‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 81 sur 179 · FRANKLIN · texte numérisé non relu

FRANKLIN

À a qv à des chevilles enflées et à dés pieds écorchés. |

Ayant quitté le port Chippewyan avec trois canots et des vivres pour un seul jour, on gagna le fort Providence, dernier établissement des trafiquants dans cette direction, non sans avoir eu à surmonter de grandes difficultés produites par les lacs , les rivières et les transports de bagages. Suivant les observations du capitaine Franklin , la latitude de ce fort est de 62° 47.9” ; sa longitude ouest de 1140 9° 28”.

Une revue faite de l'expédition, quand elle laissa le fort Providence , fit connaître qu’elle se composait de six Anglais, de dix-sept voyageurs ou chasseurs canadiens, de trois femmes d'autant de voyageurs amenées pour faire aux hommes des vêtements et des souliers dans l'établissement d'hiver.

À travers un pays que n'avait encore visité aucun Européen } accompagnée d'Akaitcho , chef considéré, et d'un parti de ses Indiens, l'expédition se dirigea sur la rivière dela Mine-de-Cuivre, etarriva,le 20 août1820, à un lieu où ce chef lui proposa de passer l'hiver. La proposition réunissait tous les avantages qu'on pouvait désirer. Une maison en hois de pin y fut conslruite au sommet du! rivage escarpé d'une petite rivière qui offrait une belle vue des sites environnants, La lon-

- gueur du voyage depuis Chippewyan fut évaluée à cinq cent cinquante-trois milles. La nouvelle résidence fut nommée le fort l'Entreprise. Le capitaine Franklin ne,se permit, jusqu'au 14 juin 4821 qu’elle fut évacuée, ons excursion au dehors, à cause de la rigweur

u temps. Il s’avanca vers le but final de ses désirs, avec trois Canadiens, deux Esquimaux et deux chasseurs indiens. Le docteur Richardson l’avait devancé avec un autre détachement ; mais tous les deux se A mi peu après, et furent ramenés par le froid au ort,

Plus tard la rivière de la Mine-de-Cuivre fut atteinte, et sa navigation reconnue moins difficile, qu'on ne l'aurait imaginé. Mais l'impossibilité de Ja remonter depuis la mer et le manque de bois pour former uh établissement parurent des obstacles invincibles à ce que le cuivre recueilli dans ces parages pût jamais devenir l’objet d’une utile spéculation. Les montagnes qui le recèlent varient en hauteur depuis douze cents jusqu'à quinze cents pieds. Vingt-une personnes de l'expédition , savoir ; les officiers, quelques-uns des voyageurs et tous les Indiens y allèrent chercher des échantillons du minerai; mais ils n’en trouvèrent que detrès petits et peu nombreux, après avoir parcouru pendantneuf heuresun espace considérable de terrain.L'uniformité de ces montagnes est rompue par d'étroits vallons que traversent de pelits ruisseaux, et les meilleurs échantillons se trouvent parmi les pierres de ces xallons.1l paraît queles Indiens fouillent là oùils voient quelques substances, imitant le marcassite percer la surface. du sol. Is n'ont pas d'autres règles pour diriger leur recherches, et n’ont jamais découvert le métal dans son emplacement originel.

L'expédition , étant le 45 juillet 1821 peu loin de la mer, fut abandonnée des Indiens qui retournèrent chez eux. Après qu'on eut passé quelques rapides, larivière devint plus large et plus navigable pour les canots, coulant entre les bancs d'un sable alluvial. Un campement fut formé sur la rive occidentale, à sa jonction avec la mer, par 67° 47 30°” de latitude nord, et 145° 36° 49° de longitude ouest. Là, M. Wentzel, commis de la Compagnie nord-ouest, quitta l'expédition avec dix Canadiens pour aller au fort l'Entreprise.

Le capitaine Franklin les congédia afin de réduire autant que possible les consommations de vivres. Les personnes restantes étaient au nombre de vingt, y compris les officiers. On estimait à trois cent trentequatre milles la distance du fort l'Entreprise, au nord de la rivière de la Mine-de-Cuivre, Les canots et le bagage furent trainés sur la neige et la glace pendant cent dix-sept milles de cette distance,

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Le capitaine Franklin commença, le 21 juillet 1821, son voyage sur la mer Polaire, et fit, le long d'un rivage parfaitement libre de glaces, environ cinq ou six cents milles, explorant les baies et entrées de rivières,

Vers le milieu d'août, voyant ses provisions réduites aux besoins de trois jours et ayant perdu l'espoir de rencontrer les Esquimaux, qui eussent pu le ravitailler, il senlit l’absolue nécessité de s’en retourner. Il eût compromis, en avançant plus loin ,son existence et celle de tout son monde, et empêché que la connaissance de ce qui avait été fait ne parvint en Angleterre. Son premier projet avait été de revenir, si la rigueur de la saison l'y forçait, par la rivière de la Mine-de- Cuivre; mais la longueur du voyage et la modicité de ses provisions le décidèrent à prendre une autre voie. Il résolut donc de gagner d’abord le Sund arctique, où il avait trouvé plus d'animaux que partout ailleurs ; puis de s’avancer aussi loin que possible par la rivière Hood, et, avec les matériaux des grands canots, d'en construire de petits qui seraient plus portatifs à travers le pays stérile qui aboutissait au fort l'Entreprise. Il s'embarqua le 22 août 1821 ; le voyage fut continué, soit à pied, soit à l’aide des canots, au milieu des plus cruelles privations et des accidents les plus dé. plorables, jusqu'au 23 septembre que l'expédition se vit privée du peu qui restait. Dès la fin du mois précédent, l'hiver s'était annoncé, et, le 5 de celui-ci, survint, avec un violent ouragan, une neige: qui couvrit la terre à deux pieds de profondeur, et fut Pavantcourrière de mille calamités. Les bœufs musqués, les rennes, les buffles et une volée immense d'oiseaux commencèrent à se diriger vers le sud. Les vivres étaient épuisés, le bois de chauffage manquait, et la fatigue dé traîner les bagages sur la neige dans Je canot qu'on devait bientôt perdre, devenait, insupportable. On se trouva bientôt en proie aux privations. les plus dures, en ne vivant que des os et des peaux de daims cuits, et en y ajoutant de vieux souliers, Il fallut laisser les canots pour atteindre la rivière de la Minede-Cuivre et le fort l'Entreprise, situé sur Ja rive opposée où l’on espérait trouver des vivres. Lorsqu'on fut arrivé près du fleuve ; comment lé franchir puisqu'on n'avait pas même de bois pour construire un radeau ? Le docteur Richardson osa tenter le passage du fleuve à la nage, en s’attachant une corde autour du corps;; mais un froid au-dessus de la nature humaine le saisit au milieu du fleuve, et l'engourdit à tel point qu'il enfonçait dans le courant lorsqu'on le hala bien vite à terre, Le passage s’effectua enfin par le moyen d'une espèce. de grand panier en jones, qui, plein d'ean chaque fois et paraissant devoir noyer chaque individu qu'il portait, n'en déposa pas moins, un par un, Lous ceux de l'expédition sains et saufs sur l'autre bord.

Après le passage de la rivière de la Mine-de-Cuivre, l'expédition se partagea en deux détachements de chacun cinq ou six hommes, sous!la conduite du lieutenant Backet du capitaine Franklin, afin d'ayoir plus de chance pour se procurer, par la rencontre d'Indiens ou de toute autre manière, les ressources qui manquaient. Dès l'instant du passage , les Canadiens tombèrent successivement.dans un état que la mort suivit de près. La tripe de roche et les peaux des vêtements étaient tout ce que l'on pouvait opposer aux tourments de la faim. Le lieutenant Back et le capitaine Franklin se portèrent par des chemins différents. Back finit par atteindrele fort l'Entreprise, après avoir perdu plusieurs hommes restés morts dans le trajet. Il y trouva quelques provisions, ét rencontra bientôt des Indiens qui lui en fournirent d'autres. Il envoya aussitôtune portion de ces vivres au capitaine Franklin, dont les compagnons étaient au moment de succomber d'inanition, Enfin l'expédition réunie put reprendre lechemin dela baie d'Hudson. De vingt personnes qui la composaient, d'après le dénormbrement du mois d'août 1821, dix avaient péri de faim, deux de mort violente, et les huit autres se trouvaient dans

k HISTOIRE DES VOYAGES.

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l'état le plus déplorable. Enfin les voyageurs , après un repos de cinq mois à l’île de Mossdeer, arrivèrent le 14 juillet 4822 à la factorerie d'York, sur la baie d'Hudson. Ils venaient de faire par terre et par eau plus de dix-huit cent cinquante lieues. Franklin, Back et Richardson arrivèrent en Angleterre le 45 octobre suivant.

SECOND VOYAGE

La seconde expédition du capitaine Franklin était destinée à explorer les côtes entre l'embouchure de la rivière de la Mine-de-Cuivre et celle du fleuve Mackenzie, et devait s'étendre de ce dernier aussi loin qu'il serait possible vers l'extrémité nord-ouest de l’Amérique. L'examen des côtes entre les deux fleuves fut entrepris par le docteur Richardson, inséparable compagnon de Franklin, pendant que celui-ci reconnaîtrait la partie des côtes qui est à l’ouest du Mackenzie, afin de faire, autant qu'il $e pourrait, coïncider ses opérations avec celle du major Beechey, qui, en traversant le détroit de Behring sur le vaisseau le Blossom, devait s’avancer à l’est. Ces deux officiers approchèrent effectivement si près l’un de l’autre, qu'ils n'étaient plus séparés que par une distance de cinquante lieues, lorsque l'état des glaces les forçca au retour chacun de son côté.

Trois bateaux faits en acajou au lieu d’écorce de bouleau, aussi légers mais plus forts que ceux des sauvages, furent dirigés vers le lac du Grand-Ours, que le capitaine Franklin avait désigné pour son quartier d'hiver et son point de départ. C'était l'endroit le plus rapproché de l'embouchure du Mackenzie, qui offrit une pêche suffisante pour l'approvisionnement de l'équipage. Tous les préparatifs étant faits, le commandant et son frère, le lieutenant Back, le docteur Richardson, M. Kendall, M. Drummond, naturalistes, et quatre soldats de marine, partirent de New-York, le 15 mars 1825, Ils traversèrent rapidement les Etats du nord et du Haut-Canada, suivirent la route des lacs, et, le 29 juin, sur la rivière de Méthye, à douze milles de la baie d'Hudson, dans l'intérieur des terres, ils rencontrèrent leurs bateaux. Ils furent joyeusement accueillis par l'équipage et poursuivirent leur route à travers ces rivières et ces portages, où il faut charrier à bras et par terre, à des distances considérables, les canots et leur chargement. Ils arrivèrent le 7 août au fort Norman sur le fleuve Mackenzie, à quatre journées

du lac du Grand-Ours. Il restait encore de cinq à six

semaines d'été, et Franklin résolut d'en profiter pour descendre le fleuve jusqu’à la mer, tandis que le docteur Richardson se dirigerait vers leur quartier d’'hiver.

Le lac du Grand-Ours décharge ses eaux, par la rivière qui porte son nom, dans le fleuve Mackenzie. A un mille du confluent, les voyageurs remarquèrent que le charbon de bois qui couvrait les rives était en feu : il brülait aussi à peu près dans la même direction lorsque le voyageur Mackenzie lui-même découvrit le fleuve. Sur les mêmes rivages se trouvent des couches d’une terre onctueuse que les Indiens des environs mangent dans les temps de famine. Elle a un goût de lait, et sa saveur n’est pas désagréable. Le fleuve, quelquefois tout parsemé d'iles, varie de deux à quatre milles de largeur. Ses eaux, resserrées dans quelques endroits, y prennent l’impétuosité d'une cataracte, et dans le lieu nommé les Secondes-Rapides, elles s'élancent et courent avec rapidité dans un canal dont la largeur varie de quatre cents à huit cents verges. Les murailles de ce défilé ont de quatre-vingts à cent

soixante pieds de haut. Cet endroit est un rendezvous de chasse pour les Indiens Lièvres . tous sont habillés de cuir, orné de broderies de poil de porcépic et de grains de verroterie.

Le 16 août, on était en vue de la mer : elle était entièrement libre de glace, et n’offrait aucun obstacle à la navigation. Le capitaine Franklin fit sur-le-champ arborer le pavillon britannique. Les reconnaissances qui eurent lieu ensuite des rives du fleuve coïncidèrent presque sur tous les points avec celles de Mackenzie. C'étaient aussi les mêmes aspects de végétation; les buissons portantles fruits de deux saisons sur les mêmes branches; les framboises à côté des groseilles ; les baies Jaunes parfumées ; les mêmes tapis de mousse parsemés de fraises. Les diverses tribus dispersées sur lesrivages voguaient à coups de pagaie dans de semblables canots que trente-six ans auparavant, avaient les mêmes filets de pêche et portaient les mêmes habillements de cuir, brodés de poils teints des plus brillantes couleurs.

Un changement de temps subit forca au retour le capitaine Franklin, qui, ayant déjà examiné l’état de la mer au nord et à l'est, se disposait à reconnaître les côtes de l’ouest. Après une navigation très difficile, il atteignit le lac du Grand-Ours, où tous les membres de l'expédition se trouvèrent réunis ; car le docteur Richardson revenait presque en même temps d’un voyage qu'il avait fait dans la partie septentrionale de ce lac, divisé en cinq bras ou baies, long de cent soixante-quinze milles, large de cent cinquante et d’une profondeur inconnue, quarante-cinq brasses de corde n'ayant pas trouvé de fond. Ils s’établirent d’abord sur les ruines d’un vieux fort, qui fut alors nommé le fort Franklin. Mais comme ils étaient au nombre de soixante, dont la subsistance devait dépendre principalement de la pêche, ils trouvèrent prudent de se diviser. Deux maisons furent élevées, l’une à quatre milles, l’autre à sept milles de distance et vingt hommes furent envoyés dans chacune avec tout ce qu'il fallait

our pêcher. Des filets constamment tendus dans le ac et confiés au soin d’un habile pêcheur fournissaient journellement de trois cents à huit cents poissons, principalement des harengs, des saumons, des truites, des carpes, des listamegs, ou poissons blancs : ce dernier, l’un des plus abondants, est vanté par tous les voyageurs pour son extrême délicatesse. Des Indiens furent employés à chasser le renne dans le voisinage; mais ce fut avec peu de succès. Des moyens furent pris pour occuper incessamment tout l'équipage ; et quand les soins commencèrent à diminuer, on établit une école, où les officiers enseignaient à lire et à écrire à plusieurs de leurs gens. On eut recours aussi à divers jeux, exercices du corps, et autres divertissements.

Vers le milieu d'octobre, il tomba beaucoup de neige; en décembre, les jours n'étaient plus que de cinq heures, mais les nuits étaient égayées par le plus brillant clair de lune et par de fréquentes aurores boréales. Dansles moments où ce phénomène se déployait avec le plus d’éclat, le capitaine Franklin remarqua que l'aiguille aimantée éprouvait des variations très fortes. Le changement de temps exercçait aussi de l'influence sur les mouvements de l'aiguille, car avant une tempète de neige ou de vent, les déviations étaient toujours considérables; mais pendant toute la durée du vent, l’aiguille restait presque invariablement fixe.

Au mois de février 4826 , la pêche diminua , et les rations devinrent de plus en plus minces. Il ne restait plus qu’une once de provision, lorsque fort heureusement un chasseur tua un daim. Vers le milieu de mai la glace commença à fondre. Le 24 juin, l'expédition entière s'embarqua sur quatre bateaux et descendit de nouveau jusqu’au Mackenzie par la rivière du lac du Grand-Ours. Le 4 juillet, le docteur Richardson avec dix hommes se sépara du reste des voyageurs pour suivre jusqu'à la mer une branche orientale du fleuve, dans le but d'explorer ensuite les côtes entre le Mac-

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kenzie et la rivière de la Mine-de-Cuivre, et le commandant, suivi du reste de l'expédition, continua sa route à l’ouest.

Le capitaine Franklin, arrivé le 7 dans la baie où se jette le Mackenzie, découvrit, sur une île qui en forme le côté oriental, une foule de tentes, parmi lesquelles erraient quelques Esquimaux. Ses bateaux, poussés au rivage par la marée, faillirent être pillés par ses sauvages : il ne réussit à les préserver qu'en menaçant d’avoir recours aux armes. Il finit par entrer en pourparlers d'échanges avec eux. L'aspect, les habits, les manières de ce peuple étaient en tout semblables à ceux des tribus décrites par le capitaine Parry.

Les bateaux continuèrent à longer les côtes aunord, pendant tout le reste du mois de juillet et la première quinzaine d'août, mais si lentement et avec tant de difficultés et de dangers, attendu l'épaisseur des brouillards et l'accumulation des glaces sur le rivage, qu'il devint nécessaire de s’en éloigner. L'expédition était alors parvenue à moitié chemin entre le Mackenzie et le cap Glacé, au 70° 24° de latitude nord, et le 1490 37 de longitude ouest. L'été allait finir, les glaces se formaient et d'ailleurs les instructions du capitaine Franklin lui prescrivaient le retour du 15 au 20 août, si la lenteur du voyage ou quelque accident imprévu rendait douteux qu'il pût atteindre le passage Kotzebue avant la fin de la saison. Pendant ce temps. Beechey était forcé de rétrograder, après avoir alteint 71° 93’ 39” de latitude nord, et 156° 21° de longitude nord, à cent vingt milles au-delà du cap Glacé. Franklin remonta donc le Mackenzie après avoir reconnu à l'ouest de l'embouchure de ce fleuve trois cent quarante-sepl milles des côtes, sans avoir trouvé aucun hâvre où un vaisseau pût s’abriter. Il arriva au fort Franklin le 21 septembre, après une absence de trois mois, pendant laquelle ils avaient parcouru deux mille quarante-huit milles, dont six cent dix à travers des contrées qui n'avaient pas encore été découvertes. Le docteur Richardson était déjà de retour de son expédition sur la branche orientale du fleuve, et vers le milieu de la rivière de la Mine-de-Cuivre, où il avait rencontré Deer campements d'Esquimaux, après avoir atteint e cap qui forme la pointe la plus à l’est du canal, par 719 36 de latitude nord, et 1270 35’ de longitude nord, pointe qui reçut le nom de cap Bathurst. Enfin l'expédition regagna la baie d'Hudson, où nos voyageurs se rembarquèrent pour la mère patrie.

ALBERT-MONTÉMONT.

VOYAGE DE DÉCOUVERTES SUR LA COTE SEPTENTRIONALE DE L AMERIQUE DU NORD,

PRÉLIMINAIRE

Le voyage dont nous allons rendre compte fut exécuté avec autant de résolution que de persévérance

par son auteur, l'Anglais Thomas Simpson. Dans les trois années qu'il y avait consacrées, il atteignit à quatre reprises différentes les rivages de la mer Glaciale arctique, et explora plusieurs parties du littoral qu’aucun Européen n'avait encore parcourues avant lui, notamment celles qui se trouvent entre le cap Turnagain et le détroit du Boothia, à l’est; entre la rivière Mackensie et la pointe Barrow, à l’ouest , et entre le pays situé entre le grand lac de l'Esclave et la rivière Coppermine ou de la mine de cuivre,

Simpson était revenu de ses exploralions polaires à son point de départ, sur les bords de la rivière Rouge. Il y attendit longtemps une réponse à la demande qu'il avait adressée à la compagnie de la baie d'Hudson pour retourner vers la mer Glaciale ; mais, déçu dans son espérance, il repartit pour se diriger vers l’ouest et gagner les sources du Mississipi, d'où il comptait se rendre en Angleterre, lorsqu'en route, obligé dans une rixe avec les Indiens qui l’accompagnaient , de repousser une attaque dont l'issue avait peut-être pour objet de le dépouiller de ce qu’il possédait, il tua deux de ces sauvages, et à son tour perdit la vie en cette lutte inégale. La Société géographique de Londres, informée des beaux résultats du voyage de Simpson, venait de lui décerner sa grande médaille d'or, quand elle apprit la fin cruelle et prématurée de ce nouvel argonaute de la science, alors à peine âgé de trente et un ans. Son nom mérite d’être inscrit aux annales de la géographie à côté de ceux de Parry, de Franklin et de Ross, dont il fut un si digne émule.

En traduisant la relation originale, que nous devrons abréger considérablement, nous laisserons la parole au narrateur lui-même.

RELATION

Ayant complété en objets et en hommes tout ce qui était nécessaire à l'expédition que j'allais entreprendre avec mon compatriote, M. Dease, je partis du comptoir de la baie d'Hudson pour le fort Chippewyan, situé entre le lac Athabase et la rivière de la Paix, tributaire de celle de l’Esclave. J'arrivai en février 1837 à ce fort, dont la position est par 58° 42’ 38” latitude nord et 1110 18° 32” longitude ouest de Greenwich. J'y demeurai jusqu'au À‘ juin suivant, jour où je m’embarquai sur la rivière de l’Esclave, qui débouche dans le grand lac de ce nom, d’où sort le fleuve Mackensie, tributaire de la mer Glaciale arctique.

Le 25 juin, je me trouvais au confluent de la rivière Liards dans le fleuve Mackensie, et je fis halte à ce lieu où est établi le fort Simpson, par le 610 51’ 25” latitude nord, 121° 25° 15” longitude ouest. Le 6 juillet, j'étais au fort Good-Hope, par environ 66° latitude nord , et le 10 j'avais devant moi le magnifique aspect de l'océan Glacial arctique.

Sur ces parages déshérités de la nature, nous eüûmes bientôt la visite des Esquimaux qui les habitent ou du moins les parcourent. Voici sur ces tribus nomades quelques détails qui, nous le croyons, ne seront pas sans intérêt pour le lecteur. Ces détails sont une sorte de résumé des observations déjà consignées dans les relations de plusieurs autres voyageurs récents, tels que Franklin, Richardson, Ross et Back.

Il est, à ces extrémités de la terre, parmi les glaces de ce pôle nord vers lequel sans cesse la boussole dirige son aiguille, comme pour nous avertir de chercher de ce côté les vrais exemples de la sagesse et du bonheur; il est un peuple inoffensif et doux, petit de taille, vêtu de peaux de veaux marins, barbouillé

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d'huile ou de graisse, qui n'a jamais connu le feuillage des arbres, ni respiré le parfum des fleurs, ni foulé le: vert gazon ou la mousse légère, mais seulement les glaces qui l'environnent; qui, dans sa hutte de ‘cristal neigeux , éclairé de sa lampe enfumée , se croit mieux partagé que les plus grands monarques : ce peuple exceptionnel, embryon de l'humanité, est le peuple des Esquimaux.

Il habite les rivages arctiques du continent américain, au nord du 30 degré de latitude, depuis les rives orientales du Labrador et du Groënland jusqu'au fleuve Mackenzie, et même jusqu’au détroit de Behring el à la presqu'île d’Alaska. On en retrouve encore quelques peuplades dans les parages voisins du mont Saint-Elie ; en un mot, dans les terres ou îles les plus voisines du pôle arctique , telles que l’île Melville , et celles-que le capitaine Parry a découvertes en 4819 et 1820, audelà du 75e degré nord.

Heureux de sa condition, l'Esquimau ignore totalement ou ne connaît que de nom les usages raffinés et les commodités diverses de la société civilisée. Ses équipages sont de minces traîneaux qui, tirés par des chiens, dans leur course agile, rasent ou n'effleurent qu'à peine la surface de la neige glacée. Ses livres sont la nature, le ciel bleu et les neiges qui le cernent de toutes parts; ses mets les plus exquis sont du poisson cru ou séché à la flamme de la lampe; son unique breuvage est l’eau très peu limpide que lui donne la neige fondue; ses lois sont la justice traditionnelle écrite dans la conscience, qui est la seule typographie des naturels de ces âpres déserts. S'il est privé de tous nos avantages européens, il n’a pas les habitudes grossières et barbares des tribus indiennes errantes dans les immenses solitudes qui les séparent du monde policé. Ses vertus comme ses enfants lui appartiennent exclusivement : il n’a rien emprunté, tout lui est propre; en un mot, tout en lui et autour de lui est indigène.

À peine sorti des mains de la nature, et n'ayant

point encore passé dans celles de la civilisation, ce peuple dans les limbes, et qui habite des lieux si difficiles à notre accès, a été depuis quelque temps et à plusieurs reprises visité par d'intrépides navigateurs, lesquels n’ont pas craint de s’aventurer au milieu des montagnes flottantes de glace qui encombrent et obstruent les mers polaires : les capitaines Parry, John Ross et Back ont successivement exploré ces régions déshéritées, où le soleil n’envoie que de faibles et obliques rayons lorsqu'il parvient à l'horizon, qui est le zénith de l’astre pour le peuple esquimau; ces régions, enfin, où toute végétation est morte, où rien de vivant , rien de pittoresque ne récrée la vue, si ce n’est l'éternel et blanc reflet de la neige, et quelques aurores. boréales. Ces voyageurs avaient noté sur les Esquimaux une foule de choses que nous allons réunir et fondre dans les remarques suivantes.

Les Esquimaux sont très affectueux pour leurs enfants ; ils ne les frappent jamais, et ne leur parlent jamais durement. Les enfants, de leur côté, sont très dociles , très doux, et montrent pour les auteurs dé leurs jours le plus vif attachement. 5

L'état de célibat est inconnu de ce peuple, qui paraît suivre à la lettre le précepte divin : « Croissez et multipliez. » Un Esquimau ne se figure pas comment un homme pourrait se passer d'une compagne, et se dispenser de payer ostensiblement son tribut à la propagation de son espèce. Il y a plus : la polygamie de l'Orient et la polyandrie du Thibet, c'est-à-dire la pluralité des femmes au bénéfice des hommes et la pluralité des hommes aux ordres du beau sexe, paraissent universelles chez les Esquimaux. Un Esquimau a donc plusieurs épouses, et une femme esquimaue peut avoir el à Souyent plusieurs maris, sans que là paix domestique en soil jamais troublée. Aucun des membres de la peuplade ne devant lui êlre inutile, et les deux sexes n élantjamaiségaux en nonibre, les Esqui-

maux ont senti la nécessité de ce double usage dans l'intérêt de leur conservation commune. Cependantil est de règle que ceux qui rendent le plus de iservices à la communauté soient le mieux partagés: aussi les plus habiles chasseurs et les pêcheurs les plus adroïts obtiennent-ils constamment, de préférence aux autres hommes, l'avantage de prétendre et de. plaire aux femmes qui sont en excédant. Ces êtres privilégiés sont d’ailleurs jugés plus capables de contenter leur troupeau féminin et d'élever leur progéniture; de même, la femme qui, à son tour, est reconnue comme méritant le meilleur lot mâle, soit par l'énergie de son caractère, soit par ses grâces et sa beauté, obtient un second mari du vivant du premier, et tous les deux s'arrangent à merveille de la compagne qui leur accorde alternativement la faveur d’un entretien en tête à tête, Il y a beaucoup de jeunes Esquimaux qui possèdent ainsi une épouse en commun, et qui passent auprès d’elle leurs plus heureux moments.

A quinze ans, et quelquefois à treize, une fille est nubile. On la marie sans prêtre, puisqu'il n'en existe pas chez les Esquimaux; on ne pratique aucune autre cérémonie que celle de la conduire jusqu’à l'entrée de la hutte de neige donnée à l'amant fortuné que les parents lui ont choisi pour époux ; elle s’y rend seule, après avoir pris congé de sa famille, et le mystère de l'hymen s’accomplit.

Les répudiations et les échanges de compagnes et même de maris sont des choses parfaitement licites : on se quitte, on se reprend pour se quitter encore, sans querelle ni rancune; on n’a en vue que la satisfaction de ses penchants ou de ses fantaisies ; sans attacher la moindre idée fâcheuse à cette infidélité mutuelle dont les pays de civilisation seraient si fort scandalisés. L'époux troque son épouse contre celle d'un voisin, au risque bien souvent peut-être de troquer, comme le dit un proverbe trivial, son cheval borgne contre un aveugle; et le voisin s’'accommode parfaitement de l'échange, ou le répète et le continue ailleurs. La jalousie, source d'orages et de malheurs dans nos sociétés modernes, est un sentiment inconnu de l'homme ou de la femme eskimau : ni haine ni yengeance ne couvent dans leurs cœurs ; aucune envie, aucune inimitié n’y germe; en un mot, aucune passion mauvaise, en fait d'amour, ne fermente parmi eux. Plus un mari, plus une épouse ont eu de ces relations que nous appelons galantes, et qu'ils regardent comme une distraction innocente, plus ils semblent considérés dans la famille ; ils n’ont agi de la sorte que dans l'intérêt général, celui de la propagation de l'espèce dans leurs tribus, qu’ainsi nous regarderions à tort comme oubliées entièrement de la Providence.

Les morts ne sont l'objet d'aucune prière ni d'aucune cérémonie funèbre : les parents du défunt lui accordent seulement quelques larmes de regret, puis ils l'emportent loin de la hutte, et l’exposent en plein vent sur la neige, où quelque ours blanc ne tarde pas à l'enlever et à en faire sa nourriture. Si la tribu a un sorcier ou anjekok, ilessaie un de.ses charmes sur le corps du défunt , qui, gardant le silence aux questions du savant , est alors, sans plus de façon, abandonné aux bêtes sauvages.

Les Esquimaux ignorent la guerre : ils vivent entre eux dans une fraternité constante, dans une commu nauté parfaite, en vrais saint-simoniens, ne soulenant de luttes que contre le veau marin et les animaux qu'ils poursuivent dans leurs chasses. Le meurtre, parmi ce peuple inoffensif, est un crime qui lui resl@ encore à connaître, et que sans doute il ne connaitra point tant qu’il persistera dans son état de simplicité et de candeur, et ne respirera point le souffle de nos vices.

S'il aime à dérober le bien d'autrui, c'est en riant qu'il commet ses larcins, et c'est sur les étrangers qu'il exerce le mieux et le plus volontiers son adresse en ce genre. 2913 NES

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Comme l’Arabe du désert, l'Esquimau change fréquemment de lieu , suivant que le besoin le presse ; il emporte avec lui ses ustensiles en os, ses peaux d'animaux , ses harpons et ses flèches, se rebâlit une hutte de neige, et s’y établit tranquillement jusqu'à une autre migralion.

Il renouvelle ses provisions par la pêche et la chasse. La hutte, bâtie de neige glacée et artistement travaillée, s'élève en un moment et comme par enchantement. Ces sortes de migrations s'effectuent aveg ordre , et ont toujours plusieurs stations, l'une pour chasser le renard, l’autre pour le bœuf musqué , une autre pour le renne et l’ours blanc, une autre encore pour prendre le veau marin.

Le caractère de la nation est la douceur, la vivacité, la droiture et la bonne humeur. Si l'Esquimau est, comme nous venons de le dire, enclin au vol, c’est moins par vice que par espiéglerie ; il rit tout le premier de son action lorsqu'elle est découverte. Au surplus, cette action n’est point regardée comme blâmable par la tribu, si le propriétaire ne s’est pas aperçu ou ne s'est pas plaint de la disparition de-son bien. Il y a plus, l'habileté de l’escamoteur est souvent un sujet d’éloge, comme autrefois pour les jeunes Mandrins de Lacédémone.

L'Esquimau chante et danse; mais sa danse n'est guère que celle de l'ours de ces régions polaires, et son chant ne consiste qu’à bien ouvrir la bouche en fermant les yeux, et à crier de toute la force de ses poumons.

L'identité de langage sur la vaste étendue des côtes où se montrent les Esquimaux est un phénomène remarquable. On les divise en orientaux et en occidentaux, et quelque nombreuses que soient les différences de leurs idiomes et mème celles des tribus dont cette grande famille se compose, on reconnaît néanmoins la communauté de leur origine. Les Esquimaux d'Orient ont trois dialectes principaux : celui des côtes du Groënland, celui des côtes du Labrador, et celui qui s'étend depuis le nord et l'occident de la baie d'Hudson jusqu’au fleuve Mackenzie,

Il est surabondant de déclarer ou confesser que l'Esquimau est très malpropre ; il mange comme un glouton, digère comme une autruche, avale un quartier de veau marin comme nous avalons un goujon, et si le quartier est trop long, ilen absorbe une partie et s'endort en consemvant le reste à la bouche. Il emploie l'huile de poisson comme aliment et comme lumière ; la chair, passée à la flamme de la lampe constamment allumée dans la hutte, ne subit pas d'autre cuisson pour le repas. Ilsommeille sur un lit de glace, ayant pour couverture une peau de renne avec le poil en dehors. Il repose ainsi enveloppé de fumée et de graisse pendant les dix mois de l’année que dure l'hiver, et les deux mois d'été sont employés aux migrations et au renouvellement des provisions.

L'Esquimau se fait un traîneau en réunissant un certain nombre de saumons entiers, attachés en cylindr avec des courroies, et assurés par des barres croisées qui sont des jambes de renne ou de bœuf musqué. On polit la surface pour qu'elle glisse plus facilement sur la neige. Quand ce traîneau est hors de service, on mange le poisson qui a glissé; on convertit les peaux en sacs, et on réserye les os pour les chiens, qui, seuls coursiers de l'Esquimau, l’entraînent comme le vent sur les glaces, et le ramènent à la hutte avec une admirable intelligence.

Chaque hutle a une fenêtre de glace qu'on obtient en élendant sur la neige une peau de veau marin au bord de laquelle ont été versés deux pouces de neige fondue à la lampe, et qui est immédiatement gelée et convertie en une masse transparente. Voilà les verreries et les fabriques de glaces ou miroirs de l'Esquimau, qui, du reste, ne s'inquiète guère de savoir si les glaces de Saint-Gobain, en France, sont plus belles que les siennes,

Je terminerai par un trait qui n’est pas à l'avantage de l'Esquimau : il néglige les vieillards ; il en est même qu'il laisse mourir de faim. Ce peuple, d’ailleurs si doux , est donc privé d’un sentiment qui est à la fois chez nous une vertu et un calcul, et qui avait fait dire à un sage d'Athènes : « Respectez la vieillesse, afin que, si vous l'atteignez, on vous respecte à votre tour. »

Quant à la population des tribus qui portent le titre d'Esquimaux, il serait difficile de l’évaluer exactement. Le capitaine sir John Ross, dans l’appendice à son voyage publié en 1835, se borne à donner, pour Ja partie du Groënland proprement dit, un chiffre de 5,679 habitants, dont 2,664 du sexe masculin, et 3,045 du sexe féminin.

Les régions qui s'étendent du détroit de Boothia au fleuve Mackenzie n'ont pas encore été suffisamment yisitées pour qu’il soit permis d'offrir même une donnée sur le nombre des Esquimaux qui les parcourent, comme les Bédouins sillonnent les déserts d'Arabie. Revenons maintenant au récit du voyage.

De l'embouchure du fleuve Mackenzie je me dirigeai vers l’ouest, le long du littoral de l'océan Arctique. De temps en temps je rencontrai des Esquimaux inoffensifs, mais assez importuns, qui nous dérobèrent plus d'une bagatelle. Pour me débarrasser de leurs obsessions continuelles , je dus les menacer de faire feu sur eux : cette menace les fit reculer à une certaine distance, Nous avions élé tourmentés par les mousquites (musquitoes), et nous en fûmes délivrés dès ce moment. Nous fimes halte à un endroit qui reçut le nom de Pointe Démarcation, par 69° 40° 31” latitude nord. Nous reprîimes la mer pendant quelques jours, jusqu’à un endroit où la glace nous empècha de continuer notre navigation ; alors nous regagnâmes la terre. En ce lieu nous vimes un nombre prodigieux de baleines. Nous étions par 709 9° 49°” latitude nord et 1479 30° longitude ouest; nous avions du sud-ouest au sud-est la vue des montagnes Franklin, et au nord-ouest était la baie de Gwydyr, protégée par des bancs de sable et des récifs, Nous atteignimes ensuite la pointe Beechey, puis la pointe Berens ; puis l’embouchure d'une AB à laquelle nous donnâmes le nom de rivière Colville, en souvenir d’un des directeurs de la compagnie de la baie d'Hudson.

Continuant à nous diriger vers l’ouest, nous arrivâmes à la pointe Barrow , puis à l'embouchure de la rivière Garry; nous avions dans notre voisinage l'ile de Flaxman. Nous allâmes faire halte au cap Auwlkett, situé par 700 47° 45” latitude nord, et 451° 55° 30? longitude ouest. Ce cap domine une baie spacieuse, que je nommai Harrisson-Bay, baie de Harrisson. Ici nous vimes un grand nombre de rennes courant le long de la côte, et nous en tuâmes plusieurs pour notre subsistance. Plus au nord-ouest nous passâmes la Pointe-Pitt, par 700 53° latitude nord, 1520 54° Jongitude ouest; plus à l’ouest encore nous trouyâmes un cap élevé, auquel je donnai le nom de cap George Simpson , en mémoire du gouverneur de la baïe d'Hudson, Ici nous aperçûmes des huttes de glace que les Esquimaux avaient quittées depuis peu de temps. Nous étions entourés d’un épais brouillard, et il faisait un: froid glacial. Nous allâmes camper un peu plus loin par 71° 1° 4” latitude nord, 1440 22 53” longitude, ouest, La rigueur extrême de la température et les , immenses bancs de glace qui s’offraient devant nous, nous obligèrent encore une fois à renoncer à nos bataux, et nous dûmes reprendre la route à pied jusqu'à la pointe Barrow, où nous relrouyâmes des Esquimaux qui nous furent d'une grande utilité.

Le 6 août, nous reprîimes le chemin de l'embouchure du fleuve Mackenzie, que nous retrouvâmes après dix jours de marche. Bientôt nous remontâmes ce fleuve à la touée, et, après vingt jours de hallage, nous-étions campés au vieux fort de Goodhope. Le 3 septembre, nous traversèmes le confluent dela rivière

Tentes d’Indiens Crees.

du lac de l'Ours, et nous allâmes nous reposer au fort Norman , situé par 64° 54° 48” latitude nord. Le 13 nous étions campés à huit milles du grand lac de l'Ours , et le 25 enfin , nousétions rentrés à notre établissement naissant, auquel nous avions donné le nom de fort Confidence.

C'est là que nous passâmes l’hiver de 1837 à 1838. Nous envoyâmes des messagers indiens au fort de Chippewyan, d'où nous étions partis, et nous en reçümes bientôt de nouvelles provisions, indépendamment de la visite des Indiens du voisinage. Ce fort est situé par 67° 7° 4” latitude nord, 416° 21” 15” longitude ouest.

Une rivière s'offrait dans le voisinage : je résolus de l'explorer , et je lui donnai le nom de rivière Dease ; j'en trouvai ensuite une autre que j’appelai Kendall; et là, sur les indications des naturels, je résolus de gagner le fleuve de la Mine-de-Cuivre ou Coppermine river , et je descendis ce grand cours d'eau jusqu’à son embouchure dans l'océan Arctique, située par 68° 48’ 97”latitude nord , 415° 31° 45°” longitude ouest. Nous y étions au 1tr juillet, et les bords du fleuve étaient couverts d’une profusion de verdure et de fleurs. Je visitai plusieurs îles de la baie, ensuite je revins sur mes pas.

Après avoir pris quelques jours de repos dans notre campement, je résolus de descendre une seconde fois

la rivière de Coppermine, et, parvenu à son embouchure, je me dirigeai vers l’est, pour tenter de nouvelles explorations. Je foulai bientôt des lieux entièrement fénorés des Européens : j’eus à marquer le cap Alexandre, par 68° 56° latitude nord, 106° 40° longitude ouest. Je vis là très peu d’indigènes, mais un grand nombre de rennes et autres animaux sauvages. Nous eûmes bientôt la visite de plusieurs tribus d'Esquimaux. Après quelques autres découvertes, je repris le chemin du fort Confidence , et j'y étais de retour le 20 octobre 1838, harassé de fatigue et affaibli par les privations de tout genre.

Le 15 juin 1839, je redescendis la rivière Coppermine, pour tenter une dernière exploration sur les bords de la mer Glaciale. J'arrivai bientôt au cap Turnagain , où j'aperçus des traces de rennes et des huttes de glace abandonnées. J'allai de ce point fouler un sol entièrement vierge de pas humains. Je découvris bientôt plusieurs groupes d'îles, puis une rivière qui débouchait dans la mer Glaciale par 68° 2’ latitude nord , 1040 15° longitude ouest. Je lui donnai le nom de rivière Ellice. Un peu plus à l’est, je rencontrai un ours blanc près d'une pointe de rocher, et à cause de cette circonstance je donnai à ce lieu le nom de pointe de l’Ours blanc (White bear point).

Continuant l'exploration le long de la côte, je trouvai une baie que je nommai Mac-Loughlin-Bay , pax

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