‹ Voyages aux îles du Grand océanChapitre 32 sur 99 · PREMIERS · texte numérisé non relu

PREMIERS

«Vous, légères brises du sud et d'est, qui vous » joignez pour vous jouer et vous caresser au-dessus „ de ma têle ! hâtez-vous de courir ensemble à l'autre » île • vous y verrez celui qui m'a abandonnée, assis „ à l'ombre de son arbre favori. Dites-lui que vous » m'avez vue en pleurs à cause de son absence. «

DEOXIÈME.

« C'est ici , c'est à cette pointe , qui s'allonge dans , la mer, que celui qui m'a abandonnée me promit » de l'amour. O mes jeunes compagnes , qui voyez » mes pleurs l aidez -moi à ramasser des herbes » marines; je veux lui en former des chaînes, s il » revient en ces lieux. » . .

Mais un morceau des plus pathétiques est celui que m'a rerûis M. Orsmond , missionnaire. C'est un serviteur qui regrette son maître tué dans une bataille. Voici l'exposé du fait :

Un parti dô l'île de Moréa ou Eïméo , commande par le chef iVoAo , vint attaquer Taïarabou,iat vaincu; et , des têtes des morts , le vainqueur, Uere, construisit un ahou ( enceinte de marai). Le chant peint le serviteur voulant visiter ce triste heu.

» Oua tai tif étiré té ourlrl i paé tahatai téi » té ahoupoo téi té mua taata i té vai iti Tapéna » na roui au i arohai ^ i té toréa iti é horo i » manoua , té ouriri iti i té outoua are o Noho é » no té oré a fatou l té ori haèré noa néi E tai rii y^faa o i moua vaa téi maéré tou-noa , é notera , » manou iti^ té irni aroha iau , E Nohoé é » Nohoé* ))

« Courait devant moi sur le rivage le pluvier, près » du ahoupoo (i), près du tombeau des hommes, » près de la petite rivière Tapéna ; car , la nuit pas- )) sée, je traînais ma douleur, accompagnée des » cris plaintifs du petit toréa (2), qui courut vers » Manoua (3), le petit pluvier de la maison de » Noho , hélas I je n'ai plus de maître.... J'allais et » errais au hasard.... Il y a de la mer, qui brise, et M empêche ma pirogue d'entrer à Maretau naa (4) ; D il n'y a que le petit oiseau, qui, affligé coitiuie » moi, cherche en moi de ramour. 0 Noho ! ô » Noho !' n

Mais toutes ces poésies , qui doivent être du plus touchant intérêt pour les Indiens, perdent, en grande partie, leur charme, pour un étranger ignorant l'événement auquel elles se rapportent ; et sont, pres-

(i) Ahou , mur ;poo , lêle.

Toréa oyei page 4^^.

(3) Lieu où se douna Ja bataille.

(4) Nom d'un lieu où une pirogue peut difficilement aborder.

— 4i5 — due toujours, inintelligibles pour lui, à cause des noms de personnes, des noms de localités qu il ne connaît pas, et des nombreux sous-entendus qu d ne

peut suppléer.

En général , les dialectes océaniens , dont les mots sont tous composés de voyelles, prêtent beaucoup à la poésie, particulièrement ceux des dermères îles , qui seraient très-harmonieux, s'ils étaient moins monosyllabiques, et si tous leurs mots , sans exception, ne commençaient et ne finissaient pas par une voyelle , ce qui ramène trop souvent ces chutes un peu monotones : a, éé , i , o,u.

Je borne ici cette analyse de la grammaire et de la littérature o-taïtiennes , considérées dans leurs formes les plus générales et dans leur génie ; en rappelant ce que j'ai dit ailleurs, que ces formes et ce génie se reproduisent , à peu de choses près dans tous les idiomes océaniens. Ce peu de détails suffira pour le petit nombre de lecteurs curieux de s'en faire une idée, et ne paraîtra que trop long à la majorité ; mais , voulant traiter de 1 origine et de l'antiquité de ces peuples , je ne pouvais passer absolument sous silence les bases et les principes de leur langage, qui peuvent expliquer k la fois, et telles de leurs coutumes encore existantes et celles qui n'existent plus pour eux que dans le souvenir.

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