IX. Roua
n y avait encore un grand nombre d'autres dieux du premier ordre, parmi lesquels ^ selon quelques personnes, se trouvent plusieurs de leurs chefs déifiés; ce qui ne me paraît pas bien sûr; car les informations les plus exactes que j'aie pu prendre, et mes recherches les plus scrupuleuses sur les anciennes coutumes de ce peuple, à. cet égard.
m'ont fiùt reconnaître que Vapothéosc, eu supposant même quelle existât , y était fort rare. 11 est prouve que les chefs les plus célèbres d'il y a quatre ou cmq générations au moins , ne figuraient pas dans la liste des dieux; mais tous y rattachaient leur ongine; et je ne doute point que l'ensemble de Icu.. légendes ou la vie et les actions de leurs dieux, s ,1 était possible d'en avoir des traductions fidèles, ne presentassent un ordre d'idées bie. différent de 1 expose d'actions humaines et des exploits de leurs chefs (.); Parmi ces dieux , les plus remarquables, et ceux qui recevaient un culte , étaient :
Panoua, lear Esculape.
Otïa.
Tané ( autre que celui déjà
nomme).
,, , Télatou loutan.
Moe. .
Toupa. P^"^"'-
(,) M. Orsmond , le seul des missionnaues anglais , résiliant en ces îles, qui ait fait une étude approfondie de U fangue anc enne et c,„i n.'a .,uelquelois aidé pou.- le sens des moi dans les traditions , s'occupe , en ce moment de l.-i UaducUon de leurs chants et de leurs poésies. Ce recue.l , qm ùt demandera beaucoup de travail , parce que , depuis va,g a„; , la langue a tellement changé que les Indiens eux-mêmes Xn'tendenf plus ces poésies-, -t -vrasçj.;^^^^^^^^^^ ressant, sous plus d'un rapport. Non-seulement en eftet donnera des éclaircissemens sur ces peuples, mms encoie Sïe a au monde littéraire une littérature tou.-a- ait nouve^fe dont les produits sont d'autant plus d. flic lU^ arendie. nue remplis de noms de personnes et d'aUuMons locales ils ^^nsUtent' en quelque sorte . plus en images qu'en paroles.
Manou. Faatoué.
Haaana. Téa houi mavé.
Pau mou ri. Rii.
Rima roa. Mahoui , le vent d'est.
Fatoa. Hiro, dieu des voleurs, etc.
Parmi ces dieux , il se trouvait des Hercules et des géans, dont les exploits ne lé cédaient en rien à ceux des héros fabuleux de la Grèce, de l'Jnde, de l'Egypte et de tant d'autres nations, en supposant même qu'ils ne les surpassassent point tous. Tiéri^ Rimarociy Oroo, Té/atou, Rouanoiia avaient rempli leur vie laboiieuse d'actions d'éclat chantées par les prêtres ; mais toutes disparaissent devant celles de Bïiyàe Mahoui et de Bon. Le premier sépara les cieux et la terre, en étendant ceux-ci comme un rideau. Le second tira la terre du fond des eaux; et, quand les hommes souffraient de Téloignement du soleil, quand ils vivaient tristement plongés dans une obscurité profonde, quand les fruits ne mûrissaient plus, il arrêta cet astre et régla son cours , de manière à ce que lanuitet le jour fussent de même durée; etRou, le dieu des vents , mais principalement du vent d'est {maoaé), fit gonfler les eaux de l'Océan, brisa la terre qui était avant féiioua noiii ( grande terre ou continent d'une seule pièce) , et ne laissa que les îles actuelles.
Leurs géans n'étaient pas moins extraordinaires. Rouanoua , ou la tête chauve , était une espèce de monstre si laid qu'il se cachait le jour dans la mer, et
ne sortait, pour voir sa femme, que dans le cours des nuits obscures; et si grand, qu'on lui coupa, sans pou voirie tuer, plusieurs morceaux delà tête gros comme desrochers. Fanoura était d'une si belle taille, que sa tête touchait aux nues , tandis que ses pieds posaient au fond de la mer. La taille de Fatauhoui était telle que des pirogues ne pouvaient le contenir ; quand il voulait voyager , il lui fallait des radeaux composés de plusieurs centaines d'arbres. Ces deux géans allèrent ensemble à Ewa , terre aujourd'hui inconnue, pour combattre le monstre houaa liai taata (le cochon qui dévorait les hommes ), la terreur de tous ceux qui abordaient cette île. Fatauhoui se sauva à son approche; mais Fanoura l'attaqua , le vainquit, et s*empara aussi de l'île, après avoir tué trois des quatre chefs, géafis comme lui, qui se la partageaient, le quati'ième n'étant parvenu à s'échapper qu'en se précipitant dans la mer et en se changeant en serpent.
Hiro, le dieu des voleurs , était également d'une stature et d'une force prodigieuses. Pour s'amuser, il faisait, avec ses doigts, des trous dans les pierres les plus dures. 11 délivra une vierge retenue dans un lieu enchanté , gardée par des géans qui tuaient quiconque en approchait. Hiro s'y rendit , malgré les prières de son père , arracha , d'une seule main , les arbres qui tenaient le lieu enchanté ; et , ayant , par-là, rompu le charme , attaqua et tua ensuite les deux gardiens, Ta wp/>i et Marlva. Il était
aussi grand voyageur. On le dépeint saisissant sa pagaie et ses armes, et se préparant pour un long voyage dont on ignore le but , mais qui parait être la recherclie du maro ourou ( ceinture rouge ) ce symbole de la divinité et du feu. Accompagné de plusieurs guerriers et de ses chiens, il s'embarque sur le J^«/^/ (i), navire qui, construit exprès pour l'expédition, était d'une dimension extraordinaire. Le récit de ses courses, où il se voit reçu tantôt en ami , tantôt en vainqueur , offre des scènes de fêtes et de combats variées et pleines de mouvement. 11 parcourt différentes îles; mais, non content de ses pérégrinations terrestres, il descend, chaque nuit, accompagné de ses chiens , sous les eaux de la mer, pour combattre des monstres et des géans; prouesses qui font frémir ses amis pour lui, mais dont il revient toujours plus dispos et plus rayonnant de gloire. Au milieu d'une de ces courses périlleuses, il s'était endormi dans une grotte. Les dieux des ténèbres, ses ennemis, profitant de son sommeil , soulevèrent une violente tempête , dans l'espoir de faire périr son navire et ses gens. En butte à la violence du vent , le navire ne se gouvernait plus au milieu des vagues courroucées , qui , s'entassant les unes sur les autres comme des
(i) Les païii étaient de grandes pirogues doubles qui se construisaient particulièrement à l'île de la Chaîne et autres îles basses de TArchipel Dangereux. Elles avaient une quille, des membrures , etc. , étaient souvent longues de cent vingt pieds , et ne servaient que pour les voyages de long cours.
xnontagnes,menaçaient,àchaqueinstant.d'engloutir ses guerriers consternés. Ils passèrent cette nuit affreuse dans la terreur et dans la plus profonde obscurité; mais, au point du jour, quand ils se croyaient prêts à périr, Hiro, fort heureusement éveille par Fnn de ses chiens fidèles, reparut à la surface des ondes; son aspect seul calma la tempête, et dissipa ses ennemis avec les ténèbres. Rejoignant alors son navire et ses compagnons , il fit voile au lever, du soleil ; et, bientôt?, arriva sain et sauf dans une des lies de la Société , où Von voit encore trois montagnes , qu'on nomme le navire, la pagaie et les chiens de Hiro.
Voici maintenant un exploit qui ne le cède , assurément, en rien à ceux que je viens de citer; mais, cette fois , je cite un texte :
« Ra raau Mahoui Tané vaa , évaa tou tou tau » éhou ma ouno ématau té tau oua téa , éréa au- » rorou hina hina té toi , éau pourou mau ma éa >, rai inou véroi ïa oté rai , étou atoura iraro i ohan. » lai té néi ïa oté révamara té toumou , mara te ,, fatou ermana té atoua Taaroa^l Té noui maratïa é » téina. ïéina ai ai té toumou té fanoua , éave » moua ou toutou étou émouri ohaïi tai fai té tau , té maïtiti mouria fénou , manaoua été fatou éa ti ., to rima ; émau fénoua no té rêva. Oua pouta oopita „ té oua tou matau. Mahoui té aroura tana ïa rai , ta » fairai ïa té rêva a houti. »
« Mahoui va lancer sa pirogue. Il est assis dans le ., fond. L'hameçon pend du côté droit, attaché à sa
» ligne , avec des tresses de cheveux ; et cette ligne et » le hameçon qu'il tient à sa main , il les laisse des- » cendre dans la profondeur ou l'immensité de l'u- » ni vers {ohaU), pour pêcher ce poisson ( la terre ). » Il élève les pivots (les axes ou orbites); il élève la » terre, cette merveille du pouvoir deTaaroaî Déjà » vient la base (les axes ou orbites); déjà il sentie » poids énorme du monde. La terre (Ze/tz^ow) vient. » Il l'a tient à la main, cette terre, encore perdue » dans l'immensité ; elle est prise à son hameçon. » Mahoui s'est assuré ce grand poisson, nageant dans » l'espace, et qu'il peut à présent diriger à volonté. » Dans la suite du morceau, que je possède en grande partie , mais que je dois avouer ne comprendre , tout au plus, que dans son ensemble, et dont je ne puis, pour le moment, donner une traduction exacte , la terre est dépeinte en désordre et inculte , les êtres y souffrent et tout y languit dans la confusion et dans l'obscurité. Mahoui , après avoir péché , arrêté et dirigé la terre , arrête aussi le soleil et en règle le cours , de manière à ce qu'avec la chaleur et la lumière, naissent , sur le globe , la fertilité , l'abondance et le bonheur (ï).
(i) Les habitans des îles Sandwich disaient que le soleil s'étant retiré à 0-taïti, Mahoui , enjambant de ces premières îles jusqu'aux îles de la Société, obligea cet astre à retourner dans l'autre hémisphère.
— 45i — B. ) Atouas proprement dits inférieurs.
Outre ces grands dieux, qui étaient comme leshabitans des régions supérieures, surveillans invisibles des êtres et des productions de la terre , ils comptaient un nombre infini d'autres divinités locales, dont les unes résidaient dans les eaux , les autres dans les bois, au sommet des montagnes, au fond des précipices ou sur les rochers escarpés. Ils avaient , comme les anciens Grecs, leurs Oréades , leurs Naïades , leurs Dryades, leurs Sylvains et leurs Faunes; mais , renchérissant, à cet égard, sur tous les peuples de la terre, non contens d'attribuer à chaque objet, à chaque substance , à chaque lieu , une intelligence, un gardien , qui s'y tenait et l'administrait, chaque situation, chaque état, chaque travail de rhomme avait sa divinité tutélaire et protectrice. On conçoit sans peine quelle puissance et quel intérêt de mouvement et de vie devait donner, en ces lieux enchantés , à tous les objets, la nature ainsi divinisée. Ce devait être absolument le polythéisme grec , avec quelqu'énergie de plus , peut-être, en rai son de la plus grande élévation de la température. L'Océanien , en effet, n'était plus seul dans ses bois ni sur ses rochers. L'écho , c'était un dieu qui répondait à son appel; le tonnerre, c'était Oroen courroux, et l'éclair n'était que l'éclat de ses yeux. Le vent déchaîné , la terre tremblante, les flots soulevés , c'était Rou , c'était Mahoui furieux. Il n'y avait pas jusqu'au son de
Farbre excavé , jusqu'au léger bruissement des buissons qui ne fussent autant de divinités piésentes, qui , l'œil constamment attaché sur lui /pouvaient , suivant ses œuvres, le récompenser ou le punir.
Chacune de ces divinités avait à remplir quelque fonction particulière. Les unes veillaient au développement des plantes , les autres assuraient la maturité des fruits. La pluie , le vent , le chaud et le froid étaient occasionnés par elles. La terre at ses productions étaient sous leur garde, comme aussi les hommes et les animaux , indépendamment de la surveillance qu'elles exerçaient sur les professions et sur les entreprises quelconques. Voici quelquesunes des plus connues des divinités de cette espèce. . L É, Atoua maho , dieux requins , patrons des navigateurs , sorte de Dioscures , qu'on invoquait avant d'entreprendre un voyage de mer.