T. HI
Pants, — linp. Lacour et C°, rue Soufflut, 16,
Esquimau. nous traça à son (our une carte, en nous désignant les points où l’on trouvait abondamment du saumon et d'autres poissons. sr
Le 13 janvier, le thermomètre était au-dessous de 350 quand nous allâmes trouver les habitants dans leurs huttes. Les femmes avaient beaucoup perdu de leur timidité lors de cette seconde visite, et nous recûmes de Ja mère, de la femme, de Ja fille de Tulluahui et des deux jeunes enfants un accueil amical. On avait préparé pour moi à titre de présent un costume complet de femme fait avec beaucoup de soin. J'offris en retour, à la généreuse femme qui me faisait ce cadeau , un mouchoir de soie; car de tous les objets que je lui avais montrés, celui-ci avait le plus particulièrement fixé son attention. Cette femme comprit parfaitement notre carte et même elle en fit une. Quand nous revinmes au vaisseau, il faisait un froid extrême, et je ne m'en tirai pas sans la perte d'un
e peau à une joue. ;
As le Sion vint chercher sa jambe de bois ; on la lui essaya, et comme elle n'était pas de la longueur juste, on le remit au lendemain encore. Tulluahui était accompagné de plusieurs habitants, et, entre autres, d’une vieille femme : nous les avions laissés aux soins du maître. En revenant les trouver, nous ne fûmes pas peu diverlis de voir que la vieille femme s'était laissé couper, pcigner, et arranger les
cheveux. Le résultat de l'opération avait été si avantageux pour Sa personne, que tout le reste désira êlre traité de la même façon.
Le 16 janvier, le thermomètre descendit à 420, el le lendemain matin il était à 43. Cette température ful suivie de tempêtes, de neige, et ce n'est que le 20 que, le temps s'étant éclairci, le commandant Ross et le chirurgien rendirent une visite au village, où on les diverlit par une représentation de danse et de chant. Le soleil se montra pour la première fois, après une absence de cinquante jours, et la moitié de son diamètre était au-dessus de lhorizon visible. Cette réapparition , qui nous causait tant de plaisir, n’en fit éprouver aucun aux Esquimaux, pour qui la nuit de ces régions est le jour, et le jour le plus favorable, puisqu'il est le plus commode pour la chasse des phoques qui sont si rusés. C'est cette raison qui faisait qu'ils retourmaient toujours chez eux quand le
jour paraissait , se plaignant de Ja lumière comme de :
leur ennemie , puisqu'elle les contraignait à une oisiveté forcée et non point volontaire : c'est le soir de ce Jour que mourut notre malheureux armurier.
Le 21 fut calmé et clair : àn garçon et une fille des Esquimaux , accompagnés de quelques hommes, nous firent une visite. La fille était tellement enveloppée de fourrures qu’elle ressemblait tout-à-fait à un globe soutenu par deux montants; mais des yeux noirs très perçants, ajoutés à ses joues colorées et à sa jeunesse, composaient une jolie figure pour nous, en qui le type de la beauté était désormais descendu à un degré beaucoup moins élevé. Cette modification dans les impressions ést beaucoup plus facile qu'on ne le croit et tous les voyageurs en ont fait l'épreuve. La jeune personne en question était fiancée, suivant la coutume du pays, où les fiançailles ont lieu pendant la première enfance au jour même de naissance de la future épouse.
Nos visiteurs nous quittèrent peu de temps après
midi. Le reste du temps fut employé par l'équipage à creuser la fosse de l’armurier, et à celte heure le soleil avait vraiment de l'éclat et se trouvait à une hauteur considérable. Sa vue était réjouissante en ce qu'elle nous donnait en même temps l'assurance qu’il croftrait chaque jour en durée et en splendeur. C'est là en effet, un lever de soleil auprès duquel toute la magnificence des soleils du malin n’est rien. Cet astre est toujours le bienvenu quand il annonce un jour nouveau, sans nul doute, mais c'est bien un autre matin pour ceux qui ont été privés de la lumière du soleil pendant plusieurs semaines,-et qui n’ont eu pendant des mois qu'un soir prolongé, car alors c'est l'été qui vient.
. Le mois finit avec une belle journée, et il s'était écoulé comme un rêve : nos occupations et nos dislractions avaient élé plus grandes qu'à l'ordinaire, et nos visiteurs avaient empêché que le lempsnese trainâtdans une fatigante mouotonie. Quant à la température moyenne de ce moi, elle avait élé de 25°. Sans doute il se trouve en février et en mars des jours isolés plus froids qu'en janvier; mais dans l'ensemble, ce dernier mois est le plus froid de l'année. Quant à la santé de l'équipage, elle était excellente, et nos relations avec les Esquimaux nous avaient déjà été utiles en nous procurant des vêtements convenables au climat; puis nous espérions pouvoir explorer une partie de la côte au moyen de leurs chiens et de leurs traîneaux.
Le {er février, nous recûmes une nouvelle visite des Esquimaux, et une des femmes qui faisaient partie de celte société avait sur la {êle un ornement composé de la tête d'une chouette et de quelques peaux d hermines Le 4 février, la température tomba au-dessous de 42, et le lendemain, bien qu’elle fût encore à 400, une femme qui était en visite tira son nourrisson de son sac, et l'exposa nu à l'air pour lui donner le sein. Nous remarquions depuis quelques jours que les Esquimaux semblables en ce point aux autres sauvages, dérobaient
assez fréquemment des objets à bord. Le thermomètre était descendu pendant plusieurs jours de 43 à 480,
Le 26 février, soit que ce fût un jour de fête parmi eux, ou qu’ils voulussent nous divertir, une troupe vint.nous donner le spectacle d’une danse : elle n’était pas de moins de vingt personnes. Cette danse ressemblait plus à un spectacle d'ours qu'à autre chose, et l'ours savoyard devait être regardé chez eux comme le meilleur danseur. La danse fut suivie d’un concert vocal où les femmes rangées en demi-cercle, fermant les yeux et ouvrant la bouche, vociféraient de toute la puissance de leur gosier et de leurs poumons amna aija. Les Esquimaux du Groënland entendaient mieux leur art. Le résumé de la chasse des naturels pendant ce mois donna deux ours blancs, frois gloulons, une douzaine de renards et cinquante veaux marins; et comme, de notre côté, nous avions tué ou pris cinq renards avec quelques lièvres, des plarmejans et des perdrix de saules, ce n’est pas un pays si dépourvu de gibier, même à cette époque de l’année, qu'on l'a supposé en général : il est donc prouvé que ces animaux n'émigrent pas dans le sud en hiver.
J'achetai, le 4er mars, aux Esquimaux un de leurs meilleurs chiens, que l'on me garantit pour tenir en échec un ours ou un bœuf musqué, pour découvrir les trous de veaux marins, eb pour tirer le traîneau. Eu égard à de telles qualités, je le payai bon marché avec un couteau. Nous achetämes, le lendemain, un autre chien pour compléter notre attelage. Le 6 mars, le soleil avait assez de force pour élever le thermomètre de 18 à 38°, puis il tomba à 24°. Le 9 mars, le temps était beau et calme, avec la lune pleine, et l'irrégularité du flux et du reflux et de la hauteur des marées était excessive. Deux des officiers se rendirent à la nouvelle ville qui était sur la glace et à sept milles au large. Ils y trouvèrent cinq familles qui avaient eu très bonne chance, puisqu'elle avait pris un grand nombre de veaux marins; le lendemain deux détachements des naturels qui vinrent nous vendre un chien, deux veaux marins et des souliers, ainsi que divers autres objets, nous bâtlirent une cabane de neige pour nos instruments.
Leur déjeuner, composé de cinq à six livres de veau marin pour chacun, parut leur faire un très grand plaisir. Après ce repas ils achevèrent la construction de la hutte de neige qui devait nous servir d'observatoire, et dont la perfection de construction était le moindre mérite, puisque tout en excluant toute influence du vent ou du froid, elle était assez transparente pour nous permettre de lire les caractères gravés sur les instruments. Un accident désagréable arriva à bord à un des enfants des Esquimaux : comme ils sont dans l'usage de lécher leurs plats et leurs ustensiles, ainsi que le visage les uns des autres, la pauvre créature ap pliqua sa langue sur le cercle de fer d'un tonneau, et ne put s’en retirer qu'en laissant la peau. Nous trouvâmes très bonne la viande du bœuf musqué : elle avait exactement le goût du bœuf, et rien de la saveur du muse, qui peut-être se manifeste à une époque particulière. Ayant sept chiens accoutumés à cetle chasse, nous avions la perspective de ces provisions fraîches pour l'équipage.
Le 49, M. Thorn et le chirurgien avaient été à dix milles de distance pour faire quelques observations, mais ayant été surpris par la nuit, au retour, ils n'arrivèrent que très lard et presque épuisés, après nous avoir causé beaucoup d'alarmes. Le lendemain, quelques-uns des naturels vinrent nous demander ce que signifiaient les coups de fusil et les feux bleus que nous avions lancés pour servir de signaux aux officiers absents, et qui les avaient remplis de terreur.
Dans la soirée du 30 quatre familles des naturels, formant un total de quinze personnes, passèrent près du vaisseau pour aller construire de nouvelles hultes à un demi-mille dans le sud. Ces gens avaient quatre traineaux pesamment chargés, tirés chacun par deux ou trois chiens, mais qui allaient très lentement. Nous
les suivimes pour voir comment se bâtil une maison de neige, et nous fûmes surpris de leur habileté : quaranle-cinq minutes avaient suffi à un homme pour terminer son toit. Pendant le temps que l'on met à dresser une tente on élèverait presque une maison pareille. Le mode de construction mérite d'être décrit.
Quand, au moyen de la baguette qui sert à sonder les trous de veaux marins, on s’est assuré que le terrain est suffisamment profond et solide, on nivelle le terrain destiné à Ja construction avec une pelle de bois, en laissant au-dessous une solide couche de neige, qui ne doit pas avoir moinsde trois pieds d'épaisseur. Alors, commençant au milieu d'un cercle tracé, qui a dix pieds au plus de diamètre, on taille en forme de coins des blocs qui ont deux pieds de long à peu près, el qui sont épais d'un pied à la partie extérieure, et on les dispose de façon que la construction se termine en un dôme parfait. Alors on meuble cette maison de sofas de neige que l'on couvre de peaux, et l'on place des fenêtres de glace ; ensuite on y ajoute le passage dont j'ai parlé et queïques petites huttes pour les provisions.
Vers la fin de mars la glace fondait du côté sud du navire, et le soleil avait dépouillé les rochers de leur neige.
Excursion dans l’intérieur par le commandant Ross. Examen de l’intérieur. Retour au vaisseau. Singulière opinion des Esquimaux sur le vol. Seconde excursion du commandant. Chiens des traineaux. On est sur le point de se battre avec les naturels. Explication, Raccommodement. Une nouvelle excursion est décidée.
Le 5 avril, le commandant Ross, accom pagné du contre-maître et de deux Esquimaux, Awack et Oublouria, partit pour une excursion dans l'intérieur : je reproduiraiici son rapport. Notre bagage était sur deux traineaux, tirés par des chiens, mais comme il étail beaucoup plus pesant que celui des Esquimaux , tandis que ceux-ci montaient de temps à autre dans leurs traineaux, il nous fallait sans cesse courir à côté du nôtre et très souvent même les traîner à travers les profonds amas de neige fraiche que nous rencontrions à chaque pas. Nous nous dirigeâmes dans Le sud ouest, et presque parallèlement au village jusqu'à midi, heure à laquelle le vent devint très violent, et la neige si épaisse qu'Awack qui nous conduisait perdit son che- Min, et se fourvoyant dans des blocs de glaces entassés, eut son traîneau brisé en deux : cet accident faillit faire renoncer au voyage à peine commence. Cependant le {raîneau fut aisément réparé, et nous continuâmes notre marche à travers lesblocs et les fragments de glaces : cependant après deux heures d’un voyage si rude, la neige foueltait si épaisse que nous dûmes renoncer pour l'heure à poursuivre, et consentir à ce que les Esquimaux construisissent une hutte de neige. Cela fut fait en une demi-heure, et nous fûmes alors aussi bien à l'abri que nous eussions pû l'être dans une maison de pierre. Cependant notre hutle était tout juste assez grande pour nous contenir tous les quatre; mais nous étions dans une si triste position que le plus misérable refuge était le bienvenu. Nos vêtements étaient à tel point pénétrés d'une poussière de neige, et ils étaient gelés si fort, qu'il nous fallut attendre longtemps, pour les pouvoir ôter, que la chaleur de nos corps eût commencé à les amollir. Nous Souffrions aussi beaucoup de la soif, de sorte que pendant que nos Esquimaux s'occupaient de leur bâtisse, nous nous mimes à faire fondre la neige à l'aide d'une lampe d'esprit de vin. La quantité d'eau que nous nous proeurâmes ainsi dans un court espace de temps fut suflisante pour nous tous : ce qui causa autant de plaisir que d’étonnement à nos guides pour qui la même - Opération, faite dans leurs vases de pierre sur leurs lampes à huile, dura quatre heures,
I nous fallut cependant subir un inconvénient inhérent à l'extrême petitesse du notre hutte: c’est que ses murs fondaient naturellement, et avec tant de promp-
titude, que nos habits furent bientôt mouillés au point de nous contraindre à les quitter, et à nous mettre dans les sacs de fourrure : c'est là-dedans que nous dormimes à l'abri de notre ennémi.
Le lendemain, fatigués par la pénible marche de trente milles que nous avions accomplie la veille, nous serions restés tard dans le plus profond sommeil, sans une révolte de nos chiens qui nous réveilla. Poussés par la faim, ils s'étaient mis en devoir de dévorer un traineau fait avec du poisson gelé; mais le repas n'était pas très avancé quand on put y mettre un terme, et il suffil de quelques réparations qui n'occupèrent qu'une faible partie de la journée. Comme elle était trop mauvaise pour que nous pussions songer à reprendre notre marche, nous employâmes notre temps à des Conversations avec les naturels, Comme ils étaient actuellement à leur aise et libres de leur première appréhension, ils se montrèrent à nous sous un jour très favorable, et témoignèrent plus d'intelligence et de pénétration que nous ne devions en attendre sous ces lourdes masses de chair et ces physionomies hébétées. Ce que nous recueillimes alors de plus important, ce fut les renseignements qu'ils nous donnèrent sur la nalure de la côte et de l'Océan à l’ouest, qu'ils nous représentèrent comme étant d'une vaste étendue. Ensuite ils nous décrivirent une île nommée Ou-Djiou-Lik , comme étant si éloignée, qu'il fallait traverser l'eau salée pendant plusieurs jours pour y arriver, fait qui confirmait leur première information sur la grandeur de Ja mer à l'ouest. Nous entendîmes après cela, avec un grand intérêt, le récit des circonstances qui les avaient amenés sur celte partie de la côte et dans notre voisinage immédiat. Deux d'entre eux ayant été pêcher à un lieu nommé On-f'it-Tivik, ils y virent le vaisseau près de la glace et portant vers le sud : très alarmés de ce fait, ils se mirent immédiatement en devoir d'aller rejoindre le corps principal de leur tribut à Neyliel-le, où ils restèrent jusqu'à l'arrivée d’une femme appelée Xa-ke-kag-iu. Cette femme avait une sœur qui Se lrouvait dans un parti de naturels que nous avions bien traités lors de notre premier voyage, et les détails séduisants qu’elle leur donna les décidèrent à chercher /a F'ictory en quelque lieu qu'elle püût se trouver, C'est ce qu'ils firent, et nos compagnons nous décrivaient alors leur première sensation à la vue de la première trace de nos pas sur la neige, trace dont la dimension leur causa un grand étonnement. Pendant tout leur discours ils ne cessèrent de manger, car c'est une occupation que rien ne peut faire négliger à un Esquimau, tant qu'il y a quelque chose à dévorer ; et notre expérience ne put nous habituer à voir, Sans une surprise toujours renouvelée, la tenacité de leur appétit, la capacité de leurs eéstomars et l'énergie de leurs facultés digestives. Du reste, ce n'était point besoin, mais voracité pure et plaisir de manger. Leurs provisions allèrent en conséquence plus vite qu'ils ne l’eussent désiré.
Notre latitude était alors de 690 4% 20”, et notre longilude de 44° 6” ouest du vaisseau. La hulte était construité sur le rivage méridional d'un passage long d'environ {rois milles, et du côté opposé était une rivière que les naturels nommaïent 4ng-malouk-touk. Le nom de ce détroit ou passage, dans la langue du pays, est Tou-noud-lead.
A mon retour de l'éminence sur laquelle j'étais monté pour faire ces observations, je trouvai les deux guides Awack et Oublouria, activement occupés à charger leurs traîneaux, et j'appris avec surprise et chagrin qu'ils s'apprêtaient à retourner au lieu que nous avions quitté, afin de prendre un surcroît de provisions. Je ne pus les décider à abandonner ce projet qu'en leur donnant, d un Côté, une partie de la provision de chair de veau marin que nous avions réservée pour nos chiens, et de l’autre côté, en les menaçant de la privation de la récompense promise, et qui se composait de limes: alors ils consentirent à poursuivre. Après avoir traversé une langue de terre,
RE
large de trois milles environ, et contenant deux petits lacs qui, nous dit-on, était bien poissonneux, nous redescendimes sur la glace d'eau salée que nos guides nous représentèrent comme appartenant au fond d’un détroit auquel ils donnent le nom de Tar-rio-nityoke. Cependant le sens de cette phrase est eau pas salée, de façon qu'il y coule probablement une rivière assez considérable. C'est ainsi que son entrée ou embouchure de ce passage est appelé sokah à vole, c'està-dire à coule vite, sans doute parce que les eaux douces de l'extérieur et la fonte des neiges y causent, à certaines époques, une grande accumulation d’eau, qui se fait jour en se précipitant par une étroite ouverture.
Nous fimes halte sur un petit îlot situé dans l'angle nord-ouest de cette baie, et nous y trouvâmes un Canot couvert de pierres et qui avait été enterré ainsi, afin d'empècher les charpentes de se corrompre: pour la même raison, la peau qui le couvrait avait été enlevée. De cet endroit nous continuâmes notre marche directement vers l'intérieur, montant le lit d'une rivière, traversant plusieurs lacs étroits et marchant dans la neige épaissie pendant trois ou quatre milles ; mais le vent s'accrut bientôt, à tel point que la neige qu'il lançait en véritables torrents nous obligea à chercher un abri dans une maison de neige que nos Esquimaux construisirent.
Le lendemain matin, 8 avril, le temps était nébuleux et la neige très abondante. Cependant nos guides nous firent la proposition de laisser les bagages derrière nous, afin de pouvoir aller plus vite à Ney-liel-le, et revenir coucher à la cabane. Je ne pouvais certainement choisir un jour plus défavorable pour visiter un lieu si intéressant ; mais comme je connaissais l'humeur capricieuse et changeante de ces gens, je ne voulus faire aucune objection. Nous partimes done à neuf heures du matin: et, après avoir traversé deux lacs étroits nommés Xung-uck, à cause de la contrée montueuse qui les bornait, nous arrivâmes parune descente courte mais rapide, à l'endroit nommé Padle-ack, mot qui signifie fin du voyage. L'absence totale du manque de marées me fit d'abord douter si nous étions réellement arrivés à la mer; mais Awack détacha un de ses chiens qui découvrit bientôt un trou de veau marin, par lequel je pus goûter l'eau salée. Un fait essentiel de notre géographie était donc constaté par le succès de cette excursion.
Gardant notre direction vers le sud-ouest jusqu'à onze heures, nous passâmes une île que les guides appelaient, O-wuk-sche-o-wik, parce que l'espèce de morue nommée o-wuk se prend en grande abondance sur cerivage, qu'elle fréquente l'été et l'automne. De là nous retournâmes dans le sud, puis dans le sud-est; et, après avoir traversé une plage basse de pierres à chaux, nous arrivâmes à une heure au grand lac de Ney-liel-le.
Le côté est de celte pièce d’eau déployait une chaîne de montagnesde granit sur les pentes desquelles Awack nous fit voir plusieurs huttes d'hiver qu'il nommait O-Kau-it; mais la neige qui m'aveuglait m'empêcha de prendre les dimensions de ce lac. Une rivière avait un demi-mille de large environ, et comme la glace qui la couvrait était épaisse, je fus porté à croire que l'eau était profonde, Aidé du maître, j'élevai un monticule de pierres à chaux ; nous primes possession de celle terre avec les cérémonies d'usage, et nous nous préparâmes au retour.
Arrivé à sept heures à la rivière de Padle-ak, je montai sur un point élevé avec Oublouria, et grâce à un temps clair j'eus une très belle vue de cette vaste baie. De tous les renseignements qu'il me donna sur les lieux mêmes, el en me désignant les divers points de l'horizon, je conclus que la terre sur laquelle nous nous trouvions faisait partie du grand continent d'Amérique, et que, s'il y avait quelque passage à l'ouest dans ces parages, on devait le chercher au nord de notre position actuelle, |
Il était neuf heures du soir quand nous regagnâmes la hutte où Awack nous attendait. Il avait profité de notre exemple d'une manière fort intelligente pour faire fondre de la neige, de facon que nous trouvâmes au retour abondance d'eau dont nous avions grand besoin. Le manque absolu ou la rareté de cette provision est pénible à l’extrème dans ce pays de neige et de glace, où l'on vit au milieu de l'eau, où l’on marche sur l'eau, où l’eau vous tourmente continuellement sous une de ses formes. C'est que l’on oublie que la neige et la glace de ces contrées ne ressemblenten rien à la glace et à la neige de nos hivers, et qu'on ne peut les convertir en liquide qu'à grands frais de peine et de chaleur. Nos guides dormirent profondément, ainsi que nous, et le lendemain nous continuâmes notre marche, toujours par une bise très froide, accompagnée de neige et qui dura toute la nuit.
Le 40 avril, le venttomba danslamatinée et nous partimes à midi, car nous avions un désir extrême de rentrer au vaisseau. Le guide Oublouria était dans un état pitoyable, presque aveuglé par la neige, et les genoux retirés par le frottement de ses culottes gelées : ce malheureux pouvait à peine voir pour se conduire, à cause des larmes abondantes qui remplissaient ses yeux enflammés. Il prit place dans notre traîneau, et nous étions de retour à {a F'ictory le soir à six heures.
Le 414 avril, le commandant Ross élant rentré la veille, les guides reçurent les limes promises et parlirent très heureux.
Le 45 et le 16 avril, nous détruisimes le rempart de neige que nous avions élevé autour du vaisseau, et qui n’était plus nécessaire. Pendant ces derniers jours, la température alla de 3° au-dessous à 30 au-dessus de zéro, et varia dans ces limites.
Le 17 avril, le commandant Ross alla explorer une baie au nord, etrevint avec l'assurance qu'ilne se trouvait aucun passage dans cette direction. Ainsi tombait un de nos projets, mais il en restait deux encore. C'est dans le courant de cette journée que nous vimes les premières alouettes de neige.
Le 18 avril, un des Esquimaux nous rapporta la porte de fer d'un piége à renard que son frère avait dérobé. J1 paraissait être d'opinion que, bien qu'il fût mal de voler, ce mal n'existait pas si le propriétaire ne s’apercevait pas de l'absence de son bien. Comme ils n’en faisaient pas mystère à leurs amis, ceux-ci ne manquaient point de nous en informer, et quand les voleurs étaient découverts, loin de nier leur action, ils en riaient comme d'une bonne plaisanterie. 1Is nous apportaient alors quelques offrandes de paix : dans le cas actuel, par exemple, ce fut un veau marin.
Le 41, avril, le commandant Ross, toujours accompagné du maître et d’un guide, partit pour une nouvelle excursion avec les provisions de sept jours; mais ils revinrent le lendemain après avoir constaté qu'il se trouvait un canal tortueux, large de deux cents pieds au plus, au nouvel établissement de Schagavoke; qu'il avait un mille de long, et était au fond d'une baie, el conduisait aussi dans l’intérieur à un spacieux bassin de cinq milles de diamètre. Une scène assez plaisante avait eu lieu pendant celte excursion: les chiens, ayant aperçu au loin trois rennes sur le rivage opposé de la baie, s'étaient misen chasse avec le traîneau après eux ; à chaque bond qu'il faisait, quelque partie du bagage sautait dehors, au grand divertissement du guide, à qui cette plaisanterie faisait pousser des cris de joie, et ce ne fut qu'au bout de trois heures que la scène finit, grâce à deux glaçons qui tenaient serré le traîneau.
Il était done maintenant bien constaté qu’il n’y avait point de passage dans la mer occidentale au sud du 70e degré, et il était par conséquent inutile de dresser des plans pour nous diriger avec le vaisseau sur ce point. Notre attentif examen devait dès lors se porter . plus au nord. Une partie du rapport de ce dernier voyage était d’un vif intérèt pour nous, puisqu'elle nous apprenait qu'on avait vu à douze milles seulement de nous des rennes et des traces innombrables des pas
de ces animaux, suivies des traces de pas de leurs ennemis les loups.
Le 17 avril, tout le village nord était en confusion par suite de la mort d'un enfant qui avait été tué par la chute d'une pierre : son père et ses cinq frères sortirent, avec toutes les apparences de la frénésie, et le couteau à la main. Comme on ne savait pas ce que cela voulait dire, nos gens prirent leurs fusils: alors on força le père à rentrer dans la cabane, et la paix fut rétablie.
En somme, ce mois avait été beaucoup plus chaud dans sa première partie qu'on ne devait l’espérer pour la saison, mais la fin fut si froide que le terme moyen fut zéro. Le plus important des événements qui le concernent furent ces deux voyages, auxquels un troisième allait s'ajouter , car le commandant Ross était parti le 27, et je dois lui laisser raconter celte expédition.
Comme la saison s’avançait rapidement, j'avais un vif désir de visiter ce lieu au nord , que les naturels avaient désigné sous le nom de 4ws-rouk-tou-te-ak : c'était une Hrpérauun au grand voyage que nous projetions vers l'océan Occidental. Nous parlîmes donc de bonne heure le 27 avril, et en approchant des cabanes , nous fümes excessivement désappointés quand nous n’entendimes pas les joyeuses acclamations qui nous saluaient ordinairement. Une surprise très désagréable y succéda, car nous découvrimes que les enfants et les femmes avaient tous été éloignés, et nous savions que c'était là un signe d’hostilité : nous fûmes bientôt convaincus de ce fait en voyant les hommes armés de leurs couteaux, Les regards sombres et mornes de ces gens présageaient malheur, mais il nous était impossible de former aucune conjecture sur la cause de ces dispositions.
Nous pouvions les voir beaucoup mieux qu'ils ne pouvaient nous distinguer, car le soleil les frappait au visage. C’est le bruit de nos chiens qui les avertit de notre arrivée et de notre approche , et dès qu'ils les entendirent, un d’eux.sorlit précipitamment d’une hutte, en brandissant le grand couteau qui sert à attaquer les ours, et en même temps des larmes coulaient sur sa figure âgée et sillonnée de rides, et il regardait autour de lui d’un œil hagard pour chercher les objets de son animosité. En peu d’instants il leva son bras pour lancer l’arme à moi et au chirurgien qu étions à quelques pas de lui; mais le soleil l'ayant
bloui, il tint son bras suspendu pendant un moment. Son fils arrêta alors sa main et nous eûmes le temps de la réflexion, et de nous préparer à la défense, bien qu'elle parût devoir être de peu d'utilité en cette occasion. Nous nous retirâmes au traîneau où j'avais laissé mon fusil, et n’osant pas le quitter, puisque M. Debernethy n'avait pas d'armes, nous attendimes l'issue, nous perdant en conjectures sur les motifs de l’offense, puisque nous nous étions séparés la veille bons amis.
Le féroce vieillard Pou-wit-yah était encore tenu serré par ses deux fils, qui lui attachèrent les deux bras au dos, et il faisait de vains efforts pour se débarrasser, pendant que le reste de son parti se tenait prêt à seconder toute tentative qu'il ferait contre nous. Il y avait toutefois parmi eux quelques différences d'opinion, et ils n'étaient pas tous également ennemis : c'est ce que l’on devait conclure de la conduite des deux jeunes gens. Nous pouvions donc encore espérer quelques explications avant d’en venir aux extrémités. Ils commencèrent en effet à discuter entre eux , puis ils se divisèrent comme pour nous cerner, Je crus devoir arrêter ce mouvement , et la vue de mon fusil en joue suffit pour les disperser et les faire rentrer dans leurs huttes.
Je ne pouvais les décider à se rapprocher ou à répondre à mes questions, quand une femme eut le courage et la confiance de venir à nous : elle nous expliqua la cause de tout ce tumulte, lequel, tout absurde qu’en était le motif, eût pu avoir un dénoûment fatal. Un des enfants adoptifs de Pou-wit-yah, bel enfant
de sept ou huit ans, que nous connaissions, avait élé tué, comme il a été dit, la veille par la chute d'une pierre, et ils avaient attribué ce malheur à notre influence et aux pouvoirs surnaturels dont ils nous croyaient doués. Alors le père avait médité contre nous la vengeance dont l'exécution avait commencé. J'eus beaucoup de peine à persuader à cette bonne femme que nous n’étions pour rien dans celte catastrophe. Elle retourna cependant vers ses compatriotes, et répéla ce que j'avais dit : alors ils se calmèrent, mais nous pressèrent de retourner au vaisseau, attendu qu'il leur fait impossible de nous donner des guides avant trois jours, et de se servir de leurs chiens durant les trois journées qui suivaient la mort d’un des leurs. Bien que ce fût là, suivant toute probabilité, un usage funéraire, cependant je désirais les y faire renoncer, car trois jours perdus à cette époque de l’année étaient d'une grande importance.
Je montrai âlors une grande lime, l'offrant à celui qui voudrait nous accompagner, et leur disant en méme temps que, s'ils refusaient, nous irions seuls, et qu'ils perdraient ainsi la récompense. Sur ce, une délibération de quelques minutes eut lieu entre eux, et elle eut pour résultat que Pou-yet-lah, cédant aux instances de sa femme, s'offrit pour nous accompagner, pourvu que je permisse à Illiktah, beau garcon de seize ou dix-sept ans, de se joindre à lui. On pense bien que j'y consentis, car deux compagnons ne pouvaient qu'être plus utiles qu'un seul, et ils allèrent, en conséquence, dans leurs huttes faire les préparatifs du voyage. La paix était désormais tout-à-fait rétablie, et l'entière confiance de leurs relations avec nous ne semblait pas avoir été troublée.
Départ pour une nouvelle excursion. Chasse au bœuf mus= qué. Détails curieux sur l’état civil de ces peuples, Retour au vaisseau,
Il était dix heures quand nous nous mîmes en route vers l'angle nord-ouest de la baie, et nous fûmes suivis aussi loin que possible par les acclamations de nos amis. Les bagages et les provisions étaient sur deux traîneaux tirés chacun par six chiens. Nous avions fait dix ou douze milles quand le’guide Pou-yet-tah arrêta son traîneau, et me frappant sur la poitrine, me dit que j'étais bon, puis, remarquant pour la première fois que j'avais laissé derrière moi mon fusil, il me plaça dans là main sa lance, en me disant que je devais être armé aussi bien que lui. Alors il tira de son long vêtement le couteau qu'il y avait tenu caché et le tint en guise d'arme. Quand il arriva à un trou de veau marin qu'il connaissait, il appliqua son nez à la légère couche de neige qui le couvrait, et dit que l'animal l'avait abandonné depuis quelques jours.
À deux heures de l'après-midi, nous entrâmes dans une anse que le guide appelait 4n-ne-reak-to, se dirigeant devant le nord-nord-ouest , et ayant à peu près un mille de large à l'entrée.
Le cap est de cette ouverture se nommait Veak-kogenck, dénomination prise d’un roc saillant qui avait une ressemblance imaginaire avec une tête humaine. La pointe ouest, nommée Week-lerrid-yeou, forme l'extrémité de 4c-caud-le-ruk-tuk, appellation qui paraît s'appliquer à toutes les terres, ou péninsules, qui sont à peu près entourées d'eau salée ou douce. Nous suivimes la rive ouest de cette anse jusqu’à l'embouchure d’une rivière , laquelle, bien que couverte de glaces d'eau douce, portait des traces évidentes de l’action du flux et du reflux. À six heures nous arrivâmes à un petit lac où cette rivière prend sa source, et qui était entouré de bords hauts escarpés et en précipices, dont les ravins étaient remplis d'une neige serrée qui couvrait aussi les lointains sommets des montagnes. De ce point nous tournâmes plus au nord, traversant une chaîne élevée afin de gagner un autre lac. Nous n'arrivâmes à notre halte qu'à dix heures,
après une pénible marche de trente milles. Les deux Esquimaux eurent bientôt construit une excellente cabane de neige, et après notre souper de viande gelée, nous nous mimes à dormir.
La nuit fut extrêmement tempêtueuse, et le lendemain matin le vent soufflait violemment du nord avec une épaisse neige qui nous contraignit à partir tard, mais à midi le temps devint beau. La latitude était de 70° 28’ 19”. Nous vimes à celte heure un grand nombre de marques d'Esquimaux élevées sur un îlot au milieu d'un grand lac. Nos guides nous apprirent que c'était une station de pêche très fréquentée en été et en automne, attendu que, pendant ces saisons , le saumon abondait dans le lac où il remontait de la haule mer par une rivière qui sort de l'angle nordest de cette nappe d'eau. La station se nommait Nappur-re-rep-ta-lig. Ge lieu est entièrement entouré de montagnes de granit et les ilots sont foumés du même roc. Le lac est d’une forme très irrégulière, et son étendue est considérable du nord-est au sud-ouest.
Quittant ce point, nous traversâmes le lac dans la direction du nord-ouest: mais notre marche était très pénible à cause de la grande profondeur de la neige peu solide qui occupait le cours de la rivière et le lac, et c'était malheureusement la direction qui nous convenait le mieux. Cet endroit, comme dans tous les endroits pareils dans le pays, se nommait /4-{ib-linneak. Bien que la route fût aussi mauvaise que possible, nous en trouvâmes une partie qui élait pire que tout le reste. Au milieu de la rivière se lrouvait une chute congelée, laquelle, outre les masses de glaces qui percaient les amas des neiges, était d'une pente si rapide, que les traîneaux y glissaient avec une vitesse efirayarte, passant devant les chiens qu'ils entraipaient, et metlant en danger tout ce qu'ils portaient.
Nous pûmes arriver au lieu de halte par un chemin
plus escarpé, mais moins périlleux, et quand mes guides me virent prendre mes instruments pour faire des observations, cet aspect les ramena à nous croire sorciers ; puis, comme l'idée de manger est toujours la première dans l'intelligence d'un Esquimau, ils s'inquiétèrent de savoir si, au moyen de cette inexplicable machine de cuivre, nous pourrions découvrir des bœufs musqués ou les voir dans les montagnes. Je ne désirais nullemen{ passer pour un devin, car celte réputation peu enviable nous avait déjà failli mettre dans une position «ifficile. Je me hâtai donc de déclarer que j'ignorais entièrement ce que devenaient les bœufs musqués : notre guide n'avait du reste pas besoin d'une intervention surnalurelle, car, en moins d'une demi-heure, il avait déjà remarqué les vestiges de plusieurs de ces animaux sur le penchant de Ja montagne au pied de laquelle nous nous trouvions. En les examinant , il s'apercut que les animaux étaient passés il y avait déjà quelques jours ; mais une recherche plus active le conduisit sur les traces de deux bœufs qui venaient de passer en ce lieu ce soir même. Nous retournâmes donc aux traîneaux, et après avoir choisi une place pour y construire une hutte, soin que nous laissâmes au jeune garçon, il prit son arc et partit, menant en lesse deux chiens, et me priant de le suivre avec mon fusil et mon chien favori Tup-to-ach- RES” Quand le guide eut retrouvé les traces, il Jâcha immédiatement ses chiens, et je fis de même du mien : alors ils partirent à toutes jambes, et eurent bientôt disparu. Nous suivimes leur direction assez péniblement pendant deux heures sur un terrain escarpé et à travers une neige épaisse, jusqu'à ce que le guide, voyant que les pas des chiens ne suivaient plus ceux des bœufs, en conclut qu'ils avaient joint les animaux, et que probablement ils tenaient aux abois l'un ou l'autre. I] en était ainsi en effet, et en tournant l'angle d'une montagne, nous vimes un beau bœuf en échec devant Ies rois chiens.
Nous courûmes aussitôt en avant : Pou-yet tah était toutefois Ie premier , et sur le point dé lancer sa se-
conde flèche quand je le rejoignis. Elle avait frappé l'animal sur une côte, et ne détourna pas un instant son altention des chiens qui continuaient d'aboyer et de sauter autour de lui, le prenant aux talons quand l'occasion s’en présentait où quand il se détournait pour fuir, puis battant en retraite dès qu'il leur faisait face. Pendant tout ce temps, il tremblait de colère, et faisait tous les efforts possibles pour atteindre ses assaillants; mais il ne pouvait y parvenir, tant ils étaient habiles à cette manœuvre.
Il était facile de voir que les armes de mon compagnon étaient de peu de valeur dans une telle lutte, ou que du moins elle ne pouvait assurer la victoire qu'au bout de quelques heures, car ilcontinuait de tirer sans aucun effet apparent après avoir perdu beaucoup de temps à viser, et en perdant beaucoup encore à chercher ses flèches. Je fus ravi de cette circonstance , et sans parler de la valeur de la proie en question, de leur montrer la supériorité de nos armes, et je tirai deux balles au bœuf, à la distance de quinze pas environ. Elles portèrent et il Lomba, mais, se relevant subitement , il s'élança sur nous; et nous étions déjà si près! Nous évitâmes l'attaque, en nous réfugiant derrière une grosse pierre qui se trouvait par bonheur près de nous, sur laquelle il se précipita avec lant de furie, qu'il se frappa la tête au point de tomber à terre avec un fracas qui fit que le sol durci répondit par un écho. Alors mon guide assaya avec son couteau de Jui porter le dernier coup, mais l'ayant manqué, il chercha un asile derrière les chiens qui accouraient alors pour l'attaque. L'animal saignait alors si abondamment. que les longs poils qui couvrent ses côtes étaient collés de sang, et cependant sa fureur et sa force ne paraissaient-pas diminuées , esr il continuait à avancer et à porter des coups de tête avec tout autant de férocilé qu'auparavant.
Pendant ce temps, j'avais rechargé mon fusil , et je m'avançai pour tirer de nouveau, quand le bœuf s'élança vers moi comme la première fois, à la grande terreur de Pou-yet-tah, qui me disait de me réfugier encore dans notre premier poste ; mais j'avais eu le temps de bien viser à mon aise, et l'animal tomba sous mes deux coups, mais non pas avant qu il fût seulement à cinq pas de moi. La vue de son ennemi abattu fit que mon compagnon poussa des cris.et dansa de joie : quand il m’eut rejoint il était mort. Une balle lui avait traversé le cœur, et l’autre dui avait mis l’épaule en pièces. L'Esquimau était confondu d'étonnement à l'aspect de l'effet de nos armes à feu : il examinait avec soin les trous que les balles avaient faits, et me montrait comment quelques-unes avaient percé d'outre en outre. C'est l'état de l'épaule brisée qui le surprit le plus, et il serait difficile d'oublier son regard d'horreur et de stupéfaction quand il releva la têle pour me regarder, en s'écriant xor0o-ek-pole (il est cassé ).
Il y avait dix heures que nous étions à jeun, et je m'attendais tout naturellement à ce que mon ami se hâterait de servir de ce bœuf un bon dîner ; je Jui faisais injure, el sa prudence l'emporta surson estomac. Il se contenta de mêler avec la neige qu'il fit fondre pour étancher sa soif un peu de sang chaud, et se mit tout de suite à écorcher l'animal. J'aurais dû me rappeler que cette opération serait bientôt devenue impossible, car le froid aurait sous peu de temps fait du tout une masse inséparable. C’est pour la même raison qu'il fit quatre parts de la carcasse ; mais il ne mangea pas ce qui se trouvait dans l'estomac de l'animal, comme il l'eût fait du contenu de l'estomac d'un renne, qu'un Esquimau regarde comme un mels très délicat. Notre appétit se révolterait cerlainement contre un plat de légumes accommodés de cette façon, mais il est pour eux un aliment très utile et très salubre au milieu de leur grossière nourriture animale , puisqu'il leur est à peine possible de recueillir par eux-mêmes des végétaux à manger.
Come il nous élait impossible d'emporter maire
sit, lot
‘ ROSS, dv: 23
proie, nous bâlîmes au-dessus de ses débris une hutte de neige, et nous nous remîmes en route pour aller retrouver notre compagnon. Nous découvrimes sur notre chemin un autre bœuf à un quart de mille environ, mais nous étions beaucoup trop fatigués pour penser à le poursuivre.
Le 29 avril à cinq heures Cu matin, nous rentrâmes dans la hutte qui avait été bâtie, assez las et assez affamés pour trouver un très vif plaisir dans un souper chaud et le sommeil. Nous avions apporté avec nous un peu du bœuf, et nous le trouvâmes très bon, car sa chair n'a point à cette époque de l’année la saveur du muse, et il est probable que ce goût extraordinaire se manifeste (et l’on connaît des effets analogues dans d'autres animaux) lors de la saison du rut. Je constatai alors que nous étions par les 69° 35° 45” de latitude et 38° 33” de longitude ouest du vaisseau.
Nous n’étions pas endormis depuis plus de quatre ou cinq heures quand les aboiements des chiens et les cris de Pou-yet-tah nous réveillèrent. Aux questions que j adressai au jeune garçon, il me fut répondu que notre guide le chasseur s'était esquivé en silence de la hutte il y avait une heure pour aller à la poursuite du bœuf que nous avions vu la veille. Il revint bientôt, et me dit qu'il avait trouvé l'animal paissant sur le sommet de la montagne, qu'il avait marché sur lui par le seul chemin accessible, en se tenant au milieu de seschiens,et qu'’ils’en était acquitté avec tant de promptitude que le bœuf, ne voyant aucun autre moyen de fuir, s'était jeté dans le précipice.
Nous trouvâmes en effet le corps de l'animal dans l'endroit qu'il nous avait indiqué, extrêmement déchiré par la chute qui avait élé de trente pieds et plus; mais pour l'usage auquel il était destiné peu importait qu’il fût ainsi en lambeaux. La même opération se renouvela, et toute la journée fut employée à transporter la viande à notre cabane. Là, après avoir diné, nous passâämes la nuit dans nos sacs de fourrure.
Le 30 avril, le vent du nord était si violent qu'il fut impossible de quitter la cabane de tout le jour, et nous eûmes tout le temps de causer avec nos compagnons de l'incident qui s'était passé. Pou-yet-tah luimême avait un vif désir de s'expliquer sur ce point, et il se mit à nous raconter l'événement avec tant de véhémence qu'il me semblait d'abord que sa colère se
- ranimait et que nous allions renouveler la querelle.
Cependant je ne tardai pas à comprendre que toute cette énergie de démonstration était l'effet de l'anxiété où le tenait le besoin de me convaincre que ses amis n'étaient pas blâämables, et qu'ils avaient agi sous l'influence de la conviction où ils étaient de notre perfidie. 11 finit par me remercier de ce que je n'avais pas tué son. père ou brisé son épaule comme j'avais fait au bœuf musqué. Cet entretien amena des assurances mutuelles de bon accord et d'amitié.
Je fus au premier abord surpris d'entendre mon guide Pou-yet-lab.appeler Pou-wit-yah son pére, car, suivant toute apparence, il n'y avait que peu de difrérence d'âge : j'en demandai l'explication, et j'appris que Pou-wit-yab était son beau-père seulement, et qu’il n'élait même que le second à ce degré de parenté, car Pou-yet-tah avait, du vivant de son propre père, qui avait pris une autre femme, deux beaux-pères, et le premier des deux avait épousé la femme dont Pou- Wit-yah s'était séparé à l'amiable : voici quelle en fut la cause. L'homme avait désiré passer à l'ouest, et la femme au contraire rester dans sa famille. Ils se stparèrent donc un mois après la naissance de Pou-yel-tah, et la femme épousa alors un autre homme, dont elle avait eu quatre enfants. Ce mari se noya, mais il laissait à sa veuve une grande fortune dans ses cinq fils. On conelura sans doute de ces détails que ces mariages seraient mieux qualifiés de concubinages, et pour corroborer cette opinion je répéterai que mon guide et son demi-frère n'avaient qu'une femme à eux deux.
C’est dans de pareils entreliens que toute la morne journée s'écoula. Le vent hurlait autour de nos mu-
railles de neige, et la neige qu'il apportait violemment retentissait contre ces murailles avec un bruit sifflant que j'étais bien aise d'oublier dans la conversalion, qui empêchait quelquefois de l'entendre. Bien que no» tre maison n’'eût pas quatre pieds de haut, et que nous fussions par conséquent forcés de nous y tenir constamment assis, elle était chaude cependant, et le contraste la rendait confortable. Il en est de beaucoup meilleures, qui n’ont jamais été si précieuses et si pleines de contentement et de calme sécurilé.
La conversation de nos amis ne les empêchait cependant point de se servir de leur mâchoire pour un tout autre emploi. Ils passèrent toute la journée à dépouiller de viande la partie supérieure du bœuf, et l'enlevant par longues aiguillettes étroites, ils se les fourraient dans la bouche aussi avant qu'ils pouvaient les pousser, puis, coupant le morceau à la hauteur du bout du nez, ils aspiraient les bouchées comme eût pu le faire un chien affamé. Ainsi, se passant de main en main chaque tranche, ils réussirent enfin à avaler toute la viande du cou, de l'épine dorsale et des côtes d’une moitié du bœuf. Ils suspendaient cependant la manœuvre de temps à autre pour se plaindre de ce qu’ils ne pouvaient plus manger, et se laisser tomber sur leurs lits ; mais le couteau et le morceau non achevé ne quittaient pas leurs mains, et ils recommençaient avec autant d'énergie qu'auparavant, dès qu'ils ssntaient la possibilité d'exploiter une autre masse de viande.
Dégoûtantes brutes ! la hyène même eût rempli son ventre et serait allée dormir ensuite. Leur estomac était tendu à un point incroyable, et ce poids leur causa une mauvaise nuit. S'ils avaient eu ou non le cauchemar, à coup sûr nous les eussions entendus parler le malin.
Singuliers usages matrimoniaux. On fait du jour la nuit pour la commodité du voyage. Retour au vaisseau.
Le 5 mai, les deux guides qui avaient suivi le commandant Ross avaient été relenus par le désir de prendre un bœuf musqué; mais ils n’en avaient pas vu. Le lendemain, une autre famille vint du nord, apportant un peu,de veau marin et quelques peaux, et elle fut suivie d'un vieillard que nous n'avions pas vu encore, mais qui était père de ceux des enfants que nous connaissions. Il nous sembla que sa femme avait quitté son dernier mari, le troisième dont elle fût en possession, pour aller vivre avec lui. Autant que nous pûmes le concevoir, cet arrangement était légal ou formait une coutume équivalente à la loi. Le 8 mai, nous recûmes la visite de cette jeune femme, du vieillard et des deux enfants. Outre cette femme, le vieillard en avait une autre, tandis que les deux jeunes gens possédaient une épouse à eux deux : toule la société vivait d'ailleurs paisiblement en commun, Il y avait aussi une vieille femme avec deux maris, qui complétaient cette étrange famille polygame. On nous y assura que tout s'y passait avec la plus parfaite harmonie.
Le 5 juin, les hommes s'étant reposés, nous continuâmes notre voyage avec courage par un temps beau et clair. À sept heures, nous atteignimes l'extrémité nord-est du grand lac de Teidjgriak, et nous dressàmes notre tente; car le soleil avait beaucoup de force à huit heures du matin; puis nous fimes notre souper, qui avait pris la place du déjeuner depuis que nous pous mettions au lit à neuf heures. Ce grand lac, qui a dix milles de long, parait n'avoir en quelques endroits qu'un mille de large, parce qu'il contient une chaîne d'îles; mais il est des points où il doit avoir de trois à quatre milles et plus. "Nous repartîmes après ce que nous appelions notre déjeuner, à sept heures de l'après-midi, et ayant traversé deux lacs. Nous arrivâmes au golfe de Schag-a-voke, qui est l'extrémité d'un bras de la mer orientale, qui S'étend à environ
mess
huit milles dans les terres. Ainsi l’isthme se réduit à dix-sept ou dix-huit milles de largeur, dont douzesont de l'eau douce : de sorte qu’il n’y a en réalité que cinq milles de terre entre les mers orientale et occidentale. L'isthme était couvert de cercles de pierre, restants des habitations des naturels, et nous vimes un singulier monticule carré, uni, couvert de végétation, semblable aux deux faces d’un bastion, et qui, à l'examen, fut reconnu pour être le résultat d'alluvions déposées par le confluent de deux rivières. On sait que de pareils dépôts ont été souvent pris dans nos pays pour des campements romains ou autres.
Le 7 juin, à sept heures du matin, nous rentrâmes au vaisseau après une absence de, près de neuf jours, et trouvâmes chaque chose en ordre et tout le monde en santé. Pendant notre voyage, les naturels étaient venus au vaisseau, et entre autres l’homme à la jambe de bois, qui l'avait cassée, et vint prier le charpentier de la lui raccommoder.
Nouvelle excursion. Première vue de la mer à l’ouest. Ration réduite de moitié. On arrive à la mer, On est contraint d'abandonner le voyage. Grand festin. Femmes prêtées.
Le 10 juin, nous fimes un trou dans la glace audessus du ÆArusenstern, qui y était enfoui;, mais il s'y trouvait enfoncé à une telle profondeur, que nous ne pûmes parvenir à voir ce bâtiment. La glace se couyrait d’eau de plus en plus. Le 12, on retira entièrement la toiture de toile, et l’on y substitua la tenture d'été. Le temps était couvert, et la première pluie de la saison tomba dans la soirée. On vit les torrents rouler du haut des montagnes, et nombre de canards et d’oies parurent pour la première fois. Il est à peine besoin de dire que les diverses espèces d'animaux forment par leur successive apparilion dans ce pays un
‘ calendrier analogue à celui de la floraison des plantes sous nos climats; car, chez nous, les migralions des oiseaux, à l'exception de celle de l’hirondelle, du rossignol et du coucou, sont peu remarquées.
Le 20 mai, à deux heures, nous gagnâmes une pointe qui formait un des côtés d'une vaste baie que je nommai Richardson. Nous la traversämes, allâmes camper du côté opposé, et le 29, à six heures du soir, nous parlimes pour aller aboutir à une pointe que j'appelai le cap Félix, qui est le cap sud-ouest du golfe de Boothia. Là nous vimes que la terre tournait au sud-ouest, tandis que la vaste étendue de l'Océan qui s'élendait à nos pieds noùs donna la certitude que nous avions enfin atteint la pointe septentrionale de ce continent, que j'avais déjà reconnu, avec beaucoup de satisfaction, comme tendant vers le cap Turnagain, latitude 690 46° 19”, longitude 989 32° 49”.
Cette pensée que nous venions de doubler la pointe la plus au nord de cette partie du continent, et de découvrir que la côte prenait la direction désirée, ne pouvait que nous donner la plus grande satisfaction. La vaste étendue de mer que nous avions apercue du haut du cap Félix, dégagée de toute apparence de terres, exaltait encore nos espérances, Notre distance du cap Turnagain n'était pas maintenant plus considérable que celle que nous avions déjà parcourue, et quelques jours de plus nous auraient suffi pour revenir triomphants au navire. Mais ces journées n'étaient pas à notre disposition; car ce n’était point seulement le temps qui manquait, mais tout moyen de subsistance. Il fallut donc nous soumettre encore à songer à revenir au bâtiment par le plus court chemin possible, Je laissai un jour de repos à mes hommes, puis, repartis à huit heures, nous allâmes dans le sud-ouest jusqu'à minuit, quand, du haut d’une masse de glace de quarante pieds de haut, nous vîimes une pointe de terre porlant au sud-ouest, à quinze milles de distance, et reconnûmes sa continuité avec celle où nous nous trouvions. Là, déployant notre pavillon, nous
primes possession de tout ce que notre œil découvrait jusqu'à cette pointe lointaine, et celle où nous étions reçut le nom de pointe Jictory.
C'est à une heure du matin, le 30 mai, que nous tournâmes le dos à ce point dernier et extrême de notre voyage, et nous arrivâmes à notre premier campement à six heures.
Le 6 juin, étant arrivés à Neyielle, j’entendis bientôt les cris des Esquimaux, et un jeune homme ne tarda pas à nous rejoindre avec les expressions de la
lus haute satisfaction. Un des naturels me conduisit
un amas de pierres, où je trouvai un billet du capitaine Ross, par lequel il m’apprenait qu'il m'avait attendu jusqu’au 4, et avait déposé quelques provisions à une certaine distance de cel amas de pierres. Quant aux provisions, les chiens des habitants les avaient découvertes, et Milluksa les avait apportées chez lui. Je me rendis immédiatement à sa tente, et sa mère m'apporta ce qui en restail; car elle reconnut qu'ils s'étaient servis d'une partie du dépôt. Tout ce qu'ils nous avaient gardé se composait de huit livres de viande et d'un peu de pain, mais ces objets mêmes étaient dans un élat peu acceptable. Ils avaient jelé la caisse de rhum et de jus de limon, qu'ils appelaient de l’eau très sale, et alors ils nous montrèrent un étang où nous pouvions nous procurer de l'eau très propre.
1ls nous présentèrent ensuite un peu d’un poisson qui semblait être une petite espèce de morue , et ils promirent de nous en prendre. Ceci nous décida à camper près d'eux, et nos dispositions à cet effet étaient achevées à quatre heures de l'après-midi. Pendant le dîner, composé du poisson qui nous avait été donné, les naturels s’assemblèrent autour de nous, pour nous interroger sur notre voyage et son objet; ils étaient surtout en peine de savoir si nous ayions été à Oudjioulik. Les étrangers nous furent cérémonieusement présentés par nos anciens amis, et nous fûmes ensuite divertis par une histoire de leurs propres aventures pendant notre absence, récit que nous ne pûmes nous empêcher de regarder comme étant embelli et brodé à nos dépens, à en juger par les éclats de rire qui suivirent ces anecdotes. La longueur de nos barbes, qui n’avaient point élé rasées depuis notre départ dé la Victory, était, entre autres choses, une source de grand amusement, el l’un d’entre eux, étranger, dont la barbe était d’une dimension inusitée dans ces tribus, réclama à ce titre un droit de consanguinité avec nous. Cet homme, nommé Ou-wen-you-ah, était très intelligent et grand voyageur. Il m’apprit que Oudjioulik était à plusieurs journées encore du lieu où nous étions; qu'il fallait d’abord entrer dans un bras de mer, ensuite voyager trois jours sur les lacs, à travers des terres basses; qu'après les avoir dépassées on retrouvait l’eau salée, et qu’il fallait encore marcher plusieurs jours le long de la côte. Comme le temps était très beau, je pus prendre quelques observations à notre station qui se nommait Z-nouk-schalig.
Ds la matinée, deux femmes nous apportèrent de la graisse de veau marin pour notre feu, et un homme, qui avait pêché pendant notre sommeil, nous donna toute sa pêche; et de trois heures en trois heures nous recevions de ces gens un renfort de provisions fraîches, sans aucune vue intéressée : c'était de lhospitalité pure, et mes deux chiens eux-mêmes n'étaient pas oubliés. res:
Pendant que les hommes travaillaient à certaines réparakons urgentes, je me rendis avec un des naturels dans le détroit de Ik-ke-rusch-yuk , pour examiner le lieu où se déchargeait dans la mer la rivière que j'avais découverte le 8 avril, et je reconnus que sa branche occidentale doit y tomber quelque part au sud de la pointe Scott.
M. Abernethy m'apprit que, pendant notre absence, les naturels leur avaient donné un festin pour lequel chaque famille avait fait cuire plein un chaudron de
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