‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 45 sur 179 · FUN AIN · texte numérisé non relu

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Nos genstirèrent sur plusieurs des naturels qui essayaient de se sauver du milieu des flammes...

Découverte, et durant cet intervalle un chef ou un de leurs grands personnages se tenait debout sur son embarcation, une pique ou une arme quelconque à la main, etil ne cessait de parler ou plutôt de crier. L’orateur avait quelquefois le visage couvert d’un masque qui offrait la figure d’un homme ou celle d un animal, et au lieu d'une arme il avait à la main un grelot. Après avoir décrit un cercle autour de nous, ils arrivaient à la hanche des vaisseaux, et ils commençaient les échanges sans autres cérémonies ; très souvent néanmoins ils nous régalaient d’une chanson, à laquelle l'équipage entier d’une pirogue prentit part, ce qui produisait une harmonie d’un heureux effet.

Tout étant prêt le 26 pour remettre en mer, je donnai le signal de départ ; nous démarrâmes, etles bateaux remorquèrent la Résolution et la Découverte hors de l'anse. Les naturels, les uns à bord de nos vaisseaux, et les autres sur leurs pirogues, nous suivirent jusqu'en dehors de l'entrée ; l’un d'eux, qui avait conçu de l'attachement pour moi, fut au nombre des derniers qui nous quittèrent : je lui fis un petit présent, et il me donna, de son côté, une peau de bièvre d'une beaucoup plus grande valeur, Je tâchai d'être aussi libéral que lui, et j'ajoutai à ce qu'il avait déjà reçu des choses we lui causèrent un extrême plaisir ; il me força alors d'accepter le manteau de bièvre qu'il portait, et pour lequel je lui connaissais un goût partiçu-

lier. Sensible à ce trait de générosité, et ne voulant pas qu'il fût la dupe de son amitié, je lui offris un grand sabre à poignée de cuivre qui le rendit complétement heureux. Il me pressa vivement, ainsi qu'une foule de ses compatriotes, de revenir sur celte partie de la côte, et afin de m'y exciter, il me promit à mon retour une quantité considérable de peaux.

Nom de l'entrée, et observations sur la route qu'on doit suivre pour y arriver. Description du pays adjacent. Remarques sur les habitants.

Lorsque j'abordai à cette contrée, je lui donnai le nom d'entrée du roi George; mais je reconnus ensuite que les naturels du pays l’appellent Nootka. Son ouverture se trouve au coin oriental de la baie de l'Espérance, par 49° 33’ de latitude nord, et 2330 42’ de longitude est; une chaîne de rochers submergés qui paraissent s'étendre à quelque distance du rivage couvre la bande est de cette baie dans l’espace entier qu'on traverse, depuis la pointe des brisants jusqu’à l'ouverture de l'entrée; et il y a près de l’entrée des îles et des rochers qui se montrent au-dessus de l'eau.

Le climat, autant que nous avons pu le juger, est infiniment plus doux que celui de la côte orientale d'Amérique au même degré de latitude. On trouve dans les bois le pin du Canada, le cyprès blane, le

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Et s'étant placé sur un rocher, il nous fit signe de lui envoyer un canot

pin sauvage et deux ou trois autres espèces de pins non moins communes.

La taille de ces sauvages est au-dessous de la taille ordinaire , mais ils ne sont pas minces en proportion de leur petitesse : ils ont le corps bien arrondi, sans être musculeux. Leurs membres potelés ne paraissent jamais acquérir trop d'embonpoint. Les vieillards sont un peu maigres; le visage de la plupart est rond et plein, il est large quelquefois, et il offre des joues proéminentes ; il est souvent très comprimé au-dessus des joues, où il semble s’abaisser brusquement entre les tempes ; leur nez, aplati à la base, présente de larges narines et une pointe arrondie; ils ont le front bas, les yeux petits , noirs, et plus remplis de langueur que de vivacité; les lèvres larges , épaisses et arrondies, les dents assez égales et bien rangées, quoiqu'elles ne

soient pas d’une blancheur remarquable. En général ils -

manquaient absolument de barbe, ou ils en avaient une pelite touffe peu fournie sur la pointe du menton; ce qui ne provient d'aucune défectuosité naturelle, mais de ce qu'ils l’arrachent plus ou moins, car quelquesuns d’entre eux, et particulièrement les vieillards, portaient une barbe épaisse sur tout le menton , et même des moustaches sur la lèvre supérieure, lesquelles descendaient obliquement vers la mandibule inférieure. Leurs sourcils sont peu fournis et toujours étroits, mais ils ont une quantité considérable de cheveux très durs,

très forts , et, sans aucune exception, noirs , lisses et flottants sur les épaules. Leur cou est court. La forme de leurs bras et de leur corps n’a rien d’agréable ou d'élégant; elle est même un peu grossière. Leursmembres, en général petits en proportion des autres parties sont courbés et mal faits ; ils ont de grands pieds d’une vilaine forme, et les chevilles du pied trop saillantes : ce défaut semble provenir de ce qu'ils s'asseient beau coup sur leurs jarrets dans leurs pirogues et dansleurs maisons.

Nous n’avons pu deviner précisément la couleur de leur teint, parce que leur corps est incrusté de peintures et de saletés; toutefois noüsengageâmes quelques individus à se bien nettoyer, et la blancheur de la peau de ceux-ci égalait presque la blancheur de la peau des Européens, mais elle offraitla nuance pâle des peuples du midi del'Europe. Leurs enfants, dont la peau n’avait jamais été couverte de peintures, égalaient les nôtres en blancheur. Quelques-uns des jeunes gens, comparés au gros du peuple, ont la physionomie assez agréable mais il paraît que c'est uniquement l'effet de cette teinte vermeille , naturelle à la jeunesse, et Icrsqu'ils sont arrivés à un certain âge leur visage n'offre plus rien de particulier. En tout, l'uniformité de la physionomie des individus de la nation entière est très remarquable; elle manque toujours d'expression, et elle annonce des esprits lourds et flegmatiques. l

Les femmes ont à peu près la même taille, le même teint etles mêmes proportions que les hommes. Il n’est pas aisé de les reconnaître, car on ne leur trouve pas celte délicatesse de traits qui distingue le sexe dans la plupart des contrées, et à peine en yimes-nous une seule parmi les jeunes qui püt avoir la moindre prétention à la beauté.

Leur vêtement ordinaire est un habit où un manteau delin, garnià l'extrémité supérieure d’une bande étroite de fourrure, et à l'extrémité inférieure de franges ou de glands. Il passe sous le bras gauche, et il est attaché sur le devant del'épaule droiteavecun cordon ; un autre cordon l'assujétit par-derrière : ainsi les deux bras sont en liberté; il couvre le côté gauche, et, si j'en excepté les parties flottantes des bordures, il laisse le côté droit ouvert, à moins qu'une ceinture (d’une nalte grossière ou de poil) ne le serre autour des reins, ce qui arrive souvent. Par-dessus ce premier manteau, qui dépasse le genou, ils portentun autre petit manteau de la même substance , également garni de franges à la partie inférieure. Celui-ci ressemble à un plat rond couvert; il offre dans le milieu un trou de la grandeur nécessaire pour recevoir la tête, et, reposant sur les épaules, il cache les bras jusqu'aux coudes , et le corps jusqu'à la chute des reins. Leur tête est couverte d'un chapeau de la forme d'un cône tronqué, ou de celle d'un pot de fleur ; ce chapeau est d'une belle natle : une houype arrondie et quelquefois en pointe, ou une touffe de ‘glands de cuir, le décore fréquemment au sommet, et on l'attache sous le menton, afin que le vent ne l'emporte pas.

Outre le vêtement que je viens de décrire, et qui est commun aux deux sexes, les hommes portent souvent une peau d'ours, de loup ou de loutre de mer, dont les poils sont en dehors; ils l’attachent comme un manteau , près de la partie supérieure , et ils la placent quelquefois sur le devant de leur corps, et d'autres fois sur le derrière. Lorsque le ciel est pluvieux ; ils jettent une natte grossière sur leurs épaules. Ils ont aussi des vêtements de poils, dont néanmoinsils se servent peu. En général ils laissent flotiér leurs cheveux ; mais, lorsqu'ils n'ont point de chapeau ; plusieurs d'entre eux les nouent en touffe au sommet de la tête. En tout , leur vêtement est commode, et il ne mañquerait pas d’élégance s'ils le tenaient propre; mais comme ils barbouillent sans cesse leur corps d'une peinture rouge tirée d'une substance grossière de la nature de l'argile ou de l'ocre, mêlée avec de l'huile, leur habit a une odeur rance très désagréable, et il se graisse extrêmement. Il annonce la saleté et la misère, et, ce qui dégoûte encore davantage, leur tête etleurs vêtements sont pleins de poux, qu'ils prennent et qu'ils mangent avec beaucoup de tranquillité.

Quoique leurs corps Soient toujours couverts d'une peinture rouge, ils se barbouillent fréquemment le visage d'une substance noire, rouge et blanche, afin que leur figure produise plus d'effet. Quand ils ont cette dernière enluminure, leur mine est pâle et affreuse, et on a de la peine à les regarder. Ils parsèment celte peinture d'un mica brun, qui la rend plus éclatante. Le lobe des orcilles de la plupart d’entre eux est percé d’un assez grand trou et de deux autres plus petits ; ils y suspendent des morceaux d'os, des plumes montées sur une bande de cuir, de petits coquillages, des faisceaux de glands de poil ou des morceaux de cuivre, que nos grains de verre ne purent jamais supplanter. La cloison du nez de plusieurs offre un trou, dans lequel ils passent une petite code; d'autres y placent des morceaux de fer, d'airain ou de cuivre, qui Ont presque la forme d'un fer à cheval, mais dont l'ouverture est si étroite qu’elle presse doucement la cloison de ses deux pointes ‘ cel ornement lombe ainsi sur la lèvre supérieure. [ls employaient à ect usage les anneaux de nos boutons de cuivre qu'ils achelaient avec empressement. Leurs poignets sont garnis de bracelets ou de grains blancs, qu'ils tirent d'une espèce de coquillage, de petités lanières de cuir ornées de g'ands, ou d'un

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large bracelet d'une seule pièce et d’une matière noire et luisante de la nature de la corne. La cheville de leurs ieds est souvent couverte d’une multitude de petites andes de cuir et de nerfsd'animaux qui la grossissent beaucoup.

Tempête après notre appareillage de l'entrée de Nootka. Baie de Behring. Ile de Kaye. Description de cette ile. Les vaisseaux arrivent à un mouillage.

Nous remîmes en mer le 20 avril 1778. Des indices frappants annonçaient une tempête : ces indices ne nous trompèrent pas. Nous fûmes à peine hors de l'entrée, que des vents violents nous assaillirent.

Le 4er mai 1778, n'apercevant point la terre, je gouvernai au nord-est. Notre latitude à midi fut de 54° 43’, et notre longitude de 2240 44’. A sept heures du soir, par 55° 20° de latitude, nous vimes la terre se prolonger du nord-ouest à l'est, et le lendemain nous étions à environ six liéues de la partie la moins éloignée (1). ;

La pointe septentrionale d'une entrée, ou d'une ouverture qui ressemblait à une entrée, nous restait alors à l'est-quart-sud-est ; elle git par 560 de latitude. La côte paraissail très rompue vers le nord et elle semblait offrir des baies et des hâvres , éloignés seulement de deux ou trois lieues. Nous dépassâmes , entre onze Heures et midi, un groupe dé petites îles situées audessous de la grande terre à 560 48° de latitude, et, par le travers ou un peu au nord de ces petites îles, la pointe méridionale d'une grande baie. Un bras qui se trouve dans la partie septentrionale de la baie semblait se prolonger vers le nord, derrière une montagne élevée et arrondie, qui se montre entre celte baie et la mer, J'ai appelé la montagne 16 mont Edgecumbe, et j'ai donné le nom de cap Edgecumbe à la pointe de terre qui en sort. Le cap Edgecumbe gît par 57° 3, et 2240 T de longitude.

La terre, excepté en quelques endroits près de la mer, est partoui moutueuse et d'une élévation considérable ; mais le mont Edgecumbe est beaucoup plus élevé que toutes les autres collines. Il était entièrement couvert de neige ainsi que chacun des monticules élevés: mais les collines plus basses et les terrains aplatis qui avoisinent la mer n’en offraient point, et ils étaient revêlus de bois.

En nous avançant au nord, nous vimes que depuis le cap Edgecumbe la côte porte au nord et au nordest, l'espace de six ou septlieues, et qu'elle forme une grande baie dans cette partie. On trouve quelques îles à l'entrée de cette baie, et je l'ai appelée la baie des Iles : elle gît par 570 20 de latitude (2); elle paraît se diviser en plusieurs bras, dont l'an tourne au sud, communique peut-être avec la baie située au côté oriental du cap Edgeeumbe, et fait une île de là terre de ce cap.

Le 3, nous découvrimes une très haute montagne à pic, à laquelle j'ai donné le nom de mont Fair W'eather ou de Beau-Temps : j'ai appelé l'entrée sonde ou canal de Cross où de la Croix, parce que le jour où nous la vimes est marqué par une croix dans notre calendrier : elle me parut se diviser en plusieurs bras, dont le plus grand tournait au nord. La pointe sudest de ee canal est un promontoire élevé, auquel jai donné le nom de cap de la Croix: il git par 57° 57 de latitude, et 2230 21’ de longitude.

Le 4, le mont Beau-Temps et la montagne à pie qui surmonte le cap du même nom nous restaient au nord-

(1) Ce doit être près d'ici que Tscherikow mouilla en 1741, car Muller place son mouillage à 56 degrés de latitude. Si ce navigateur russe avait eu le bonheur de s’avancer nn peu plus loin au nord, il aurait trouvé des baies, des hâvres et des iles où son vaisseau eût été à l'abri, et où il aurait pu protéger le débarquement de son équipage. A. M,

(2) IL parait que les Espagnols, en 1775, trouvèrent danscette baie le port auquel ils ont donrré le, nom de Los Re= medios. PA Te

est, et la côte qui est au-dessous se trouvait à douze lieues de distance. Cette montagne, située par 580 52° de latitude, par 222 de longitude, et à cinq lieues dans l'intérieur des terres, est la plus haute d'une chaine ou plutôt d'une rangée de montagnes qui s'élèvent à l'entrée nord-ouest de la sonde de la Croix et qui se prolongent au nord-ouest, dans une direction parallèle à celle de là côte. Ces montagnes étaient entièrement couvertes de neige. A cinq heures du soir, notre alitude était de 580 53’, et notre longitude de 2200 52’; le sommet d'une montagne élevée se montrait audessus de l'horizon, au nord-ouest, et, ainsi que nous le reconnûmes ensuite, à la distance de quarante lieues. Nous supposimes que C'élait le mont Saint-Elie de Behring, et il conserve ce nom dans ma carte.

Le 6, à midi, nous étions par 59° 8’ de latitude, et 220° 49° minutes de longitude. Le mont Beau-Temps nous restait au sud-est, le mont Saint-Elie au nordouest, et la terre la plus voisine de nous se frouvait à huit liéues de distance. Il semblait y avoir une baie au nord est de la place qu'occupaient les vaisseaux, et nous crûmes apercevoir une ile couverte de bois en frävers de la pointe méridionale de cette baie. Je présumé que le commodore Bebring mouilla ici: la latitude de 59° 18° est assez d'accord avec la carte du voyage de ce navigateur, et la longitude est de 2210 est. Derrière la baie, que je désigneérai par le nom de baie de Behring, en l'honneur de celui qui l’a découvérte, ou plutôl au sud de celte baie, la chaîne des montagnes est interrompue par une plaine de peu de lieues.

Le 10, nous n'étions pas à plus de trois lieues de la côte d'Amérique. Je découvris une île qui s'étendait du nord-ouest au sud-ouest, à.six lieues de distance. Il sort du continent, vers l'extrémité nord-est de l'ile, uné pointe qui nous restait alors au nord 30° ouest, à cinq ou six lieues ; je donnai à cette île le nom du docteur Kaye (1), comme une marque de mon estime et de ma reconnaissance.

Elle a onze ou douze lieues de longueur, dans la

direction du nord-est et du sud-ouest; mais sa plus grande largeur n’est pas de plus d’une lieue ou d'une lieue et demie. La pointe sud-ouest, qui gît par 59° 49 de latitude, et 2160 53’ de longitude, est très remarquable, car c'est un rocher nu, très élevé au-dessus des terrains qui se montrent par-derrière. On distingue aussi, par le travers de cette pointe sud-ouest, un rocher élevé qui ressemble à un château ruiné lorsqu'on regarde de certains endroits.

Le 16 mai, le ciel s'éclaircit, et nous vimes que la lerré noûs environnait de tous côtés. Nous étions à l'ancre, au côté septentrional de l'entrée, dans un endroit que j'’appelai Snug Coorner bay ou baie du réduit fermé.

Le 18, nous découyrimes une sortie, puis une île à laquelle je donnai le nom de Montagu.

J'appelai du nom d'entrée du Prince Guillaume l'entrée que nous venions de quitter. Elle occupe au ôins un degré et demi de latilude et deux de longitude, sans parler des bras ou des branches dont nous né connaissons pas l'étendue.

e# La taille des naturels qui vinrent nous faire plusieurs visites, tandis que nous mouillions dansl'entrée, n'était Pas communément au-dessus de la taille ordinaire , et celle d'an grand nombre d'entre eux se trouvait même au-dessous. Ils avaient les épaules carrées, de larges

vitrines, le cou épais et court, la face large et aplatie ; a partie la plus disproportionnée de leur corps paraissait être leur tête, laquelle était fort grosse, Quoique leurs yeux ne fussent pas pelits , ils ne semblaient pas âssez grands pour leur visage , et leur nez offrait une pointe pleine, arrondie, crochue et tournée en haut à l'extrémité, Ils avaientles dents larges, blanches, égales el bien rangées ; les cheveux noirs, épais, lisses et forts,

(4) Il était alors sous-aumôuier et chapelain de Sa Majesté britannique. À, M.

et en général peu ou point de barbe ; les poils de ceux qui en avaient autour des lèvres étaient raides ou hérissés, et souvent de couleur brune : plusieurs des vieillards offraient de larges barbes , épaisses, mais lisses.

Les hommes, les femmes et les enfants s'habillent de la même manière. Leur vêlement ordinaire est une espèce de souquenille, ou plutôt de robe, qui, en général, tonibe jusqu'à la cheville du pied, et quelquefois jusqu'aux genoux seulement. Elle offre dans la partie supérieure un trou, de la grandeur précisément nécessaire pour recevoir la têle, et elle à des manches qui descerdent jusqu'au poignet. Ces souquenilles sont composées de fourrures de divers animaux; les plus communes sont celles de loutres de mer, de renards gris, de ratuns et de martres de pin ; ilsemploientaussi beaucoup la peau du veau de mer, et en général! ils portent toutes ces fourrures le poil en dehors. Il y a des souquenilles de robes d'oiseaux , dont il ne resté que le duvet; ils collent aussi ce duvet sur d’autres substances. Nous vimes deux ou trois habits de Nooïka. Les coutures ou les points de réunion des différentes peaux sont ornés en général de glands ou de franges de bandes de cuir étroiles, Lirées des mêmes fourrures. Un petit nombre d'entre eux portent une espèce de chaperon ou de collet ; quelques-uns ont un €apuchon, mais ils ont plus souvent des chapeaux: tel est leur vêtement complet lorsque le ciel est beau. Quand il pleut, ils mettent par-dessus la première souquenil'e une seconde robe de boyaux de baleine, ou d'un autre gros animal , disposés d'une manière adroilé, et préparés si habilement qu'ils ressemblent presque à la feuille de nos batteurs d'or. Cette seconde robe serre le cou ; lesmanchesdescendent jusqu'au poignet, autour duquel elles sont altachées avec une corde, et, lorsqu'ils occupent leurs canots, ces pans sont relevés par-dessus le trou dans lequel ils se trouvent assis, en sorte que leurs pirogues ne peuvent point embarquer de vagues : elle garantit en même temps de la pluie Ja partie de leur corps qui est exposée à l'air, car el!e est aussi impénétrable à l’eau qu'une vessie. I] fautla tenir toujours humide ou mouillée, sans quoi elle a de la disposition à éclater ou à se rompre. Elle est, ainsi que la souquenille ordinaire, composée de peaux, et res= semble beaucoup au vêtement des Groënlandais, (el qu'il est décrit par Crantz (1).

En général, ils ne se couvrent ni les jambes ni les pieds; mais un petit nombre d'entre eux portent des espèces de bas de peau, qui montentjusqu à mi-cuisse, etil est rare d’en trouver un qui n'ait pas desmilaines de pattes d'ours. Ceux qui portaient quelque chose sur leur tête ressemblaient à cet égard à nos amis de Nootka : ils avaient des chapeaux élevés, de paille ou de bois, qui étaient en forme de cône tronqué, et qu'on pouvait prendre pour une têle de veau marin peinte.

Les hommes coupent ordinairement leurs cheveux autour du couet du front; mais les femmes les laissent dans toute leur longueur : Ja plupart les disposent en touffe sur le sommet de la tête, el un pelit nombre les nouentcomme nous par-derrière. Les deux sexes ont les oreilles percées de plusieurs trous, dans le bord supérieur et dans le bord inférieur : ils y suspendent des paquets de coquilles tubuleuses, dont les habitants de Nootka se servent pour le même usage, La cloison du nez est trouée aussi : ils y placent fréquemment des tuyaux de plumes, ou des ornements un peu con\exes, tirés des coquillages dont je parlais tout à l'heure, en filés à un cordon ou à une corde raide de trois ou quatre pouces de longueur, ce qui leur donne une mine vraiment grotesque; mais quelques individus des deux sexes ont une parure plus extraordinaire et plus bi-

(4) Le vêtement de la peuplade de l'entrée du Prince Guillaume, tel que le décrit le capitaine Cook, ressemble aussi à celui des habitants des îles Schumagin, découvertes en 1741 par Behring. Voici le passage de Muller : « Leur habillement était de boyaux de baleine pur le baut dn « corps, et de peaux dethiens marins par le bas.» A. M.

zarre. Leur lèvre inférieure est fendue ou coupée dans la direction de la bouche, un peu au-dessous de la partie renflée : cette incision, qu'on fait aux enfants à l'époque où il tettent encore, a souvent plus de deux pouces de longueur, el, par sa contraction naturelle, lorsque la plaie est fraîche , ou par une répétition de quelques mouvements particuliers, elle prend la forme des lèvres, et elle devient assez considérable pour que la langue la traverse.

Telle était celle du premier individu que vit un de nos malelots : il s'écria que le sauvage avait deux bouches, et on l’eût cru en effet. Ils attachent dans cette bouche artificielle un ornement plat et étroit, tiré en grande partie d'un coquillage solide ou d'un os découpé en pièces semblables à de petites dents, qui descendent presque jusqu'à la base ou la partie la plus épaisse, et qui ont à chaque extrémité une saillie par où elles se soutiennent : la partie découpée en dents est la seule qui se voie. D’autres ont seulement la lèvre inférieure percée de différents trous : ils y meltentalors des coquillages en forme de clous, dont les pointes se montrent en dehors, et dont les {êtes paraissent en dedans de la lèvre , comme une autre rangée de dents placées immédiatement au-dessous de la mandibule inférieure.

Le 18, notre latitude étant par 70° 4%’, nous gouvernâmes vers l’extrémité orientale qui forme une pointe qui était très embarrassée de glaces, c'est pour cela que je lui ai donné le nom de cap Glacé: il gît par 709 29° de latitude, et 198° 20° de longitude. L'autre extrémité se perdait dans l'horizon : il paraît ainsi hors de doute que c’est une suite du continent d'Amérique.

Nous quittâmes enfin les parages d'Amérique pour revenir vers les côtes d'Asie et regagner les îles Sandwich.

Le 1er décembre 1778, à huit heures du matin, l’île Owhyhée se prolongeait du sud-est au sud-ouest, et Mowée du nord au nord-ouest. Je portai dessus, lorsque je me fus aperçu que nous ne pourrions atteindre Owhyhée ; et les insulaires de Mowée qui étaient sur mon bord ne voulant pas m'accompagner, ils s'embarquèrent sur leur double pirogue, et retournèrent à terre. À sept heures du soir, nous étions près de la bande septentrionale d'Owhyhée, et nous louvoyâmes en attendant le jour.

Les deux vaisseaux s’élantrejoints, nous mouillâmes, le 17 janvier 1779, dans la baie à laquelle les naturels du pays donnent le nom de Xarakahkvoa, à environ un - quart de mille de la côte nord-est. Les vaisseaux continuèrent à être remplis de naturels, et nous fûmes environnés d’une multitude de pirogues. Je n'avais jamais vu dans le cours de mes voyages une foule si nombreuse rassemblée au même endroit, car, indépendamment de ceux qui arrivèrent en canots, le rivage de la baie était couvert de spectateurs; d'autres nageaient autour de nous en troupes de plusieurs centaines, et on les eût pris pour des radeaux de poissons. La singularité de cette scène nous frappa beaucoup, et il se trouva peu de personnes à bord qui regrettassent de m'avoir vu échouer dans mes tentalives pour trouver un passage au nord; car, si elles avaient réussi , nous n’aurions pas eu occasion de relâcher aux îles Sandwich, et d'enrichir notre voyage d'une découverte qui, à bien des égards, paraît devoir être la plus importante qu'aient jusqu'ici faite les Européens dans la vaste élendue de l'océan Pacifique (1).

(1) Le journal du capitaine Cook se termine ici. Le capitaine King a écrit la suite du voyage. A.M.

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