‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 85 sur 179 · DEUXIÈME VOYAGE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME VOYAGE

Le 4% juin 4836, le capitaine Back quitta le port de

Chatham, à bord du vaisseau /a l'erreur (the Terror).

Le 4 juillet suivant, il était à 537 milles du cap Farewell, par 59 59° latitude nord et 25° 25° longitude ouest. Le 6, il se trouvait par 61° lalilude nord. Le 23, il perdait de vue le cap Farewell, dont il s'6tait approché, el du 25 au 28 il voguait à travers le

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détroit de Davis. Le 29, il rencontrait des montagnes de glace, dont quelques-unes avaient plus de 300 pieds d’élévation. Bientôt on aperçut le cap Chudleigh et les iles Button, puis l’île de la Résolution, située entre 61 et 62 de latitude nord, par 65° longitude ouest, quand soudain un della de glace parut en face du bâtiment , et comme pour le défier de passer outre. On dut faire un détour, et l’on se dirigea vers les îles Sauyages inférieures ({ower Savage islands) qu'on laissa à l’est. Dans ces parages on eut quelques relations avec les tribus d'Esquimaux, et il y eut entre elles et l'équipage un petit commerce d'échange.

Le 5 août, on dépassa les îles Sauvages supérieures (upper Savage islands), sises par 62° 20° latitude nord, 70° longitude ouest, au sud du North-Bay, et où Baffin avait, suivant Back, pénétré en 1665, date qui peut être sujette à contestation, ou du moins aurait besoin d’être vérifiée. Là, on eut de nouveaux rapports avec les Esquimaux, dont une jeune femme, ayant aperçu le front d’un des ofliciers anglais entiè rement chauve , lui offrit de ses cheveux à elle pour un anneau de rideau. La température était de 35° Fareinheit,

Continuant de longer la côte orientale du détroit, la Terreur se trouva, le 40 août, au sud de Brocken, pointe de Baffin située par 64° latitude nord, 75° longitude ouest. Le 16, on vit encore des Esquimaux. On avait au sud l'île Salisbury, et au sud-ouest l’île Mille (Mill island). Depuis ce jour le vaisseau fut constamment environné ou pressé par des masses flottantes de glace. Le 20, on était par 65° latitude, 80° longitude ouest. Le 23, on eut au nord la vue de l’île de Baffin, et on était par 65° 42’ latitude, 82° 41’ longitude ouest, toujours au milieu d'énormes masses flot tantes. Le 25, on essaya de porter vers L'île de Southampton au sud-ouest, en redescendant jusque près de 65° latitude, pour reprendre une direction nordouest. Il y eut tour-à-tour de la pluie et de la neige.

Dans les premiers jours de septembre, le bâtiment fut cerné par les glaces. Il se trouvait par 65° latitude, 82° 51’ longitude ouest, à environ 50 milles de la baie du Duc d'York, dans le détroit glacé (/rozen strait). Le thermomètre Fareinheit était à 23° audessous de zéro; il n’y eut plus alors que des déplacements laborieux du vaisseau. On commença à voir des ours polaires vers le cap Comfort; on en tua un de six pieds onze pouces anglais de longueur du museau à la queue, et qui s’était avancé hardiment jusqu'à cinquante pas du vaisseau, sur lequel au 14 septembre on était entièrement cerné par les glaces dans le canal de Fox (Z'ox's channel). Il fallut se frayer à coups de hache et avec la scie une route à travers ces énormes amas qui menaçaient à chaque instant de broyer entre eux le bâtiment.

En octobre, des officiers se construisirent des maisons sous la neige et firent des excursions dans les terres. Le capitaine Back imagina des amusements pour tromper la lenteur des jours et abréger la longueur des nuits. Il y eut des chants religieux et des lectures. On chanta même des chansons francaises (sang french songs); on établit des mascarales et on joua la comédie. On s’exercait à faire babiller l'écho d'un rocher ; écho tellement clair et distinct, que l'in fortuné voyageur égaré au milieu de ces affreuses so= litudes pourrait entendre au loin sa propre voix et se figurer qu'il n’est pas seul. On s’aventurait sur les traces des ours blancs, des loups et des renards, et l'on parvenait quelquefois à en saisir ou à en tuer lorsque ces animaux venaient rôder dans le voisinage.

Mais ce qui incommoda le plus l'équipage durant sa captivité glaciale, fut l'extrême humidité qui régna quelque temps dans les cabines, par suile de dérangement dans les tuyaux des poêles et des machines à vapeur. On fut aussi très inquiété par des crevettes (skrimps), qui faisaient de prompis et grands dégâls © dans les vivres des matelots,

SUD AVO BAR. SAIOT 21 Ah ui

Quelques incidents venaient rompre la monotone uniformité des occupations journalières. Un jour, par exemple, lun matelot tomba dans une crevasse de neige glacéeret: allait disparaître sous les montagnes de glace qui entouraient le vaisseau : secouru à temps, ilreparut'hors de l’eau, où il avait, rapporta-t-il, ressenti unedouce chaleur, qui provenait sans doute de la différence (45°) entré l'eau et l'atmosphère. À peine raméné sur la glace, il voulut s’y asseoir et s'y étendrey mais il y eût aussitôt gelé et serait mort, On le força à courir, et lorsqu'on l'eut épuisé de fatigue et accablé par la raideur de ses vêtemenis gelés, on le conduisit dans le vaisseau pour l'y envelopper de cou- - vertures de laine, qui, lui procurant une copieuse transpiration , le rétablirent bientôt de manière à ne plus être qu'un sujet de plaisanteries pour ses camarades: Le Ler janvier 4837, un contre-maître mourut; l'équipage lui rendit les derniers devoirs et l'ensevelit dans un tombeau de neige et de glace. On eut plus tard à rendre les mêmes devoirs au canonnier du bâtiment. On disait chaque dimanche le service divin d'après lerit anglican. On célébra le 11 février la fête de saint Valentin, jour où, en Angleterre, suivant la croyance populaire, chaque oiseau se choisit une compes pourde reste de l'an; jour encore où le premier

omme qui voit une jeune fille doit être son bon ami ou son Valentin jusqu'à l'année suivante. Le 22 du même-mois, le bâtiment se retrouva dans une position presque désespérée après le craquement et le déplacement-des masses glacées quil'étreignaient de toutes parts:.Le 45 mars, il fut soulevé par elles et presque renversé : cependant elles le ramenaient insensiblement vers le-sud - ouest. Le 12 mai, il se trouvait au sud-ouest de Pile Nottingham, par 63° 41’ latitude nord, 789.56! longitude ouest, et le 48 juillet, au nord des îles Charles, par 62° 40° latitude nord , 75° longitude ouest, dans le détroit d'Hudson. Il était resté enfermé par les glaces pendant six mois; il se trouvait fort. délabré, ayant plusieurs voies d'eau; il fallut le réparer sur les côtes de Labrador. Enfin, il revint à Chatham en octobre 1837, la poupe et le corps fracturés.. Jamais bâtiment n'avait éprouvé de si nombreuses et si terribles avaries dans sa navigation de dix-sept mois.

Le’ résultat de celte nouvelle expédition du capilaine Back à été presque nul pour la science; la relation ‘qu'il nous à donnée est généralement aride et d'une lecture peu amusante; mais elle aura toujours de l'intérêt pour les marins qui visiteront les mêmes parages. =

Si maintenant nous embrassons l'ensemble des pays visités par le capitaine Back, et si nous recherchons les espèces d'animaux et de végélaux qui s’y trouvent, nous voyons que la ligne des bois s'arrête vers le 60e degré de latitude. L'arbre qui se montre le

lus au nord-est est l’épinelte blanche et lé bouleau î feuilles. La lisière septentrionale de ces bois forme la limite des régions habitées par l'ours noir, le renard commun, la marte, le pekan, le lynx, le castor, la marmotte ordinaire, le lièvre, la perdrix et le pi- Vert. Les terres stériles, dans le nord des bois, ont pour hôtes l'ours brun, le renard arctique , la marotte de Parry, le lièvre polaire et le bœuf musqué.

loup.

Disons quelques mots des principaux animaux particuliers aux régions polaires, et dont il a été question dans les voyages qui précèdent, |

L'ours noir d'Amérique est le seul dont la fourrure ait quelque valeur ; il se nourrit. de fruits et d'autres végélaux ; il n'attaque l'homme que pour se défendre, et il évite le combat toutes les fois qu'il le peut. 11

grimpe sur les arbres et gravit les abîmes avec une rare dextérité. Son extrême prudence fait qu'au moindre bruit il se lève sur ses pattes de derrière pour mieux voir Mel c'estsouvent ce qui le trahit aux regards du chasseur. Toutefois on le prend plus encore dans son antre en hiver, et comme à cette époque il est plus gras et que sa fourrure est de première qualité, c'est une bonne capture pour les Indiens, qui sont devenus, par une longue pratique, extrêmement habiles à découvrir sa tanière d'après des indications qui échapperaient à des yeux moins expérimentés. Mais avant que les chasseurs indigènes écorchent el dépècent cet animal dont ils apprécient les diverses qualités, notamment la force et la sagacité, ils ne manquent pas de lui demander pardon d'en agir ainsi envers lui. La graisse de l'ours ressemble au lard du cochon, et bien que son odeur flatte peu le goût, les Indiens laregardent comme un mets délicat.

L'hermine est un petit animal très vif qui se nourrit de souris à pattes blanches et d’autres animaux rongeurs; il se glisse quelquefois dans la demeure de l'homme pour y saisir sa proie. Sa peau est très estimée.

La marte commune, qui habite les lieux boisés, se nourrit de lièvres, de souris et d'oiseaux ; sa peau est fort belle et très estimée. Le pekan ou pêcheur a beaucoup de ressemblance avec la marte, mais sa fourrure est moins recherchée.

Le loup américain a une fourrure plus belle que celle du loup d'Europe ; elle est d'un gris blanc sous les hautes latitudes.

Le renard de ces mêmes latitudes est vif, élégant et gracieux; son espèce est nombreuse sur les îles et les bords de l'océan Arctique. Il peut s'éloigner sur la glace à une grande distance de terre, et y vit de poisson. Sa livrée passe du gris au blanc dans l'hiver.

Le wolverène habite sous les plus hautes latitudes; on le trouve jusque par le 75° degré. Il est très fort et très rusé ; il est détesté par les trappeurs de marie, parce qu'il bouleverse leurs piéges et détruit ainsi leurs travaux de plusieurs jours.

Le vison ou mink, surnommé la belette amphibie, it de petits poissons et de moules d’eau douce; il nage et plonge parfaitement bien. Sa fourrure, .analogue à celle du foutereau, est plus foncée et a le poil plus court. On apprivoise facilement le vison, et il se montre altaché à ceux qui prennent soin de lui.

Le castor américain est estimé non-seulement pour son poil, mais encore pour sa chair; on le trouve à de hautes lalitudes, sur les bords du fleuve Mackenzie. On pourrait l'appeler l'ingénieur civil des quadrupèdes; il construit une digue et se creuse un terrier avec une adresse merveilleuse,

Le renne se plaît dans les hautes latitudes; il se nourrit d'herbes, de lichens et de mousses; il est d’une grande agilité, et sa chair est assez estimée.

La mouffetle à une queue pleine, épaisse el ornée de longs poils noirs, ce qui lui donne une apparence assez avenante; mais Ja liqueur qu'elle décharge sur ceux qui la poursuivent est si puante que peu de chasseurs osent l'aborder, Cet animal passe l'hiver sous la neige; il marche lentement; les chiens l’attaquent avec acharnement, el quand ils sont au moment de le saisir il leur lance une fusée de liqueur dont l'odeur infecte les met en déroute et les oblige à la retraite. ;

Enfin le poisson blanc de la mer Arctique est très recherché comme nourriture; on ne s'en lasse jamais, et même lorsqu'il est maigre on le préfère encore aux autres poissons de ces contrées glaciales. Il offre de l'analogie avec le saumon, sous le rapport de sa chair, qui est très Ssucculente ; il donné aussi une soupe blanche délicieuse, el on le recherche surtout comme friture. ,

ALBt-RT-MONTEMONT.

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