ÉTERNITÉ DE LA MATIÈRE
J*invoque encore ici le témoignage direct de mon vieux prêtre. Il me citait , comme preuve et comme garant des opinions de TOcéanie sur cette première question, si controversée, le dialogue suivant entre Téfatou ou Fatou elHina ( les Génies de la Terre et de la Lune) :
Parau toura Hina Téfatou^
Disait Hina à Fatoa :
éori ori oé i té taata
faites revivre ( ou ressusciter) l'homme après sa mort,
parau toura Téfatou
Répond Fatou :
ait a i^au té ori ori
Non , je ne le ferai point revivre.
épohé téfénoua
Mourra la terre ;
épau té aéré , épau ité mourra la végétation ; elle mourra ,
ai hïa i té taata
ainsi que les hommes qui s^en nourrissent ;
épau té repo
mourra le sol qui les produit ;
— 4^9 — épauté fénoua^ éoré téfénoua mourra la terre ; finira la terre ;
eoré roa a tou ,
elle finira pour ne plus renaître jamais.
Té parau maira Hina atira.
Répond Hina : cela sufiSt ;
maoti ^«^ ^é ^^^ ^^^
faites comme vous voudrei. Moi , je ferai
atou té marama ora toura
ressusciter ( ou revivre ) la lune. Et ce qu'avait
ta Hina pohé a toura
Hinacontinua d'être. Périt ( ou s'anéantit )
ta Téfatou Q té taata
ce qu*avait Fatou. L'homme dut mourir.
. Hina disait à Fatou : Faite» te.i.te ( ou re.,u»citer) 1 homme aprèi sa mort. . . Fatou répood : Non, je ne le ferai point reTivrc. La terre mourra ; la TégéUlion
• mourra ; elle mourra , ainsi que les hommes qui s'en nourrissent ; le *o\ qui le.
• produit mourra. U terre mourra. U terre finira; «U. finira pour ne plu.
• renaître. • « . . i i
• Hina répond : Faite, comme tou. Tondrex ; moi je ferai revirre la lune. . .El ce quepo«édait Hina eontioaa dllre ï ce que possédait Fatou pér.t, et
IMMOBTAUTÉ DB LAME ET VIE FtltOBE.
Il paraît certain que les promesses de la religion n'allaient pas pour eux au delà de la vie présente; qu'ils n'avaient qu'une idée vague d'une autre vie; et que, n'admettant généralement ni peijies, ni ré-
compenses à recevoir après la mort, la plupart d'entr eux mouraient sans crainte et sans espoir.
Ils croyaient , pourtant , qu'il leur survivait quelque chose qu'ils nommaient {^aroua ( esprit , âme ou vie ) ; mais il serait assez difficile de dire au juste quelle idée précise ils s'en faisaient, et jusqu'à quel point ils étaient d'accord ou fixés à cet égard. Il paraîtrait que ce varoua ( cet esprit, cette âme ) , ils l'accordaient non - seulement à l'homme, mais même encore aux animaux, aux plantes, à tout ce qui végète, croit ou se meut sur la terre ; ce qui , d'ailleurs , était parfaitement conséquent à leur grand principe panthéistique , en vertu duquel l'être intelligent communique une partie de son être à tout ce qui a mouvement ou vie dans l'univers. Il s'unit, en efifet, comme on l'a vu plus haut , à Hina de l'intérieur ( le sol ou la terre ) ; et, par suite de cette union, tout ce qui germe dessous s'étend ou s'émeut sur la terre , de sorte que les plantes naissent, comme l'homme, de cette mère commune et du dieu , ou de la terre et de cette intelligence universelle.
Ils ne confondaient pourtant pas les idées au point de ne faire aucune différence entre les âmes, croyant ces âmes parfaites en raison proportionnelle du degré d'action , de mouvement ou d'intelligence , qu'annonçaient les objets vivifiés par elles; et, comme. partout ailleurs, l'homme était la plante céleste. Il Augurait au sommet de l'échelle des êtres d'ici-bas ,
occupant le premier rang sur la terre , seul approchant de la perfection , et mêlé , quelquefois , avec les esprits supérieurs et divins.
D'après une de leurs traditions jTun de leurs dieux communiqué du feu à tout ce qui existe. Il en donne aux pierres, aux plantes, au bois, et le tire de différentes parties de son corps. Il linit par en donner à Thomme, mais il le tire de sa tête. D'après cette doctrine , on peut s'étonner de les voir , tout en baissant , comme nous , la tête, pour penser et pour réfléchir, placer le siège de la pensée et de la mémoire dans le ventre ou dans la poitrine; mais surtout dans le ventre ; car, lorsqu'on leur demande ouest l'âme, leur réponse est toujours , « / roto té obou » , qui ne peut s'entendre et se traduire que par le ventre ou les entrailles. Ils ne conçoivent ni ne peuvent admettre que le cerveau puisse être le principe de la pensée, ni le cœur , le siège des sentimens, des affections. Ils en donnent pour preuve l'agitation du obou ( des entrailles) dans le dépir, la crainte et toute autre forte émotion de l'homme.
Toutefois, à la mort, les âmes retournaient à leur source; et l'âme de l'homme , comme celle des plantes , se rendait en ces lieux incertains , Po ( la nuit , Tobscurité , les ténèbres ) , où étaient nés et qu'habitaient les dieux et autres esprits.
Cependant, quoique presque tout, sur la terre, eût une âme , il n'y avait que l'homme qui , dans cette vie coxnme dans l'autre > fût passible de punitions , et
exposé au courroux et à la vengeance des dieux ; car les dieux causaient ses soujffrances et ses peines, comme ils lui procuraient ses plaisirs et son bonheur. Parmi ces châtimens , les maladies et autres punitions corporelles étaient le plus redoutées , et c'était aussi le mode de châtiment et de vengeance le plus généralement adopté par les dieux.
Il y avait cependant aussi une sorte d'enfer ou plutôt de purgatoire, où les âmes des coupables souffraient pour les crimes ou pour les fautes d'ici-bas. Ces punitions, toujours uniformes, étaient des plus singulières , et feraient regarder lésâmes océaniennes comme un peu corporelles.
Les âmes des trépassés, aussitôt après leur sortie des corps auxquels elles avaient appartenu , se ren- . daient en un lieu sur lequel ils n'étaient pas bien d'accord , et dont le nom variait dans presque toutes les îles, mais dont la destination était partout la même. C'était le lieu du jugement, où se décidait la question de leur innocence ou de leur culpabilité.
A 0-taïti , c était une petite éminence à l'ouest de File. Là , se trouvaient deux rochers ou pierres , sur l'une ou l'autre desquelles les âmes, en s'envolant, après avoir quitté les corps, allaient se poser. Si elles se posaient sur la pierre de droite , c'était preuve d'innocence et elles étaient admises, aussitôt, dans le lieu nommé Fo (l'obscurité ou la nuit ), rendez-vous général des esprits; mais» si elles se posaient sur la
pierre de gauche, c'était preuve de crime; et, dès lors, elles devaient être punies et purifiées, avant de se voir admises dans Tempire des morts déjk
mentionné.
Ces punitions n'étaient rien moins que d'avoir la chair grattée sur tous les os, opération qui avait lieu par le ministère des Oromatouas, ou dieux domestiques, dont il sera question plus tard; et qui se faisait lentement , répétée jusqu'à trois fois.
Après avoir subi ce châtiment, les âmes étaient considérées comme pures et reçues au foyer commun, d'où elles revenaient souvent visiter leurs ^arens et
amis sur la terre.
Les seuls crimes pour lesquels on fût puni , soit dans ce monde, soit dans l'autre, étaient la non observation des rites sacrés , la négligeence et le mépris pour les dieux et pour les autels. Les hommes , qui se sentaient coupables de ces fautes, négligaient rarement d'essayer d'apaiser les dieux pendant la vie ; autrement , s'ils étaient surpris par une maladie, ils l'attribuaient au courroux des dieux. Ils succombaient , alors , presque toujours à leurs craintes et à leurs angoisses; persuadés que les dieux les attendaient, comme ferait chez nous le diable, et mème,imTy2LÛens, (œunouhi té varoua » (arrachaient l'âme du corps), ils ^e lamentaient , priaient, voulaient se réfugier au pied des autels, envoyaient faire des oirrandes,et mouraient, généralement, en présentant à leur famille et k leurs amis l'horrible spectacle
VOY. AUX lî.BS —T. I. ^-^^
des derniers momens de ces malheureux à qui une imagination exaltée, ou de vrais remords de conscience font prévoir, après leur mort, des supplices éternels. Ces circonstances étaient rares , mais effroyables , le moribond appelant à grands cris les prêtres, qui là, comme partout ailleurs, pouvaient seuls sauver le coupable, en apaisant les dieux ; et là, comme partout ailleurs, recevaient , le plus souvent , des mains de l'agonisant, tout son bien et celui de sa famille , pour la seule promesse du pardon de ses fautes et l'exemption du terrible châtiment.
Avec une sorte d'enfer moins terrible que le Tartare des anciens , et qu'on ne peut , pour Thorreur des supplices, comparer en rien à notre enfer, ils avaient un ciel, Rohoutou noa noa ( le Rohoutou parfumé), séjour de la lumière et des jouissances, qui, dans son genre, surpassait l'Elysée des Grecs, le ciel même de Mahomet , ne le cédant à aucun des séjours de délices ou de récompenses inventés par les fondateurs des diverses religions de la terre. Là, le soleil brillait du plus vif éclat, l'air était embaumé et toujours pur ; là, ni vieillesse, ni maladies, ni douleur, ni tristesse ; là, des fleurs toujours fraîches , des fruits toujours mûrs, une nourriture savoureuse et abondante ; là, des chants, des danses, des fêtes sans fin, et les plaisirs les plus ravissans, près de femmes éternellement jeuues, éternellement belles. Le Rohoutou noa noa était situé dans Fair, au-dessus d'une haute montagne de Raïatéa; mais invisible aux mortels.
Les âmes de tous ceux qui en avaient obtenu l'entrée y étaient conduites, après la mort, par Onroutataé , le Mercure ou le Caron du système. Quoique principalement destiné aux initiés ou membres de la société des Aréoïs, dont il sera question ailleurs, il était, pourtant, accessible aux amis des chefs et autres individus, sous la condition de faire aux dieux des offrandes et des cadeaux aux prêtres , dont les prières pouvaient transporter les âmes des lieux de ténèbres, jPo, ou empire des morts, au Rohoutou noa noa ^ séjour de la lumière etdesjouissances; mais il en coûtait si cher, que le peuple ne nourrissait aucun espoir de jouir jamais des plaisirs de ce céleste séjour. Il arrivait, cepeûdant, quelquefois, que des morts qui avaient laissé beaucoup de bien, revenaient auprès de leurs parens ou héritiers , pour leur commander de remettre le tout aux prêtres et aux dieux , afin d'obtenir leur admission. Ce ciel et la crainte des punitions après Ja mort procuraient d'immenses revenus aux prêtres, et faisaient passer entre leurs mains une grande partie de la fortune des particuliers.
Mais , si peu de fidèles avaient l'espoir d'être admis au ciel , le nombre de ceux qui craii^naient des purations après leur mort était moins considérable encore ; d'abord parce que peu d'entr eux transgressaient les lois sacrées; et, en second lieu , parcequ'il y avait toujours, pendant la vie, moyen de s'arranger avec les dieux.
Le dogme de l'immortalité de l'âme avait , pour
les Océaniens, autant et plus que pour les autres peuples, quelque chose de consolant 5 car les âmes, telles qu'ils se les figuraient, pouvaient encore voir et sentir, quoique séparées du corps, et conservaient des sentimens bienveillans pour ceux avec qui elles avaient été unies et qu'elles avaient aimés ici-bas. Ils ne quittaient pas, pour toujours, en mourant , ceux qui leur étaient chers, puisqu'ils avaient la certitude de revenir sur la terre et de continuer d'errer au milieu des objets de leur tendresse; et, d'ailleurs, le lieu même où ils allaient n'avait rien de révoltant , ni d'effroyable; c'était l'empire des morts, la résidence des esprits , où ils devaient , comme chez toutes les nations où cette croyance est admise, revoir ceux dont ils avaient pleuré la perte et s'unir à eux.
Bien loin donc que la mort les séparât à jamais de leurs parens , de leurs enfans et de leurs amis , elle les réunissait, au contraire , à tous ceux qu'ils regrettaient , et ne faisait ainsi qu'augmenter le nombre des gardiens des survivans.
SECTION m.
THEOGONIE.
J'en viens aux notions que leurs légendes, et ce que j'ai pu recueillir de leurs traditions , par mes con-
versations avec lents chefs, leurs prêtres, et surtout avec rhomme respectable , dont j'ai déjà parlé , m ont permis de réunir sur le personnel de leurs dieux , tous nés de Taaroa ou créés par lui ; de Taaroa , le dieu suprême, ou plutôt leur dieu unique; car tous les autres semblent guère n'être , comme dans plusieurs des autres polythéismes connus, que des figures et des images sensibles des attributs infinis réunis dans fia personne divine.
Ces dieux sont en très-^rand nombre; et chacun d*eux est ou parait avoir été Tobjet de légendes d'un goût des plus singuliers et des plus bizarres , qui , toutes, ont, plus ou moins directement, trait au développement et à l'application des phénomènes physiques et astronomiques , cachés en elles sous un sens allégorique des plus difficiles à pénétrer aujourd'hui , et presqu' entièrement ignoré même du plus grand nombre des Indiens , qui n'y voient plus que le récit véridique de la vie et des actions merveilleuses de leurs divinités et de leur^ héros déifiés.
J'essaierai d'en donner une liste plus ou moins complète, liste , il faut le dire , un peu sèche par sa nature , et plus curieuse , en raison de sa nouveauté , que véritablement utile , du moins quant à présent, à cause du défaut absolu de lumières où nous nous trouvons sur le vrai sens des faits légendaires qui s'y rapportent; mais il faut remarquer, d'abord, en généralj l'empire indéfini que les Océaniens accordaient à l'intervention divine. Chez eux , en effet, sans par-
1er des conjonctures capitales , comme installation d'un chef, commencement ou issue d'une guerre , maladie ou mort de leurs proches , etc. , point d'ac^ lions , point de travail , point d'entreprise , point d'événement , qui ne fussent attribués aux dieux , soumis à leur inspection ou faits sous leurs auspices, ils ne coupaient pas un arbre pour construire une pirogue ou une maison , avant d'avoir été, la hache à la main , au maraï , en prévenir les dieux , et sans leur apporter le premier morceau enlevé à l'arbre , avant de l'abattre en entier. Quand une pirogue était achevée, on ne pouvait l'enlever du chantier qu'après des prières faites aux maraïs et en présence d'un prêtre , marchant à la tête de la procession qui l'apportait pour la lancer à l'eau ; car elle ne devait toucher la terre qu'après avoir été lancée ou consacrée à la mer. Ils ne recevaient pas un ami sans avoir, préalablement, offert aux dieux une partie de l'ordinaire qu'ils voulaient lui présenter; et pas un étranger, sans leur consentement. Chez eux, point de danses , point d'exercices, point de plaisirs , point de réjouissances publiques ou privées qu'avec l'approbation des dieux. Il n'est pas jusqu'aux étoffes qu'ils fabriquaient , aux présens qu'ils recevaient , dont une partie ne dût leur être offerte. Enfin, craignant toujours ^t rencontrant partout leurs divinités, ils ne vivaient ou n'agissaient que sous leur influence; et quoiqu'un tel système ne dirigeât ni leurs mœurs, ni leur morale (car, chez eux, rien qui ressemblât
à la morale et aux mœurs ) , toujours est-il certain qu'il n'y eut jamais , dans aucun pays, de religion plus positivement dominante que celle de ces îles, et qui, plus qu'elle , liât l'homme dans toutes les circonstances de la vie.
Pour énumérer leurs dieux, il faut commencer par mettre hors de ligne Taaroa (i), le dieu suprême, existant par lui-même , créateur de l'univers et des autres dieux , principe de tout , trop grand, trop fort au-dessus des choses de ce monde, pour se mêler de son gouvernement; à ce titre, véritable dieu des Epicuriens, et dont les attributs généraux se résument dans ce fragment déjà cité de la cosmogonie océanienne :
« Les pivots sont Taaroa; les rochers sont Taaroa; » les sables sont Taaroa ; Taaroa est la clarté ; il est » le germe; il est l'incorruptible, le fort, qui créa » l'univers , l'univers grand et sacré , qui n'est que la » coquille de Taaroa. C'est lui qui le met en mouve- » ment et en fait l'harmonie. »
(i) J*ai long-temps cru que le mot Taaroa, qui, dans plusieurs lies, se prononce tangaroa , dérivait du mot taala ou tangata , homme , syncopé , et auquel on avait ajouté l'adjectif ro/2, grand \ taaroa voulant dire, alors, grand homme ; mais il paraît que ce mot est composé de taa, loin , étendu ; et de roa , très , signifiant ainsi tres-éloigné ou tres-étenc/u. L'étymologie des noms , qui pourrait conduire à tant de découvertes curieuses sur l'archéoloifie de ces peuples, s'est presqu'entièrement effacée. Les naturels même l'ont perdue, et la plupart des noms de leurs divinités n'ont plus de signification connue.
Les êtres surnaturels, tous plus ou moins directement émanés de lui , et tous reproduisant quelqu'un des attributs qui constituent son essence, semblent pouvoir se diviser en deux grandes classes générales , savoir : les Atouas et les Tiis.
ATOUAS.
Par une exception remarquable , parmi ceux d'entr eux qui professaient ou qui professent encore une espèce de polythéisme, leurs Atouas ou dieux, quoiqu'absolus dansleurs volontés, n'avaient point inspection sur la conduite ou 1 es actions privées des hommes. Ils n'étaient satisfaits d'aucune, et ne s'offensaient que de celles qui pouvaient leur porter préjudice, comme de les mépriser, de ne pas se soumettre aux ordonnances sacrées, de retenir les offrandes et sacrifices , etc. On pouvait , du reste , voler , assassiner , commettre mille horreurs , mille injustices... peu leur importait; ces crimes n'étaient pas de leur compétence ; ou , s'ils s'en mêlaient, c'était pour les favoriser, puisqu'on faisait des offrandes à Hiro , dieu des voleurs, pour le succès de vols projetés , et à d'autres dieux, pour le succès de projets plus noirs encore. Les dieux étaient donc , en quelque sorte, les complices de tous les crimes ; car rien ne s'entreprenait sans les consulter, sans leur faire des offrandes , et toute réussite sup-
posait totiiours leur sanction. Quelques faits paraîtraient pourtant annoncer qu'ils désapprouvaient nuelduefois les crimes et les injustices. Ainsi , à 1 installation d'un arii rahi ou roi , ce personnage , pour se purifier des crimes dont il avait pu se rendre coupable, devait se soumettre à une espèce de baptême, encore peut-être cela n'avait-il lieu que pour les crimes qu'il avait commis à leur insu.
On peut juger, par là, de ce que devaient être autrefois les principes de ces Indiens. Pour eux, réussir était tout; car la conscience ne parle pas , ou l'on est élevé sans préceptes de morale et sans alarmes pour la vie à venir. Ces insulaires avaient fort peu à craindre, même les punitions d'ici- bas. Ils ne redoutaient guère que les représailles; mais, permises, elles étaient terribles; et, sauf les crimes commis avec l'approbation des cbefs, l'apprébension de. poursuites des offensés les empêchait beaucoup de se faire du mal enti'eiix. Que devait-il donc arriver d'actions indifférentes en elles -.mêmes ? Ne serait-ce pas là qu'il faudrait chercher la source de leur immoralité ?
Mais si les Atouas ne punissaient pas les actions coupables pour ces actions même , c'est-à-dire le vol par horreur du vol, Vassassinatpar horreur de l'assassinat, et ainsi des autres crimes , du moins pumssaientils sévèrement toute action faite sans qu'ils en eussent été prévenus ou sans qu'elle leur eût été soumise; et ils étaient même , à cet égard , tellement
jaloux de leurs privilèges, qu'ainsi qu'on l'a déjà vu , et qu'on le verra encore , la moindre circonstance de la vie appelait leur intervention et devait avoir lieu sous leurs auspices.
Il paraîtrait qu'il y avait deux espèces d'Atouas ou dieux, les Atouas proprement dits et les Oromatouas.
A. Atov AS proprement dits.
Cette première classe de dieux était composée de tous ceux qui étaient l'objet du culte public. C'étaient les dieux nationaux. On peut les diviser eux - mêmes en deux espèces , dont la dijBférence était marquée par le degré de leur influence et de leur autorité comparatives : les Atouas proprement dits supérieurs , et les Atouas proprement dits inférieurs.
A. ) Atouas proprement dits supérieurs.
Le titre que je leur donne atteste seul leur prépondérance dans le gouvernement de l'univers, où chacun d'eux représentait l'un des attributs du dieu suprême, auquel il devait son autorité spéciale, en vertu d'une sorte de délégation.
Les dieux supérieurs résidaient dans les cieux,et en occupaient les divers étages; car, ainsi que chez les hommes , il v avait , chez les dieux , une hiérarchie régulière de pouvoirs , distingués, comme sur la
terre , par la magnificence et Téclat de leur résidence.
Ces cieux, absolument indépendans du Rohoutou noa noa , séjour des élus, dont il a été déjà question, et de quelques autres endroits, comme le Mérou et le Téméané, où se rendaient les âmes à la mort; ces cieux , dis-je , étaient au nombre de sept, et se nommaient terai toué tai , terni toué roua , etc. , c* està-dire , premier ciel, second ciel , et ainsi de suite, jusqu'à six. Le septième était terai ama ma tané, la bouche de tané ou l'ouverture , la porte de l'extrémité , par où entrait la lumière. Les détails de la vie et des actions des dieux qui résidaient dans les cieux paraissent, évidemment, avoir rapport k des régions supérieures; mais, commeje l'ai déjà fait remarquer, ces détails sont , aujourd'bui, presqu'entièrement inintelligibles; car, bien que ces traditions fussent régulièrement récitées par certains prêtres aux grandes fêtes, dans le silence des nuits obscures, en temps de guerre , à la mort d'un chef, ou dans toute autre circonstance de deuil ou de tristesse, il est certain que ceux-là même qui les récitaient ne les entendaient, depuis long-temps, plus guère , même pour le sens littéral ,etse trompent particulièrement aujourd'hui sur leur sens allégorique, qui, appartenant à une autre ère , a cessé , tout naturellement , d'être accessible à leur intelligence.
Tous les Atouas supérieurs étaient fils ou petits-fils de Taaroa.
Taaroa eut pour ïemxnQ Feu feu maïterai,Qi eut
d'elle :
L Oro , le premier , le plus puissant des dieux, après son père , et qui eut , lui-même , pour fils : I. Tétoi mati. a. Oarou tétéfa.
n. Raa , qui eut pour femme Ohotoupapa , laquelle donna naissance à