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Navigalion après le départ de la Térre des États. Découverte de la Géorgie, et description de cette ile.
Après avoir quitté la Terre des Etats, le 3 janvier
4775, je mis le cap aü sud-est. Le 14, par 540 25° de
latitude sud, et 380 18° de longitude ouest, nous découvrimes une île, que j'appelai //’illis, du nom de celui qui la vit le premier. C'est un rocher élevé, peu étendu, près duquel il ÿ a des îlots de rocher. Elle gît par 540 de latitude sud, et 380 23° de longitude ouest. A l’est nous vimes une autre île, que je nommai l'#/e Bird, ou de l'Oiseau, à cause du grand nombre d'oi: seaux dont elle était remplie. Elle est beaucoup plus élendue, et tout près de la pointe nord-est de la grandé terre, que j'appelai le cap Nord. Lots
Je débarquai en trois différents endroits, je déployai notre pavillon, et je pris possession du pays, 4u nom du roi d'Angleterre, en faisant une décharge dé mousqueterie. J’appelaialors cette baiela baie de Possession.
L'intérieur du pays n'élait ni moins Sauvage, ni moins affreux que le Spitzherg : les rochers perdaient leurs hautes cimés dans les nues, etles vallées étaient couvertes d'une neige éternelle. On ne voyait pas un arbre , et il n’y avait pas le plus petit arbrisseau ; les seuls végétaux que nous y remarquâmes furent une sorte de gramen grossier, dont le luyau était fort, et qui croissait en touffes, le même qui est si abondant aux îles du Nouvél-An ; la pimprenelle des bois, et uñe plante, pareille à la mousse , qui sortait des rochers.
La baie de Possession gît par 549 5’ de latitude sud, et 370 18° de longitude ouest, ét à onze lieues à l’est du cap Nord. À quelques milles à l’ouest de la baie de Possession, entré Celle baie et le cap Buller, setrouvé la baie des Iles , Qué j'ai ainsi appelée à cause de plu= sieurs petites îles qui gisent par son travers et dans son intérieur.
Dès que la chalôtpé fut remontée , nous fimes voile le long de la côté à l'est, Du cap Buller, la côte court sud-est , l'espace dé 6528 ou douze lieues, jusqu’à uné pôinle avancée , qui à 6blenu le nom de cap Saunders. Au-delà de ce cap il ÿ à une baie assez large, que j'ai nommée baie Cumberland, En plusieurs en = droits du fond de cette baie, ainsi que dans quelques autres baies de moindre étendue qui gisent entre lecap Saunders et la baie de Possession, il y avait de grandes traîuées de neige glacée ou de glace solide.
Le 18, par la latitude de 540 30° sud, à environ deux ou trois lieues de la côte qui s'étendait du nordouestau sud-ouest, nous trouvâmes une Île qui paraissait former l'extrémité de la côte à l'est. La terre la plus proche de nous, une pointe en saillie qui se terminait par un mondrain rond ; fut nommée cap Charlotte. Au côté ouest du cap Charlotte il y a une baie qui obtint lenom de baie Royale , et sa pointe occidentale fut nommée le cap George : c'est la pointe est de la baie de Cumberland. L'île dont je viens de parler fut appelée ile Cooper, d'après mon premier lieutenant ; elle est éloignée de huit lieues du cap Charlotte. La côte, dans l'intervalle , forme une grande baie, à laquelle je donnai le nom de Sandwich.
Le 19, nous découvrimes une nouvelle terre : elle se montra d'abord en une seule colline, pareille à un
pain de sucre; quelque temps après, d'autres cantons détachés parurent au-dessus de l'horizon , près de la colline. La latitude observée fut de 540 42 30° sud ;
nous avions le cap Charlotte au nord-ouest , à quatre lieues? et l'île Cooper au sud-ouest. Dans cette position, un We mt qui gît en travers de la baie Sandwich, à Cinq milles de la terre, nous restait à l’ouest. Nous vimes une chaîne de montagnes derrière la baie Sandwich ; leurs sommets glacés s’élevaient au-dessus des nuages. * =
Le 20, ce He voile au sud-ouest, autour de l'ile de Cooper: c'est un rocher d'une hautear considérable, d'environ cinq milles de tour, et situé à un mille de la
grande terre. À cette île la côte de la grande terre prend une direction sud-ouest, l'espace de qualre ou Cinq lieues, jusqu'à une pointe, que j'appelai cap Désappointement. En travers de ce cap il y a trois petites îles, dont la plus méridionale est verte, basse etplate, et gît à une lieue de la côte.
Comine fous avancions au sud-ouest, la côte s'ouvrit En travêts de cette pointe, à neuf lieues au-delà : é'élait une île éntièrement détachée de la grande terre, ét elle fut appelée ile Pickersgill, dunom de mon troisième lieutenañf.
Qui aurait jamais pensé qu'uneîle aussi peu étendue que celle-ci, Située entre le 54€ et le 55° parallèle, fût, au milieu de l'été, couverte presqu’en entier à plusieurs brasses de prof indeur, d'une neige glacée, et surtout dans sa parlie du sud-ouest ? Les flancs eux-mêmes et
» les sommets escarpésdeshautes montagnes étaienten-
fermés par la neige et la glace; mais la quantité qui se trouva dans les vallées est iucroyable;, et au fond des baiës la côte aboutissait à une muraille de glace d'une élévation considérable.
Je donnai à cette terre le nom d'ile de Géorgie, en l'hôñneur de Sa Majesté Georges I : elle git entre 530 57° et 540 57° de latitude sud , el entre 380 13° et 350 34 de longitude ouest; elle s'étend sud est-quart-est ét nord-ouest-quart-ouest ; elle à trente-une lieues de long dans cette direction, et sa plus grande largeur est d'environ dix lieues. Elle paraît remplie de baies et de hâvres, suftoutau côté du nord-est, mais la proiligieuse quantité dé glaces doit la rendre inaccessible la plus grande partie de l'année, ou du moins il doit être dangereux d'y mouilléf, à cause de la dissolution des rochers de glace. Il faut remarquer que, sur toute lacôte, nous ne vimes pas une rivière ou un courant d’eau douce. Il est très probable que les sources y tarissent quelquefois ; et que l'intérieur, élant fortélevé, ne jouit jamais d'assez de chaleur pour fondre toute la neige qui serait nécessaire à la formation d'une rivière ou d'un courant d'eau. La côte seule reçoit une chaleur suffisante pour fondre la neige, et Cela arrive seulement sur la partie nord-est ; Car l'autre, se trouvant exposée aux vents froids du Sud ; est un peu privée des rayons du soleil par la hauteur extraordinaire des montagnes.
On à supposé que toutes les partiesdece globe, même celles qui sont les plus affreuses et les plus stériles, sont propres à être habitées par des hommes. A vant d'aborder sur l'île de la Géorgie, nous n'étions pas éloignés d'adopter cette opinion, puisque les roches sauvages de la Terre de Feu sont peuplées ; mais le climat de la Terre de Feu est dowg en comparaison de celui de la Géorgie: car le thermomètre élait ici d'au moins dix degrés plus bas : l'extrémité sud de l'Amérique a d'ailleurs l'avantage de produire assez d'arbrisseaux et de bois pour fournir aux besoins des naturels, qui peuvent se garantir de la rigueur du froid ; et rendre, par la cuisson, leurs aliments plus sains. Comme il n'y à aucun bois à la Nouvelle-Géorgie, ni rien de combustible qui puisse en tenir lieu, je crois qu'il serait impossible à unerace d'hommes de s y perpétuer, lors même qu'à la place de la stupidité des Pesserays ils auraient toute l'industrie des Européens. Les étés de celte nouvelle île sont très froids : le thermomètre {1) n'a jamais monté à plus de dix degrés au-dessus du point de congélation pendant notre séjour sur la côte; et, quoique nous ayons lieu de croire que les hivers n'y sont pas aussi froids en proportion que dans notre hémisphère , il est probable qu'il ÿ a au moins entre les deux saisons une différence de vingt ou trente degrés. Je pense que cela suffirait
our tuer tout homme qui aurail survécu aux rigueurs
e l'été, surtout s'il mavait pas, contre la dureté des éléments, d'autres préservalifs que ceux que fournit le pays ; mais outre que la Géorgie australe est inhabitable , elle ne parait pas contenir de productions qui puissent y altirer de lemps en temps les vaisseaux européens.
(1) H s’agit du thermomètre de Fahrenheit. A. M.