‹ Voyages aux îles du Grand océanChapitre 34 sur 99 · L DOGMES · texte numérisé non relu

L DOGMES

Deux idées,qui dominent toutes les autres, et auxquelles toutes les autres semblent se rattacher sur cette matière , frapperont l'observateur attentif et consciencieux des habitudes religieuses de ces peuples.

La première , c'est Vascendant universel que prennent ces mêmes habitudes sur leur existence. Chez eux, en effet, toutes les actions de la vie publique et de la vie privée, toutes les pensées, tous les discours se rapportent à la religion, bien ou mal conçue; chez eux, la divinité se montre incessamment dans tous leurs travaux comme dans tous leurs plaisirs , et préside indéfiniment à tout, sans que leurs mœurs en restent, pour cela, moins étrangères aux lois de l'humanité et de la pudeur; singulière anomalie, bien digne de l'attention des philosophes; car les peuples océaniens sont , peut-être , les seuls qui en présentent l'exemple !

La seconde pst cette monstrueuse alliance du panthéisme le plus absurde et le plus grossier avec le spiritualisme le plus deiicat et le plus pur; alliance qui nous offre en eux, presque simultanément, des êtres à peine dignes du nom d'homme , par les froides atrocités dont nous les voyons se rendre coupables , et les êtres les plus doux , comme les plus hospitaliers ; brisant leurs idoles et tombant à genoux devant leurs prêtres; confians à l'excès ou soupçonneux outre mesure; capricieux , légers , inconséquens , féroces , comme par boutades ; bons par instinct et par entraînement ; n'ayant de l'homme que la taille et les forces, quand l'esprit et le cœur restent presque toujours ceux de l'enfant ; anomalie encore, sans doute, et non moins singulière que celle que je viens de signaler ! Mais quelles spécu-

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latîons philosophiques Texpliqueront jamais, à moins qu'on n'y voie lin efl'et nécesBaire de l'imperfectiou même de leur système social , ce qui , peut-être , ne fait que reculer la difficulté au lieu de la résoudre; car ne pourrait-on pas, alors, toujours se demander pourquoi les peuples \es plus civiliséssont encore si loin d'être des hommes?

Quoi qu'il en soit, qui aurait jamais cru que chez des nations le plus souvent aussi barbares que celles qui habitent les îles de la mer du Sud , se retrouverait , dans tous ses développeriiens , ce dogme si ancien d'un dieu unique, âme universelle, qui donne la vie et rintelligence à tout ce qui existe; d'un dieu en même temps efï'et et cause , actif et passif; en même temps matière et moteur de la matière ; tout lui-même et dans tout ; en un mot , créateur et créature , source infinie de toute vie , de tout mouvement, et de toute action ; qui eûtjamais soupçonné , dis-je, l'existence d'un tel dogme, chez des peuples que nous appelons sauvages ? Mais, écoutons le vieux prêtre, mon respectable instituteur. Voici comment il s'explique sur la cosmogonie, l'éternité de la matière, l'immortalité de l'âme et la

vie future, ainsi que sur la théogonie de ses compatriotes.

— 4i9 — SECTION PREMIÈRE.

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