‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 96 sur 179 · EXPLORATION DE LA RÉPUBLIQUE DE GUATEMALA · texte numérisé non relu

EXPLORATION DE LA RÉPUBLIQUE DE GUATEMALA

M. Maussion de Candé, en 1842, a donné sur Guatemala, celte contrée mexicaine, voisine de l'isthme de Panama, une notice à laquelle nous réunissons d'autres détails fournis par des explorateurs plus récents.

La république de Guatemala, dont le nom vient de Guautikemallan, qui désignait dans l'origine un simple canton sur la côte de l'océan Pacifique, est située par 8° — #70 30° lat. N., et 85° — 960 33° long. O. Ce territoire, que des géographes désignent également sous le nom de Centre-Amérique, occupe une portion du long isthme qui lie l'Amérique du Nord à celle du Sud ; il est borné à l’est par l'Atlantique ou golfe du Mexique , à l’ouest par le Grand Océan, au nord par le Mexique , et au sud par l'Etat ou république de la Nouvelle-Grenade, qui, avec le Venezuela, formait naguère la république de Colombie.

La superficie totale du Guatemala est de 43.089 lieues carrées, et sa population de 1,900,000 habitants dont nous donnerons tout à l'heure le détail.

Le pays de Guatemala , traversé par la Cordillère des Andes, est arrosé par un grand nombre de rivières plus ou moins considérables; toutes les productions des climats chauds et des climats tempérés se remarquent sur son territoire : les premières dans les plaines , les secondes dans les montagnes; et la succession des fruits et des récoltes n’est pas interrompue par les saisons ; car tandis qu'un lieu est en fleurs, un autre est en fruits mûrs. Les deux produits les plus estimés sont l'indigo et la cochenille.

Le Guatemala est composé de cinq Etats, savoir : Guatemala, San-Salvador , Nicaragua, Costa-Rica et Honduras.

Borné au nord et au nord-est par le Mexique et le Yucatan, l'Etat de Guatemala est le seul qui traverse celte partie de l'Amérique dans toute sa largeur et qui ait ses rivages baignés par les deux mers. Il ne possède en fait de port que la mauvaise rade foraine d'Istapa sur la mer du Sud, le port d'Izabal dans le golfe Dulce, accessible seulement au cabotage, et le port de Saint-Thomas, situé dans l'est du goulet, par lequel le golfe Dulce communique avec la mer. Ce dernier port est excellent, mais sans habitants et sans route de communication avec l'intérieur.

L'Etat de San-Salvador, pelit, mais comparativement bien peuplé et bien cultivé, et qui possède suf la mer du Sud plusieurs bons ports, tels que la Union, Acajutla, etc., est limitrophe à une partie de l'Etat de Guatemala, tandis que l’autre partie est bornée par l'Etat de Honduras, qui, s'appuyant au sud sur les Etats de San-Salvador et de Nicaragua, est borné au nord par le golfe même auquel il a donné son nom, et sur lequel il possède les deux ports de Omoa et Truxillo.

Au sud-est, l'Etat de San-Salvador est contigu à celui de Nicaragua, dans lequel est situé le lac de ce nom, et qui possède l'excellent port de Realejo sur la mer du Sud, et enfin l'Etat de Costa-Rica, sur l’isthme même de Panama, forme la frontière sud de la république.

La côte est de cette partie du continent, dont la configuration géographique semblait destinée à composer un autre Etat, est formée par la province des Mosquitos, qui s'étend depuis les environs du cap

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Camaron jusqu'à l'embouchure du Rio San-Juan, comprenant ainsi une étendue de plus de 120 lieues de côtes, et dont les frontières sont fort mal délimitées avec les Etats contigus de Honduras et de Nicaragua.

Toute cette étendue forme une vaste province habitée par diverses peuplades reconnaissant des chefs différents : les Anglais l'ont achetée, il y a environ quatre ans, pour le prix de 7,000 piasires, au chef d’une des peuplades de la côle, après avoir eu préalablement la précaution de le faire couronner roi du pays par le superintendant de Belise.

Honduras réclame comme sa propriété une partie du terrain ainsi vendu, et conteste en outre au vendeur le droit de propriété nécessaire pour valider la vente. Mais, dans l'état d'anarchie qui divise actuellement la république de Centre-Amérique, il n'est pas probable que ces réclamations soient écoulées ; ce sera donc, suivant toutes les apparences, une question où le droit cédera à la force, et une nouvelle conquête à ajouter aux nombreuses possessions anglaises dans la mer des Antilles.

Les villes de Cartago etde Léon, capitales des Etats de Costa-Rica et de Nicaragua, el celle de San-Salva- ‘dor, capitale de l'Etat de ce nom, sont de jolies villes; Comayagua, capitale de l'Etat de Honduras, est au contraire peu de chose; Gualemala mérite une mention particulière.

Fondée en 1524, dès l'origine de la conquête de la province, à laquelle elle devait servir de capitale, la ville de Santiago de Guatemala reçut le titre de cité le 42 août 1525. Elle était alors bâtie à un endroit appelé Almolonga, à 11 lieues environ de l'emplacement de la ville actuelle.

La beauté du site et la fertilité de la vallée engagèrent la plupart des habitants à construire leurs domiciles à une lieue plus au nord, et ce fut là que l'on établit définitivement un peu plus tard la ville de Guatemala, qui fut bientôt ornée de magnifiques églises et d’autres édifices somptueux. ,

Traversée par la petite rivière d'Amatitlan, qui en fertilise le sol, cette vallée est encore aujourd'hui admirable de culture et de végétation. Elle est en ce moment couverte de nopaleries dont l'œil n’embrasse pas toute l'étendue, et fournit à elle seule les trois cinquièmes de la cochenille que produit l'Etat tout entier.

Guatemala prospéra ainsi jusqu'en l’année 1773, et fut en partie détruite par le tremblement de terre de cette année (1). Située entre les deux volcans qui la dominaient au sud-est et au nord-ouest, elle fut violemment ébranlée par leurs secousses, et le lac qui couronnait la cime du premier ayant rompu ses digues

récisément du côté de la ville, l’eau se précipita dans es rues avec une telle viajence que beaucoup d'habitants furent emportés et noyés par le torrent.

Cette catastrophe fut amplifiée par les rapports des autorilés espagnoles, non dans le but de faire de la poésie, mais, suivant la version du pays, dans des vues d'intérêt privé. L'exagération des rédacteurs des rapports atteignit son but, et le capitaine général reçut l'ordre d'abandonner la ville pour aller en établir une autre un peu plus loin.

Le lieu choisi fut l'extrémité d'un plateau au nord de la chaîne des montagnes dans laquelle sont situés les volcans, en sorte que la nouvelle ville, fondée en 1774, à 9 lieues environ de l’ancienne, ne compte aujourd'hui que soixante-six ans d'existence.

La géographie de Malte-Brun nous fait un récit effrayant de la catastrophe qui engloutit l’ancienne Guatemala ; d’après cet ouvrage, des torrents de boue

et de soufre se croisèrent par-dessus, et cachèrent jusqu'à la place où cette ville avait existé.

Il est d'autant moins étonnant que le savant auteur de cet ouvrage t été trompé par des rapports exa-

(1) C'est par erreur e la date de cet événement est donnée par Malte-Brun le7 uin 4777, A. M.

gérés, qu'ils trompèrent la cour d'Espagne elle-même. Mais le fait est que l’ancienne Guatemala, connue dans le pays sous la simple dénomination de la Antigua, est encore une belle ville, el la seconde de l'Etat de Guatemala.

Ses deux volcans, nommés volcan de qua et volcan de Zuego, la dominent toujours, mais, comme le Vésuve domine Naples, sans en effrayer les habitants. Le volcan de feu jette constamment de la fumée, et parfois même quelques flammes; quant au volcan d’eau , il ne conserve son nom que par tradition : le lac supérieur, ayant rompu ses digues, ne s’est plus reformé, et le sommet est occupé par une petite plaine qui, se trouvant un peu au-dessous de la limite inférieure des neiges, présente en toute saison une verdure admirable. |

Il est peu de voyageurs passant par la Antigua qui ne se donnent le plaisir d'aller jouir du plus beau coup d'œil du monde sur ce petit plateau, l'un des points les plus élevés de la chaîne des Cordillères.

Guatemala est une belle ville percée en équerre, et ornée d’une multitude d'églises fort belles pour la plupart, mais dont quelques-unes attendent encore la fin d’une construction interrompue à diverses reprises par les révolutions du pays. Aucune d'elles cependant n’approche pour la beauté de ce que fut autrefois la cathédrale de la Antigua, si l’on en juge du moins par ce qui reste de cet édifice, dont la façade, encore fort bien conservée, excile l'admiration du voyageur, tant par le grandiose de son ensemble que par la beauté et la richesse des sculptures dontelle est ornée.

Amatitlan, située sur un beau lac, à 4 lieues environ de la Antigua, et à 5 de Guatemala, forme la troisième ville de l'Etat. Ces trois villes méritent seules de porter ce nom dans un pays où l'on décore du nom de bourgs et villages le rassemblement de quelques huttes d'Indiens construites en claies non fermées, et ouvertes à tout vent ainsi qu'au premier venu. Rien n'égale la misère et l'incommodité de ces pauvres Ccabanes, qui semblent n'avoir été construites que pour offrir un abri temporaire contre les grandes pluies de l'été; car elles sont absolument incapables de garanlir, soit du froid, soit d'un mauvais temps prolongé.

Ainsi composée des cinq Etats que nous venons de ciler, la république actuelle forme ce que l'on appelait autrefois la province de Guatemala dépendante du Mexique. Cette province , qui a porté à la fin le litre de royaume, était gouvernée par un capitaine général résidant à Guatemala. La distance qui sépare les deux capitales et la difficulté réelle des communications présentaient de lrop bons prétexies pour éviler une correspondance active, pour que le capitaine général ne fût pas à peu près indépendant du vice-roi.

Les commandants des provinces de Honduras, San- Salvador. etc., recevaient directement leurs ordres de Guatemala, oui s’est ainsi habityée de temps immémorial à considérer les autres provinces comme étant sous sa domination naturelle.

C’est à cet esprit de domination, contre lequel protestent encore aujourd hui ces provinces, que sont dus les troubles et les guerres civiles qui ont ensanglanté la république de Centre-Amérique à peu près sans interruption , depuis l'époque où elle a proclamé sa liberté.

‘En septembre 1821, Guatemala se déclara indépendante de l'Espagne, et nation libre et souveraine. Il élait plus facile de renverser le gouvernement espagnol que d'en créer un nouveau, et les discussions furent si vives entre les divers partis qui se dispulèrent le pouvoir, qu'il fallut décider la question par les armes. |

Le parti le plus faible, nommé servile dans le pays, et composé de quelques familles puissantes de Guatemala, qui n'avaient contribué à chasser les Espagnols que dans l'espoir de les remplacer au pouvoir, parvint momentanément à son but en appelant les Mexicains à son SeCOurs.

Une armée mexicaine marcha sur Guatemala, et celte province, conquise presque sans combattre, vu l'état de discorde intérieure qui l’agitait et paralysait ses forces, se vit déclarer province mexicaine le 25 décembre 1822, c'est-à-dire moins de six mois après son existence politique comme nation.

Mais la prise de Guatemala était loin de donner au Mexique la possession de tout l'Etat. Les autres provinces continuèrent de s'administrer par elles-mêmes, el le général mexicain Filisola put s’apercevoir qu'il lui faudrait les conquérir l’une après l'autre, s’il vou lait les réunir sous la domination de son gouverne ment.

A l'instigation du parti qui l'avait appelé, il marcha sur San-Salvador, capitale de l'Etat de ce nom, arriva sans grands obstacles jusqu'aux portes de la ville, mais y éprouva de telles pertes, et y fut si maltraité par les Salvadorenos, qui sont bons soldats en général, qu'il fut obligé de baitre en retraite sur Guatemala, d’où il demanda des renforts au Mexique.

Cette république, en commotion elle-même à cette époque , n’élait pas en mesure d'envoyer des troupes hors de son territoire, et le parli mexicain de Gualemala étant trop faible pour lui donner un appui, le général fut obligé de capituler et de s’en retouruer au Mexique.

Le 1er juillet 14823, Guatemala se déclara donc de nouveau indépendante de l'Espagne et du Mexique. Ce ne fut que l’année suivante, le 22 novembre 1824, que l’Assemblée nationale décréta sa constitution politique, se déclarant république fédérale, composée de cinq Etals indépendants.

Quelque courte qu'ait été l’apparition du général mexicain sur le territoire de Guatemala, car elle eut seulement six mois de durée, elle eut cependant pour le Mexique ce résultat important de fixer l'indécision de la riche province de Chiapas et du Soconusco, réclamées par Guatemala, et qui en furent peu après définitivement séparées el réunies au Mexique.

La république de Centre-Amérique se composé de la réunion de cinq Etats divisés de lois et d'intérêts, et incapables par conséquent dans leur état actuel de constituerune nationalité.

Voici, d'après les derniers relevés, fails ou recueillis, la population des cinq Etats composant la fédération de la république de Centre-Amérique; ces aperçus qui ne sauraient êlre d'une rigoureuse exactitude semblent pourtant assez dignes de foi.

INDIENS, BLANCS, MULATRES. FOTAL.

Guatemala. +. . . . 450,000 100,000 450,000 700,000 San-Salvador…. . . « 70,000 70,000 210,000 400.00 Distriet fedéral, . : . 20,000 40/000 20,000 >000 Honduras. . . ss » 60,000 240,000 300,000 Nicaragua. , . . . 420,000 440,000 420,000 350,000 Costa-Ricea, : : . . 25,000 425,000 Û 150,000

LL. red ——__# nd —— —— Total de la population. 685,000 475,000 740,000 4,900,000

Costa-Ricca est, comme on le voit, le moins peuplé des cinq Etats, mais c’est en revanche le mieux administré et le plus tranquille: ce que l'on explique facilement par sa position géographique et par l'absence des mulâtres et la population, presque exclusivement blanche, car les 25,000 Indiens forment une minorité tout-à-fait insignifiante. D'un autre côté cet Etat s'est tout récemment constitué lui-même en une seule république non encore bien assise.

La principale exportation de l'Etat de Guatemala consiste en cochenille récollée dans les belles vallées de la Antigua et d’Amatitlan. 4,000 surons de cette denrée sont expédiés tous les ans à Izabal, qui les envoie à Bélise. 2 000 environ prennent la direction de la mer du Sud, et vont s'embarquer à Istapa. Le reste de l'exportation consiste en salsepareille et une faible quantité de cuirs,

L'Etat de San-Salvador, plus humide que celui de Guatemala, produit peu de cochenille, dont les grandes pluies d'été ruinent les récoltes, mais fournit en échange à l'exportation de 6 à 7,000 surons d'indigo

d'excellente qualité. Les deux tiers de cette quantité sont expédiés à Bélise par les ports d'Izabal et Omoa; le reste est embarqué pour l'Europe par la mer du Sud.

Une industrie nouvelle dans le pays, et qui peut donner de grands résultats pour l'avenir, est la culture du mûrier, et l'établissement de quelques magnaneries dans les deux Etats de San-Salvador, qui a donné l'exemple, et le Guatemala, qui l'a suivi. Plusieurs plantations de mûriers ont été faites dans ces deux Etats et ont permis de faire divers essais qui ont donné des résullats satisfaisants. La soie oblenue est fort belle, et supérieure peut-être à nos premières qualités de France, La béaulé du climat, dans l'Etat de San-Salvador surtout, donne ce résultat important, qu'un mürier reste couvert de feuilles toute l'année. On peut donc élever plusieurs générations de vers l’une après l’autre sans manquer de feuilles, et se procurer ainsi plusieurs récoltes de soie dans la même année. Celle indusirie est encore trop nouvelle pour offrir des produits appréciables dans le commerce, maisellé a de l'avenir. Son ennemi le plus redoutable est une espèce de fourmi voyageuse, nommée dans le pays zar1p0po, et dont les tribus sont si nombreuses que lorsqu'une d'elles rencontre un champ d'arbres à sa convenance une seule nuit lui suffit pour le dépouiller entièrement de ses feuilles, et malheureusement le zampopo aime beaucoup la feuille du mürier.

Les importations dans l'Amérique centrale viennent à peu près exclusivement de Bélise, où vont s’approvisionner les marchands de l'intérieur; car le golfe Dulce, dont la barre d'entrée ne peut livrer passage

u'à des caboteurs, ne reçoit aucun navire d'Europe.

élise fait donc ainsi un commerce annuel de quipze à dix-huit millions avec la république de Centre-Amérique.

Les marchandises anglaises se composent principalement d'indiennes et d’autres cotonnades à fort bas prix. On ignore si nolre commerce pourrait soutenir la concurrence pour lé bon marché, Quoiqu'il en soit, on préfère les tissus français à ceux qui sont fournis par l'Angleterre, tant pour la durée des éloffes que pour la solidité des couleurs.

Le commerce de détail offre dans toute la république de Centre-Amérique une particularité bien remarquable, et qui fait voir combien, malgré les perturbations apportées par des révolutions conlinuelles, le caractère des habitants est encore empreint de cette bonté primitive que nous retracent les traditions espagnoles du temps de la conquête.

Un marchand de l’intérieur descend à la côte pour faire l'emplette de diverses marchandises dont il espère trouver le débit dans son village. Au lieu d'aller jusqu'à Bélise, il rencontre à Omoa, par exemple, ce qui lui est nécessaire chez un négociant du lieu. I fait sa provision, convient du prix, et s’en retourne souvent sans donner le plus léger à-comple, et sans laisser de billet. Le vendeur le laisse partir sans défiance, bien que quelquefois il ne le connaisse nullement. Mais il sait que l'année suivante, ou plus tôt st la vente a été bonne, il reviendra lui enlever de nouvelles marchandises et payer les anciennes, et il est peul-être sans exemple que cette confiance ait été trompée.

On traverse d'{zabal à Guatemala plusieurs cours d'eau dont le plus considérable est le rio Motagua. Faute de ponts, on les traverse à gué dans la saison sèche; quand l’eau grandit, on les passe en pirogues qui transportent les voyageurs et les marchandises, es mules suivent par derrière à la nage.

Il arrive parfois qu’une crue subite prend au dépourvu les gens qui amènent leurs pirogues, et que l'on ne trouve par suite ni gué ni bateaux d'aucune espèce. Dans ce cas, le voyagenr n’a d’autres ressources que la patience. IL est rare que ces crues irrégulières aient de la durée , et en attendant vingt-quatre ou quarante-huit heures on peut donc être certain que le gué redeviendra praticable, Deux seuls ponts exis-

L'animal n'avait pas bougé lorsque j’arrivai sur lui.

tent sur toute cette route : un à l'endroit nommé Ja Sabaneta, où le cours d'eau, sortant d’une gorge de montagne très profonde, et presque toute l’année un torrent impraticable; le second, dans la dernière gorge que l'on traverse pour arriver à Guatemala. Ce dernier est dû à la générosité d'un Français qui avait fait fortune dans ce pays.

Outre le rio Motagua qui se jette dans la mer à quatre lieues à l'ouest d'Omoa et qui pourrait"servir au transport des marchandises sur soixante lieues de Son Cours environ, il y a plusieurs rivières aussi grandes, et même plus considérables, qui devraient servir de communication naturelle avec l'intérieur, mais que l'insouciance des habitants néglige d'utiliser. Le rio Chamalacon, dont l'embouchure est à quelques lieues à l'est d'Omoa, les rios Tinto et Romano à l'est de Truxillo, la rivière Herbial ou de Ségovie, qui se jette dans la mer près le cap Gracias-a-Dios, et plusieurs autres encore, sont de grandes et belles rivières destinées, quand Ja civilisation aura fait plus de progrès dans ce pays, à conduire dans son intérieur les productions étrangères, et à faciliter ses propres exporlalions, Il est étonnant que l'appât d'un bénéfice assuré n'ait pas encore engagé les spéculateurs à établir un transport par eau, au moins sur le rio Motagua; car Celle rivière pourrait amener à peu de frais, jusque près de Guatemala, les marchandises que les

muletiers d'Izabal, transportent au prix moyen de 2 piastres et demie à 3 piastres l’arrobe de 95 livres espagnoles, c’est-à-dire de 50 à 60 fr. le quintal. !

Toutes les embouchures de ces rivières sont occupées par des établissements anglais, qui exploitent l’acajou dont celte côte cbonde. Ces établissements souffrent généralement ne l’insalubrité du climat et les Anglais y éprouvent de grandes pertes parmi les colons amenés d'Angleterre; car les côtes de Honduras sont malsaines el fiévreuses comme toutes celles des parties incultes des Antilles. En avancant de quelques lieues dans l’intérieur, et à mesure qu’on s'éloigne de la mer, celte insalubrité disparaît; il ne reste qu’un pays admirable de végétation, et qui n'attend pour donner les plus riches produits de l’agriculture que les cultivateurs dont il est totalement dépourvu.

Toutes ces côtes sont si mal peuplées que l'on peut parcourir toute la distance qui sépare le cap Gracias-a- Dios du fond du golfe sans rencontrer un seul village, ni même une simple cabane d'Indien, en exceptant les deux seuls points de Truxillo et d'Omoa, autour desquels sont venus se grouper quelques Caribals; cestle nom que l'on donne dans le pays à une agglomération de cabanes habitées par des mulâtres d'une origine particulière et qui portent le nom de Caraïbes. On ignore d'où ils tirent leur origine, et on n’a trouvé personne en étal d'en donner une explication

terre

Et alors nos gens nous tirèrent sur la grève,

satisfaisante. I1s n'ont du reste, malgré la ressemblance du nom, aucun rapport avec les Caraïbes, anciens habitants des petites Antilles.

Si le canal de communication entre les deux mers était exécuté, le lac de Nicaragua et ses eaux deviendraient une source inépuisable de richesses pour le

pays, en le rendant, pour ainsi dire, la grande route et le dépôt du monde commercial. Sous ce rapport, la république du Centre a la situation la plus belle et la plus heureuse, etposeède des avantages réels sur toutes les nations. Située au milieu des deux Amériques, elle offre plus de ports que les autres nouvelles républiques, elle est traversée par un grand nombre de rivières, et la diversité de sa température, brûlante sur les côtes, et au-dessus de glace sur le sommet des Andes qui la divisent, y fait croître toutes les productions du globe.

Les riches pâturages de Guatemala, qui sont perpétuellement verts, nourrissent d'immenses troupeaux, et les peaux forment un article considérable d'exportation. On doit aussi compter dans les objets bons à introduire en France : les écailles, la pourpre et les perles. |

La principale navigation de la république est celle du cabotage avec San-Blas au Mexique, Panama en Colombie, et Lima au Pérou. La ville de Grenade et celle de Guatemala sont des places d’une très grande

activitécommerciale. Les changements qui se sont opérés ne peuvent manquer, si la république conserve sa tranquillité, d’exciter l’industrie des habitants et de faire fleurir le commerce d’un pays si avantageusement situé et possédant des ressources d'agriculture si vastes et si variées.

La république du centre de l'Amérique est comparativement plus peuplée que le Mexique, la Colombie, le Pérou, le Chili, Buénos-Ayres et Haïli, et possède par lieue carrée plus d'habitants qu'aucune de ces nouvelles puissances. En effet, sa population est, comme nous l'avons dit, évaluée à près de 2 millions d'individus, parmi lesquels on compte 12,000 Africains seulement, le reste se compose de blanes venus d'Espagne, de beaucoup d’Indiens et de métis. Il est à présumer que le nombre des habitants s'accroîtra rapidement, sion en peut juger d'après la salubrité générale du climat et l'extrême fécondité des femmes. De plus, les terres sont fertiles, les vivres à bon marché, et les impôts beaucoup moins forts qu'à la Nouvelle-Espagne et chez les autres nations d'Amérique, et même d'Europe.

Guatemala est divisé en tierras calientes et tierras frias. Dans les terres chaudes comme dans les terres froides, il règne, pour ainsi dire, un printemps perpétuel : les champs et les arbres sont toujours verts; les orangers, qui y croissent sans culture, offrent toujours

et à la fois tous les degrés de la végétation. Quelques branches sont chargées de fleurs épanouies, d'autres présentent de tendres boutons qui commencent à paraître; quelques-uns ont des fruits déjà formés et d'un vert obscur, tandis que d’autres offrent des oranges plus avancées et d'une couleur vert-jaunâtre, et d'autres branches enfin sont ornées des mêmes fruits parfaitement mûrs, d'un parfum et d'une suavité exquise.

Le gouvernement de la république du Centre a sa constitution basée sur celle des Etats-Unis de l'Amérique du Nord. Le pouvoir législatif appartient à un congrès fédéral formé d'une Chambre des représentants élus par le peuple pour deux ans, et d'un sénat dont les membres sont également choisis par le pen ple, mais pour quatre années. Le renouvellement de la Chambre se fait par moitié tous les ans, et celui du sénat tous les deux ans. La même personne ne peut être élue plus de deux fois de suite. La Chambre des représentants a dans ses attributions la discussion des lois d'un intérêt général pour la république, l'organisation de l'armée nationale, la fixation des’ {épenses de l'administration fédérale, l'éducation publique, les règlements relatifs au commerce, la valeur des monnaies, et l'étalonnage des poids et mesurés: elle déclare la guerre et fait la paix. Chaque député représente 30.000 individus.

Au sénat, formé de deux sénateurs élus par chacun des cinq Etats de la confédération, appartiennent la sanction des lois, la présentation aux principaux emplois de la république, et la surveillance de la conduile des officiers publics; il a aussi le droit de faire connaître son opinion au pouvoir exécutif dans tous les cas de nature grave. 5

Un président et un vice-président forment le pouvoir exécutif, Ils sont élus par le peuple pour quatre ans, et ne peuvent être réélus qu'une seule fois. Le président fait exécuter les lois, négocie avec les puissances étrangères, signe les traités de l'avis et avec le consentement du sénat, commande en chef la force armée et nomme les fonctionnaires publics de Ja fédération. Le vice-président préside le sénat et remplace le président dans tous les cas prévus par la loi.

Le pouvoir judiciaire est confié à une cour suprême dontles membres sont élus par le peuple etrenouvelable par tiers ; mais ils peuvent être réélusindéfiniment,. Leur temps de service est de six années. Cette cour suprême connaît en dernier ressort les causes qui se rapportent à la constitution, juge le président, le viceprésident, les sénateurs, les ambassadeurs, les secrétaires d'Etat.

L'administration fédérale se compose d'un ministre chargé des affaires de l'intérieur etde l'extérieur, d'un ministre des finances, et d’un troisième ministre de la guerre et de la marine.

Chaque Etat de la confédération a un gouvernement particulier, formé d'un gouverneur, d'un vice-gouverneur, d'un conseil, d'une assemblée et d'une cour supérieure de justice Ils sont lous nommés par le peuple. Le gouverneur et le vice-gouverneur sont élus pour quatre ans, et nesont point éligibles une seconde fois sans une interruption du même nombre d’années. Le gouverneur veille à l'exécution des lois, nomme les officiers publics et commande les troupes. Le vice-gouverneur préside le conseil, et remplace au besoin le gouverneur. Le conseil donne ou refuse sa sapclion aux lois, avise le pouvoir exécutif, et propose aux premiers emplois. L'assemblée présente les lois, ordonnances et règlements, vole les dépenses de l'administration, décrèle les impôts et fixe la levée des troupes, d'accord avec le congrès fédéral. La cour supérieure rend lajustice en dernière instance.

Par la constitution fédérale, ainsi que dans tous les nouveaux gouvernements formés des anciennes provinces espagnoles, la religion catholique romaine est reconnue religion de l'Etat, et l'exercice public de toutes les autres est défendu. Le territoire est divisé en un archevêché dont le siége est à Guatémala, et lrois

évêchés, quisont : Santa-Fé, Santiago et San-Salvador. Les codes pénal, civil et de procédure, et la juridiction sont encore généralement les mêmes que du temps du gouvernement espagnol. La traite des noirs est dé= fendue par la constitution et l'esclavage aboli.

La république du centre de l'Amérique entretient aujourd hui des rapports avec toutes les puissances du globe, qui ont accrédité auprès d'elle des représentants ayant presque tous le titre de consuls généraux chargés d’affaires. Des consuls particuliers et des vice-consuls résident dans les différents ports.

Le pied de paix de la force militaire de Guatemala est de 4,000 hommes de troupes de ligne, artillerie, cavalerie et infanterie, et de milices qu'on peut évaluer àenviron 30,000 de toutes couleurs, Quant à la marine Militaire, elle est encore trop faible pour qu'il en soit fait mention. |

Encore un mot sur les ports et les villes de la république guatémalienne.

La ville de San-Salvador est située au centre d'une plaine étendue fermée au nord et au sud, ouverte de l'est à l'ouest. Le caractère particulier de son sol est d'être extrèmement brisé : de tous côtés d'énormes ravins, de nombreux mamelons à forme conique, d'immenses amas de pierres voleanisées revêtues d'un tuf végélal très léger et très fertile. En gravissant les hauteurs de San-Marcos, el mieux encore celles du volcan d'Isallo, à vingt lieues de là, on en saisit parfaitement l'ensemble ; c’est alors que cette plaine, qui, sous diverses formes, se prolonge jusqu'à la mer à 26 lieues dans l’ouest, semble se rattacher, comme à un point intermédiaire, au volcan El-Salvador, d'où part une nouvelle vallée qui va mourir dans l'est, sur les frontières avancées de l'Etat de Honduras, en changeant plusieurs fois de nom.

Les Cordillères, qui, avons-nous dit, traversent cette république du sud au nord, lui donnent deux climats distincts, quoiqu’elles y perdent leur caractère gigantesque : la partie orientale est moins chaude que la partie occidentale, et la transition de la saison sèche à la saison pluvieuse est ordinairement très brusque. Cette dernière dure, sur les côtes de l'océan Pacifique, du 45 maiau 15 novembre, et la saison sèche du 45 novembre au 15 mai; sur les côles de la mer des Anüilles, c'est le contraire. d

A San-Salvador, pendant les six mois que dure la saison pluvieuse, il ne pleut ordinairement pas plus de deux ou trois fois par semaine, rarement avant trois heures de l'après-midi. C’est le plus communément la nuit qu'ont lieu ces grands orages des climats de la zône lorride, mêlés d effroyables retentissements de la foudre. La saison pluvieuse est aussi la plus chaude t c'est celle pendantlaquelle lethermomètre s'élève quelquefois jusqu'à 30° (Réaumur); il se maintient ordinairement à 25. Pendant la saison sèche, il ne pleut pas : un orage d’une demi-heure a quelquefois lieu chaque mois ; le thermomètre ne s'élève pas à plus de 20 à 22° (Réaumur), et peut descendre le matin jusqu'à 193%

Des vents de nord très violents soufflent pendant. cette saison une ou deux fois le mois et durent souvent trois jours. C’est aussi pendant la saison sèche que les tremblements de terre se renouvellent le plus. On peut éprouver alors, environ trois fois par semaine, des séries de secousses qui se succèdent la nuit et le jour ; elles sont généralement d'une faible importance; de mémoire d'homme elles n’ont point amené de désastres dans San-Salvador.

Rien dans le site ni dans le climat de cette ville ne semble nuisible à la santé publique , ses habitants sont cependant très généralement affectés de goitres qui acz quièrent un développement hideux. Ils sont de plus très souvent alleints de fièvres. Les causes de ces ina ladies semblent se trouver dans le déréglement dés mœurs, dans le défaut d'hygiène presque général, dans une consommation excessive des fruits du pays, daus la mauvaise construction et l'état de délabrement des

habitations de la classe pauvre, enfin dans le mode des voyages. Les mules étant là exclusivement employées, tant au transport des hommes qu'à celui des marchandises, laissent les premiers, pendant la saison des pluies, à la merci de toutes les variations de température, variations très funestes sous un climat très chaud.

Par exception, pendant la saison pluvieuse, des orages se succèdent nuit et jour pendant une semaine entière, etsont liés les uns aux autres par la chute d’espèces de brumes. Ce phénomène se renouvelle rarement plus d'une fois dans le cours d'une année.

On peut considérer San-Salvador comme le centre d'une ligne cultivée de quarante lieues d'étendue, se prolongeant depuis Santa-Anna au nord jusqu'à San- Vicente au sud. Cette ligne, dont la largeur égale quelquefois la longueur, compose au nord une partie de la route de Guatemala, au sud une partie de celle qui conduit au port de La Union, situé sur le golfe de Fonseca, et aux divers siéges des fuires, tels que San- Vicente et San-Miguel. C'est là qu'est le centre de la richesse de l'Etat d'El-Salvador. De ces plaines sortent les seules récoltes d'indigo que fasse celte république, et quis’élèvent annuellement de 3 à 5,000 surons (chacun de 150 livres); celles du sucre el du maïs; on y élève également d'assez beau bétail. Autour de San- Salvador se propage une nouvelle culture limitée jusqu ici à l'Etat de Guatemala, celle de la cochenille. De nombreux essais se tentent sur une assez grande échelle. L'exportation du sucre a été jusqu'à présent nulle : on le consomme sur place, et dans les villes un

eu importantes on le transforme en eaux-de-vie dont es malheureux Indiens font un funeste usage. À ces diverses branches d'industrie dont vivent les propriélaires du sol, il faut ajouter celle des rebosos, chäles en forme d'écharpes dont les femmes du peuple se servent là pour se couvrir la tête el les épaules : la malière première, la soie et le coton, en est fournie par l'Angleterre ; le tissage en est fait sur les lieux ; le prix en varie de 2 à 20 piastres (1).

La noutriture du peuple se compose particulièrement de maïs donton fait des {artillas, de haricots de bonne qualité et de porcs dont on élève à San-Salvador une énorme quantité. Il est cependant impossible de tenir ces animaux plus mal qu’on ne le fait, puisqu'on les laisse constamment courir dans les chemins et dans les rues. Le bananier est également cultivé ici en übondance; ce fruit remplace souvent pour les pauvres tout autre aliment.

A l'est de la ville et à ses portes existent de nombreuses sources d'eaux thermales, presque toutes sulfureuses; aucune d'elles n’est devenue l'objet d'une entreprise ; elles servent donc à la fois de bains publics gratuits et de lavoirs pour les habitants. Le caractère de ceux qui peuplent cet Elat est naturellement doux : les homicides et les blessures graves ne sont la plupart du temps que le résultat de l'ivresse favorisée par l'oisiveté du dimanche et l’usage de l'eau-de-vie, dont de faibles quantités sous un climat chaud suffisent à enivrer. La part importante qu'ils ont prise à l'établissement de la forme fédérale ne saurait s'expliquer chez eux par une préférence politique dont les rend com-

létemént incapables leur profonde ignorance. Cette ütte prolongée, qui s’est traduile en guerre civile, n'était que le résultat de deux autres mobiles, leur haine provinciale contre l'antique capitale de Guatemala et ses prétentions à la suprématie, et leur aveugle confiance en un individu qui ne voyait dans l'existence d'une confédération qu'un moyen d'obtenir une position plus avantageuse. à

Dans la classe riche, deux vices minent sourdement cetle société naissante, l'oisiveté et le jeu. Le premier dure dix mois de l’année et ne cesse guère que pendant les foires. Des majordomes élant préposés à la direction des haciendas, les propriétaires vivent à la

(4) La piastre vaut environ.5 fr. 40 c. A. M.

ville. Le second ne fait qu'aumenter à l’époque des foires ; leur avoir, celui de leurs femmes, de leurs amis, sont trop souvent sacrifiés. Cette passion, combinée avec un grand relâchement de mœurs, semble expliquer le célibat de la plupart des fils de famille. Aucun point d'arrêt ne surgira probablement de longtemps pour s'opposer à cet élat de choses : point de colléges, point d'établissements scientifiques, aucune croyance religieuse ou politique, point de théâtres, de réunions, de promenades publiques; les hommes seuls s'en vont le soir se promener à cheval dans d’étroits sentiers. Plusieurs tentatives ont été faites pour la publication de quelques journaux, toutes ont avorté dès leur début. Il n'existe qu'une imprimerie assez mauvaise ; elle est soutenue par le gouvernement. ;

Les pompes religieuses viennent seules émouvoir les habitants de cette ville. Pendant la semaine sainte ont lieu les processions usitées en Espagne. La fête de la Transfiguration offre aussi un spectacle assez curieux; On construit une espèce de Mont-Thabor sur lequel le miracle du jour est figuré par des enfants perdus au milieu de nuages simulés. Ce théâtre portatif, resplendissant de lumières, s'avance au milieu de l'obscurité et débouche sur la grande place, où l’accueille de nombreux feux d'artifice.

La richesse du sol de cet Etat, sa position centrale, ses 300,000 âmes de population, ses ports de La Union et Triunfo, à l'embouchure du Rio Lampa, sur l'océan Pacifique, et d’Acajutla, ses nombreuses foires lui assureront toujours, quoi quil arrive, le second rang dans cette portion du territoire américain. Les constantes anfractuositèés du terrain sont le seul obstacle que la nature ait opposé à un développement rapide; mais si depuis des siècles les rapports de cet Etat avec ses voisins sont réduits à des transports à dos de mulets, il possède cependant exclusivement des communications régulières et directes avec tous les Etats de la confédération. Cet avantage utilisé aurait entièrement changé l'état politique de ces provinces, si, aux yeux des Espagnols, il l'eût emporté sur la beauté du site de Guatemala. La vie sociale, au lieu de se concentrer à l’une des extrémités les plus stériles de ce territoire, se serait également répandue dans ses diverses parties au moyen des richesses de la province centrale, et l'on n'aurait pas vu s’amasser ces haines provinciales qui sont encore aujourd'hui l'expression de l'unique mal réel de cette république.

De San-Salvador, deux routes conduisent au port d'Acajutla : l'une, longue de trente lieues et pralicable dans toute son étendue pour les bêtes de somme, passe à los Ateos, village situé à neuf lieues de San- Salvador. A trois lieues de distance se trouve celui de Guaimoco, dont la population est à peu près triple. À six lieues plus loin, on arrive au bourg imporlant d'Isallo, dont la population, presque tout indienne, peut s'élever à 8,000 âmes. A deux lieues seulement, est situé Zonzonate, qui en compte environ 6,000. Cette ville était au temps des Espagnols le siége d’une alcadia mayor que sa fertilitéet son voisinage du port d'Acajutla, qui n’est plus qu'à six lieues, distinguaient particulièrement.

Ces avantages naturels, auxquels il faut ajouter ceux d'une population relativement forte, de produits spéciaux, tels que le baume, et d’un sol nivelé, arrosé par des cours d’eau nombreux el importants ont assuré à ce districtune culture florissante, un commerce local actif, et un transit considérable pour les Etats de San-Salvador et de Guatemala. Dans la chaîne de montagnes au pied desquelles est assis Zonzonate se trouve le volcan en activité d'Isallo.

Quoique sa position fasse de celte ville l’une de celles de l'Amérique du Centre où la température soit le plus élevée, elle se distingue cependant par l'esprit d'entreprise de ses habitants. Placée à distance de trois foyers révolutionnaires, Guatemala, San-Salvador et Léon, elle serait restée presque entièrement étrangère aux désastres civils, si elle n'avait eu à sup-

porter plusieurs fois la fermeture de son port d’Acajutla qui n'a élé rendu à une liberté entière que pendant la session de 1838. Seule entre toutes les villes de cette république , elle a élevé à ses frais, depuis la proclamation de l'indépendance, un monument d'utilité publique , en faisant jeter un pont en pierre sur la rivière qui coule à ses pieds. Quelques Français y ont des maisons de commerce.

ALBERT-MONTEMONT.

WOODBINE PARISH

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