompus, ils les touchent avec un bâton sacré qu'ils expédient à leurs amis, pour qu'à leur tour ceux-ci touchent avec le bâton des racines et du poisson : ils pensent par ce moyen leur transmettre la propriété et la saveur de la chair humaine. -
Si parfois on épargne quelques prisonniers, ce n’est que pour les réduire à la plus dure servitude, et ils peuvent être massacrés à la première volonté de leur maître. |
La tête d'un chef sert en quelque sorte d'étendard à sa tribu : autant le parti vainqueur s’enorgueillit de la posséder, autant le parti vaincu et sa famille surtout s'en attristent. Ces têtes sont conservées avec un grand soin. Enfin les Nouveaux-Zélandais ont pour Ja mort la plus profonde indifférence, et ils la bravent avec un sang-froid étonnant. La pitié est pour eux un mot vide de sens, à moins qu'on ne la retrouve dans le cœur de quelques jeunes filles, comme on retrouve l'innocence dans le nid de la colombe.
Quittons maintenant ces rivages inhuspitaliers et barbares, el suivons /a Coquille dans sa traversée de la Nouvelle-Zélande à l’île Oualan, l'une des Carolines.
On remit sous voiles, le 17 avril 1824, pour se diriger vers les îles Gilbert, en prenant d'abord connaissance de l’île Rotouma et de quelques autres. Le 1er mai, on se trouva devant l'île Rotouma, située par 120 39° 9” de latitude sud, et 1740 53 18” de longitude est, Île que le capitaine Edwards découvrit en 4791, et que le capitaine Wilson revit en 1797.
Cette pelite île, appelée Rotauma par ses habitants, occupe une position solitaire au milieu d’un espace de mer libre à une distance notable des archipels des Amis et des Fidjis, d’une part, des Nouvelles-Hébrides et des terres de Salomon, d'autre part. Elle paraît volcanique ; ses principaux pilons sont élevés, et la côte est défendue par un récif qui ne paraît offrir d'accès que pour les embarcations. On remarque le long des plages et sous une végétation très active une grande quantité de cases, dont les principales forment le village d'Epigi, situé auprès de la pointe sud-est.
Les naturels sont doux, bienveillants et dans cet état de simplicité primitive que présentèrent les Taïtiens à Bougainville et au capitaine Cook. Ce peuple, de même type que les Taïtiens, ne paraît point avoir de rits sanguinaires etinhumains, mais il est très adonné au vol qu'il regarde comme une action sans conséquence. C'était une transilion bien consolante, à part ce dernier vice, que de passer des cannibales de la Nouvelle- Zélande aux simples et bons habitants de Rotouma : c'était une transition de la férocité la plus terrible à Ia douceur la plus enchanteresse. La physionomie des Roloumans est pleine d'enjoûment et de gaîté ; ces insulaires portent la chevelure longue relevée en grosse touffe sur le derrière de la tête: ils la dénouent en marque de respect et de déférence, sorte d'hommage
qu'ils rendent à leurs chefs. Leurs yeux sont noirs, grands et brillants; leur nez est un peu épaté, leur bouche grande montre une double rangée de dents très blanches.
Is ne portent point la barbe longue, ils la coupent avec des coquilles ; seulementils conservent une moustache courte sur la lèvre supérieure. Les lobes des oreilles sont percés pour y placer des herbes ou des fleurs odorantes. Leurs membres sont bien proportionnés, leur peau est douce et de couleur de cuivre clair. Ils sont très propres, car ils setiennent fréquemment dans l’eau. Ces insulaires vont presque nus; ils n'ont qu'un étroit maro destiné à couvrir les parties naturelles. Ils vont généralement tête nue. Leurs femmes sont très jolies et supérieurement faites; ils pressèrent plusieurs fois, d'une voix douce et même toute féminine, les Français de venir passer la nuit dansleurs cabanes pour y dormir avec leurs femmes et teurs filles. Rien de plus naïf et de plus sérieux que les propositions de ces bous insulaires à l'égard de leurs belles compagnes.
Les Rotoumans ou Rotoumaïens ont le corps entièrement épilé; ils éprouvaient un grand dégoût en voyant les poitrines velues de nos marins. Ils se drapent le corps avec des nattes fines et bien travaillées. Îls fabriquent aussi avec des écorces d'arbres certaines étoffes analogues à celles des îles de la Société. Leur seule arme est le casse-tête, etleur principal ornement, le tatouage. Ils fabriquent aussi des filets, car ils sont très habiles pêcheurs ; ils croientaux esprits. Entreeux ils se saluent en se touchant le nez; et quand ils traitent d'affaire, ou veulent agir avec politesse, ils ont soin de toujours s'asseoir ; car la civilité, quien Europe nous porte à nous tenir debout, serait chez eux un acte très impoli. Enfin les Rotoumans ont toujours le sourire sur les lèvres, sont bruyants comme les enfants, ont l'esprit très mobile, sont très serviables et très curieux ; leur seul défaut, nous le répétons, est le vol. Sion lesprend sur le fait, ils rient en restituant le larcin.
L'île de Rotouma est montagneuse, de médiocre hauteur et très riche en verdure , par conséquent très agréable à l'œil. Elle passe pour très fertile : elle abonde en vivres de foute espèce et de même nature que ceux des îles de la Société ; elle produit conséquemment une profusion de fruits et de racines quicontribuent à l'aisance de la vie de ces heureux insulaires, en donnant à leur existence la mollesse indolente qui les caractérise.
La population de l’île paraît être d'environ quatre mille habitants.
Les Rotoumans ont un langage qui paraît avoir beaucoup de rapport avec celui des îles Tonga et de la Nouvelle-Zélande. Leur chant est très monotone; ils dansent en s’accompagnant de la voix et en faisantloutes sortes de gestes bizarres.
Les Francais trouvèrent dans cefte île plusieurs Anglais qui vivaient depuis deux mois au milieu de ces bons insulaires dont ils avaient adopté le costume, le tatouage et les mœurs. Ces Anglais, au nombre de huit, avaient été laissés par un navire sur ce rivage hospitalier. Le principal d'entre eux annonça que l'ile est divisée en vingt-quatre districts, commandés par des chefs appelés par rang d'âge à gouverner l’île entière sous le titre de chaou (i). La durée des fonctions de ce chef supérieur est de vingt lunes. Il unit le pouvoir au sacerdoce , mais il ne peut rien entreprendre sans consulter le chef des districts. Il préside aux cérémonies de la naissance et du mariage, et il prononce luimême la sentence de mort lorsqu'un individu a encouru celte peine. La nomination est consacrée par le plus ancien des chefs, qui lui verse de l'huile de coco sur la tête en présence de toute la population. Souvent il réunit les chefs, auxquels il fait rendre compte du nombre d'hommes de chaque canton en état de porter les armes , et il commande en personne les exercices militaires, soit à terre, soit dans les pirogues.
4) Les Anglais écrivent séhaou. A. M.
Lorsque le chef recoit le titre de chaou, il commet son district aux soins de son fils ou de son frère, et vient habiter le village d'Epipigi, où on lui élève une vaste maison, après avoir brûlé celle de son prédécesseur. S'il meurt dans ses fonctions, lous ses districts sont convoqués, deux enfants mâles sont sacrifiés et placés à ses côtés dans un tombeau que l'on érige sur le sommet de la plus haute montagne de l'ile. * 1
Les chefs des vingt-quatredistriets forment une classe dans laquelle leur titre est héréditaire. Les districts sont leurs propriétés , mais ils sont obligés de fournir à la nourriture du chaou et de toute sa suite. S'ils tuent un cochon ou des poules, ils doivent, avant d'y toucher, offrir le morceau le plus délicat à celui qui occupe le premier rang. Ils n’ont qu’une seule femme et n'épousent jamais que les filles des autres chefs.
Ces mêmes chefs marient les jeunes filles à qui illeur plaît, et celles-ci ne sont paslibres de refuser celui qu’on leur destine pour époux; souvent même elles ne les ont jamais vus. Quant aux filles des chefs , l’aînée doit épouser un chef; les autres, l'homme que leur père désigne sans égard au rang. Le choix ainsi fait, les deux futurs époux, pendant une ou deux nuits, doivent coucher ensemble sur la même natte, mais sans que le mariage se consomme. Le jour où il doit s’accomplir, on les conduit au bord de la mer, et ils entrent dans l’eau. La fille se couche sur le dos, et l’homme lui lave le corps; ensuite celui-ci se couche de même, et la jeune fille lui en fait autant. Cette cérémonie a lieu devant un grand nombre de témoins des deux sexes.
Alors les deux futurs époux sortent de la mer, et sont.
reconduits à la maison, où, à l’aide des instructions d'une femme âgée, la fleur de la virginité est enfin. cueillie par l'époux. Sil’existence de cetrésor était pro# blématique, le jeune homme pourrait renvoyer sa com-. pagne et en choisir une autre. Parmi le peuple, une femme reconnue infidèle peut être mise à mort; mais les filles sont maîtresses de disposer deleurs faveurs au gré de leurs penchants. Il est vrai que la virginité étant précieuse à celles qui veulent se marier, H en est bon nombre qui se vantent de la conserver, et pour celaelles se poudrent le dessus de la tête avec de la chaux de corail , et les côtés du visage avec une couleur rouge : une fois mariées, elles abandonnent cette singulière parure.
A la mort d’une personne on expose son corps dans sa case sur une natte, où il reste un jour et une nuit; on le porte ensuite dans une fosse de cinq pieds de profondeur, et on rejette la terre sur sa dépouille mortelle. La veuve se coupe la chevelure et se fait des brûlures à la poitrine. Nous savons que si c’est un chef, on immole sur sa tombe deux garçons que l’on enterre avec lui.
La douceur et l'humanité de ces insulaires s'étendent jusqu'aux bêtes; ils ne souffrent pas qu'on tue une mouche, un rat, un serpent; toutefoisiils ne respectent pas les moustiques, parce que sans doute ces insectes les incommodent un peu trop. A table les hommes mangent séparés des femmes, et ensuite celles-ci commencent leur repas, seules avec leurs enfants. La nuit on s’éclaire avec des branches de cocotiers bien sèches qui donnent une assez vive clarté.
L'affection que ces insulairesontpour les Européens
.. se manifesta, lorsqu'ils apprirent qu’un des huit An-
glais qui se trouvaient dans cette île se décidait à partir avec l'expédition française. Ils le conjurèrent tous de rester, puisqu'ils lui avaient confié le titre de chef. Ils aHèrent même jusqu’à prier M. Duperrey d'intervenir. Ils se calmèrent toutefois en apprenant que deux autres Européens, venus du-port Jackson sur {a Coquille, allaient demeurer dans cette île fortunée.
Nous la quitterons pour voguer avec la corvette vers les îles Cocal et Saint-Augustin, découvertes en 1781 par le capitaine Maurelle. La première est située par 60 5° 33” de latitude sud, et 1730 53° de longitude est, et la seconde par 50 39° 8” de latitude sud, et 1730 45° 58° de longitude est. L'île Saint-Augustin se
compose de deux îles basses situées sur un même récif.
Après avoir déterminé la position de l'ile Saint-Augustin , la corvette la Coquille fit voile vers l'archipel Gilbert, découvert par le capitaine anglais de ce nom en 4788. Ces îles sontcommunément désignées sous le nom collectif d'iles Mulgraves ; mais elles forment deux archipels, l’un septentrional et l'autre méridional, auxquels M. Duperrey a conservé les noms des capitaines Marschall et Gilbert, qui les découvrirent les premiers.
L’archipel Gilbert est situé par 10 20” de latitude sud, et 1720 40°” de longitude est, et s'étend jusqu'au 10e degré de latitude septentrionale. II se compose des îles Drummond, Sydenham, Henderville, Woodle etautres,
Les îles Drummond et Sydenham furent découvertes par le capitaine Bishop en 1799 ; M. Duperrey les reconnut, les 45 et 16 mai, en les plaçant, la première, par i0 40” de latitude sud, et1720 25° de longitudeest ; la seconde par 48° 20” de latitude sud, et 1720 12° 55” de longitude est, Il assigne à l'île Drummond une étendue de quarante milles du sud-est au nord-est: cette île présente sur cette étendue une bande très étroite, couverte de pétites îles basses bien boisées, formant un chapelet autour d’un vaste lagon qui nous a paru fermé dans toute la partie occidentale. L'ile Sydenham, que le brick l’Ælisabeth revit en 1809, et dont le commandant la nomma êle Blaney, n'a que vingt milles du sud-est &u nord-est; c'est une bande d'iles basses bien boisées, dont le lagon au sud-ouest est fermé par une ligne de récifs. Un grand nombre de cases aperçues sur les plages des deux îles annoncait une assez forte population, mais les habitants paraissaient snisérables. La couleur de leur peau est noire; “ils ont les cheveux courts et la barbe peu fournie. Ils sont complétement nus; leur cou est entouré de colliers, et leur ventre serré par un cordonnet. Les insulaires ne montraient pas de bonne foi dans leurs échanges.
Les iles Henderville, Woodle et Hopper, que {a Coquille visita gnsuite , sont situées , la première par 6° 20” de latitude nord, et 1710 22 33° de longitude est; la seconde par 14° 10” de latitude nord, et 4710 8° 54” de longitude est; la troisième par 19” de latitude nord, et 1710 42 20" de longitude est. Les îles Henderville et Woodle sont séparées par un canal qui a cinq milles de largeur; elles ont la forme d'un fer à cheval, et sont bordées par une épaisse ceinture de récifs qu'un vaste lagon occupe dans le centre, On aperçoit çà et là quelques cabanes ou huttes grossières, Les naturels vont entièrement nus et sépilent soigneusement la peau qui est fortement bronzée. Ils ont pour ornements des ceintures en coquilles. Leurs pirogues sont assez bien construites.
Quant à l'île Hopper, il paraît qu'elleest exactement identique avee l'île Simpson vue par {Elisabeth en 1809; elle est assez étendue et présente une vaste baie à la partie occidentale. LA
Le 18, on reconnut l'île Hall par 00 4° 0” de lalitude nord, et 1700 36° 13” delongitude est. La partie orientale offre une langue circulaire desable trèsétroite, uon interrompue et couverte de cocotiers. Il ÿ avait quelques nalurels sur le rivage, mais on n aperçul aucune pirogue. Li
Le 49 et le 20 mai, on reconnut l'île Gilbert par 12°
de lalitude nord, et 1700 48 30” de longitude est; l'île Knoy par 10 18° 107 de latitude nord, et 1700 40° de longitude est; les îles Charlotte par 19 54 37” de lalilude nord, et 1700 26° 25” de longitude est; l'île Mathews par 20 4 30” de latitude nord, et 1700 56 de longitude est, Ces îles formentla partie septentrionale de l'archipel Gilbert, et l'amiral Krusenslern leur a donné le nom de Scarborough que commandait le capitaine anglais Marschall.
La Coquille alla ensuite rectifier la position des îles Marscball, et passa aux îles Mulgraves, devant lesquelles elle arriva le 26 mai. Elles se composent de plusieurs iles de différente grandeur, jointes par des roches et des
bancs de sable; elles sont peu élevées, et la mer brise à une très pelite distance des plages. Ces îles sont situées par 69 7° de latitude nord, et 1690 36’ de longitude est. 1 faut y réunir les îles Bonham, siluées par 60 de Jalitude nord, et 4670 de longitude est, pour former ce qu’on appelle proprement l'archipel Marschall.
Le 30 mai, on quitta ces parages pour éntrerdans le grand archipel des îles Carolines, et l’on vit successivement l'île Boston, l'île Oualan, les îles Mac-Askill, les îles Duperrey, les îles Duperrey, les îles Hogoleu, el plusieurs autres,
Le 30 mai, la corvelte rencontra un navire baleinier américain, qui avait découvert, le 25, huit petites îles basses, par 4° 45° de latitude nord, et 1650 50° de longitude est. Le capitaine de ce navire avaitdonné au groupe le nom d'êles Boston, qui était celui du navire même.Le 3 juin 1824, la corvelte atieignit la position de l’île Oualan , que le capitaine américain Crozer avait aperçue le 20 décembre 1804. 11 lui avait donné le nom d'ile Strong, en l'honneur d'un gouverneur du Massachusets, un des Elats de l'Union. H n'eut pas de communication avec les naturels; ce fut donc pour la première fois qu’elle reçut des Européens lorsque les Français de {a Coquille débarquèrent sur cette Île, située par 50 21’ 32” de lalilude nord, et 1600 48° 22” de longitude est.
L'île Oualan se trouve isolée, à une égale distance à peu près du groupe des Carolines proprement dites, et des archipels Marschall et Gilbert. Elle est entièrement bordée par un récif de corail, quis'ouvresur quelques points pour donner accès à de très bons mouillages compris entre le rivage et lui, Le hâvre où la Coguille laissa tomber l'ancre reçut le nom de la corvette, il est placé sur la côte occidentale où la mer est calme ettranquille, Les montagnes d'Oualan, quoique revêlues jusqu'à leur sommet d'une végétation prodigieuse, décèlent une origine volcanique : la plus élevée a six cent soixante-dix-huit mètres de hauteur. Il descend de ces montagnes une quantité prodigieuse de ruisseaux. La chaleur du jour vaporise éternellement cette grande masse d’eau , dont le sol absorbe aussi une partie, ce qui fait qu'un très grand nombre de ces ruisseaux se sont creusé des lits étroits ombragés par de beaux arbres."L'abondance de l'eau, unie à la chaleur, rend l'île extrèmement féconde, et les productions végétales acquièrent ici des formes imposantes.
Les indigènes ont une physionomie douce, la laille moyenne , la couleur un peu foncée et l'abord agréable. Les femmes sont gracieuses et bien faites; elles brillent par la blancheur de leurs dents et la vivacité de leurs yeux , tout en conservant la pudeur qui inspire le respect. Mais si elles ontsous ce rapportun avantage sur les Nouvelles-Zélandaises, elles n'ont point la gorge aussi belle ; les jeunes filles mêmes font peu d’exception à la règle.
L'île est régie par uu chef suprème qui porte le litre de urosse-tone, les autres chefs se nomment simplement urosses, Ils commandent les divers districis de l'île, ou entourent l’urosse-tone ou roi,dans Lélé, village que l’on peut regarder comme la capitale de l'ile. On ne prononce le nom de l'urosse-tone qu'avec la plus profonde vénéralion. On ne Jui parle qu'à genoux, on ne l'approche qu'en rampant sur les mains, et on ne se relève que quandil s'est déjà éloigné.
Le village de Lélé, lieu principal de l'île, est parlagé en rues eten quartiers, en même temps que le pourtour de l'île du mème nom est enveloppé d'une ceinture de murailles composées de gros fragments de corail, et hautes de quinze à vingt pieds. C’est là que l'on eñterre les chefs.
La corvelte la Coquille appareilla, le 15 juin, d'Oualan, elreconnut, le17,les îles Mac-Askill, découvertes, en 1809, par le capilaine anglais de ce nom. Ce sont de pelitesiles basses reposantsur le même récif, par 60 36'de latitude nord, et 158° 27° de longitude est, Elles sontcouvertes de nombreux végétaux et de beaux arbres; elles sont habitées: les insulaires manientavec habileté leurs
pirogues. Ils apportèrent à l'expédition française une grande quantité de cocos, que l'on trouva délicieux.
Le 18 juin, la corvelte découvrit trois îles basses, qui, n'étant pas poriées sur les cartes, devinrent une conquête pour l'expédition de {a Coquille, et les officiers Jeur donnèrent le nom d'îles Duperrey, en l'honneur de leur commandant. Elles reposent sur un même récif, et comprennent entre elles un lagon qui n’a d'accès que pour les pirogues. Les naturels nomment l'ile du nord Ougai, celle de l'est Mongoul, et celle du sud Aoura. Le groupe est situé par 90 39° de latitude nord, et 457° 29° 26” de longitude est.
Les habitants de ces îles sont grands, forts et bien constitués. Ils ont la peau souple, lisse et peu foncée en couleur ; les cheveux noirs, ondulés et flottants sur les épaules; la physionomie ouverte et bienveillante, un air de gaîlé continuel, et le sourire toujours sur la bouche, qui ne s'ouvre que pour laisser voir des dents du plus bel émail, Jls n'ont pour tout vêtement qu'un étroit maro, dont l'étoffe est teinte en jaune orangé très vif. Un tatouage compliqué leur couvre loute la surface du corps. Malheureusement ces insulaires sont sujets à la lèpre, maladie due à l'ichthyophagie.
Le 23 juin, La Coquille découvrit une nouvelle île basse que M. Duperrey nomma île d’Urville, parce que sans doute elle avait été aperçue d'abord par cet habile marin; elle gît par 70 5 18” de latitude nord, et 1500 46° 52” de longitude est ; elle est couverte d'une magnifique végétation , mais elle n a guère plus d'un mille d'étendue.
Le 24 juin, la Coquille aperçut à l'ouest-sud-est une terre haute, divisée en petits mondrains ou petites îles. Le 25, elle rangea la partie septentrionale, et reçut à bord les naturels de l’une de ces îles qui leur donnèrent les noms de Pise, Pisémeo, Ruac, Lamoil, Falchu, Ulalu, Iros, Falang, Tol, etc. La concordance de plusieurs de ces noms avec la carte de Cantova fit connaître que c'était le groupe Hogoleu, situé vers le 7e dégré de latitude nord et le 149e de longitude est.
Ce groupe considérable dont, avant le passage de la corvelle La Coquille, on ne connaissait encore que l'ile haute appelée Dublon, consiste en deux systèmes de petites îles hautes et au nombre de trente-sept, dont les pitons décèlent une origine volcanique. Elles sont couvertes d’une riche verdure et entourées d'un immense développement de récifs , tandis que des lagons profonds occupent l'intérieur, Les habitants sont en tout semblables aux Carolins déjà décrits par d'autres navigateurs; ils se montrèrent turbulents et hospitaliers. Tous avaient des chapeaux coniques faits en feuilles de vaquois et de ponchos, à la manière des Araucanos du Chili; ils n'avaient d’autres armes que des frondes tressées avec art; ils possédaient des pirogues à voiles; quelques-uns étaient latoués sur la poitrine et sur les jambes ; ils avaient les lobes des oreilles fendus et liraillés par l'habitude d'y placer des bâtonnets. Ils se montrèrent pêcheurs habiles, et conduisaient leurs pirogues avec beaucoup d'adresse.
En s'éloignant de l'archipel Hogoleu, la corvette visita, le 30 juin, la pelite île Tamatam, découverte ainsi que deux autres, en 1801, par le navigateur espagnol Ibargoitia. Les naturels ne diffèrent point de ceux d'Hogoleu, dont nous venons de citer l'archipel : maro, poncho, chapeau conique, oreilles trouées, lout paraît identique, de même que les colliers à grains noirs et blancs, longs de cinq pieds, et dont les naturels se ser: vent comme de balanciers lorsqu'ils dansent. Ces indigènes, se moutrèrent d'assez bonne foi dans les marchés , mais ils décélèrent aussi leur penchant au vol.
Le 3 juillet, la corvelle la Coquille découvrit une petite île basse, par 80 11° 53°” de latitude nord, et 4470 20° 10°” de longitude est. Elle repose sur un plateau de coraii d'environ un mille de diamètre.
Le 5, on prit connaissance de l'île Satahoual que le capitaine Wilson appela Tucker, du nom d'un matelot suedois qu'il y laissa. Elle est située par 7° 21° 52” de latitude nord, et 1440 46° 36°” de longitude est. Elle n’a
guère qu'un mille de diamètre. Ses habitants sont d'excellénts marins qui font de fréquents voyages à Guam pour s'y procurer desinstruments de fer, métal qu'ils nomment loulou, Ces insulaires étaient complétement nus : trois ou quatre seulementavaient un chapeau chinois : quelques jeunes gens portaient des fleurs sur la tête.
La corvetlé rangea de près cette île, avec le projet de visiter ensuite les îles Lamoursek, Elat, Ifetouk, Guliay; mais la saison trop avancée ne le permit point. IL fallut donc voguer vers la Nouvelle-Guinée, et la Coquille mouilla, le 26 juillet, au hâvre de Doreri par 510 49’ de latitude sud, et 1319 45° 6” de longitude est,
La corvette quitta le hâvre de Doreri le 9 août 1824, et rangea la côte de la Nouvelle-Guinée pour aller relever le cap de Bonne-Espérance de cette terre par 49° de latitude sud, et 4300 5’ 21” de longitude est. Le 13, elle était devant l'île Rawak, par 1” 14° de latilude sud, et 128° 36° 25° de longitude est.
Continuant sa route vers les îles Moluques, elle vit successivement les îles Vayag au nord de Rouib, et les îles Guébé, Pisang et Bourou. Le 21, elle donna dans le détroit de Wigan-Wigan, compris entre les îles Toukan-Bessy et la partie sud-est de l'île Boutoun. Le 24, elle passa le détroit de Salayer par 50 41’ 20” de latitude sud, et 1180 7° 45” de longitude est. Le 27, elle prit connaissance de la pointe orientale de Sadura, et, le 29, elle mouilla à l'entrée de larivière de Sourabaya par 70 12° 31° de latitude sud , et 1109 239” de longitude est.
La corvette remit à la voile Le 41 septembre, traversa; le 15, la baie de Batavia, était, le 27, au-delà du détroit de la Sonde, et mouillait, le 8 octobre, au Port-Louis de l'Ile-de-France. Elle en repartit, le 16 novembre, pour toucher, le 19, à la rade Saint-Denis de l'île Bourbon, la quitter, le 28, et atteindre, le 19,le cap de Bonne- Espérance.
Le 3 janvier 1895, elle mouilla devant Jamestown, port de l'île Sainte-Hélène, dont le roc brûlé s'élève au milieu de l'océan Atlantique avec ses flancs taillés en hautes murailles verticales. Cette île gît par 150 55° de latitude sud, et 7° 59° 8” de longitude ouest, à douze cents milles des côtes d'Afrique, à neuf cents milles de celles d'Amérique, à six cents milles de l'île de lAscension et à douze cents milles de l'île Tristan d'Acunha. Sa plus grande longueur est de trois lieues, sa largeur de deux lieues, et sa circonférence de huit; celte Île, par sa position géographique, est considérée par les Anglais comme leur Gibrallar des mers de 1 Inde.
Vue de la mer, elle paraît triste et nue ; mais quelques vallées y présentent une verdure agréable. Le
Climat est salubre et le ciel généralement serein, En
avangant dans l'intérieur on rencontre des paysages romantiques, notamment dans la vallée de Sinn, $i propre à inspirer de profondes réflexions, puisque c'est là que reposent, voilés par de grands saules pleureurs, les restes de Napoléon Bonaparte, près desquels veille puit et jour une sentinelle anglaise.
Le 11 janvier 1895, la corvelte la Coquille se dirigea sur l'île de l'Ascension qu'elle atteignit le 18, par 70 55 de latitude sud, et 160 4% 25” de longitude ouest.
Cette île est, comme Sainte-Hélène, sous la domination anglaise ; elle était autrefois déserte : elle commence à offrir un coup d'œil intéressant pour l'observaleur. L'Angletese y entretient un poste militaire d'environ soixante hommes, poste relevé tous les trois ans, etdestliné à conserver dans de vastes magasins les vivres de campagne et tous les matériaux nécessaires au ravitaillement des vaisseaux britanniques. La baie Sandy est défendue par quatorze canons de différents calibres ; le sol de l'île est volcanique ; une montagne assez élevée en occupe le centre, et ses flancs présentent aujourd'hui quelques traces de culture. Les contours de l'île sont très déchiquetés ; il n’y a point de port proprement dit, et l'on mouille sous le vent, L’Ascension n’a commencé d'être habitée d'une manière
\ fixe qu'en 1815, lorsque Napoléon fut transporté à Sainte-Hélène. Peu à peu, le nombre des habitants s’est augmenté ; et lors du passage de {a Coquille, ils étaient deux cent vingt-quatre hommes, non compris quelques femmes. Les Anglais, en prenant possession de cette île, y avaient trouvé beaucoup de chèvres et de chats sauvages; ils détruisirent ces derniers animaux et les remplacèrent par des cochons et des poules, en les abandonnant à leur prospérité naturelle. Malgré cette ressource, on est encore obligé d'envoyer tous les ans des vivres salés pour une grande partie de la garnison : les seuls aliments frais qu'on puisse distribuer sont des tortues, du poisson et des légumes. On a commencé à planter des arbres, car il n'y en avait pas de naturels à cette terre. L'eau est rare : on la recueille goutte à goutte en trois ou quatre endroits pendant huit mois de l’année, dans des tonneaux défoncés par un bout et communiquant entre eux par des
conduits. Lire : Te L'air qu'on respire à l’Ascension est très sain , la
température y est agréable, et les convulsions de l'atmosphère ne s'y manifestent jamais. Les pluies sont rares; mais presque toujours une brume épaisse enveloppe le sommet de la plus haute montagne élevée de huit cent soixante-trois mètres au-dessus du niveau de la mer. La température de ce sommet diffère de dix à douze degrés de celle de la plaine. Dans la saison des pluies, qui est la plus fraîche, le minimum du thermomètre de Fahreinheit est sur la plage à 700, et dans la plaine à 580. Dans les autres saisons, le maximum dela chaleur est sur la plage à 920, et sur la montagne de 800; par conséquent il ne gèle jamais. | Le 28 janvier 1895, la corvette /a Coquille sortit de la baie Sandy de l'Ascension, entra, le 9 mars, dans le détroit de Gibraltar, et, pénétrant dans la Méditerranée, vint mouiller à Marseille, le 24 du même mois de mars 1895, après une absence de trente-un mois treize jours, pendant lesquels elle avait parcouru vingt-quatre mille huit cent quatre-vingt-quatorze lieues sans avoir perdu un seul homme et sans avoir éprouvé d’avaries.
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Les prisonniers de guerre sont toujours dévorés..….