‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 75 sur 179 · ANS · texte numérisé non relu

ANS

Nous étions encore, à la fin de juillet, entièrement entourés de glaces.

poisson. On les avait d’abord invités à l’une des tentes, d’où, le chaudron étant épuisé, ils avaient passé chez une autre famille, qui les avait traités de la même façon, et ainsi de suite pour chacune des cinq tentes. Un trait de politesse exquise, que l’on eût plutôt attendu d’un ancien Espagnol que d’un Esquimau, c'est que, vers le temps que dura ce long repas, ces hôtes réellement bienveillants ne cessèrent de remercier leurs convives de l'honneur qu'ils leur faisaient.

Le 10 juin, étant maintenant bien remis par un jour de repos et de bonne nourriture, nous partimes à dix heures du soir, après avoir donné à nos hôtes tout ce que nous pûmes, et encore répondirent-ils à ces cadeaux par un don abondant de poisson, lequel, avec la graisse dont on nous avait largement pourvus, nous approvisionnait amplement pour le reste du voyage. Ils nous recommandèrent, au moment de la séparation, de suivre les traces d’un détachement qui nous avait précédés, et nous ne pûmes mieux faire que de nous tenir sur les pas de ces guides inconnus.

Nous arrivâmes le 41, à huit heures du matin, à Tarrionetyoke , latitude 690 41” 6”, longitude 20 54 21”, et nous campâmes sur le bord sud de la rivière ani porte à la mer.les eaux de cette succession de acs.

Le 12 juiæ, à huit heures du soir, après avoir tra-

versé à gué une partie de la baie de Schazavoke, nous fimes halte par les 690 48° 40” de latitude et 920 23’ 9” de longitude, sur un petit rocher ou îlot, où nous trouvâmes en fleur la saxifraga oppositi-folia : c'était la première que nous voyions de tout le printemps. Nous apprimes cependant, le lendemain, 43 juin, au vaisseau, qu'elle avait paru beaucoup plus tôt dans le voisinage.

Suite du journal. Enorme appétit des Esquimaux. Usage de sable. Mille livres pesant de poisson payées avec un couteau. Le vaisseau se retrouve libre et à la voile. Il fait trois milles seulement, et se retrouve captif.

Le 17 juin, je fis présent à Ikmallik d’un souverain pour porter à son cou, comme étant le portrait de notre grand chef, en le priant de le conserver et de le faire voir à tous les Européens qu’il rencontrerait à l'avenir. Quelque chose qui pût arriver, il n'était pas probable qu'il le dépensât jamais ; mais il aurait été grandement étonné s’il l'avait vu se changer contre du bois, du fer, des hameçons, des haches, des couteaux et des aiguilles. Le lendemain, on débarrassa les chaloupes de la neige qui les couvrait, et l’on se prépara à une excursion pour explorer la ligne de côtes au sud-ouest,

Que les rapports extravagants du capitaine Cochrane soient vrais ou non, la voracité des sauvages septentrionaux sur les deux continents est suffisamment connue. Ces estomacs du nord ont été regardés comme spécialement puissants, mais le Boschman de l'Afrique méridionale à des pouvoirs digestifs d'une énergie égale, et peut pareillement supporter les alternatives d'excès brutaux et de besoin. Cette vaste faculté de digestion est le résultat de la pratique et de l'habitude. L'Esquimau est un animal de proie, qui n’a d'autre jouissance que le manger.

Nous ne fümes pas médiocrement divertis par Les usages fashionables de la table dans ces parages, La tête et l'épine du dos ayant été enlevées à deux poissons, is furent passés à Ekmallik et Tulliahui, les anciens , qui fendirent longitudinalement le corps en deuxparts, partageant chacune en deux encore : alors on les roula en cylindre de deux pouces de diamètre, el un des bouts ayanit té placé dans la bouche aussi avant que possible, «on coupa le reste avec le couteau d'assez près pour mettre en péril le bord du nez, puis la société passait lle reste au voisin. L'un d'eux s'étant mis ensuite à manger les débris qui étaient sur une de nos assiettes, où il y avait un peu de jus de limon, il fit la grimace au grand amusement ét au rire de l'assemblée. L'homme paraît être un animal rieur, comme on l'a dit, même quand ilapproche d'aussi près que possible de :ses inférieurs à quatre pattes.

Le ? juillet j'allaï avec Hkmallik , à l'une .des fosses où ils gardent leur poisson quand il est gelé, et supposant qu’elle pouvait contenir quarante saumons au moins, Je lui offris en échange du tout un grand couteau qu'il accepta avéciempressement. Je ne me serais pus risqué à offrir un tel prix si j'avais su au juste e contenu de ce dépôt woù je trouvai deux cent vingt poissons pesant cinq lies chacun. Nous réussimes à transporler aux vaisseaux toute cette chair fraîche. Pendant cette courte expédition nous avions visiléune rivière que les naturels nomment Tatchik : elle est à quinze lieues du vaisseau, et a environ cinq cents pas de large.

À la fin de juillet, nous étions plus captifs que jamais, car la terre était impraticable et la mer n'était pas libre encore autour de nous: cependant le 1er août nous nous aperçûmes qu'une forte brise du nord avait mis enfin la glace en mouvement vers l’est, et elle prenait l'aspect d’amas de glaçons entremélés de flaques d'eau. Il ne manquait qu'un vent du sud pour disperser la glace rompue. Le 7, enfin le vent qui souffla du sud-ouest pendant dix heures fit mouvoir les glaces, mais le vent du nord les arrêtaet les serra de nouveau,

Tout le mois d'août fut un mois d'anxiété de chaque jour et de chaque heure, d'espoir et d'apprébensions constantes, de promesses enfin qui ne se réalisaient jaiais. 11 n’y avait que quatre semaines de cet été incertain que nous attendîimes sans cesse. Enfin, le 3 septembre et les jours suivants nous travaillâmes à nous fraÿer un canal pour sortir de la baie, et le 17 septembre, seulement à deux heures de l'après-

midi, notre vaisseau se retrouva dans l’eau libre et àla voile.

À Ja voile ! nous savions à peine ceque nous éprou-

vions, et si nous devions le croire. Il faut être un marin pour sentir quele vaisseau qui bondit sous lui, qui écoute les plus petits mouvements de la main et y obéit, qui semble ne se mouvoir qu'à sa volonté, est un être de vie, une intelligence conforme à ses désirs, el non point un corps inerte, le jouet des vents et des flots. Mais quel marin pourrait jamais le sentir ausi vivement que nous, quand celte créature, qui avait été habituée à nous porter joyeusement sur l'O- Céan, avait élé toute une année immobile , comme la £lace et les rachers qui l'entouraient, sans secours, désobéissant, mort ? Le vaisseau sémblait maintenant recevoir &ne nouvelle vie, il nous ‘obéissait eneorc , laisait ce que nous désirions, el par-dessus tout nous

étions libres nous aussi, Tel fut notre éclat de joie en recouvrant la liberté : mais nous ne tardâmes pas à découvrir, comme l'ont fait maints poursuivants de toute autre indépendance, que c'était une liberté qui ne devait pas nous conduire au bonheur.

Bref, nous étions délivrés, et nous fimes trois milles environ ; mais une chaîne de glace nous obligea de serrer la pointe qui était à cette distance au nord de nous, et nous passâmes la nuit dans un port assez commode entre deux montagnes de glace.

Le 49 septembre, nous étions encore dans ce port entourés de glace nouvelle, car le froid venait de reprendre. Nos espérances de délivrances'éloignaient, et nous n'eûmes plus qu’à penser aux moyens de nous frayer un autre canal vers un nouveau port, où nous pussions passer la plus grande partie de l'année qui approchait. La glace avait déjà un pied d'épaisseur, et le lendemain la mer en était encore couverte, et elle était épaisse de seize pouces. C'était l'hiver, l'hiver sans aucun doute, et notre seuil «espoir m'était plus que dans une autre année.

Celui qui peut espérer une seconde fois autant qu'il espéra une première est d'une plus heureuse gonstitution que ne semblaient êtne ‘quelques-uns &e nos gens. Les découragés ne pouvaient cacher leurs sentiments, quoique je puisse dine du plus grand nombre :que :leur contentement sou plutôt leuræésignation était au-delà de ce que j'espérais. 1 était de mon devoir de leur montrer le beau côté de ce tableau, €n récapitulant nos succès en fait de découvertes, lexcellen(e condition de notre vaisseau, le logis confortable que nous avions su nous en faire, notre ample magasin de : provisions, notre bonne santé, da paix dont nous jouissions, et enfin Le port que mous essaierions de trouver meilleur encore, c'est-à-dire d'une issue plus facile. Mais il n'est pas facile te voir le côté brillant ile :la wie à ‘travers son «æûté sombre . j'avais donc à me fer dans Le tenrps ‘etidans d'habitude pour rendre nos maux plus supportables.

Quand je repassais en esprit la température que nous venions d'avoir pendant ce mois, je remarquais qu’elle avait été plus rigoureuse que celle du mois précédent, et comme l'hiver. était précoce, nous devions nous attendre à l'avoir pire aussi.

Nous passâmes tout le mois d'octobre à nous scier un canal jusqu’au port que nous avions en vue, mais ce fut véritablement un travail de tortue, puisque nous ne faisions chaque jour que de trente à quarantepieds en avant vers ce point,

Enfin le 30, la glace étant trop épaisse pour espérer d'y pénétrer davantage, nous nous établimes dans une baie qui s'étendait au sud, après être entrés dans une crique ouverte à l'est, et que nous nommâmes la baie du Schérif.

Hiver précoce et long. Visite à une station d'Esquimaux. Curieux détails sur le mariage. Echange de femmes.

Le 7 décembre, si nous eûmes ce jour-là quelque nouveauté , ce fut le premier soir resplendissant que nous eussions encore vu, tout ensemble le matin, le midi et le soir, d’un soleilqui ne se levait et ne se couchait jamais ; qui. promettant l'une etl’autre chose, n’en accomplissait aucune, et dont le plus haut midi n'élait qu'un crépuscule, puisqu'il rampait non pasde long de l'horizon, mais sur le court.espace qui nous annonçait qu'il ne nous verrait plus avant longtemps.

A la fin de décembre et de l’année 1830, notre principale pensée fut un retour vers les découvertes qu'elle nous avait vus faire. Bien qu’elles n’oceupent pas un grand espace géographique , elles sont d'une haute importance, puisqu'elles ont restreint le champ des investigations au point de rendre possible.ce qui en reste à faire dans une seule saison, el avee beaucoup moins de peine et de frais qu'il n’en eût fallu sans notre expérience. «

Janvier et février 4831 furent semblables, quant aux circonstances atmosphériques, aux mois Correspondants des années précédentes. Ils offrirent une succession de phénomènes aériens, aurores boréales, halos : le froid fut plus ou moins vif, mais il fut tel le 28 février, que nous perçâmes une planche avec une balle de mercure gelé, ce qui n'eût peut-êlre pas été possible jusqu'alors.

Le 4er mars, nous observâmes une brillante aurore boréale qui agita l'aiguille aimantée de la façon qui a été souvent remarquée. La lumière de celle aurore, que je pus recueillir au moyen d'une grosse loupe, n'eut aucun effet sur le thermomètre différentiel. Le froid continua d être très vif jusqu'à la fin du mois.

La déconvenue que nous éprouvions en ne voyant pas paraître les Esquimaux croissail de jour en jour, car ils étaient un objet d'occupation et d'amusement dont nos hormes avaient plus besoin que nous. Nous manquions aussi de chair de veau marin pour nos chiens, qui seraient morts d'inanilion sans nos chasses heureuses aux renards : nous aussi, nous soupirions après la venaison et le poisson frais, et nous n'étions pas tellement approvisionnés de vêlements de peau que nous n'en eussions plusà désirer.

Le 5 avril, nous fimes la réflexion que, l'année dernière, nos excursions avaient commencé ce jour mème; mais notre position actuelle était bien différente, et d'ailleurs nous ne pouvions nous en bien tirer qu'avec l'aide des naturels et de leurs chiens. L'année dernière, à la même époque, il y avait des flaques d'eau libre autour du bâtiment et le long du rivage : à présent tout était glace solide et compacte. Eufin, le 20, le commandant Ross put partir pour une excursion. Nous fûmes aussi agréablement surpris par la xisite de trois naturels, Noytaknag, Poweylak et Noyenak.

Ils venaient avec leurs chiens des montagnes de l’ouest , et firent halle à un quart de mille de nous, tenant leurs mains en l'air pour nous montrer qu'ils élaient sans armes, et poussant le cri de salut ordipaire Mmanig tomig, puis nous avançâmes pour les rejoindre. Nous les reçcûmes à dîner et à dormir, et ils nous donnèrent des nouvelles de leurs amis qui étaient tous à Neilchillie.

Le lendemain, prenant la trace du traîneau qui nous précédait pour guide. je partis avec le chirurgien, trois matelots et nos hôles esquimaux pour aller visiter leur station. Nous y arrivämes à onze heures : elle se nommait MNiokhunagriu. On nous y bâtit surle-champ une maison, el nous ne tardâmes pas de notre côté à avoir apprêté un plat chaud qui était très acceptable après une marche de seize milles dans des glaces très raboteuses. Comme les hommes avaient

oublié leurs couvertures, nous fümes approvisionnés de peaux par les naturels.

Nous vimes une hutte assez grande pour renfermer trois familles, puisqu'elle avait seize pieds de diamètre; mais l'état de délabrement où elle se trouvait prouvait

u'elle était occupée depuis une époque très éloignée

e l'hiver. Nous fûmes très bien accueillis par les femmes, et une vieille, malade ou qui paraissait l'être, récut du chirurgien quelques drogues. C'était la femme à plusieurs maris, et elle paya les soins du méde- ‘cin avec une pierre à faire feu, et c'était là, dans son Opinion, un précieux cadeau à faire. Nous apprimes

u'un de ses enfants avait été nommé Æglugga, pour

aire honneur, selon toute apparence, au commandant

Ross qui portait ce nom parmi les Esquimaux. Nous fûmes obligés de jouer au jeu esquimau de l'ours ei des chiens avec les enfants, ce qui divertit grandement toute la société.

Le 23 avril,nous partimes, après avoir donné à chaeune des fewimes une aiguille, et à trois heures nous étions rentrés au vaisseau. Un des naturels étant en- Lré dans ma cabine me conta quelques affaires de sa coterie. La veuve d'un homme mort avait imméiliatement trouvé un nouveau mari parce qu'elle avail cinq

enfants. Le parceque ne serait pas uneexellenteraisom en Angleterre, oùila famille toute faite d'un autre n’est pas ordinairement une source de bien-être ; mais ici les cinq enfants sont une valeur, une grande fortune, une source de profil et non de perte, et de bonheur au lieu d'embarras. À huit ans ils commencent à être utiles; peu d'années après ils peuvent s'entretenir; enfin quand les parents sont vieux, fussent-ils des enfants d'alliance ou d'adoption, c'est à eux de soulenir la vieillesse sans appui. 11 est une autre partie de leur.économie politique dont je ne saurais parler avec approbation ; cependant on y trouve quelque idée philosophique quand on la rapproche de la circonstance que je viens de citer : c'est la coutume de changer de femme entre soi. Que les Romains aient agi ainsi, sous l'empire d'une tout autre civilisation, je crains fort que leurs raisons ne fussent guère admissibles ; mais dans cette contrée, les vues des habitants peuvent être physiologiquement philosophiques: ce peuple a sans doute considéré qu'ainsi il aurait plus d'enfants.

Le 2 mai, les naturels nous apportèrent un veau marin qui pesait centsoixante-treize livres,et cinq grande poissons de l'espèce qu'ils nomment erka-loukait-lou. Le 6 mai, nous sondâmes la glace : elle avait cinq pieds et demi d'épaisseur. Nous nous mîmes à fa re les préparatifs d'un voyage avec les naturels, et le 15:mai, à huit beures du matin, le premier traîneau chargé du ponton et de quinze jours de provisions, le second traîneau n'ayant que des vivres à porter, nous partimes pour explorer la seconde chaîne de lacs et la côte ouest de la péninsule, aussi avant dans le nord qu’il serait possible de pénétrer. Nous devions être guidés par deux des naturels à travers les lacs. Ayant calculé que nous aurions atteint la côte en sept Jours, notre dessein était que la seconde division, sous les ordres du commandant Ross, continuât ses investigations pendant que la première reviendrait prendre un renfort de provisions au vaisseau.

Enfin , après avoir traversé plusieurs lacs et rivières, le 25 et le 26, nous fimes halte au liea nommé Padliak, où nous vimes une troupe de douze rennes. La terre était ici escarpée et âpre, ayaut, chose rare dans ces contrées, quelque chose de pittoresque. Nous trouvâmes, dans-deux huttes, trois familles de notre connaissance, À dix heures du soir, le 27, nous partimes, et le plan était que le commandant Ross explorât la côte à l'ouest, tandis que j'examinerais.celle de l’est, ‘en revenant par Padliak. Nous nous séparâmes donc, et j'arrivai à minuit au cap Isabella, par un temps très brumeux.

Le 28 mai, nous campâmes au milieu de la baie de Padliak; mais le soleil, étant couvert, ne pouvait nous guider. Nous partimes néanmoins à huit heures, bien que les hommes se plaignissent beaucoup de leurs yeux, trouvant notre roule comme nous le pouvions , dans la confusion et l'obscurité que causait l'épaisseur du brouillard.

Le 43 juin, le commandant Ross revint de son expédition : au lieu de résumer sa narration, je la reproduirai dans ses propres paroles.

Réflexions sur l’homme. Nouveaux visiteurs. Galanterie des Esquimaux, Chasse. Grande pêche. Le vaisseau avance de quelques milles. Immobilité des glaces. Les chiens sont durement traités. ‘Les lièvres ont déjà leur robe d'hiver. Supplice de l'aspect de la neige. Nouveau hävre. Première pensée d'abandonner le vaisseau.

Le 21 juin le soleil avait presque atteint sa plus

grande hauleur : nous étions près du solstice d’eté.

Cependant il n'élait pas encore tombé de pluie, «etde thermomètre n'avait pas fait le tour des vingt-quatie heures saus se trouver au point de glace; mais dans le cours de çétle jounnée, il y eut wine pluie de deux heures. Qn était sur le point d'avoir 4erininé il &p pareillage et le gméement du navire | et y avait pour

nous quelque chose de décourageant à nous voir prêts si longtemps avant que le temps fût favorable; nous étions arrivés à la fin de juin, le solslice était passé et nous avions toujours des gelées de nuit sans que le jour y apportât une véritable compensation. Un solstice d'hiver, en Angleterre, est en vérité bien rarement ce qu'était notre solstice d'été dans cette région déplorable.

Tel est néanmoins le climat sous lequel l'homme réussit à vivre, et à vivre heureux, nous ne pouvons le contester. Il ne peut pas boire d’eau au milieu de l'été, ilest vrai, à moins qu’il ne fasse bouillir sa neige, et s’il n'avait pas assez d'esprit pour faire du feu, il n'aurait rien pour <e désaltérer pendant neuf mois de l’année. Il ne respire aucune fleur, car il ne sait ce que c'est; mais il préfère le parfum de l'huile

de poisson. Il n’a ni carottes ni fines herbes pour sa.

soupe ou ses sauces; mais sa soupe et ses sauces sont invariablement de l'huile, et quand son bonheur le veut, il peut trouver dans l'estomac d’un renne une salade cuite à une chaleur dont les avantages n’ont jamais été contestés. S’il n’a jamais vu cet objet, cet objet entièrement inconcevable que l’on nomme un arbre, que lui importe, à lui qui peut construire des charriols avec du poisson, et se faire des charpentes avec les os? S'il peut se loger non-seulement sur la froide terre, mais encore sur la froide neige, son sort n’est pas dur, et s’il pense ainsi, pourquoi ne serait-il pas aussi bien logé que les princes de la terre? Les marbres de leurs palais n’égalent pas en pureté les matériaux de son architecture; car sa maison de marbre peut s'élever dans une heure, et peut être renouvelée, comme celle d’Aladdin, à chaque heure du jour et en chaque lieu qu'il lui plaît. L'homme doit être un noble animal, le fait est certain, même sous la figure et les traits d’un Esquimau Boothien. Est-il sur terre une autre créature capable de faire tout ceci, d’endurer tout ceci, de se prêter à tout, de s'arranger de tout, et d’être heureux, heureux à Naples comme un Boothia Félix ?

Le 1er juillet, nous reçûmes la visite d’une troupe d'Esquimaux que nous ne connaissions pas : il fallut donc recommencer avec eux l’exhibition de toutes nos curiosités, et le cadeau d'un morceau de cercle de fer à chacun. Aucune des femmes ne fut congédiée sans quelques présents, parmi lesquels se trouvaient les précieuses boîtes de fer blanc. Les maris parurent très flattés de nos altentions pour leurs femmes.

Il semblait réellement que ces gens possédassent quelques-unes de ces idées de galanterie ou de chevalerie, que l’on a toujours regardées comme particulières aux élus entre les hommes et les peuples. Chacun sait à quel point ces dispositions sont rares parmi les sauvages , et combien y sont matériellement opposées les manières et la conduite de la plupart des insulaires de la mer du Sud, et par-dessus tout des Australiens. Si nous sommes bien informés, il est un grand nombre de tribus d'Esquimaux dans l'Amérique septentrionale, qui ne traitent pas mieux leurs femmes que les Australiens, tandis que chez les Indiens rouges des mêmes portions de ce continent, si l’état des femmes varie beaucoup , la balance penche à coup sûr vers ce mélange de sévérité et d'abandon que l’homme non cultivé prend pour sa règle générale en ce cas.

D'où vient donc cette différence également caractéristique des tribus en question et du Groënlandais? Bien que notre humeur nous portât (nous nous en rendions bien compte) à tout voir sous son jour favorable, nous ne pouvions nous méprendre sur les faits. Si, aux yeux d'un Européen, ce que nous entendons rapporter tous les jours des occupations et des devoirs des femmes semble mener à une conclusion différente,

Jfaut se rappeler que ces faits appartiennent à un système de division de travail dans lequel les femmes ne peuvent rester oisives, et qui ne laisse pas de temps pour cette idolâtrie qui ne ferait du sexe qu'un

objet d'admiration ou d’amusement. Dans celte condition, tous doivent travailler, ou l’on mourrait de faim en grand nombre. D'un autre côté, il faut reconnaître que les femmes réclament ici leurs devoirs comme des droits, absolument de même que sur les côtes de la France et de la Hollande : elles regardent comme un privilége et non comme une obligation l'office de sortir les hommes de l’eau, et si les hommes voulaient s'y opposer, elles sauraient bien maintenir ce privilége à l'aide de leurs armes naturelles.

On a dit que la galanterie appartient principalement, sinon exclusivement, aux nations placées sous les gouvernements monarchiques ou absolus, ainsi que sous ce singulier genre de despotisme que constituait le système féodal. En preuve de cette théorie, nous pouvons invoquer l'exemple contraire des républiques grecques et des Etats-Unis d'Amérique, où les sentiments de démocratie, faisant nécessairement des tyrans de tous les hommes, ont produit, pour le moins, cette négligence envers le sexe, qui est tout aussi voisine de l'oppression que possible dans un pays qui tient tant de l'Europe. Toutefois, dans le bienheureux pays en question , la théorie n’est pas applicable; car il n'ya là ni aristocratie ni gouvernement. Je dois donc laisser à d'autres le soin de résoudre ce problème, et reconnaître que ce tablean de la situation de cette belle partie de la création dans la Boothia Félix tend à prouver qu'aucune des hypothèses mises en avant ne conduit à la solution de cette grande question, le traitement des femmes par l’autre sexe, ses causes et ses modes.

Le 6 juillet, un des hommes de l’équipage découvrit une portée de renards: il tua le mâle; un autre tira un coup de fusil à la vieille femelle, et nous apporta six petits vivants. Il n’y a pas encore dans Boothia Félix un dénûment assez complet pour empêcher les repards d’avoir des familles suffisamment nombreuses. On avait tué, pendant les jours précédents, une vinglaine de canards et quelques autres oiseaux. Le 21 juillet, la journée fut chaude, et je tirai un lièvre vêtu de sa nouvelle fourrure. Je remarquai que depuis quelque temps les starnugans avaient aussi changé de plumage. Je trouvai une es grande variété d'oiseaux que je ne l’aurais supposé. M

La fin de septembre nous trouva exactement dans la même position. Il était impossible d'espérer quelque nouveau progrès sous une masse d'hiver comme celle qui nous entourait. La plus funeste partie de notre avenir était la perspective de ne pouvoir jamais débarrasser le vaisseau, et d’être contraints à l'abandonner avec tout ce qui était à bord.

Le 24 avril, nous nous remîmes en route. Nous eû= mes après midi cette même nature de glaces, et au bout de quatre heures nous étions sur le bord de la mer, où nous trouvâmes une lerrasse de glace formée par les marées du printemps, de manière à établir une communication de plain-pied avec les amas de glaçons entassés de chaque côté: ici donc le chemin était doux comparativement, et à six heures nous nous trouvions à sept milles de la pointe nord, où nous laissämes le bateau, et revinmes à nos quartiers de la veille.

Le lendemain nous reprîmes de bonne heure notre marche, avec le second bateau et le traîneau aux provisions alternativement en dépit d’un vent fatigant chargé de neige : puis nous regagnâmes le bateau de la veille, et nous avions conduit le tout un peu plus loin quand nous fûmes obligés de nous loger comme le premier jour de ce voyage. Notre viande était gelée si dure que nous étions forcés de la couper avec une scie, et que nous ne pouvions arriver à la dégeler qu'en la mettant dans notre cacao chaud, car nous n'élions pas en position de dépenser du combustible pour l’un et l’autre de ces objels à la fois.

Le jour suivant , 26 avril, une tempête nous retint caplifs; mais ce retard fut avantageux en ce qu'il donna un jour de repos aux hommes. Le 27, nous essayàmes de bonne heure de nous frayer un chemin

go

sur les glaces de mer, où il était si difficile de marcher que nous ne fimes pas plus de trois cents pas en deux heures. Ayant enfin gagné la terrasse de la glace qui bordait le rivage, nous eûmes une route meilleure relativement, bien qu’elle nous contraignit à tourner chaque pointe de terre et à suivre les profils de chaque baie, ce qui nous faisait en définitive fort peu avancer en ligne droite. Nous avions cependant fait deux milles quand la terrasse aboutit à un cap en précipice, qui sur un espace de trois ou quatre milles était infranchissable par une glace telle que celle qui couvrait la mer.

Il ne nous restait donc rien de mieux à faire que de chercher à tirer nos traîneaux sur la rive, et de frayer du moins un endroit favorable pour les transporter par terre. Avec beaucoup de peine, et n'en pouvant prendre qu'un à la fois, nous franchîmes ainsi trois montagnes et gagnâmes une crique que nous avions en vue, où nous bâlimes des cabanes de neige pour y passer la nuit.

Le 28 et le 29, le mauvais temps nous ayant retenus, nous primes le parti de bien assurer les bateaux et de retourner au bâtiment , attendu que le vent se trouvait derrière nous, et que l’on pouvait s'y exposer sans trop de risque; et le 30 à midi, nous étions au vaisseau. En somme, le résultat de ce voyage avait été une marche de cent dix milles pour avancer réel lement de dix-huit, et nous sentimes la nécessité de parcourir trois fois cette distance avant que tout fût prêt pour le voyage, qui devait en dernier lieu être de trois cents milles, bien que la distance directe fût de cent quatre-vingts seulement.

Durant tous les premiers jours de mai, nous exécu- ‘âmes des expéditions pareilles à celles des dernières journées d'avril, et le 7 nous avions enfin réussi à transporter à la seconde station dedix-huit milles deux bateaux et des provisions pour cinq semaines, outre un renfort pour dix jours de plus. Notre travail était beaucoup trop important et plein d'inquiétude pour admettre aucune plaisanterie : nous ne pûmes cependant nous empêcher de penser que nos voyages ressemblaient à ceux de la personne qui, dans l'équation algébrique, n’a d'autre affaire que de percer des œufs l’un après l’autre à un point donné.

Ce mois nous voyait en finissant aux 70° 21’ de latitude, ce qui nous laissait encore seize milles à faire ag gagner le port Elisabeth; et bien que l'équipage üt, en général, en assez mauvais étatpour travailler, cependant tous, jusqu'à l’aveugle et au boiteux, mettaient la main à l'ouvrage de quelque façon que ce fût, car leurs espérances ranimées soutenaient leur courage.

L'état de la glace à cette époque était incroyablement mauvais. La mer n’éfait de toutes parts qu'une solide masse de blocs les plus énormes, aussi loin que l'œil pouvait atteindre, et même les fissures que nous avions remarquées en dernier lieu dans les terrasses marginales s'étaient remplies et se trouvaient au même état de solidité que tout le reste. Tout était roc, et il semblait qu’il ne dût plus y avoir d'eau. Quoi qu'il dût arriver, il n’était désormais que trop clair que le résultat ne serait point de dégager dans l’année actuelle le vaisseau que nous venions de quitter. Il était du moins satisfaisant de voir qu'il n’y avait pas eu d'irréflexion dans notre conduite, et que nous n'avions pas fait autre chose que ce qu’il y avait à faire.

On arrive à la plage de Za Fury. Maison construite. On y passe l’hiver.Tritesse, Départ de la plage de la Fury pour le détroit de Davis, Navigation dans la baie du Princepese Une voile. L’Isabella. Bon accueil, Retour à

ondres.

Le 1er et le 2 juin, nous reprîimes le cours de nos fatigantes marches, et le 3, les hommes, qui paraissaient exténués, me députèrent le maître Blanky pour me faire savoir l'intention où ils étaient de laisser les

bateaux et les provisions dans l'endroit même où nous étions en halte pour aller droit à la plage de la Fury. J'avais déjà soupçonné quelque chose desemblable; mais comme il pouvait arriver de là que nous laisserions nos ressources dans un lieu où il était impossible de revenir, j'exprimai non-seulement mon refus, mais j'ordonnai au détachement, d’un ton auquel on ne pouvait se méprendre, de continuer la marche, après avoir réprimandé l'ambassadeur pour l’extrème inconvenance de sa conduite. Ce fut le premier symptôme, quelque peu semblable à la manœuvre, que j'aie eu lieu de remarquer. Le 8, à minuit, nous traversâämes la chaîne qui borne au sud le port Elisabeth. Le 9, tout y était en dépôt. Là, nous montâmes sur une hauteur pour reconnaître l'état de la glace, et son apparence extrèmement mauvaise nous fit conclure qu'il serait impossible de porter plus loin les bateaux. Comme ils étaient maintenant à notre portée, s’il arrivait que nous fussions contraints à revenir, je me décidai à faire en avant, avec les hommes et trois semaines de provisions, vingt ou trente milles, laissant ici le reste comme une réserve, et envoyant un parti avancé à la plage de la Fury, pour constater dans quel état les choses y étaient.

En conséquence, le lendemain nous parlîmes avec trois traîneaux lourdement chargés : quelques articles de valeur que nous ne pûmes prendre furent laissés sous un des bateaux que nous renversâmes à cet effet, afin qu ils fussent sains et saufs au cas de notre retour : nous fimes halte au sud de la pointe que forme la baie déjà décrite, puis nous la passâmes à minuit avec beaucoup defatigue. Le 12, lecommandantRoss, avec Abernethy et Park, partirent à dix heures avec deux traineaux, des provisions et une tente pour la pointe de /a Fury. Is avaient pour instructions de laisser un billet à chaque endroit où ils passeraient la nuit, et nous avions calculé que nous, chargés comme nous l’étions, nous atteindrions le même lieu dans le double de temps, de facon que nous devions avoir fait soixantedix milles, quand ils auraient atteint le but de leur voyage, qui se montlait à une distance de cent cinquante milles alors.

Le 13 juin, ce détachement fut bientôt hors de vue, mais il avançait très lentement, car il était forcé de faire des cireuits là où il lui était impossible de traverser. Après neuf heures de marche nous fimes halte sur une pointe où nous ne trouvâmes pas d'eau, même à midi. Nous laissâmes en ce lieu un dépôt de provisions. Le 14, le 15 et le 16, le mauvais temps ralentit encore notre marche ou nous retint tout-à-fait; mais le 16, nous trouvâmes le billet et l'amas de pierres élevé par le détachement qui nous précédait à environ minuit. Le 18, nous fimes halte au second cairn (amas de pierres) du détachement, et nous y trouvâmes un billet qui nous annonçait qu'ils avaient élé retardés par les maux d'yeux et de pieds. Le 20 juin, nous campâmes près du troisième cairn, sur une pointe où il y avait quelques vestiges d'anciennes stations de naturels. Le lendemain nous trouvâmes le quatrième cairn, mais renversé et sans billet : nous pûmes cependant suivre leur route au moyen de pierres qu'ils avaient placées de distance en distance.

Tandis que nous suivions la côte’, le 25 juin, nous rencontrâmes le détachement du commandant Ross, qui nous rapporta que, sur la pointe de la Fury, la mer s'était élevée, et avait emporté au nord trois bateaux, dont l’un était très endommagé. Quant au reste tout était dans l’état où nous l’avions laissé, et le pain, ainsi que les autres provisions, était en grande abondance. Nous nous dirigeâmes alors de ce côté, et nous finîimes le mois en vue de la plage de /a Fury.

4er juillet. — Enfin l'eau coulait actuellement des larges crevasses des glaces, et tout changeait d'aspect d'heure en heure. Trois ravines que nous avions passées versaient aussi chacune leur torrent, et c’est au pied de l’un d'eux que nous dressâmes nos tentes. Nous trouvâmes en cet endroit une caisse de farine,

que l'eau y avait apportée : enfin nous étions campés à dix heures sur la plage de la Fury. Nous étions encore une fois chez nous : nous le sentions, et c'était quelque chose. Nous y avions une fois demeuré tous ensemble , puisque c'élait notre magasin, et ce lieu avait deux fois été le séjour du commandant Ross.

Le 20 juillet, il me fut possible de gravir une montagne haute de mille pieds, et de là je pus voir que la mer était une masse solide de glace sans aucun mouvement, aussi loin que le regard pouvait atteindre : quelques ravines profondes, qui ne contenaient d'autre eau que celle de la fonte des neiges, étaient assez pittoresques pour ce pays. |

Le 4er août, comme le dernier du mois précédent la glace s'était inopinément séparée, assez pour laisser l'eau libre et navigable, et que les bateaux étaient prêts, nous nous préparâmes au départ avec l'espoir de pouvoir bientôt quitter ce détroit et d'arriver dans la baie de Baffin avaut que les bâtiments se fussent éloignés: Les bateaux furent approvisionnés pour jusqu'au 4er octobre, et chacun portait sept hommes et un officier. Le commandant Ross et moi, nous échangeâmes des copies de noscartes et de nos journaux pour le cas d'une séparation, et une bouteille contenant un court détail de nos opérations fut euterrée dans la maison.

Nous quitlâäwes la plage à quatre heures de l'aprèsmidi, mais nous trouvâmes les canaux ouverts dansla glace si lortueux et tellement barrés par les glaces flottantes, qu'il nous était difficile de faire usage de nos rames. Nos progrès étaient donc lents, et après avoir passé deux rivières, au large desquelles il y avait une glace très massive, nous fümes arrêtés à neuf heures sous le précipice même où la Fury fit naufrage. Comme nous etions à la marée basse, et que le mouvement des glaces vers le nord cessa à onze heures, il était clair qu'elles allaient bientôt revenir sur nous, de sorte que les bateaux furent déchargés aussi vite que possible et tirés à terre.

I n'y avait pas une minute à perdre, car la glace revint immédiatement, et deux énormes glaçons qui étaient près de nous furent brisés en pièces avec un grand fracas. La distance que nous avions parcourue était de huit milles, et c'était une singuhière coïncidence que ce fait d’un danger si imminent arrivé à nous, non-Seulement à l'endroit même du naufrage de la Fury, mais le jour même où elle s'était perdue huit ans auparavant. Nous élions de plus exposés à être écrasés par les pierres qui tombaient à tout instant de ce précipice, et que le dégel détachait à l'improviste : entin le 6 août, nous gagnâmes un ancrage plus sûr.

Là nous fûmes de nouveau captifs, et M. Thom alla à la Fury chercher des provisions pour trois semaines, el ce nest que le 28 que nous pümes nous remettre à la mer, nous dirigeant vers le détroit de Barrow.

Août fut un mois remplide perplexités,et des espé rances déçues sans cesse exercèrent rudement notre patience à Lous. Quand nous quittâmes la plage de /a Fury, les apparences étaient si favorables que chaque progrès vers une pointe, une baie ouuncap, nous flattait de la perspective d atteindre la limite septentrionale de la glace, et ensuite de surmonter la plus grande difficulté de notre voyage, en nous frayant un passage par la baie du Prince-Regent. Toutefois, quand nous fûmes par les 73° de latitude, nous fûmes malheureusement retenus si lungtemps par la glace qu'il devint douteux que nous réussissions dans la saison actuelle.

Le 1er septembre, nousfûmes retenus encore parun coup de vent, et toute notre distraction fut là vue de quaire baleiues noires et de plusieurs blanches ; le lendemain, nous eûmes le même temps, et le 3, je Montai sur la hauteur qui est en réalité la pointe nordest de | Amérique, et de là je vis, d'un côté, le cap Warrender et le monument de Hope,etde l'autre le cap York, avec trois promontoires au-delà, lesquels renferment toute cette partie du détroit nommé détroit de Barrow. C'était un champ de glace non interrompu, et toul élail exactement dans le mème état que le

31 août 1818. Triste perspective, en vérité, puisqu'elle semblait nous menacer d'être contraints à retourner à la baie de {a Fury. C'est une conviction que nous aequimes aux dépens de nouveaux périls, le 24, et le lendemain nous parlimes par une brise fräiche pour rentrer & la maison. Mais le 28 nous fümes forcés, par un coup de vent, de nous réfugier sous le plus effrayant précipice que nous eussions vu-encore, à deux milles du cap septentrional de la baie Batty. Il n'y avait Ià que six pieds de plage au-dessus de nous. Il devenait absolument nécessaire de s'éloigner surle-champ, mais un vent d'est poussant sur nous la glace de la baie, nous fûmes retenus le jour suivant,

Le lendemain un mouvement dans la glace nous permit de franchir le cap septentrional de cette baie, Wais nous découvrimes bientôt que le cap sud était complétement bloqué par des glaces massives : nous n’eûmes donc rien de mieux à faire que d'aller débar: quer nos provisions sur un petit champ de glace à un mille du rivage.

Le mois d'octobre de cette année surpassa tous les autres par son froid constant et ses perpétuelles tempêtes; car nous n’eûmes que six jours tempérés. Nous avions cependant lieu d'être reconnaissants envers la Providence, car nousétionssürs de nos provisions pour une aulré saison encore. Quant aux rations actuelles, on donnait aux hommes alternativement de la soupe aux pois, et une autre faite de carottes et de navets, provenant des provisions de la Fury. Au lieu de pain, que nous ne pouvions leur fournir suffisamment, ils recevaient des puddings faits de farine et d'eau. Is étaient, par Le fait, assez nourris, puisque je rémarquai que, depuis notre retour à la station, ils élaient en meilleur état. Les tempêtes de ce mois en brisant les glaces"dans la baie du Prince-Régent, et en la faisant descendre de Baffin, auraient dû nous être très utiles, mais la température basse était maintenant contre nous. Taylor, Laughy et Wood étaient sur la liste des malades.

Novembre ne fut pas moins agité de tempêtes, et ce fut avec beaucoup de peine que nous pûmes achever de faire nos préparatifs d'hiver. Les hommes, n'ayant pas de vêtements pour faire face au froid, pouvaient rarement travailler en plein air, mais nous réussimes enfin à rendre un peu confortable notre maison, de façon que la température de l’intérieur était de 450 environ. Les hommes avai ent chacun un lit à fond de toile à voile et un mate/as piqué; de plus, pour ajôuter aux couvertures, que chacun avait également, on faisait d'autres matelas.

Décembre et l'année 1832 finirent d’une rude façon, puisque le mercure gela, et les vents, continuellement du nord et du nord-ouest, tenaient la glace dans un mouvement perpétuel et violent. On vit pendant ce mois, l'eau libre , et le dernier jour de l'année, on pouvait jouir de ce coup d'œil jusqu’au point où pouvait s'étendre la vue dans le nord-nord-est. Nous avionsamélioré notrehabitation en augmentant la masse de neige et de glace qui l'entourait, et en la plan= chéiant.

Malgré tous ces soins, il n’y avait pas moyen de se rechauffer entièrement; dans les premiers jours de janvier et quand nous essayions de goûter du feu d'un côté, nous étions gelés de l’autre; puis nous étions faligués d'un autre côté encore, par le manque de livres ou de loute autre occupation, et l'impossibilité de faire de l'exercice au dehors. L’équipage, en géné ral, allait bien, mais il n'y avait plus rien à espérer de la santé du charpentier : il mourut le 15, et le 21, Chimham Thomas fut enterré avec les cérémonies d'usage. Il ne fut pas alsé, néanmoins, de lire dehors le service, landis que le thermomètre marquait 4650, et que la terre élail si dure, que nous eûmes la plus grande peine à lui ouvrir une fusse. C'était Ja première de nos pertes que nous pussions réellement at: tribuer au climat et à notre position. Nous avions ainsi à regretier un homme bon el utile : qui désormais

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