‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 43 sur 179 · LS ZT NN 7 AN · texte numérisé non relu

LS ZT NN 7 AN

Et le vainqueur annonçait son triomphe par une multitude de gestes...

Navigation après notre départ de la Géorgie. Découverte de la terre de Sandwich. Raisons qui semblent prouver qu’il y a une terre aux enyirons du pôle austral.

Le 25 janvier, nous gouvernâmes est-sud-est. Voyant, le 26, une terre à l'est, j'ordonnai de gouverner sud : nous étions par 56° 33° de latitude sud, et 310 10° de longitude ouest. Le 27 nous continuâmes de porter le cap au sud, et nous atteignimes le 60° degré delatitude,

Le 30, je fis voile à travers beaucoup de glaces flottantes, et je dépassai deux grandes îles. Le ciel fut continuellement brumeux , accompagné de pluie neigeuse ou de neige, Nous élions par 59° 30° de latitude sud , et 29° 24° de longitude ouest.

Le 31, nous reconnümes trois îlots de roche d’une hauteur considérable, noirs, caverneux et perpendiculaires, habités par des troupes de nigauds, et battus par des houles terribles : des brouillards épais voilaient la partie supérieure des montagnes. Le plus extérieur des ilots se terminait en un pic élevé, pareil à un pain de sucre , et il fut appelé pic de Freeze-Land, du nom de celui qui le découvrit le premier. Tout le monde crut que la hauteur perpendiculaire de ce pie n’était guère moins de deux milles. Notre latitude était de 590 sud, et notre longitude de 270 ouest. Derrière, et à l'ouest de ce pic, se montrait une côte élevée, dont les sommets couverts de neige se voyaient au-dessus

des nuages : je la nommai cap Bristol, en l'honneur : de la noble famille d'Hervey. Nous apercevions au sud-* est une autre côte élevée par 590 13’ 30” sud, et 270 45° longitude ouest. J'appelai cette terre Thuléaustrale, parce que c’est la terrela plus méridionale qu’on ait encore découverte (1) : elle présente une surface très haute, et elle est parlout couverte de neige. Quelques personnes de l’équipage crurent voir terre dans l’espace qui est entre Thulé et le cap Bristol: il est plus que probable que ces deux terres sont liées, et que cel intervalle est une baie profonde, que j'ai appelée baie Forster. “

A une heure, comme nous ne pouvions pas doubler Thulé , nous revirâmes pour porter au nord, et à quatre heures le pic de Freeze-Land nous restait à l'est à trois ou quatre lieues. Bientôt après il n’y eut que peu de vent, et nous fûmes abandonnés à la merci d'une grosse houle de l’ouest qui portait directement sur la côte, Et

Le sommet des hautes montagnes étant “enveloppé de brouillards, et les flancs d'une neige qui se prolon-

(4) On sait que Weddell, en 1893, a dépassé le 74e degré de latitude sud, et que le capitaine Biscoe, en 1831 et 1839, a découvert une grande île (celle d'Enderbÿ) par le 66e degré, c’est-à-dire à plus de 6 degrés au-delà de la Thulé australe ou terre de Sandwich, de Cook, A. M.

Mort du capitaine Cook.

geail jusqu’au bord de l’eau, il aurait été difficile de prononcer si nous voyions une {erre ou une ile de glace, si des rochers creux n'avaient montré en quelques endroits leurs cavernes noires.

Le i®r féviier 1775, nous découvrimes une nouvelle côte ; c'était un promontoire que je nommai cap Montagu : il gît par 589 27 de latitude sud, et 260 44 de longitude ouest, et à sept ou huit lieues du cap Bristol].

Le 3 nous apercumes alors la terre que nous cherchions, et que nous reconnûmes ensuite pour être deux îles. Je les appelai 4/es de la Chandeleur, à cause du jour où on les a découvertes : elles gisent par 570 44’ de latitude sud, et 270 6’ de longitude ouest. Elles ne sont pas d'une grande étendue, mais d’une élévation considérable, et une neige en couvrait partout la surface. Nous vimes un petit rocher entre elles, et peutêtre qu'il y en a plusieurs autres, car le temps était si brumeux , que nous perdimes bientôt les îles de vue, et nous ne les revimes pas jusqu’à midi : elles nous reslaient alors à l'ouest, à la distance de trois ou quatre lieues.

Le 6, par 570 8’ latitude sud, et 230 34’ longitude ouest, nOus vimes une terre que je nommai Zerre de Sandwich. C'est un groupe d'îles, ou une pointe du continent ; Car jecrois fermement qu'il ya près du pôle

une étendue de terre où se forment la plupart des glaces répandues sur ce vaste océan méridional (1).

Je mis le cap à l'est avec un vent très fort du nord, accompagné de neige qui tombait en gros flocons. La quantité qui remplissait nos voiles était si grande que nous étions souvent obligés de jeter le vaisseau dans le milieu du vent pour les en débarrasser : sans cette précaution, la voilure et le bâtiment n'auraient pas pu en supporter le poids.

Le 21 nous avions fait treize degrés de longitude dans le parallèle où l’on place la Lerre de Bouvet (2) : j'étais donc bien assuré que ce qu'il avait vu ne pouvait être qu'une île de glace ; car s’il avait vu une terre, quelque petite qu’elle fût, il serait difficile que nous l’eussions manquée.

(1) Forster est d’un avis différent de celui de Cook. 11 fait à cette occasion une remarque fort raisonnable, On a prouvé que l’eau de la mer se gèle, et que la glace ainsi formée ne contient aucune particule de sel, excepté aux endroits où elle touche l’eau de la mer, qui alors s’introduit dans ses pores et ses interstices. A.-M

(1) Le capitaine Furneaux, après avoir reconnu l’espace où les cartes placent le golfe Saint-Sébastien, et passé entre les deux terres de la Géorgie et de Sandwich, traversa le méridien du cap de la Circoncision sans rencontrer de terre.

or —— nes a

Récapitulation de ce qui a été fait pendant ce voyage. Conjectures sur la formation des îles de glace. Suite de notre navigation jusqu’à notre arrivée au cap de Bonne-Espérance.

J'ai faitle tour de l'hémisphère austral dans une haute latitude, et je l'ai traversé de manière à prouver, sans réplique, qu'il n’y a point de continent, à moins qu'il ne soit près du pôle et hors de la portée des navigateurs. En parcourant deux fois la mer du tropique, j'ai déterminé la position de quelques terres anciennement découvertes, et j'en ai découvert un grand nombre de nouvelles : je crois que j'ai laissé peu de chose à faire en ce genre dans cette partie du globe ; je me flatte aussi que l'objet de l'expédition a élé, à tous égards, parfaitement rempli, l'hémisphère austral assez reconnu, et qu'après celte relation on ne parlera plus du continent austral, qui a occupé l'attention de quelques-unes des puissances maritimes dans un intervalle de près de deux siècles. et exercé les spéculationsdes géographes de tous les âges.

Sans doute il peut y avoir un continent, ou une grande étendue de terre près du pôle ; je pense même qu'ily en a véritablement un, et il est probable que nous en avons vu une partie. Le froid excessif, legrand nombre d'îles, et les vastes radeaux de glace, touttend à prouver qu'il y à une terre au sud ; je suis persuadé aussi que celte terre australe doit être située, où s'étendre plus loin au nord, vis-à-vis la mer Atlantique australe et vis-à-vis la mer de l'Inde; le degré de froid que nous avons éprouvé, plus considérable dans ces mers que dans la mer Pacifique du sud sousles mêmes parallèles, en est une preuve (1).

La nature condamne ces contrées à una froid perpétuel; elles ne sentent jamais la chaleur des rayons du soleil, el je ne connais point, dans notre langue, de termes qui puissent exprimer combien leur aspect est horrible et sauvage (2). Si telles sont lesterres quenous avons découvertes, que peut-on attendre de celles qui gisent encore plus loin au sud? car il y a apparence que nous avons vu les plus belles, puisqu'elles sont situées plus au nord. Siquelque navigateur avait assez de constance et d’intrépidité pour éclaircir ce point,en s'avançant au sud plus loin que moi, je neluienvierais pas l'honneur de ces découvertes; mais j'ose dire que le public n’en retirera aucun avantage.

Une foule de considérations me déterminèrent à ne pas rechercher davantage les découvertes des Français, età-gouvernersur le cap de Bonne-Espérance ; je vou- Jais cependant retrouver les îles de Denia et de Marsevenn , marquées, dans la carte de variation du docteur Halley, par 410 et demi de latitudesud, etenviron 40 de longitude à l’est du méridien du cap de Bonne- Espérance. Je gouvernai done nord-est, et le 26, à midi, nous vîimes la dernière ile de glace par 520 42 de latitude sud, et 260 31° de longitude est.

Le 22 mars nous aperçûmes la montagne de la Table au-dessus de la ville du Cap. Ce jour, qui était pour nous le mercredi 22, mais pour les habitants du Cap le mardi 21, nous jetâmes l'ancre dans la baie de la Table, où mouillaient plusieurs vaisseaux hollandais, français el'anglais.

J'appris alors que l’ Aventure avait relâché au Cap en retournant en Angleterre, et j'y trouvai une lettre du capitaine Furneaux, qui m'averlissait de la perte désa-chaloupe et de dix de ses meilleurs hommes dans le canal de la Reine Charlotte; il m'a communiqué ensuile, à mon arrivée en Anglelerre, une narra-

{1) Les conjectures du Capitaine Cook se sont en quelque sorte réalisées dans la découverte de la Terre d'Enderby, en 1831, par le capitaine Biscoe. A. M.

{4} La Torre d'Enderby, découverte en F831, est dans ce cas : elle ne présen'e ni êtres vivants ni végétation d’aucune ‘sa A. M.

tion complète de sa marche'et de son voyage depuis le moment de noire séparation.

Dernière relâche au cap de Bonne-Espérance. Récit de quelques découvertes faites par les Français, et arrivée du vaisseau à Sainte-Hélène.

Nous eûmes un plaisir inexprimable de recevoir des nouvelles de nos amis d'Angleterre : nous nous sehtions renaître en conversant avec les Européens. Nous apprimes ce qui était arrivé pendant notre absence : la révolution du gouvernement de Suède, opérée par un jeune prince, l'émule de Gustave Vasa; une héroïne qui achevait de créer et de policer lempire de Russie, et qui triomphait du superbe Ottoman; le partage de la Pologne par lrois grandes puissances, et beaucoup d'autres événements moins considérables s'offrirent tout-à-coup à notre imagination:

Nous appareillâmes le 27 mars; et le 15 mai nous découvrimes Sainte-Hélène. Nous mouillämes dans la rade devant la ville, au côté nord-ouest de l'île.

La ville est enfermée de chaque côté par une montagne escarpée, qui paraît d'abord plus brûlée et plus sanvage que l'île de Pâques. Cependant, au fond de la vallée, nous apercumes d'autres collines revêtues de verdure,

On à construit sur le bord de la mer des escaliers par où on débarque; ils étaient nécessaires, car la houle brise avec beaucoup de violence sur toutes les parties de la côte. Il y a plusieurs portes à pont-levis et une batterie considérable, qui fait face à l'esplanade ornée d’une belle promenade de bananiers.

De Sainte-Hélène, nous partimes pour Lile de l'Ascension, et de là pour les côtes de Brésil et les Acores. |

Enfin, le 29, nous découvrimes terre près de Plymouth. Le lendemain au malin rous mouillâmes à Spithead ; le même jour je débarquai à Portsmouth, et je partis pour Londres.

Il s'était écoulé trois ans et dix-huit jours depuis notre départ d'Angleterre, et dans une navigation si longue par tous les climats, je ne perdis que quatre hommes : un seul mourut de maladie.

Mr QE— —

TROISIÈME VOYAGE

PRÉLIMINAIRE

Les deux premiers voyages de Cook avaient ouvert de-nouvelles routes à la navigation dans la mer du Sud et vers les régions australes. Le troisième. devait en chercher aux régions boréales, où son objet était de reconnaitre et de déterminer les bornes de l'Asie et de l'Amérique, et de pénétrer dans la mer du Nord par le cap nord-est de l'Asie. On comprenait que, s'il était possible de découvrir un passage praticable, on abrégerait beaucoup les voyages au Japon et à la Chine, comme aux Indes en général, en renonçant au long el ennuyeux détour du cap. de Bonve-Espérance. Nous aurons plus lard occasion de revenir Sur ce passage nord-ouest, qui rentre également dans la sphère des voyages autour du monde; c'est alors que nous rappellerons les tentatives antérieures et postérieures à Celles de Cook : ici nous n'avons à nous occuper que de ces dernières, et elles sont toutes dans son troisième voyage.

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PREMIÈRE SECTION

Premières opérations du voyage jusqu'à notre départ de la Nouvelle-Zélande.

Préparatifs du voyage. Traversée de la Résolution de Deptfort à Plymouth.

Je reçus, le 9 février 4776, une commission qui me nommait commandant de la corvette de Sa Majesté /a Résolution. Je me rendis à hord le lendemain. L'amirauté acheta en même temps /a Découverte, vaisseau de trois cents tonneaux, et elle en donna le commandément au capitaine Clerke, qui avait été mon second lieutenant durant mon second voyage autour du monde. |

Nos préparatifs étant achevés, on m'ordonna de me rendre à Plymouth, et de prendre /& Découverte sous mon commandement. Je donnai deux ordres au capitaine Clerke, l'un de me reconnaître pour le commandant en chef, et l'autre de conduire son vaisseau à Plymouth.

Le 30 juin nous mouillâmes dans le canal de Plymoutb, où /& Découverte n'était arrivée que trois jours auparavant.

La Résolution avait le même nombre d'officiers, de matelots et de soldats de marine que dans son premier voyage (1). Le complément de /a Découverte était aussi le même que celui de /’Aventure, excepté seulement que six soldats de marine qu'elle avait à bord s'y trouvaient sans officier. Nous devions prendre à Plymouih les hommes qui nous manquaient , et le 9 nous recûmes le détachement de soldats de marine que nous donnait l'amirauté. Le colonel Bell, qui commandait la division de ce port, me choisit des hommes sains, courageux et robustes, dont je fus très satisfait.

Le 42 juillet nous mimes à la voile, et nous dépassâmes tous les vaisseaux qui étaient dans le canal; nous en sortimes avec une jolie brise du nord-ouest.

Traversée d'Angleterre à Ténériffe. Relâche. Quelques détails sur l’île de Ténériffe,

Le47.et le 18 nous étions par le travers d'Ouessant. Le 22, nous portâmes le cap à l'ouest, et nous découvrîimes le cap Ortégal; nous étions alors par 440 6’ de latitude nord, et la montre marine établissait notre longitude à 80 23 ouest. Après deux jours de calme nous dépassâmes le cap Finistère, et le 4er août nous doublâmes la pointe orientale de Ténériffe, et nous mouillâmes au côté sud-est dans la rade de Sainte- Croix.

La rade de Sainte Croix est placée devant la ville du même nom , au côté sud-est de l'île. On m'a dit que c'est la meilleure de Ténériffe : elle est bien abritée, elle est vaste, et son fond est de bonne tenue, Elle se trouve entièrement ouverte aux vents du sud-est et du sud ; mais ces vents ne sont jamais de longue durée.

On nous vendit une quantité considérable de provisions.

La ville de Laguna (2), qui a pris son nom d'un lac voisin, et qui est éloignée de Sainte-Croix d'environ quatre milles , est assez vaste, mais mérite à peine le nom de ville. La disposition de ses rues est très irrégulière; cependant quelques-unes sont d'une largeur

(1) Le premier voyage de La Résolution fut le second du capitaine Cook. A. M.

(2) Son nom espagnol est Saint-Christobal de La Laguna ; elle passe pour la capitale de l'ile, Les gens de loi et ceux des habitants qui vivent noblement y résident. Cependant le gouverneur-général des iles Canaries réside à Sainte-

- Croix, qui est le centre du commerce avec l'Europe et l’Amérique. A. M.

passable, et on y voit des maisons assez propres. En général, cependant , Sainte-Croix, quoique beaucoup plus petite, offre un aspect bien supérieur.

La race trouvée dans l'île par les Espagnols lors de la découverte des Canaries ne forme plus une peuplade séparée (1) ; les mariages ont confondu les naturelset les colons, mais on reconnaît les descendants des premiers ; ils sont d'une grande taille, leur stature est forte, et ils ont des os d'une grosseur remarquable ; le teint des hommes en général est basané; le visage des femmes offre de la pâleur, et on n'y voit point celie teinte vermeille qui distingue nos beautés des pays du Nord. Elles portent des habits noirs comme en Espagne; les hommes paraissent moins asservis à cel usage, et ils ont des vêtements de toutes sortes de couleur, à l'exemple des Français, dont ils imitent d'ailleurs les modes.

Départ de Ténériffe. Arrivée au cap de Bonne-Espéranc. Relâche au Cap. Jonction de la Découverte.

Après avoir rempli nos futailles, embarqué toutes les autres choses dont nous avions besoin, nous appareillâmes de Ténériffe le 4 août, et nous continuâmes notre route avec un bon vent du nord-est.

Le 10, à neuf heures du soir, nous vimes l'île de Bonavista dans le sud. Le 13, nous étions à l'entrée du port Praya, île Saint-Tago ; comme /a« Découverte n'y était pas et que nous avious consommé peu d’eau depuis notre départ de Ténériffe, je ne crus pas devoir relâcher, et je cinglai au sud.

Le lendemain du jour où nous quittâmes les îles du Cap-Vert, nous perdimes le vent alisé nord-est, et nous n’atteignimes que le 30 celui qui souffle de la partie du sud-est; le 30, nous étions par 20 de latitude nord, et au 25€ degré de longitude ouest.

Le 1e septembre nous coupâmes l'équateur par 27° 38° de longitude ouest. Nous avions un bon vent sud-est-quart-sud. Le 8, nous étions par 80 57 de lalitude sud, c'est-à-dire un peu au sud du cap Saint- Augustin, partie de la côte du Brésil: notre longitude se trouvait de 34° 16’ ouest.

Le 17, nous découvrimes le cap de Bonne-Espéranee, et le lendemain nous mouillâmes dans la baie de la Table. La Découverte n'y arriva que le 10 novembre.

Les deux vaisseaux appareillent du cap de Bonne-Espérance. Vue de deux iles que j'ai nommées [les du Prince Edouard. Leur aspect. Reconnaissance de la terre de Kuerguelen. Arrivée au hâvre de Noël.

Ayant donné au capitaine Clerke une copie de mes instructions et un ordre particulier sur ce qu'il devait faire si les vaisseaux se séparaient, nous nous rendimes à bord le 30 novembre, et le 3 décembre nous nous éloignâmes de la terre en gouvernant au sil-est.

Le 12, nous découvrimes deux îles, ainsi que quatre autres siluées de 9 à 120 de longitude plus à l'est, et à peu près à la même latitude, découvertes au mois de janvier 4772, par les capitaines François Marioh, Dufresne et Crozat, qui allaient du cap de Bonne-Espérance aux Philippines, Elles n'ont point de nom dans la carte de l'hémisphère austral que me donna M. Crozaten 1775 ; et j'appellerai les deux que nous vimes {/es du Prince Edouard, nom du quatrième fils de Sa Majesté. J'ai laissé aux quatre autres ceux d’iles de Marion et d'iles de Crozat, afin derappeler le souvenir des navigateurs qui les ont découvertes.

La rigueur du climat ne me découragea point, et, après avoir dépassé le travers desilesdu Prince Edouard, je changeai de roule, afin d'aller au sud des aulresiles,

(4) Lorsque Glas parcournt l'ile de Ténériffe, il y avait encore quelques familles de Guanches dont le sang ne s'était pas mêlé avec celui des Espagnols. A. M.

A PR sn Re ie coneemes |. - RON e eo dE

et d'atteindre la latitude de la terre découverte par M. Kerguelen. |

On me recommandait dans mes instructions de la reconnaître et d'y chercher un bon hâvre : je m'efforçai de remplir les vues de l’amirauté. Le 16, par 48° 45° de latitude, et 52° de longitude orientale, nous aperçumes des manchots, des plongeons el des algues de rochers (4) qui flottaient sur les vagues. À mesure que nous avançâmes à l’est nous en trouvâmes plus ou moins tous les jours ; et le21, par 480 27 de latitude sud, et 650 de longitude orientale, nous vimes un gros veau marin. Le ciel était très brumeux, et comme je complais à chaque moment rencontrer la terre, notre navigation devint pénible et dangereuse.

Le 24 à six heures du matin, nous marchions à l'est; ja brume s’éclaircit un peu, et nous découvrimes une terre (2) dans le sud-sud-est. Lorsque nous en fûmes plus près nous reconnûmes que c'était une île d'une hauteur considérable et d’envion trois lieues de tour (3). Bientôt après nous en découvrimes une seconde, de la même grandeur, à une lieue à l’est de la première (4), et d'autres plus petites qui gisent entre les deux dans la direction du sud-est. Nous apercûmes une troisième ile haute (5) au sud-quart-sud-est. Au milieu des éclaircies de la brume il semblait que nous pourrions débarquer sur les petites Îles : je fis quelques manœuvres pour cela, et je voulus pénétrer dans leur intervalle; mais lorsque nous nous trouvâmes plus près des côles je sentis que cette entreprise serait dangereuse.

Nous venions de passer au vent de la dernière île ; c'est un rocher élevé et de forme ronde, que j'ai nommé cap Bligh : c'est peut être la terre que M. de Kerguelen a appelée le du Rendez-vous. Mais il me semble qu’elle ne peut servir de rendez-vous qu'aux oiseaux, et il ne doit pas y avoir d'autre animal.

Départ du hâvre de Noël. Navigation le long de La côte, afin de découvrir sa position et son étendue. Description de plusieurs promontoires et baies, et d’une péninsule, auxquels j'ai donné des noms. Dangers des bas-fonds. Un autre hâvre et un canal. Productions naturelles, etc., de la terre de Kerguelen.

Dès que les vaisseaux furent hors du hâvre de Noël où nous venions de mouiller, nous mîmes le cap au sud-est le long de la côte, avec une jolie brise du nordnord-ouest et un ciel serein. Getle dernière circonstance était d'autant plus heureuse que , depuis quelque temps, nous avions eu chaque jour des brumes plus ou moins épaisses : si l'atmosphère eût toujours été nébuleuse, je n'aurais pu achever la reconnaissance de la terre de Kerguelen.

A sept ou huit heures, nous étions en travers d’un cap que j'ai appelé cap Cumberland; il est situé à une lieue et demie au sud-est de la pointe méridionale du hâvre de Noël.

Nous avions tenu à babord la terre que nous avions vue, du cap Saint-Louis (6), se prolonger au sud-est ; j'avais cru que c'était une île, et que nous trouverions un passage entre celte Île el la grande terre. Je reconnus alors mon erreur : c'est une péninsule jointe au

A) M. Cook parle de deux espèces d'algues dans son journal : il donne à l’une le nom ordinaire de sea weed, que nous rendons par le terme d'alques, et à l’autre celui de rock weed, que nous traduisons par algues de rochers. AM.

(2) Kerguelen a appelé celle-ci Croy ou Cruy. A. M.

(2) Kerguelen l'aappelée {le Roland, du nom de son vaisseau. À. M.

(4) D'après la position de lile de Clugny dans la carte de Kerguelen, on voit que c’est la troisième ile élevée vue par le capitaine Cook. A. M.

(5) On avait découvert avant le capitaine Cook ces petites iles, au milieu desquelles ilse trouvait alors. Il est sûr que Kerguelën les vit. A. M.

(6) Le Gp Français. A. M.

reste de la côte par un isthme peu élevé. J'aiappelé baie Repulse la baie que forme cette péninsule : l'une de ses branches me parut courir assez avant au sud-ouest ; je gouvernai ensuite vers la pointe septentrionale de la péninsule , que j'ai nommée pointe Howe , en l'honneur de l'amiral Howe.

Notre latitude observée était alors de 480 51° sud : nous avions fait vingt-six milles de longitude à l'est du cap Saint-Louis.

Je débarquai sur la pointe septentrionale, et découvris un hâvre auquel je donnai le nom de port Palliser, en l'honneur de mon digne ami, l'amiral sir Hugh Palliser. Il gît par 490 3° de latitude sud et 69° 37 de longitude est, à cinq lieues de la pointe de Howe, dans la direction du sud-est : on trouve, en dedans et en dehors de l'entrée de plusieurs îles, rochers et brisants.

Au moment où nous venions d'achever de prendre les relèvements, vons vimes le terrain bas se prolonger au sud-est, l’espace d'environ huit milles. Je reconnus que cette nouvelle pointe forme l'extrémité orientale

e la terre de Kerguelen, et je la nommai le cap Digby: elle gît par 490 23 de latitude sud, et 70° 3% delongitude est.

Du cap Dighy la côte court sud-ouest-quart-sud l'espace d'environ quatre ou cinq lieues, jusqu'à une pointe basse, à laquelle j'ai donné le nom de pointe Charlotte, en l'honneur de la reine d'Angleterre. Cette pointe est la plus méridionale de celles qu'on trouve sur les terres basses.

À six lieues au sud-ouest la côte offre une pointe assez élevée, que j'ai appelée pointe du Prince de Galles. La pointe la plus méridionale de la terre de Kerguelen, que j'ai distinguée sous le nom de cap George, en honneur du roi, gît six lieues au-delà dans la même direction, par 49° 54 de latitude sud, et 700 13 de longitude est.

Une espèce qui est la plus grande de tous les pétrels, et que les matelots nommaient l'oie de la mère Carey (1), était plus abondante, et si peusauvage, que nous la tuâmes d'abord sur la grève à coups de bâton. Ce pétrel est de la grosseur d'un albatros, et carnivore, car il mangeait des phoques ou des oiseaux morts que nous jetions dans la mer. Sa couleur est brune ; il a le bec et les pieds verdâtres.

Après avoir quitté la terre de Kerguelen, je mis le cap à l’est sur nord et me rendis à la terre Van-Diémen, laquellereçut ce nom de Tasman, quila découvrit au mois de novembre 1642.Elle n’a vu aucun navigateur européen jusqu'au mois de mars 1773, époque où lé capilaine Furneaux y toucha. Je n'ai pas besoin dedire que c’est la pointe la plus méridionale de la Nouvelle- Hollande; qu'elle forme, non un continent, mais la plus grande île du monde connu (2).

De la terre de Van-Diémen, je fis voile, le 30 janvier 1777, pour la Nouvelle-Zélande , et je gagnai le canal de la Reine Charlotte, pour en repartir bientôt et nous rendre à l'île Mangia, puis aux îles de la Société, afin de relâcher de nouveau à Taïti, après avoir touché à l'île d'Amsterdam ou de Tonga-Tabou, la principale des îles des Amis.

Je repartis de Taïti le 30 septembre, pour visiter l'île d'Eiméo, puis celle d'Huaheine, où j'étais rendu le 12 octobre. Nous passâmes ensuite à Uliétéa, autre île du groupe de la Société, et de ce point je pris la route de Bolabola , petite île de huit lieues de tour.

Le 2 janvier 1778, nous reprîimes la route du nord, et, le 29, nous atteignimes un archipel que j'appelai ê/es Sandwich , en l'honneur du comte de Sandwich.

(4) Mother Carey’s goose. A. M.

(2) La Nouvelle-Hollande, oui; mais la terre de Van- Diémen, non: car Bornéo est la plus grande île du globe. Aujourd'hui la Nouvelle Hollande forme une cinquième partie du monde, sous le nom d'Océanie, avec les iles de la mer Pacifique et l’Archipel asiatique. A. M.

Position des îles Sandwich. Noms que leur donnent les insulaires. Description d’Atooi. Remarques sur le sol, le climat, les productions végétales, les oiseaux, les poissons, les animaux domestiques, la personne des naturels, leur caractère, leurs habits, leurs ornements, etc.

Les îles de l'océan Pacifique que nos derniers voyages ont ajoutées à la géographie sont en général disposées en groupe, et cette observation est digne de remarque : les terres détachées qu'on a découvertes dans l'intervalle des différents groupes sont peu nombreuses en proportion de celles que forment les archipels, quoiqu'il en reste, selon toute apparence, beaucoup d’autres également solitaires que les navigateurs n'ont point encore aperçues. [Il faut laisser aux vaisseaux qui nous suivront le soin de déterminer le nombre des îles qui composent le groupe: qui fait là matière de ce chapitre (1). Nous en avons vu cinq; voici les noms que leur donnent les naturels : Æ’oahou, Atooi, Oneeheow, Oreehoua et Tahoora. La dernière est petite, mais élevée ; elle gît à quatre ou cinq lieues de la pointe sud-est de Oneeheow, dans la direction du sud-ouest : on nous a dit qu’elle est remplie d'oiseaux, mais qu’elle est déserte d’ailleurs; on nous parla aussi d'une île basse et déserte située aux environs de Tahoora, et appelée Tammata-Pappa. Indépendamment de ces six terres, les insulaires avec lesquels nous eûmes des entretiens nous parurent connaître d'autres îles à l’est et à l'ouest. J'ai donné au groupe entier le nom d'îles Sandwich, en l'honneur du comte de Sandwich, ainsi que je l'ai déjà dit, Celles que j'ai aperçues gisent entre le 21e degré 30’, et le 22e degré 15° de latifude nord, et entre le 199e degré 20’, et le 201e degré 30° de longitude est.

Woahou, la plus orientale, gît par 210 36’, et nous n'avons rien appris sur cette terre, sinon qu'elle est élevée et habitée.

Atooïi est la plus étendue ; elle a au moins dix lieues de longueur de l'est à l’ouest, et l’on peut de là évaluer sa circonférence par approximation; au reste, elle semble être beaucoup moins large à la pointe occidentale qu'à la pointe orientale, où l'on voit une double rangée de collines.

L'aspect général de cette terre ne ressemble point du tout aux îles que nous avions aperçues jusqu'alors en dedans du tropique, au côté méridional de l'équateur : j'en excepte toutefois les collines situées près du centre, qui sont élevées, mais qui s’abaissent peu à peu jusqu'à la mer ou jusqu'aux terrains bas.

La hauteur du sol dans l’intérieur de l'ile, et la multilude de nuages qui, durant notre relâche, la couvraient au centre, et souvent dans les autres parties, semblent prouver d'une manière incontestable qu'elle renferme une quantité suffisante d’eau douce : je pense qu'il y a surtout dans les vallées profondes, à l'entrée desquelles les villages sont bâtis pour l'ordinaire, des ruisseaux que nous n’aperçûmes pas (2). Depuis la partie boisée jusqu'à la mer, elle est revêtue d’une herbe d'une excellente qualité : cette herbe a environ deux pieds de hauteur ; elle croît quelquefois en touffes, et quoiqu'elle ne fût pas très épaisse à l'endroit où nous étions, il nous parut qu'on pourrait y faire des récoltes

(4) La reconnaissance dont parle ici Cook a été-achevée aprês sa mort. A. M.

(2) Les îles Sandwich, de même que la plupart de celles du grand Océan, sont comme entourées d’une ceinture de corail qui en défend l'approche. Entre la terre et le récif, il y à ordinairement un espace libre et souvent beaucoup d’eau. En outre, partout où un ruisseau d’eau douce vient se décharger à la mer, il y a toujours en face une ouverture dans le récif, ce qui permet alors au navire d'entrer entre celui-ci et la terre. C’est une ouverture de ce genre qui forme l’excellent port de Wahou, et du haut des montagnes on en aperçoit beaucoup d’autres, toujours en face des vallées, et par conséquent des ruisseaux, A. M.

abondantes d'un très beau foin; mais il ne vient pas naturellement un arbrisseau sur cet espace élendu.

La chaleur était très modérée, et on doit éprouver ici peu des incommodités auxquelles la chaleur et l'humidité rendent sujettes la plupart des terres du tropique. Les habitations des naturels sont très près les unes des autres, etils salent du poisson et du pore qui se gardent {rès bien, ce qui n'arrive pas ordinairement lorsqu'on fait cette salaison dans les climats chauds. Nous n’y trouvâmes pas de fortes rosées, peut-être parce que la partie basse de l’île est dénuée d'arbres.

Indépendamment des végétaux que nous achetâmes, et parmi lesqueis il y avait au moins cinq ou six espèces de bananes, l'île produit du fruit à pain : au reste, ce dernier fruit paraît rare, car nous n’aperçûmes qu'un arbre qui en portât. On y trouve de plus un petit nombre de cocotiers, des ignames; le kappa des îles des Amis, ou l’arum de Virginie; l'arbre appelé efoou, et la gardenia parfumée ou le jasmin du Cap. Nous rencontrâmes plusieurs arbres appelés dooe-dooe, si uliles à Taïli, parce qu’ils donnent des noix huileuses qu’on embroche à une espèce de baguette, et qui tiennent lieu de chandelles.

Les cochons, les chiens et les volailles, les seuls animaux domestiques dont nous ayons eu Connaissance, sont de la même espèce que sur les îles de la mer Pacifique du sud : nous vimes aussi de petits lézards et des rats semblables à ceux qu’on rencontre sur chacune des îles où nous étions descendus.

La taille des naturels du pays est moyenne et leur stature robuste : en général ils ne sont pas remarquables par la beauté de leurs formes ou par le caractère de leur physionomie. Leurs traits annoncent de la franchise et de la bonté, plutôt que de la vivacité et de l'intelligence : leur visage, surtout celui des femmes, est souvent rond, mais il est presque aussi fréquemment allongé, et on ne peut pas dire qu'une coupe particulière dans la face distingue la peuplade. Leur teint est presque d'un brun de noix, et cette couleur ayant des nuances diverses, il est difficile d'employer une comparaison plus exacte : celui de quelques individus est plus foncé, Les femmes présentent des formes un peu plus délicates que les hommes.

L'art de nager leur est très familier; ils fendent l'onde avec une vigueur, une légèrelé et une habileté extraordinaires. La cause la plus légère les détermine à abandonner leurs pirogues ; ils plongent par-dessous, et ils se rendent sur d'autres embarcations très éloignées, Nous vimes souvent des femmes qui portaient des enfants à la mamelle se jeter au milieu des flots lorsque le ressac était si fort qu'elles ne pouvaient atteindre le rivage sur leurs pirogues, et traverser un espace de mer effrayant sans faire de mal à leurs nourrissons.

Ils paraissent doués d’un caractère franc et joyeux ; et si je voulais établir des comparaisons, je dirais qu'ils n’ont ni la légèreté inconstante des Taïtiens, ni la gravité tranquille des habitants de Tonga-Tabou. Nous jugeâmes qu'ils vivent entre eux d'une manière très sociable, et, excepté la disposition au vol, qui semble naturelle à la plupart des insulaires que nous avons fréquentés sur cet océan, ils nous prodiguèrent les marques de la plus grande amitié. Ce qui donne une bonne opinion de leur intelligence, et ce qui ne doit pas trop nous enorgueillir, lorsqu'ils virent les différents articles de nos manufactures européennes, ils témoignèrent leur surprise avec un mélange de joie et d'intérêt où l'on apercevait les réflexions humifliantes qu’ils faisaient sur l’imperfection de leurs ouvrages. Dans toutes les occasions, nous les trouvâmes pénétrés du sentiment de leur infériorité; cette manière de se rendre justice est d'autant plus estimable que chacun connaît l'orgueil déplacé du Japonais civilisé ou du sauvage Groënlandais. Nous eûmes beaucoup de plaisir à observer avec quelle tendresse les mères scignaient leurs enfants, et avec quel empressement les hommes les aidaient dans ces aïimables soins; ils sont donc à

cet égard bien supérieurs aux peuplades grossières qui regardent les femmes et les enfants comme des choses plus nécéssaires que désirables où dignes d'attention.

D'après le nombre d'habitants que nous aperçûmes dans toutes les bourgadés en longeant la côte, la population doit être considérable : nos calculs ne peuvent être fondés que sur des conjectures; mais sil faut donner un résultat quelconque, je dirai que, y compris les chaumières écartées, il peut y avoir dans l'île entière soixante villages pareils à celui devant lequel nous mouillâmes ; que, en admettant cinq personnes pour chaque maison, chaque village contient cinq cents habitants, et que le nombre total est de trente mille (4). Ce calcul n'est sûrement point exagéré, car trois mille personnes au moins se rassemblèrent quelquefois sur Ja grève autour de nous, et l'on ne doit pas croire qu'il y eût alors plus de la dixième partie des insulaires.

Les femmes portent souvent une grande quantité d'étoffes, qui commencent à couvrir la poitrine et qui descendent jusqu'au genou ou même plus bas. Nous en vîimes plusieurs qui avaient des pièces de la même étoffe jetées négligemment sur leurs épaules et enveloppant la plus grande partie de leur corps. Les enfants sont absolument nus. Les deux sexes ne mettent rien sur leur tête, mais leur chevelure est taillée de différentes manières : la mode générale, surtout parmi les femmes, est de l'avoir longue sur le devant et Courte par-derrière ; celle des hommes est souvent coupée ou rasée de chaque côté, de facon que ce qui en reste ressemble, à quelques égards, à la crête de leurs chapeaux el de leurs casques, dont j'ai déjà parlé. Les hommes et les femmes paraissent d’ailleurs négliger beaucoup leurs cheveux; ils ne possèdent aucun instrument qui leur tienne lieu de peigne. Quelques hommes avaient une multitude de queues, chacune de l'épaisseur d'un doigt, qui étaient fort longues; mais nous nous apercûmes que la plupart de ces queues étaient postiches (2).

Il faut observer que les naturels des îles Sandwich ° n'ont pas les oreilles trouées, et qu'ils ne songent jamais à y mettre des ornements, contre l'usage universel dés peuplades que nous avions déconvertes jusqu'ici dans l'océan Pacitique. Les deux sexes néanmoins portent des colliers composés de faisceaux d’une petite corde noire, pareille à nos cordons de chapeau : il y à souvent plus de cent cordes dans ces colliers, qui ressemblent exactement à ceux dé Wateeoo; seulement, au lieu des deux petites boules, les naturels d'Atooi placent au milieu de leurs colliers un morceau de bois,

(1) Les Anglais, ayant relâché une seconde fois aux iles Sandwich après leur première campagne au nord, ont pu recueillir d'autres détails sur la population de l'ile d’Atoo et des terres voisines,

Au surplus, les îles Sandwich ontété bien souvent visitées depuis Cook, et nous avons sur elles des détails bien récents que nous donnerons plus tard et à leur date respective. En attendant, nons pouvons dire que la population des iles Sandwich s’est considérablement affaiblie par les guerres, au point que de 400,000 âmes à laquelle le capitaine Cook l’évaluait en 1778, le missionnaire américain Stewart ne la trouva plus que d’environ 50,000 indigènes. Gependant la Civilisation y avait fait de grands progrès : l'anthropophagie y était devenue rare ; le tabou (interdiction arbitraire de l'usage de certaines choses) élait abrogé ; les arts d'Europe étaient en honneur; on avait construit de grandes routes, creusé des ports et des canaux; des villes régulièrement bâties s'élevaient; de sages lois avaient. en RL remplacé le bon plaisir des prêtres et des chefs.

I ne reste plus qu’à généraliser l'application de ces lois, car toutes les îles du groupe ne les ont pas encore adop= tées. Dans celle de Woahou, par exemple, Le tabou est toujours en vigueur et la féodalité règne partout, au profit des classes supérieures, surtout depuis que Tamealimea, Le Bonaparte des iles Sandwich, les a toutes réunies sous sa domination. A. M.

12) Dans l'ile de Horn, suivant Le Maire et Schouten, quelques-uns des naturels avaient de longues queues Semblablés à celles que Cook vient de décrire. A.M

de pierre ou de coquillage d'environ deux pouces de longueur, et un hameçon large et poli dont la pointe est tournée en avant. Des rangées de pelits coquillages ou des guirlaudes de fleurs sèches de mauve de l'Inde leur servent aussi de colliers, el quelquefois une petite figure d'homme travaillée en os, d'environ trois pouces de longueur, et' bien polie, est suspendue à leur cou.

Les hommes sont ordinairement piquetés, mais ils ne forment pas ces piquetures dans un endroit particulier, comme les Taïtiens et les habitants de Tonga- Tabou ; ils en ont quelquefois sur les bras et près des aines: souvent aussi leur corps entier n'en offre pas une seule. Nous rencontrâmes un petit nombre d'individus qui en avaient plus que nous n'en avions jamais aperçu sur la peau des autres peuplades ; leurs bras et le devant de leur corps offraient une multitude de lignes et de figures diverses ; le devant du corps de plusieurs de ceux-ci représentait le: taama ou la cuirasse des Taïtiens, que nous n'avions jamais vue ainsi piquetée, À Taili, ils ne fendent ni ne coupent une partie de leur prépuce, ce qui est contraire à l'usage des naturels des îles de la Société el des Amis;, mais ils le retirent toujours sur le gland, et ils l'atiachent à une corde, selon la coutume de quelques habitants de la Nouvelle-Zélande.

Quoiqu'ils paraissent vivre en bourgades, les environs de ces bourgades n'offrent rien qui ressemble à des remparts ou à des fortifications, et les maisons sont disposées sans, aucun ordre, relativement à leur distance respective ou à leur position particulière. Leur grandeur n'est pas non plus uniforme; il yen a de vastes et de commodes, de quarante à cinquante pieds de Igng et de vingt ou trente de large, landis que d'autres sont de misérables chaumières. Leur forme approche un peu de celle d'une meule oblongue de blé ou de foin : on s’en formera peut-être une idée plus exacte en supposant le toit d'une grange, placé de manière à produire un faîte élevé et aigu avec deux côlés très bas, et qu'il soit à peine possible de distinguer de loin; le bord du faite correspondant aux deux extrémités rend ces habitations parfaitement closes dans le pourtour.

Si l'on juge d'après les productions que nous vimes sur pied, et d'après celles que les insulaires apportèrent à notre marché, il parait sûr que les patates douces, le taro el les bananes forment la plus grande partie de leurs nourritures végétales, et que le fruit à pain et les ignames sont pour eux des friandises. Ils ne doivent pas manquer de nourritures animales, Car ils ont une multitude de cochons qui rôdent en liberté autour des maisons; et s'ils mangent des chiens, ce qui est assez vraisemblable, leur fonds, sur ce point, se trouve plus riche encore. Nous apercümes une grande quantité d'hameçons, d'où il résulte que la mer leur fournit un supplément considérable de nourriture animale ; mais on est tenté de croire, vu leur habitude de saler du poisson, que l'ouverture de la côte ne leur permet pas toujours de pêcher ; car il est naturel de supposer qu'une peuplade ne songera jamais à garder des vivres artificiellement, si elle peut compter chaque jour sur un supplément régulier de nourriture fraiche.

Au reste, on doit expliquer d'une autre manière leur coutume de saler du porc; ils conservent dans des citrouilles le pore et le poisson salé. Le sel dont ils font une consommation prodigieuse pour cel usage est rouge, ét il n’est pas trop grossier ; il parait être de la nature de celui que nos traineurs rencontrèrent à l'île de Noël. Sa couleur lui vient sans doute de ce qu'il se mêle à la vase dans l'endroit où il se forme ; car, nous en vimes des échantillons qu'on avait tirés en blocs du fond des marais salants et qui avaient assez de blancheur et de pureté,

Ils cuisent leurs végélaux entre des pierres chaudes, comme aux îles de la mer du Sud situées vers l'autre tropique; d'après la quantité considérable que nous en vimes apprèler à la fois, nous jugeâmes que le village

entier, ou du moins un grand nombre d'habitants, se sert du même four.

Leurs amusements paraissent assez variés: car nous en remarquâmes plusieurs durant notre relâche : nous n'assistâmes à aucune de ces danses où ils font usage de leurs manteaux et de leurs bonnets de plumes; mais, d'après les mouvements de mains dont ils accompagnaient leurs chants, il y a lieu de penser qu'elles ressemblent, à quelques égards, à celles que nous avions vues aux îles méridionales, mais que l’exécution n’en est pas aussi adroite.

Tous les ouvrages mécaniques de cette peuplade annoncent une grâce et une adresse peu communes. Leur principale manufacture est celle d’étoffes : ils tirent leurs étoffes du morus-papyrifera, sans doute, selon le procédé qu'on suit à Taïti et à Tonga-Tabou, car nous achetämes quelques-uns des morceaux de bois sillonnés dont ils se servent pour battre celle plante. Le tissu de l'étoffe, quoique plus épais, est inférieur à celui des étoffes des îles de la Société ou des iles des Amis; mais les insulaires d'Atooi développent une supériorité de goût dans l'application des couleurs et des peintures, et ils en varient les déssins avec une richesse d'imagination surprenanie. En voyant un certain nombre de pièces de ces étoffes, on supposerail qu'ils ont pris leurs modèles dans une boutique remplie des plus jolies toiles de la Chine et de l'Europe; ils ont d’ailleurs des dessins qui leur sont particuliers. Au reste, excepté le rouge, leurs couleurs ne sont pas brillantes ; mais on est étonné de la régularité des figures et des rayures, et, si j'en juge d après ce que nous avons remarqué, ils ne paraissent pas avoir de formes d'empreinte.

IS fabriquent une multitude de nattes blanches qui sont très fortes, Souvent assez étendues, el qui offrent un grand nombre de rayures rouges et de losanges entrelacés ; il est vraisemblable qu'elles leur servent quelquefois d'habits, car ils les mettaient sur leur dos lorsqu'ils les proposaient en vente. Ils en font d'autres plus grossières, unies et également fortes ; ils les posent sur le plancher et elles leur tiennent lieu de lits.

Les naturels de Tonga Talk ou enterrent leurs morts d'une manière très décente, et ils enterrent aussi les victimes humaines qu'ils-sacrifient aux dieux. Je ne sache pas qu'ils offrent à la divinité ou qu'ils posent sur les autels âucun animal, non plus que des végétaux, Les Taïliens n’enterrent point leurs morts; ils les laissent en plein air, où le temps ct la putréfaclion Jes consument ; mais ils déposent ensuite les ossements dans une fosse, et ils enterrent les. corps entiers dés victimes humaines. Ils offrent d’ailleurs à leurs dieux des animaux et des végétaux, mais ils ne Soignent point du tout les lieux où se font leurs offrandes et ces sacrifices : la plupart de leurs morais tombent en ruine, et annoncent une extrême .négligence. Les naturels d'Alooi enterrent, ainsi qu'à Tonga-Tabou, ceux qui meurent de mort naturelle et ceux qu'on sacrifie aux dieux; mais leurs temples sont sales, et ils offrent des végétaux et des animaux à leurs diéux comme à Taïti.

Le tabou est connu à Atooï dans toute Son éténdue : il parait même qu'il y est encore plus rigoureux qu'à Tonga-Tabou, car les gens du pays nous demandaient téujours avec empressement, et d'un {on qui annon- Cait la crainte de nous offenser, si ce qu'ils désiraient dé voir, et que nous ne voulions pasleur montrer était tabou, où, comme ils pronoucçaient ce mot, fafoo. Aux îles de la société on donne le nom de #aia raa aux choses dont l'usage est interdit; mais les insulaires d’Atooi ne paraissent pas aussi scrupuleux sur le tabou que le sont les Taïliens sur le maia raa; j'en excepte toutefois ce qui regarde les morts, article sur lequel nous les jugeâmes plus superstilieux que les autres peuplades.

Si les mœurs des insulairés d'Alooi ressemblent à colles de Taïti, la conformité du langage est encore plus frappante, En effet, on peut dire que Les idiormes

.des deux îles sont presque mot à motles mêmes. Nous rèemarquâmes aussi des mots prononcés absolument de la même manière qu’à la Nouvelle-Zélande et aux îles des Amis; mais quoique les quatre dialectes soient incontestablementles mêmes, les naturels d'Atooien général n'ontnil'articulation forte et gutturale desZélandais, nil'articulation un peu moins rude des habitants de Tonga-Tabou et des terres voisines : non-seulement ils ont adopté la prononciation plus douce des Taïtiens, qu'ils imitent d’ailleurs, en évitant les sons âpres, mais encore l'idiomeentier.fls donnent à leurs motslesmêmesaffixes, et les mêmes suffixes, et leurs chants offrent la même mesure et la même cadence, quoique d'une manière un peu moins agréable.

Arrivée à la côte d'Amérique. Aspect du pays.

Dès que la Découverte nous eut rejoints, nous marchâmes au nord. Le 7 février 1778, par 290 de longitude nord, et 200° de longitude orientale, nous gouvernâmes nord-est et est; et nous continuâmes cetle route jusqu'au 12. Le 12, je cinglai au nord : notre latitude était de 309 nord, et notre longitude de 2060 45° est.

Le 7 mars, nous découvrîimes la côte si désirée de la Nouvelle-Albion (1). Notre latitude était de 44° 33° nord, et notre longitude de 2350 20° est, et la terre s’étendait du nord-est au sud-est, à environ huit lieues. La terre paraissait d'une hauteur médiocre; des collines et des vallées en variaient la surface, et elle se montrait couverte de bois presque partout : nous n'y remarquâmes rien de frappant, si j en exceple une colline dont le sommet élevé était plat. À midi, cette colline nous restait dans l'est : la terre formait à l'extrcmité septentrionale une pointe, que j'appelai cap F'oulweather où gros temps, à Cause du mauvais temps que nous eûmes bientôt après l'avoir découverte.

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